Le pont des Arts

La passerelle des Arts relie les quais Malaquais et de Conti au niveau de l’Institut de France, dans le 6e arrondissement de Paris, aux quais François Mitterrand et du Louvre au niveau de la Cour Carrée du palais du Louvre, dans le 1er arrondissement. Elle doit son nom à une ancienne appellation du Louvre : le palais des Arts.

Histoire

Entre 1801 et 1804, une passerelle de huit arches en fonte, réservée aux piétons, est construite à l’emplacement de l’actuel pont des Arts. Il est le premier pont métallique de la capitale. Cette innovation est née de la collaboration du premier Consul Napoléon Bonaparte et du directeur des Ponts de Paris, Jean-Baptiste Launay (également fondeur). Les ingénieurs Louis Alexandre Cessart, doyen des inspecteurs des Ponts et Chaussées, avec son élève Jacques Vincent de Lacroix Dillon imaginèrent un pont surélevé par rapport aux quais, ressemblant à un jardin suspendu avec des arbustes, des fleurs et des bancs. Le succès est immédiat et 60 000 promeneurs arpentèrent son tablier en bois le jour de l’ouverture. En 1852, le quai de Conti est élargi ; les deux arches de la rive gauche sont réunies en une seule. A cette époque, le pont était soumis à un droit de péage.

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Le 12 avril 1943, le corps du général Mordacq est retrouvé sous le pont des Arts. Le rapport de police, raturé et censuré, note qu’il est parvenu vivant à l’Hôtel-Dieu et qu’il n’avait aucun papier sur lui. Il décède quelques heures plus tard avant d’être reconnu par sa famille. Dès le lendemain, la radio allemande annonce son suicide, information reprise par les journaux collaborationnistes. Le rapport d’autopsie est bien évidemment lui aussi censuré. Le général est enterré quatre jours plus tard au cimetière de Montparnasse.

En 1976, un rapport de l’inspecteur général des Ponts et Chaussées note la fragilité du pont, principalement due aux bombardements des deux guerres mondiales et à plusieurs collisions de bateaux en 1961 et 1970. La passerelle est fermée à la circulation en 1977 et s’effondre sur 60 mètres en 1979 lors d’un carambolage avec une barge.

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Le pont est démonté en 1980 dont quatre arches sont récupérées par la ville de Nogent-sur-Marne. Entre 1981 et 1984, un nouveau pont, sur le même dessin que le précédent, est reconstruit par Louis Arretche. Petite exception, l’ouvrage comporte sept arches au lieu des huit préalables.

Long de 155 mètres, large de 9,80 mètres, il se compose de sept piles en maçonnerie sur lesquelles reposent les arcs métalliques. Le tablier est en bois d’azobé. La passerelle est inaugurée le 27 juin 1984 par le maire de Paris, Jacques Chirac. Son apparence est loin du jardin suspendu d’autrefois, seuls quelques bancs sont revenus. Le pont des Arts est inscrit aux Monuments historiques depuis le 17 mars 1985.

Les cadenas d’amour

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Le pont des Arts est devenu célèbre dans le monde entier pour ses cadenas. La tradition était de venir accrocher un cadenas au parapet grillagé du pont afin d’assurer longévité au couple. Cette pratique a commencé en 2008 et s’est étendue à la passerelle Léopold Sédar Senghor, au pont de l’Archevêché et à la passerelle Simone de Beauvoir. L’origine de cette pratique reste mystérieuse. En Chine, les jeunes mariées accrochent des cadenas au sommet d’une montagne sacrée afin de leur rendre leur union heureuse. Les cadenas d’amour sont même devenus aujourd’hui une attraction touristique.

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Fin mai 2014, un étudiant parisien s’est amusé à les photographier un par un et a posté les 40 000 clichés sur un site Internet afin de rendre possible leur identification. Rapidement l’accumulation de ces cadenas a provoqué de vives polémiques. Certains accusent les amoureux de dégrader le patrimoine historique de la ville, d’autres les trouvent tout simplement inesthétiques, ou encore évoquent la pollution de la Seine par les clés qui y sont jetées et la dégradation du pont sous le poids de ces marques d’affection. La mairie jouait la sourde oreille jusqu’à l’été 2013. Elle reconnut que l’accumulation des cadenas fragilisait les parapets du pont. Dans un premier temps, il est prévu de retirer seulement une partie des cadenas. Les experts de la mairie estiment le poids des accessoires à 40 tonnes au printemps 2014, tandis que les détracteurs avaient évalué leur poids à 93 tonnes. Néanmoins les experts réfutent l’idée de voir le pont ou les parapets s’écrouler. Pierre Engel, docteur en ingénierie et professeur à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Val de Seine déclara à ce sujet le 13 octobre 2014 : « la structure du pont est en acier, les cadenas n’affectent en rien sa stabilité, si les grilles s’effondrent sous le poids des cadenas c’est qu’elles ne sont pas assez solides, le pont l’est bien assez, lui ». En février 2014, la mairie du 6e arrondissement critique l’aspect inesthétique de l’ouvrage, situé face au Louvre et à l’Institut, au point de contrôler la vente des cadenas dans le secteur. Les services de la mairie retirèrent certaines parcelles du grillage, dégradée par le poids de ses occupants.

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Par exemple, une parcelle de 520 kg fut ôtée en avril 2014. Le 8 juin 2014, une parcelle du grillage se décrocha, relançant les polémiques, alimentées par les médias. 37 grilles, supportant chacune près d’une demie-tonne de cadenas, sont retirées et les touristes invités à ne plus en accrocher.

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Le couperet tombe en septembre 2014, la mairie de Paris interdit la pratique et les cadenas sont tous retirés le 1er juin 2015. Des panneaux de bois recouvrent les rambardes, décorées de graffitis (ou street-art).

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Aujourd’hui des rambardes vitrées remplacent les barrières métalliques afin d’éviter un retour de ses anciens occupants.

Le pont et les arts

Le pont des Arts a inspiré les écrivains, les poètes, les peintres mais aussi les réalisateurs. Dans le film Boudu sauvé des eaux (1932) Michel Simon tente de se suicider en sautant du pont des Arts. Dans les Biches (1968) de Claude Chabrol, Frédérique et Why se rencontrent sur ce pont. Dans Insaisissables (2013), Mélanie Laurent et Mark Ruffalo viennent accrocher un cadenas sur le pont des Arts à la fin du film. La passerelle est également visible dans Paris nous appartient (1961), le Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) de Jean-Pierre Jeunet, la Mémoire dans la peau (2002) avec Matt Damon, le Diable s’habille en Prada (2006), From Paris with Love (2010) avec John Travolta… Le pont sert aussi de décor à des publicités (le parfum Trésor de Lancôme en 2007, avec Kate Winslet), à des séries télévisées (saison 4 de Gossip Girl en 2010) ou des ballets (la première et la dernière scène du ballet Interlude du compositeur Jean-Paul Penin en 2015).

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