Le musée des Arts décoratifs

Définition

Les arts décoratifs comprennent tous les métiers artisanaux liés à l’architecture d’intérieure et à la décoration d’intérieur tel que le mobilier et l’ameublement. Les œuvres sont ornementales et fonctionnelles, mobiles (genre une commode) ou fixes (un papier peint). Les arts décoratifs emploient la céramique, le bois, le verre, le métal, le textile, le stuc ou la pierre. Ils sont souvent opposés aux Beaux-Arts (peinture, sculpture, photographie ou dessin) et aux arts appliqués, comme la mode ou le design.

Histoire

Le musée a vu le jour suite à un conflit franco-anglais. L’industrie anglaise connait un essor fulgurant au XIXe siècle. La France tente de rivaliser en mettant en valeur son savoir-faire technique et artistique à travers les Expositions universelles. En 1864, un groupe d’industriels dirigé par Amédée Couder, Jules Klagmann et Ernest Guichard fonde l’Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l’industrie, sur le modèle du South Kensington Museum (l’actuel Victoria and Albert Museum), dans l’hôtel particulier du n°15 de la place des Vosges.

Ce musée-école et sa bibliothèque exposent leurs premières œuvres dans deux pièces de l’appartement. En 1875, l’Union centrale déménage un peu plus loin, au n°3 de la place. La bibliothèque s’enrichit d’ouvrages anciens et modernes, ainsi que de nombreux échantillons de textiles et de papiers peints. Le musée reste ouvert tard le soir (22 heures) afin de permettre aux ouvriers, artistes et industriels de venir les consulter. En 1877, naît une concurrente, la Société du musée des arts décoratifs, fondée en mai par le duc Gaston d’Audiffret-Pasquier, président du Sénat. En 1878, l’Etat cède le pavillon de Flore du palais du Louvre pour un franc symbolique à la nouvelle Société. Hélas, la reconstruction de l’Hôtel de ville oblige la préfecture de la Seine à s’emparer des lieux. La Société déménage alors au Palais de l’Industrie, toujours pour un franc. Une compétition entre les deux sociétés s’instaure, en raison de leurs divergences sociales et politiques. Les fondateurs de l’Union centrale sont des industriels, tandis que ceux de la Société du musée sont des mondains. En mars 1882, les deux structures fusionnent et donnent naissance à l’Union centrale des arts décoratifs (UCAD). Antonin Proust, homme politique et ami d’Edouard Manet, en devient le président. Maintenant reste à trouver un bâtiment pour installer le nouveau musée. En 1891, une nouvelle équipe est formée. A la présidence, le député Georges Berger, Jules Maciet à la Commission du musée et Paul Gagnault à la conservation. Ces derniers souhaitent installer le musée des arts décoratifs quai d’Orsay, le Sénat s’y oppose, mais ils obtiennent en contrepartie l’aile Marsan du palais du Louvre. Hélas, les lieux sont étroits.

Georges Berger parviendra au fil du temps à subtiliser des travées au ministère des Finances. La nef centrale est consacrée à l’exposition temporaire d’objet d’art moderne, tandis que les bas-côtés sont réservés à la bibliothèque, la salle de lecture et les réserves. A l’étage, sont installées les collections permanentes et divers intérieurs décorés sont reconstitués. En 1898, un nouveau coup de massue vient frapper l’UCAD. L’Etat lui concède le pavillon Marsan pour une durée de quinze ans, laissant les travaux d’aménagement à la charge de l’association, et s’accordant la propriété des lieux et des collections à l’expiration de ce délai sans aucune indemnité de compensation. L’année 1900 est surtout connue pour son Exposition universelle, avec laquelle devait coïncider l’ouverture du musée, compromise par le lent déménagement des dossiers de la Cour des comptes. En 1910, 100 000 liasses occupaient encore les sous-sols du bâtiment. Les travaux d’aménagement sont confiés à l’architecte bordelais Gaston Redon, frère cadet du peintre symboliste Odilon Redon. La bibliothèque rouvre ses portes en 1904, mais il faudra attendre le 29 mai 1905 pour assister à l’inauguration du musée des Arts décoratifs, par le président de la République Emile Loubet. En 1906, les lieux accueillent le deuxième Salon des artistes décorateurs et le fera jusqu’en 1922. Durant le mandat de François Carnot (1911-1960), le musée enrichit ses collections et organise de nombreuses expositions. En 1930 et 1932, l’UCAD expose les œuvres de l’Union des artistes modernes (UAM). Le 15 novembre 1935, le comte Nissim de Camondo, banquier et collectionneur d’art, décède et lègue ses collections au musée. Ce dernier se dote ainsi d’un vaste et riche ensemble d’objets d’art français du XVIIIe siècle. Cette collection fondera le 21 décembre 1936 la base du musée Nissim de Camondo.

