Le Palais du Louvre (1e partie)

Quasiment tout le monde connait le Louvre, édifice présent dans la littérature (L’Assommoir d’Emile Zola ou Da Vinci Code de Dan Brown), les films (Belphégor de Jean-Paul Salomé ou Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec de Luc Besson) et les jeux-vidéo (Tomb Raider). Environ 9 millions de personnes déambulent dans les salles du musée chaque année, photographiant la Joconde, la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo ou le Scribe accroupi. Bien, toutefois connaissent-elles l’histoire du palais ?

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La construction du Louvre s’étend sur sept siècles. Il porte la marque des souverains, des architectes, des artistes qui l’ont créé en ajoutant, en restaurant, et aussi en anéantissant l’œuvre de leurs prédécesseurs. Tout s’est organisé dans une certaine cohérence. Toutefois il est difficile pour l’œil non averti de distinguer les éléments chronologiques. Et précisons que, pour la plus grande partie du public, ce nom prestigieux est celui d’un musée. Les visiteurs accordant peu d’attention aux bâtiments en eux-mêmes ; trop captés par les chefs-d’œuvre, ils en oublient le contenant.

La forteresse de Philippe Auguste

Alors que le souverain s’apprête à s’embarquer pour les Croisades, il décide de fortifier la ville de Paris pour la protéger des invasions anglaises. Philippe Auguste ceint l’île de la Cité d’un rempart (1190-1210) et dresse, sur le bord de la Seine, un donjon circulaire. Le roi était fortement soutenu dans son initiative par les commerçants parisiens qui s’étaient installés sur la rive droite, en particulier par la puissante corporation des marchands de l’eau : ces fortifications ne contribuaient-elles pas à leur sécurité et à leur prospérité ? Le donjon circulaire mesurait 31 mètres de hauteur et 15 mètres de diamètre à la base. Entouré d’un large fossé bordé d’une contrescarpe, il occupait le centre d’un dispositif de défense quadrangulaire. Les vestiges de cette construction sont encore visibles dans les sous-sols du musée. Les constructions qui s’élevèrent dans cet espace et devinrent de plus en plus denses lui donnèrent l’aspect d’un château fort hérissé de toitures, de tours et de tourelles.

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Sur la Seine même, l’enceinte de Philippe Auguste s’appuyait à un ouvrage fortifié en avancée : le tour du Coin répondait à la tour de Nesle, en face, sur la rive gauche. Dans la réalité, le souverain habitait le palais de la Cité et ne semble pas avoir résidé dans cette tour qui était un symbole de la monarchie, l’expression emblématique de la puissance royale. Elle contenait le trésor, les archives, les objets précieux et on l’y enfermait aussi les prisonniers de marque, les grands seigneurs vaincus : Ferrand de Flandre (1214-1227), Enguerrand de Coucy (1256), Guy de Dampierre (1304), Louis de Dampierre (1356), Charles le Mauvais (1356) et Jean II d’Alençon (1474). Ses successeurs ne cessèrent d’accroitre les bâtiments et de les orner. Au siècle suivant, Louis IX prend possession du Louvre. Il le fait légèrement agrandir entre 1330 et 1340 et y transporter le trésor royal en 1317 depuis la Maison du Temple. Clémence de Hongrie, veuve de Louis X le Hutin, y accouche en novembre 1316, de Jean 1er le Posthume, mort cinq jours après. Il faut attendre le règne de Charles V pour assister aux premières transformations. Prince artiste et lettré, il chercha à donner à cette lourdeur militaire les agréments d’une demeure de plaisance. Il chargea son architecte Raymond du Temple d’agrandir le château et de le renouveler. Ajout de nouvelles ailes, élévation des anciennes, percement des murs et décoration sculpturale. Le château se dote d’une chapelle, d’une grande salle de réception et de la tour de la Librairie (une bibliothèque, noyau de la Bibliothèque nationale). Charles V transfère dans la tour de la Librairie une partie de sa collection personnelle et commande à de nombreux artistes des livres enluminés d’étoffes et de pièces d’orfèvrerie. Les livres s’étalent sur trois étages, rangés avec soin et dans un grand souci de conservation. Un inventaire daté de 1373 fait mention de 973 manuscrits, répartis en trois catégories : les traités de gouvernements, les romans et les livres religieux. Parmi ces derniers, on note la présence de bibles latines ou françaises, de livres d’église, de missels, de bréviaires, de psautiers, de livres d’heures, mais aussi de traités d’astrologie, de géomancie et de chiromancie. Afin de protéger ces écrits, Charles V fait peindre les vitres des fenêtres et ferme ces dernières à l’aide de barreaux de fer et de fils de laiton. Il était possible d’y travailler à toute heure du jour et de la nuit grâce à la présence de trente petits chandeliers suspendus à la voûte. Les murs étaient lambrissés de bois d’Irlande, tandis que la voûte était recouverte de bois de cyprès, le tout sculpté en bas-relief. La surveillance de la bibliothèque royale était sous la responsabilité de Gilles Mallet, maître d’hôtel du roi. Les ouvrages sont donnés à des institutions religieuses à la mort du souverain. La grande innovation de cette période reste le grand escalier hélicoïdal, dit la Grande vis, dessiné par Raymond du Temple. Escalier dont les 80 premières marches étaient faites de vieilles pierres tombales. La base est constituée par une tour de 5m de diamètre, superposée d’une tour plus étroite (monter les 124 marches quotidiennement est un bon exercice pour rester en forme). Le décor sculpté, illustrant les effigies de la famille royale, est confié à Drouet de Dammartin et son frère Guy. C’est ainsi que Charles V peut recevoir dignement son oncle, l’empereur Charles IV du Saint-Empire, en 1378 (voyage relaté dans les Grandes Chroniques de France). Le souverain fit enfin élever une nouvelle enceinte qui s’étendait jusqu’à la place du Carrousel actuelle. Le décès du souverain, deux ans plus tard, provoque l’abandon du château.

