L’arc de triomphe du Carrousel

Histoire 

La couronne impériale posée sur sa tête, Napoléon 1er rêve de transformer Paris en une nouvelle Rome, glorieuse et magnifique, admirée de tous. Par le biais de la pierre, il souhaite immortaliser le souvenir de ses conquêtes et de ses victoires. Victorieux à Austerlitz, l’empereur Napoléon 1er décide de se faire construire un arc impérial à l’entrée de son palais, les Tuileries, afin d’asseoir son pouvoir. Il demande, le 12 février 1806, aux l’architecte Pierre-François Léonard Fontaine et Charles Percier de lui en dessiner les plans. Les deux hommes s’inspirèrent des arcs de Septime Sévère et Constantin à Rome.

Les architectes remettent leurs dessins le 12 mars et les fondations sont coulées en avril. La première pierre est posée le 7 juillet. Dix-Neuf médailles, toutes à l’effigie de l’empereur, ainsi que quelques pièces de monnaies de l’époque, sont déposées par l’architecte Fontaine, sous la quatrième assise du pied droit, à droite, en entrant sous l’arc par la cour des Tuileries. Le 20 novembre, les colonnes de la façade est sont posées et le gros œuvre achevé le 26 avril 1807. En juin, l’empereur de retour de Friedland, défile sous les voûtes de l’arc avec sa garde.

Toutefois, il faudra attendre le 4 janvier 1808, pour assister à son inauguration par l’empereur, alors toujours en campagne. La décoration sculptée fut élaborée par Dominique Vivant Denon, directeur du musée Napoléon, entre juin et juillet 1806. Son exécution fut confiée à une quinzaine de sculpteurs. Celle-ci devait glorifier l’empereur et la Grande Armée, en évoquant la campagne militaire de 1805 et la capitulation d’Ulm le 20 octobre 1805. Les travaux furent terminés en août 1808. Le coût des travaux s’éleva à 1,4 millions de francs. Durant les bouleversements de 1815, l’arc fut mutilé. Les chevaux repartirent pour la place Saint-Marc de Venise, provoquant la destruction du char et la détérioration des deux allégories qui l’entouraient. Les bas-reliefs de la campagne de 1805 sont déposés. Les Bourbons revenant au pouvoir, décidèrent, dès 1823, d’orner les murs vides de bas-reliefs narrant la campagne d’Espagne menée sous le commandement du duc d’Angoulême. Les sculpteurs mirent tant de temps que les œuvres n’étaient toujours pas achevées lors de la chute du régime en 1830. Seul le groupe sommital fut reformé entre 1826 et 1828. Quatre nouveaux chevaux y prirent place, tirant le char de la Restauration. Lors des Journées de juillet, l’arc subit encore quelques petites mutilations et les bas-reliefs napoléoniens revinrent à leur place. Le 10 septembre 1888, l’architecte Edmond Guillaume le fit classer aux Monuments historiques et demanda sa restauration. Demande longtemps différée faute d’accord et d’argent. Bien que commençant à s’effriter, il fallut attendre 1930-1933 pour assister à sa restauration sur les ordres de l’architecte Albert Ferran, et selon le projet de son prédécesseur Camille Lefèvre. Le chantier s’ouvrit grâce au mécénat d’un Américain, Thomas Cochran (500 000 francs) et de Paul Marmottan, grand admirateur du Premier Empire.

Il faut savoir qu’à l’époque, Napoléon s’était montré très insatisfait de ce monument. Il le trouvait médiocre comparé à celui bâti par Louis XIV à la porte Saint-Denis. Le château des Tuileries disparu, il peut paraître perdu sur la grande place. Pourtant, il offre aux promeneurs une perspective incroyable vers l’Obélisque de la place de la Concorde, les Champs-Elysées et son grand frère place de l’Etoile.

Architecture 

L’édifice est tétrapyle, c’est-à-dire qu’il comporte des entrées sur chacune de ses quatre faces et fait référence aux arcs de triomphe de l’empire romain. Celui de Septime Sévère mesure 25 mètres de large sur 23 mètres de hauteur, tandis que celui de Constantin mesure 21,10 mètres de haut, 25,7 mètres de large et 7,4 mètres de profondeur. L’arc du Carrousel s’avère un peu plus petit : 19,60 mètres de large, 6,65 mètres de profondeur pour une hauteur de 14,60 mètres. Il ne diffère pas seulement par ses dimensions mais également par sa décoration.

Les bas-reliefs 

Les six bas-reliefs en marbre blanc furent dessinés par Charles Meunier et les sujets choisis par Vivant Denon. Côté Louvre, on peut voir La Capitulation d’Ulm par Cartellier et La bataille d’Austerlitz par Espercieux. Rue de Rivoli : L’entrée de l’armée française à Munich et Napoléon ramenant le roi de Bavière par Clodion. Jardin des Tuileries : L’entrée à Vienne par Deseine et l’Entrevue de Tilsit par Ramey. Côté Seine : La Paix de Presbourg par Lesueur.