Entre 1938 et 1944, huit cent caisses contenant les objets les plus précieux du musée sont volées par les Allemands et expédiées dans les châteaux de la Loire. Ces dernières seront restituées au musée à la fin de la guerre. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Union centrale dépoussière l’image des musées dans la culture française. En 1949, avec Formes utiles : objets de notre temps, organisée par l’UAM, le pavillon de Marsan inaugure une série d’expositions de formes industrielles, dont l’aboutissement sera vingt ans plus tard, la fondation du Centre de création industrielle (CCI) par François Mathey et Yolande Amic. La nef centrale reste réservée aux expositions temporaires, tandis que les bas-côtés servent d’écrin à la bibliothèque, la salle de lecture, les collections du XIXe et du XXe siècle. Les étages supérieurs s’organisent chronologiquement, présentant des objets allant du Moyen Age à l’Empire. La verrière est réservée aux collections étrangères, tandis que les salles du pavillon de Marsan, hautes sous plafond, présentent les collections orientales avec ses grands tapis perses et anatoliens.

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En 1951, création d’un service éducatif proposant des visites par période et par technique, ainsi que des cours d’histoire de l’art. En 1974, le CCI est rattaché au centre Beaubourg. Le projet d’un musée de la publicité et de la mode germe dans l’esprit de Robert Bordaz, alors président de l’UCAD. Projet qui s’insère dans les travaux du Grand Louvre, instauré par le président de la République François Mitterrand et son ministre de la culture Jack Lang. En 1981, l’UCAD s’unie à l’Union française des arts du costume (UFAC).

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Le musée des arts décoratifs est réaménagé en 1985 dans le cadre de la Loi programme des musées. Deux galeries sont ouvertes pour les collections du XXe siècle, ainsi que des salles thématiques (verre, jouets, papiers peints, dessins et textiles). En 1986, le pavillon de Marsan accueille le musée des Arts de la mode. En 1990, le musée de la Publicité quitte la rue de Paradis, pour venir rejoindre les arts décoratifs. En 1996, les collections permanentes et la bibliothèque sont contraintes de fermer pour travaux. Un an plus tard, le musée des Arts de la mode déménage dans l’aile Rohan du palais du Louvre. Le coût important des travaux oblige à la création d’un Comité international chargé de trouver des fonds pour la restauration et l’acquisition d’œuvres. L’architecte Jean Nouvel inaugure les salles consacrées à la publicité en 1999. La bibliothèque des arts décoratifs rouvre ses portes en 2002, après six ans de travaux. En 2004, ouverture de la galerie des Bijoux. L’année suivante, l’Union centrale est rebaptisée Les Arts décoratifs et change de logo. Le musée rouvre enfin, en 2006, après une fermeture de dix ans. Ses fonds contiennent près de 220 000 œuvres dont 6 000 sont exposées en permanence, sur un espace de 6 000 m². L’association est actuellement présidée par Olivier Gabet.

Les collections

Les diverses collections sont réparties dans cinq départements chronologiques (Moyen Age-Renaissance, XVIIe-XVIIIe, XIXe, Art nouveau-Art déco, Moderne-Contemporain) et cinq départements thématiques (arts graphiques, bijoux, jouets, papiers peints, verre). Ces œuvres illustrent les techniques diverses employées dans la production artistique des arts décoratifs : bois (sculpture, mobilier, boiseries), métal (orfèvrerie, fer, bronze, étain), céramique, verre, cuir (écrins, reliures, peinture, marqueteries de pailles, broderies de perles, tôles peintes… L’essentiel des collections du musée provient de dons et legs : Peyre, Guérin, Perrin, Maciet, Gould (pour le mobilier et l’ébénisterie) ; les dons Doisteau, Grandjean, Maciet (orfèvrerie) ; les dons Fitzhenry, Maciet, Metman (céramique) ; Vever (bijoux) ; Doisetau (cannes) ; David-Weill (cloisonnés chinois) …