 

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Les Très Riches Heures du duc de Berry, Octobre, le palais du Louvre de Charles V en arrière-plan

Le Louvre de la Renaissance

Le premier Cabinet de tableaux (collections de peintures de chevalet indépendantes sans lien avec la décoration d’une demeure) est constitué, dès 1516, par François Ier. Il fait venir d’Italie des artistes tels que Léonard de Vinci, Battista della Palla, Giovan Battista Puccini, Pietro Aretino, Andrea del Sarto… A son retour de captivité en Espagne (1527), les Etats généraux demandent au souverain de résider à Paris, ce qui lui déplaît fortement. Par chance, le château a été grandement endommagé par la guerre de Cent Ans et les travaux traînant, François Ier réside le plus souvent à Fontainebleau où il peut satisfaire son goût pour la chasse. 1528 : démolition du donjon pour libérer la cour du château. 1530-1536 : construction du quai du Louvre et pavement. Le roi reçoit au palais la reine Eléonore d’Autriche (1531), l’ambassadeur du Portugal (1535) et le roi d’Ecosse (1537). En 1539, Charles Quint est de passage dans la capitale et François Ier enrage de ne pas pouvoir l’héberger au Louvre. L’ère des châteaux forts étant passée, le souverain décide de transformer le vieux château en palais moderne dans l’esprit de la Renaissance italienne. Il sollicite Serlio dans un premier temps, mais le projet ne le satisfait pas. Le 2 août 1546, il adopte celui de Pierre Lescot, secondé par le sculpteur Jean Goujon. Une cour quadrangulaire formée par trois bâtiments en U, ouverts à l’est vers Paris, dont l’aile principale est percée au centre par un escalier monumental. Hélas, la mort de François 1er en 1547 interrompt les travaux. Son fils, Henri II, maintient Lescot comme architecte et fait reprendre le chantier de l’aile occidentale. A plusieurs reprises, le souverain fait modifier les plans initiaux. Par exemple, en 1549, le rez-de-chaussée est presque terminé quand Henri II exige l’aménagement d’une grande salle de réception. L’escalier central est repoussé à l’extrémité nord de l’aile (l’actuel escalier Henri II du musée) et une magnifique salle de 600 m² est créée (la salle des Caryatides). En 1550, le premier corps de bâtiment est terminé (la façade à gauche du pavillon de l’Horloge quand vous regardez en direction de la pyramide).

