Le Palais des Tuileries

Au XIIIe siècle, à l’emplacement du Palais des Tuileries se trouvaient des tuileries et des terrains vagues. Au siècle suivant, Pierre des Essarts, prévôt de Paris, y habitait dans l’hôtel des Tuileries, entouré de 40 arpents de terre labourable. En 1500, Dupont Neufville de Villeroy, secrétaire aux Finances, y fait édifier un hôtel ; ce dernier est racheté par François 1er, en 1518, pour y loger sa mère, Louise de Savoie, incommodée par l’odeur des eaux stagnantes entourant son hôtel des Tournelles, place des Vosges (le quartier du Marais ne doit pas son nom au hasard). Elle en fit don à Jean Liercoun, maître d’hôtel du Dauphin, en 1527.

Histoire 

Henri II mourut en 1559 dans l’hôtel des Tournelles ; sa veuve, Catherine de Médicis, quitta aussitôt l’hôtel. Charles IX ordonna sa démolition, en 1563. La reine acheta l’hôtel des Tuileries, plusieurs maisons voisines et un grand terrain appartenant à l’hôpital des Quinze-Vingt. Tout fut arasé. Philibert Delorme, en 1564, puis Jean Bullant, dès 1570, furent chargés d’édifier à la place un somptueux palais. Le projet de Delorme se composait de deux grands bâtiments parallèles, perpendiculaires à la Seine, réunis par quatre ailes plus petites, formant ainsi trois cours intérieures. Finalement seul le bâtiment occidental fut construit. L’édifice comportait un pavillon central surmonté d’un dôme, doté d’un escalier suspendu sur voûte. Le pavillon était encadré par deux ailes ; l’aile sud se clôturait par un pavillon (le pavillon de Bullant construit en 1570) et l’aile nord resta inachevée.

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Suite à une prédiction funeste de son astrologue Ruggieri, Catherine de Médicis quitta les Tuileries pour s’installer dans l’hôtel de Soissons (l’actuel Bourse de Commerce). Le palais tomba dans l’oubli.

Au début du XVIIe siècle, Henri IV décida de relier les deux palais, celui du Louvre et les Tuileries, par une longue galerie longeant la Seine. La Grande Galerie fut construite entre 1607 et 1610 par Jacques II Androuet du Cerceau. Une aile, la Petite Galerie, relia le pavillon de Bullant à la Grande Galerie ; le pavillon de Flore se situant à l’intersection de deux bâtiments.

Louis XIV était incommodé par la dissymétrie des Tuileries. La Petite Galerie n’avait pas de pendant au nord. Pas de problème. Les architectes Louis Le Vau et François d’Orbay sont appelés à la rescousse. Entre 1659 et 1666 naquirent le pavillon du Théâtre (symétrie du pavillon Bullant), la galerie des Machines et le pavillon de Marsan (pendant du pavillon de Flore). Durant l’Ancien Régime, le palais servit de résidence à la duchesse de Montpensier, dite Grande Mademoiselle (de 1638 à 1652), à Louis XIV (de 1664-1667) et à Louis XV (de 1715 à 1722). Le palais fut ensuite déserté. L’incendie du 6 avril 1763 chassa l’Opéra de sa demeure, qui vint s’installer aux Tuileries, dans la salle des machines, jusqu’en 1770. L’Opéra céda les lieux à la Comédie-Française qui fut remplacée à son tour par la troupe du Théâtre de Monsieur en 1782.

Le 6 octobre 1789, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants sont ramenés au palais des Tuileries par les révolutionnaires. Les petits, Marie-Thérèse de France et le Dauphin Louis sont installés dans les anciens appartements de Catherine de Médicis, Marie-Antoinette prend les pièces du rez-de-chaussée, tandis que la sœur de Louis XVI, Madame Elisabeth, occupe le 1er étage du pavillon de Flore. La famille royale reste trois ans dans le palais, sous haute surveillance. Le 21 juin 1791, elle tente de s’enfuir, rattrapée à Varennes elle est reconduite aux Tuileries. Le 10 août 1792, la famille est obligée de quitter le palais, assiégé par les émeutiers. La garnison des gardes suisses demeure et protège un palais déserté. 600 gardes mourront durant le combat ou massacrés par la foule en colère ; une centaine d’entre eux s’échappèrent avec l’aide des Parisiens. Le 21 août, la guillotine fut dressée sur la place du Carrousel. Le 10 mai 1793, la Convention s’installe dans la galerie des Machines. Avec l’arrivée de l’Assemblée nationale, trois mots sont gravés sur la façade du palais, notions-clés de la République : Unité (sur le pavillon central), Liberté (Marsan) et Egalité (Flore). Un bonnet phrygien coiffait le pavillon de l’Unité. Les cloisons de la salle des Machines furent détruites afin d’aménager une grande Salle de la Liberté (une statue de 10 m de haut, œuvre de Dupasquier, décorait les lieux) et une salle des séances. Le palais des Tuileries fut rebaptisé palais national. Le Comité de salut public emménagea dans la Petite galerie, tandis que le Comité de sureté générale prenait un hôtel particulier, près du pavillon Marsan. Sous le Directoire, les Tuileries abritèrent le Conseil des Anciens (1795-1799).

