Saint-Germain l’Auxerrois

L’église Saint-Germain l’Auxerrois est située sur l’actuelle place du Louvre, près de la mairie du Premier arrondissement de Paris. Elle doit son vocable à saint Germain, évêque d’Auxerre. Jusqu’à la Révolution de 1789, elle était surnommée la paroisse des artistes, le « Saint-Denis du génie et de l’du talent » car entre 1608 et 1806, l’église accueillit la dépouille de nombreux artistes du Louvre. Parmi ses locataires, nous comptons : des poètes (Jodelle, Malherbe), des peintres (Boucher, Coypel, Restout, Chardin), des sculpteurs (Coysevox, les deux Coustou, Sarrazin, Desjardins), des architectes (Lemercier, Le Vau, Soufflot, d’Orbay, Robert de Cotte, Gabriel) et un dessinateur (Sylvestre). Seul le souvenir de ces sépultures a survécu.

La place du Louvre

La prestigieuse colonnade du Louvre ne pouvait pas continuer d’observer un carrefour étriqué, il lui fallait une place dégagée à son image. Quarante projets voient le jour entre 1660 et 1848 pour glorifier l’entrée du palais. La majorité prévoyait une place monumentale d’où une large avenue conduirait vers l’Hôtel de Ville (l’avenue Victoria en est un prémices).  Conséquence, l’église Saint-Germain l’Auxerrois devait être détruite. Par bonheur, ces projets ne furent pas réalisés. Le quartier étant fortement peuplé, le rachat des maisons se serait avéré très onéreux. Les projets sont dépoussiérés sous le Second Empire, secondés par la loi d’expropriation voté par l’empereur. L’église est à nouveau menacée de démolition et Haussmann s’y oppose. N’y voyez pas là un acte héroïque ou un souci artistique, non rien de cela n’a dicté la conduite du baron. Cette décision fut politique. Haussmann est protestant et le carillon de l’église Saint-Germain l’Auxerrois représente le symbole de la Saint-Barthélemy. En le rasant, il effacerait ce souvenir pénible mais surtout il a peur d’être accusé de vengeance. Il précise dans ses Mémoires : « Je n’ai pas le culte des vieilles pierres, lorsqu’elles ne sont pas animées d’un souffle artistique, mais Saint-Germain l’Auxerrois rappelle une date que j’exècre, comme protestant, et que par cela même je ne me sens pas libre de l’effacer du sol parisien, comme Préfet. Personne au monde ne voudrait y voir autre chose qu’une revanche de la saint Barthelemy ». Oublié l’axe Louvre-Hôtel de Ville, demeurée l’église Saint-Germain l’Auxerrois et rasées les maisons insalubres.

Histoire

L’existence d’un premier lieu de culte chrétien, à cet emplacement, est attesté dès l’époque mérovingienne (VIIe siècle). Des sarcophages en plâtre datant de cette époque furent retrouvés en 1898. Le roi Chilpéric 1er (roi des Francs) ordonna au VIe siècle la construction d’une église, à l’emplacement d’une chapelle, édifiée en 540, pour le roi Childebert 1er et sa femme Ultrogothe, afin d’y recevoir le tombeau de saint Germain. Le roi meurt assassiné en 584, les travaux étant inachevés. Présentant un plan circulaire, peut-être inspiré de celui du Saint-Sépulcre, l’église prit le nom de Saint-Germain-le-Rond. Elle se composait d’une rotonde circulaire, d’un cloître et de fossés, réalisés sous l’épiscopat de l’évêque Germain de Paris au VIe siècle. Des traces de ces fossés furent retrouvés dans la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. Selon la légende, saint Landry, le cinquième évêque de Paris, aurait participé à la fondation de l’église. A sa mort (655-656), son corps aurait été inhumé dans l’église, faisant de cette dernière un lieu de pèlerinage important. Les fresques d’une des chapelles du déambulatoire rappellent les épisodes de la vie du saint. Le 25 juillet 754, sous le règne de Pépin le Bref, le corps de saint Germain est translaté de la petite chapelle de Saint-Symphorien dans le chœur de l’église Saint-Germain. La première église est détruite lors des invasions normandes de 885-886. Elle est rebâtie au XIe siècle, sous Robert II le Pieux et prend le vocable de Saint-Germain l’Auxerrois. Nom commémorant la rencontre entre l’évêque saint Germain d’Auxerre et la sainte patronne de Paris sainte Geneviève, au Ve siècle.