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Un rez-de-chaussée d’arcades encadrées de pilastres corinthiens, un étage de fenêtres hautes à pilastres composites, des petites fenêtres somptueusement sculptées en attique. Les trois avant-corps à fronton curviligne, celui du centre dominant légèrement, comportent entre les colonnes des niches garnies de statues. Les œils-de-bœuf qui ponctuent le dessus des portes sont accostés de ces figures de femmes à tuniques transparentes et frissonnantes dont Goujon avait le secret. Une frise d’enfants étendus et de guirlandes court sur l’entablement.

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Sur le fronton de l’avant-corps central, Jean Goujon avait sculpté deux Victoires ailées présentant la couronne royale surmontant trois fleurs de lys, elles-mêmes entourées du collier de l’ordre de Saint-Michel.

5.1.2Les Révolutionnaires s’attelèrent à faire disparaître ces insignes monarchiques : les fleurs de lys seront remplacées par le sigle « RF », surmonté d’un compas au lieu de la couronne royale. Les deux Victoires ailées présentaient, entrelacés de feuilles de chêne, un faisceau de licteur, symbole révolutionnaire.  Quant au collier de l’ordre de Saint-Michel, ils lui substituèrent un serpent qui se mord la queue. L’avènement du roi Louis XVIII rétablit les symboles royaux. Les fleurs de lys ne furent pas rétablies, les sculpteurs préférèrent apposer la lettre H, surmontée de la couronne royale. Par contre ils conservèrent le serpent. Le faisceau de licteur disparut et les feuilles de chêne restèrent.

Petite anecdote : sous le fronton à gauche, se situe une sculpture de Jean Goujon représentant le dieu romain Mars, accompagné d’un loup, son animal favori. L’artiste s’est tout simplement inspiré des traits du roi Henri II. Gageons que les Révolutionnaires n’auraient pas épargné l’homme s’il avait reconnu le souverain. Si réduite que soit la place occupée par cette façade dans l’ensemble du palais, c’est elle qui en constitue le noyau, c’est en se greffant sur elle, et en l’imitant, que les bâtiments se sont organisés.

Dans l’esprit de François 1er le nouveau Louvre devait s’inscrire dans les limites du château fort. Henri II voit plus loin et plus grand. La décision fut prise, sans doute à la fin de son règne, de quadrupler le palais (ce qui pouvait répondre au goût pour les fêtes et les divertissements qu’illustrèrent son époque). Lescot poursuit donc son œuvre en élevant le pavillon d’angle et, en retour, l’amorce du bâtiment méridional parallèle à la Seine. La décoration intérieure n’avait pas à jalouser celle des façades extérieures. Le rez-de-chaussée du bâtiment occidental est occupé par une grande salle de bal, la salle des Cariatides. N’oublions pas qu’à la fin du règne des Valois naissent les « ballets de cour » et les « divertissements ». La tribune des musiciens est portée par quatre hautes figures de femmes inspirées de l’Erechthéion. L’emploi de caryatides antiques comme colonne était une première en France. Goujon conçoit d’altières statues à l’antique, au visage impersonnel, architecturales avant tout.

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En face s’élève la tribune royale supportée par des colonnes. Un plafond de bois en partie doré coiffait la pièce. Cette salle superbe, qui accueille aujourd’hui les sculptures de la Renaissance appartenant au musée, a reçu des modifications sous l’Empire qui ajouta notamment une cheminée. Près de celle-ci se dressait le tribunal du roi, à l’époque, surélevé par cinq marches. En 1610, une effigie en cire d’Henri IV est exposée dans la pièce, afin de permettre aux Parisiens de rendre un dernier hommage au roi assassiné. Le 24 octobre 1658, Molière y joua pour la première fois devant Louis XIV.