La galerie des bijoux

Le musée décoratif possède dans ses réserves près de 4 000 pièces dont 1 200 sont exposées, illustrant l’histoire du bijou du Moyen Age à nos jours. Bagues, colliers, bracelets, broches sont présentés au sein d’un parcours chronologique, en parallèle à une vision technique des savoir-faire. La galerie s’étend au deuxième étage du musée, dans deux salles, de chaque côté de l’escalier d’honneur, une passerelle de verre, conçue par l’architecte Roberto Ostinelli. La première pièce recèle les collections anciennes, la seconde est réservée aux collections contemporaines. Les bijoux sont exposés derrière de grandes vitrines couvrant les murs. Les bijoux de l’art nouveau sont mis en valeur par les créations notamment de René Lalique, Lucien Gaillard, la maison Vever et Georges Fouquet. L’art déco et les années 1930 sont illustrés par des créations des joailliers de la place Vendôme, tels que Boucheron, Cartier, et des orfèvres français comme Raymond Templier, Jean Després et Jean Fouquet. Au-delà du pont de verre, le parcours se poursuit avec les bijoux des années 1940 des créateurs français tels que Georges Braque, Alexander Calder, Henri Laurens, Jean Lurçat, Line Vautrin et Albert Duraz. Les années 60-70 sont abordées avec les bijoux de Torun, Jean Dinh Van, Costanza, Henri Gargat, Ettore Sottsass. Quant aux années 80, elles sont mises en valeur par les créations de Gilles Jonemann. Des vitrines centrales permettent au visiteur d’apercevoir les matériaux employés, des plus fréquents aux plus surprenants : or, argent, acier, maillechort, corail, ivoire, nacre, corne, cheveux ou des écailles de poisson. Des donations ont enrichi les collections au fil des années, provenant de joaillerie comme Cartier, Van Cleef & Arpels, Chanel, Boucheron, Mellerio, Jar et Florenz Baümer.

La galerie Jean Dubuffet

En hommage à l’amitié qui l’unit au conservateur général du musée des Arts décoratifs de l’époque, François Mathey, Jean Dubuffet fait don en 1967 de sa collection personnelle composée de 21 tableaux, 7 sculptures et 132 dessins, couvrant une période de 1942 à 1966. Mathey a aidé à la promotion du peintre en organisant de nombreuses expositions. Jean Dubuffet, à l’âge de 41 ans, décide de se consacrer à la peinture et, par la même occasion, fuit « l’asphyxiante culture » des institutions consacrées. L’artiste marqua le XXe siècle par son anticonformisme, son esprit visionnaire, son chamboulement des critères esthétiques et sa désacralisation de l’art. Dans un premier temps, ses œuvres déclenchent le scandale. Les œuvres exposées sont régulièrement modifiées.

La galerie des jouets

François Mathey crée en 1975 le département des jouets. La majeure partie de la collection se compose de jouets datant des XIXe et XXe siècles. Avant la Seconde Guerre mondiale, les jouets étaient essentiellement fabriqués en France et en Allemagne, puis seront importés des Etats-Unis et du Japon. Aujourd’hui, 90% de la production des jouets vient de Chine. Le musée compte 1613 poupées, 559 accessoires de poupées, 79 maisons de poupées et cuisine, 132 dînettes, 2423 animaux, 778 automobiles, 166 avions et hélicoptères, 225 trains, 145 bateaux, voiliers et sous-marins, 236 jeux de construction, 131 jeux de société, 35 consoles de jeux-vidéos, soit 12 000 objets. La collection fut réunie grâce au don d’amateurs, de collectionneurs, d’industriels et d’ateliers de jouets.