Les statues 

Huit colonnes de marbre rouge du Languedoc (provenant du château vieux de Meudon), surmontées d’un chapiteau en bronze à corbeille corinthienne, ornent les deux faces principales et soutiennent un entablement en ressaut sur lequel sont placées autant de statues pédestres, représentant les différentes armes qui composaient l’armée française, la cavalerie et l’infanterie. Côté Louvre, de gauche à droite, un cuirassier, par Taunay, un dragon, par Corbet, un chasseur à cheval, par Faucou, et un grenadier à cheval, par Chinard. Côté Tuileries, toujours de gauche à droite, un grenadier, par Dardel, un carabinier, par Antoine Mouton, un canonnier, par Bridan, et un sapeur, par Dumont (qui aurait pris Mariole pour modèle, un soldat réputé pour sa force). Cette série de statues est intéressante par la précision des uniformes et la vérité des attitudes, à une époque où prévalaient la nudité et l’idéalisation antique, reprise dans l’architecture en soi du monument. Les tympans des petites arcades sont ornés d’un décor d’équipement militaire.

La frise

Sur les frontispices de la frise en marbre griotte d’Italie, on peut y lire diverses inscriptions.

Façade Est :
L’armée française embarquée à Boulogne menaçait l’Angleterre
Une troisième coalition éclate sur le continent
Les Français volent de l’océan au Danube
La Bavière est délivrée, l’armée autrichienne prisonnière à Ulm
Napoléon entre dans Vienne, il triomphe à Austerlitz
En moins de cent jours, la coalition est dissoute

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Façade Sud :
Honneur à la grande armée
Victorieuse à Austerlitz
En Moravie
Le 2 décembre 1805 jour anniversaire
Du couronnement de Napoléon

Façade Ouest :
A la voix du vainqueur d’Austerlitz
L’empire d’Allemagne tombe
La confédération du Rhin commence
Les royaumes de Bavière et de Wurtemberg sont créés
Venise est réunie à la couronne de fer
L’Italie entière se range sous les lois de son libérateur

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Façade Nord :
Maître des Etats de son ennemi
Napoléon les lui rend
Il signe la paix le 27 décembre 1805
Dans la capitale de la Hongrie
Occupée par son armée victorieuse

Le quadrige 

Floréal An V de la République. C’est la campagne d’Italie. Cette dernière, vaincue, tombe aux mains de Bonaparte. Les Français entrent dans Venise, qui, par le 5e article secret du traité de paix du 15 mai 1797, s’est engagée à céder « vingt tableaux et cinq cent manuscrits ». Loin de s’en contenter, Napoléon s’empare des deux plus fameux trésors vénitiens, le lion de Saint-Marc et quatre chevaux en bronze doré, placés au-dessus du portail central de la basilique. Sculptés par Lysippe sous Alexandre le Grand à l’époque hellénistique, ils ornaient à Corinthe le temple du Soleil. Une première fois kidnappés au Ve siècle par l’empereur Théodose, ils rejoignent Constantinople, capitale de l’empire byzantin, afin d’en décorer l’hippodrome. En 1204, les croisés entrent dans Constantinople et la pillent. Les Vénitiens ravissent à leur tour les chevaux et les installent sur la façade de la basilique Saint-Marc, comme un trophée de guerre, en témoignage d’une éclatante supériorité sur l’Orient. C’est là que Bonaparte vient les chercher en mai 1797. Ils sont expédiés en grande pompe à Paris, où une cérémonie particulière les y accueille. Avant de coiffer le sommet de l’arc du Carrousel, les chevaux trôneront pendant six mois en haut de l’esplanade des Invalides, dormiront quelques années dans un dépôt, et accueilleront les visiteurs du haut des grilles du château des Tuileries.

venise

A l’origine, le groupe sommital se composait des quatre chevaux de bronze tirant un char conduit par l’empereur, escorté par les allégories de la Paix et de la Guerre. Ce char était dirigé par un Napoléon victorieux commandé par Vivant Denon au sculpteur François Lemot. L’empereur apparaissait drapé dans un ample manteau brodé des abeilles impériales. Il portait le grand collier de la légion d’honneur et tenait de sa main droite un sceptre surmonté de l’aigle de l’Empire. La statue, réalisée en plomb, ne surmonta l’arc que peu de temps car Napoléon, la jugeant indécente, ordonna que la statue soit descendue : « Ce n’est pas à moi, mais aux autres à me faire des statues. Que le char avec les Victoires soit achevé, mais qu’il reste vide ». Les Parisiens assistèrent, sans en connaitre la raison, à la descente de la statue de l’empereur. Un nettoyage ou une réfection sans doute. Ne le voyant pas revenir, un jeu de mot circulera à son sujet, faisant sourire le Tout-Paris : « le char l’attend… ». La statue trouva refuge à Versailles, puis dans les jardins du château de Malmaison, ensuite à Fontainebleau, avant de revenir au Louvre, où il est possible de l’admirer aujourd’hui.

Après la défaite de Waterloo, en 1815, et l’instauration de la Restauration, la France rendit le quadrige aux Autrichiens qui la rapportèrent à la cité des doges. Le sommet de l’arc restera vide de 1815 à 1828. Le 4 novembre 1828, le roi Charles X inaugure un nouveau quadrige en bronze, du sculpteur François Joseph Bosio qui remplace et rappelle la composition d’origine. Une effigie de la Restauration est placée dans le char.

quadrige

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