Au Moyen Age, les escaliers étaient circulaires, étroits et assez sombres. L’escalier renaissance Henri II est large, à double volée droite, selon la mode italienne. Les voûtes du bel escalier, dit le Grand Degré, ont été conservées : sur les caissons le monogramme du roi (H) s’accouple avec les symboles de Diane, déesse de la chasse (têtes de cerfs et autres animaux, croissant de Diane), illustrant le loisir préféré du souverain, de feuilles de chêne et de rosaces, de figures humaines et d’animaux, d’écussons, de guirlandes. Les lieux conservent bien sûr leur fonction (unir la salle de réception du rez-de-chaussée aux appartements du roi, au premier étage), mais deviennent aussi un lieu d’apparat emprunté par les courtisans chaque jour. Le corps de logis fut complété sous la direction de Pierre Lescot après la mort de Henri II puis, lentement, sous les règnes de François II, Charles IX et Henri III.

Lescot poursuit donc son œuvre en élevant le pavillon d’angle et, en retour, l’amorce du bâtiment méridional parallèle à la Seine. Il entame ensuite la construction du pavillon du Roi, à la place de la tour d’angle qui liait la nouvelle aile Renaissance et l’aile méridionale, réservé aux appartements du souverain. Le pavillon s’élève sur quatre niveaux : au rez-de-chaussée, la salle du Conseil ; au premier étage, la chambre du roi ; au dernier niveau, un belvédère dominant la Seine. Tous les matins, les courtisans attendaient la fin de la cérémonie du lever du roi Henri II, ainsi que les musiciens, les tailleurs, les bonnetiers, les chaussetiers et les médecins dans l’antichambre (salle Henri II). Le roi y faisait patienter ses solliciteurs et parfois y donnait aussi des fêtes. Son aspect a complètement changé, lorsque Louis XIV réunit l’antichambre avec la garde-robe afin d’agrandir la salle. Le menuisier Francisque Scibec de Carpi et le sculpteur Etienne Carmov s’inspirèrent d’un dessin de Lescot pour réaliser le décor en bois sculpté et doré du plafond (cherchez le chiffre II). Louis XIV y apposa aussi sa marque avec le double L. Quant aux peintures, elles datent de 1953, quand Georges Braque dut remplacer celles abîmées.

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L’aile médiévale était celle de l’appartement des reines situé au premier étage. Il partait de la salle dite des Sept Cheminées, au milieu du corps de logis, et comprenait la salle des gardes, l’antichambre et le « grand cabinet », la chambre à coucher et le « petit cabinet ». Hélas les guerres de religion ralentissent les travaux et lors de la mort d’Henri II, l’aile méridionale, destinée aux appartements de la reine, est encore en chantier. Nonobstant, les travaux sont poursuivis par Lescot sous la régence de Catherine de Médicis.

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En 1559, la reine abandonne le palais des Tournelles, suite à la mort accidentelle de son époux. Ne se plaisant pas au Louvre, elle ordonne, en 1564, à Philibert de l’Orme (remplacé en 1570 par le concepteur du château d’Ecouen, Jean Bullant) l’édification d’un nouveau palais et d’un vaste jardin d’agrément, à l’emplacement d’anciennes tuileries. L’idée de relier les deux palais par une galerie de 470 mètres pouvait passer pour extravagante, pourtant elle deviendra le Grand Dessein poursuivi par les différents rois successeurs. Ce passage comportait d’abord un pont couvert sur le fossé partant du pavillon du roi, obliquait à angle droit par une Petite galerie où des arcades s’ouvraient sur une terrasse, puis longeait la Seine jusqu’à l’angle du château des Tuileries. Les travaux de la Petite galerie sont amorcés dès 1566. Cette Grande galerie était vraiment trop longue pour que la reine en vit autre chose que l’amorce. Durant les guerres de religion, le Louvre sert de résidence à la famille royale lors de ses séjours à Paris. Il est le témoin des noces de Marguerite de Valois (dite reine Margot) et d’Henri de Navarre (futur Henri IV), le 18 août 1572. Mariage qui ne parviendra pas à réconcilier les catholiques et les protestants, comme en témoigne le massacre de la Saint-Barthélemy du 24 août 1572. Le palais devient la demeure principale du roi de France à partir du règne d’Henri III (1574) et le restera jusqu’au déménagement de Louis XIV à Versailles en 1682.

 

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