Les papiers peints

Le département est créé en 1967, lors de l’exposition Trois siècles de papier peint, et dispose de 400 000 échantillons : papiers peints à motifs répétitifs, bordures et frises, camées ou attiques, dominos, papiers chinois, papiers peints à la main, papiers panoramiques et décors. Ces œuvres montrent la technicité des artisans et des industries, des plus grands créateurs et des designers tels que Dufour & Leroy, I. Leroy, Réveillon – Jacquemart & Bénard, Turquetil, Zuber, Victor Poterlet, Edouard Muller… Cette galerie témoigne d’un art datant du XVIIe siècle jusqu’à nos jours, en France comme à l’étranger.

Le verre

Les 5 000 objets exposés sont datés du XIVe siècle à nos jours, illustrant des fonctions utilitaires, décoratives et artistiques. Le visiteur peut contempler des verreries orientales, chinoises, islamiques, européennes préindustrielles, américaines… Des artistes célèbres y sont représentés comme Emile Gallé, François-Eugène Rousseau, Philippe Joseph Brocard, Henry Cros, Albert Dammouse, René Lalique, Baccarat, Lobmeyr, Salviati et Tiffany. Depuis 1980, le musée tente de compléter et de moderniser sa collection avec des œuvres issues de l’industrie française.

Musée de la Mode 

A sa création, en 1905, le musée des Arts décoratifs possédait une importante collection textile (soieries, costumes, broderies, dentelles, toiles imprimées…). De son côté, l’Union française des arts du costume (UFAC), est fondée par des professionnels du secteur sous l’impulsion de François Boucher en 1948, dans le but d’ouvrir un musée consacré à la mode et au textile. Grâce au travail dévoué de sa conservatrice, Yvonne Deslandres, l’UFAC devient l’une des plus importantes collections mondiales. En 1981, l’UFAC signe un accord avec l’UCAD (Union centrale des arts décoratifs). Si les deux entités conservent leur indépendance, elles s’associent pour créer le musée des Arts de la mode, qui ouvre ses portes cinq ans plus tard, en 1986, dans le pavillon Marsan du Louvre. Rebaptisé musée de la Mode et du Textile en 1997, il est intégré au musée des Arts décoratifs pour en devenir l’un de ses principaux départements. La collection riche de plus de 152 800 œuvres s’étale sur deux étages de l’aile Rohan, d’une surface de 1 500 m². Elle retrace l’évolution de la mode vestimentaire européenne de la Régence à nos jours, à travers 16 000 tenues, 35 000 accessoires de mode et 30 000 pièces de textile. Outre ces pièces classiques, la haute couture est également présente. Les plus grandes maisons françaises et étrangères y sont exposées : Chanel, Christian Dior, Balmain, Azzedine Alaïa, Yves Saint-Laurent, Christian Lacroix, Jeanne Lanvin, Madeleine Vionnet, Paul Poiret ou Popy Moreni. Les collections s’enrichissent grâce aux dons de particuliers. Les pièces textiles étant fragiles, le musée ne les présente qu’à l’occasion d’expositions temporaires (deux par an).

Musée de la Publicité

 La publicité est considérée comme un art éphémère, vantant les qualités d’un produit durant un temps donné jusqu’à l’élaboration d’un nouveau produit ou d’une nouvelle publicité. Pourtant certaines d’entre elles restent gravées dans nos mémoires, associées à un souvenir, une anecdote, une sensation. La publicité n’est pas seulement un jeu de couleur, de matière, de sons ou de graphisme, elle est surtout le reflet d’une société, d’un mode de vie, d’une pensée.

Le musée de l’Affiche ouvre ses portes en 1978, rue de Paradis, dans le 10e arrondissement, sous la direction d’Alain Weill. En 1990, le musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli, s’agrandit et accueille ses premières affiches publicitaires au début du XXe siècle. Rebaptisé dès lors musée de la Publicité, il s’installe dans une partie des pavillons Rohan et Marsan. Outre le fond d’affiches (50 000 affiches anciennes du XVIIIe siècle à la Seconde Guerre mondiale, et 50 000 affiches contemporaines datées de 1950 à nos jours), le musée possède près de 20 000 films publicitaires (français et étrangers, des années 1930 à nos jours), plus de 30 000 annonces passées dans des publications périodiques (quotidiens, magazines…), des spots radiophoniques, des objets promotionnels… En raison de leur fragilité, les collections sont présentées à l’occasion d’expositions temporaires.

 

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