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Le 19 février 1800, le Premier Consul, Napoléon Bonaparte, décida de s’installer aux Tuileries. L’architecte Leconte fut chargé des restaurations. Bonaparte occupa le premier étage, soit l’ancien appartement des rois. Il dormait dans la chambre de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Lorsque Bonaparte devint Napoléon 1er, il fit des Tuileries la résidence impériale. Le pape Pie VII, venu pour le sacre le 28 novembre 1804, s’appropria les anciens appartements de Madame Elisabeth. Il y résida jusqu’au 4 avril 1805. En 1806, une salle de spectacles et une chapelle furent aménagées dans la galerie des Machines. Les travaux furent confiés aux architectes Charles Percier et Pierre Fontaine. Le plafond peint de la salle à manger représentait les quatre éléments, la guerre et la paix sous forme allégorique. En 1811, le fils de Napoléon et de Marie-Louise, Napoléon II, naquit au rez-de-chaussée de l’aile sud.

En 1814, l’empereur céda la place à Louis XVIII, qui mourut aux Tuileries en 1824. Son frère Charles X le remplace mais en sera chassé par la Révolution de juillet 1830. Le palais fut à nouveau pillé. Abandonné, le palais retrouva des locataires le 21 septembre 1831. Casimir Perrier « conseilla » à Louis-Philippe de s’y installer afin d’asseoir l’autorité de la monarchie de Juillet. La reine trouvant le palais très triste, demande à son époux de faire quelques modifications, pour une somme modique (environ 5 millions de francs). La famille royale était de nouveau chassée, en février 1848, par des pilleurs. Le palais devint un hospice pour les invalides de guerre jusqu’à la perquisition de Napoléon III en décembre 1852.

Sous le Second Empire, les Tuileries redevenaient la résidence impériale. Des fêtes et des cérémonies fastueuses y furent célébrées. Exemple : l’empereur y épousa Eugénie de Montijo, le 29 janvier 1853. Suite à la défaite de Sedan, l’impératrice Eugénie dut quitter le palais, le 4 septembre 1870, cerné par les émeutiers. Devenue propriétaire des lieux, la Commune donna de nombreuses fêtes et concerts aux Tuileries. Le 10 mai 1871, une soirée artistique fut organisée au profit des blessés de la garde nationale. Les 22 et 23 mai 1871, les communards Alexis Dardelle, Jules Henri Marius Bergeret, Victor Bénot, Etienne Boudin et Louis Madeuf firent entrer dans la cour cinq fourgons chargés de barils de poudre, bonbonnes de pétrole, de goudron liquide et d’essence de térébenthine. Le 23, une trentaine de fédérés, sous les ordres de Bénot, Boudon et Bergeret, aspergèrent les murs et les planchers du château, à coup de seaux de pétrole. Un baril de poudre fut placé dans le vestibule du pavillon central, trois sous l’escalier d’honneur et des matériaux combustibles dans le salon des Maréchaux. Bénot mit le feu à la poudre et le palais s’embrasa en quelques minutes. Le palais brûla pendant trois jours, se propageant sur une partie du Louvre ; le 27 mai, il ne restait plus que des pans de murs noircis. Dès 1872, des pétitions et requêtes parvinrent au gouvernement, sollicitant la restauration du palais des Tuileries, dont seuls les planchers, la toiture et les décors avaient disparus. Haussmann, Lefuel et Viollet-le-Duc proposèrent divers projets, certains vantant la sauvegarde des ruines, d’autres la reconstruction d’un nouveau palais. La Chambre des députés, après moult tergiversations, décida en 1879 de démolir les ruines, rasées en 1883.

Vestiges

Des vestiges du palais des Tuileries furent rachetées par l’Etat et envoyés dans divers lieux parisiens, voire expédiés à l’étranger. La grille de la cour du Carrousel se trouve maintenant dans le château de la famille Esterhazy. Une villa de Suresnes possède des colonnes, ainsi qu’une villa à Marly. Des pierres furent employées dans la construction du château de la Punta, propriété du duc Jérôme Pozzo di Borgo, à Ajaccio. Des statues, rachetées par l’Etat, décorent aujourd’hui le jardin des Tuileries, celui du Trocadéro, ceux du Luxembourg et de Chaillot, la cour de l’Ecole des Beaux-Arts et celle des Ponts-et-Chaussées. Le fronton du pavillon central et son horloge furent achetés par le musée Carnavalet et sont toujours visibles dans le square Georges Caïn, rue Payenne, dans le 3e arrondissement. Le journal Le Figaro acheta des marbres, détaillés en presse-papier, et offerts en prime à ses abonnés. Léon Carvalho acquit 40 fragments pour orner le jardin de sa villa Magali, à Saint-Raphaël. Quant au palais présidentiel de Quito (en Equateur), il se glorifie de posséder les anciennes balustrades en pierre du palais des Tuileries. Plusieurs associations continuent de militer pour la reconstruction à l’identique du palais.

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Si le château est bel et bien détruit, subsiste la légende de l’Homme rouge des Tuileries. Pour les amateurs de légendes urbaines, retrouvez cette histoire dans mon livre.

 

 

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