germain100Le XIIe siècle voit la naissance du clocher dont ne subsiste aujourd’hui que la base romane. Elle était dominée d’une flèche, abattue vers 1754 et remplacée par la balustrade actuelle. L’église est à nouveau reconstruite au XIIIe siècle, sous Philippe IV le Bel. Sont édifiés le portail occidental, le chœur et la chapelle de la Vierge. La chapelle est reconstruite au XVe siècle et se dote du porche actuel. Saint-Germain l’Auxerrois devient l’église attitrée de la famille royale, après l’installation des Valois au palais du Louvre, au XIVe siècle. Sous l’Ancien Régime, l’église se voit associée à l’épisode tragique de la Saint-Barthélemy. De son clocher retentit, dans la nuit du 24 août 1572, la sonnerie déclenchant le massacre des huguenots, répétée, de l’autre côté de la Seine, par la cloche de la Tour de l’Horloge du palais de Justice. Pour information, au XVIe siècle, il était conforme aux règles de sonner les cloches des églises à minuit le soir de la saint Barthélemy. Ce tocsin fut mis à profit pour indiquer l’heure du début du massacre ; les cloches n’ayant en aucun cas sonnées exprès pour déclencher ce dernier. Une des cloches, nommée Marie, datant de 1527, existe toujours. L’église fut aussi le témoin du mariage de Molière et d’Armande Béjart, le 20 février 1662. Les mutilations débutèrent au XVIIIe siècle. Pour gagner de la luminosité, les vitraux sont remplacés par du verre blanc en 1728. En 1745, le jubé de Lescot est détruit lors de l’union du chapitre de Saint-Germain l’Auxerrois avec celui de la cathédrale Notre-Dame, afin d’agrandir le chœur. Les chanoines demandent, en 1756, à l’architecte Claude Bacarit et au sculpteur Louis Claude Vassé de moderniser le chœur de l’église. Plans approuvés par l’Académie d’architecture. Les colonnes sont alors cannelées, les chapiteaux dotés de têtes d’anges sculptées, les ogives des voûtes sont arrondies en plein cintre, la flèche de pierre et les quatre clochetons surmontant le clocher sont abattus. Au début de la Révolution, après le retour forcé de la famille royale de Versailles aux Tuileries, le futur Louis XVII y fait sa Première communion. Dès 1793, l’église est fermée au culte et vidée de son contenu, avant d’être convertie en magasin de fourrage, en imprimerie, en poste de police, en fabrique de salpêtre. Le culte théophilanthropique y est même célébré en 1795 sous le nom de Temple de la Reconnaissance. L’édifice retrouve sa vocation catholique en 1802. germain101Le 13 février 1831, une messe funèbre, commémorant l’assassinat du duc de Berry le 13 février 1820, est célébrée à Saint-Germain. Les émeutiers, favorables à la Monarchie de Juillet, y voit une provocation et dévastent l’église. Les dégradations étant importantes, l’édifice est fermé et sa destruction revient sur le tapis. Pour la protéger, le maire de l’arrondissement fait inscrire sur la façade de l’église : « Mairie du 4e arrondissement ». Elle servit quelques temps d’entrepôt à une fabrique de ballons. Commence alors un grand travail de restauration, dirigés par Jean Baptiste Antoine Lassus et Victor Baltard. Les travaux sont financés en grande partie par le curé de l’époque, l’abbé Jean-Baptiste Demerson. Il est représenté sur une fresque, au-dessus de l’ancienne porte de la sacristie, plaçant l’église sous la protection de saint Germain et de saint Vincent. Le bâtiment est rendu au culte catholique six ans plus tard, le 13 mai 1837 ; la messe d’ouverture étant célébrée sous la présidence de monseigneur de Quélen, archevêque de Paris. Entre 1840 et 1865, l’église est redécorée pour pallier aux disparitions et destructions : de nouveaux vitraux sont installés dans les chapelles (œuvres du maréchal de Metz, Vigné, Etienne Thévenot et Antoine Lusson), une verrière est installée dans la chapelle d’axe (ses panneaux narrant la vie du Christ), des tableaux sont achetés par les marguilliers.

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Voulant apporter un vis-à-vis équilibré à la colonnade du Louvre, le baron Haussmann demande à l’architecte Jacques Hittorff de construire un bâtiment s’inspirant de l’édifice religieux pour abriter la mairie du 1er arrondissement. L’architecte reprend la façade principale avec son porche surmonté d’une rosace. Entre les deux édifices, Théodore Ballu bâtit un beffroi de style gothique flamboyant, entre 1858 et 1863. Beffroi souvent confondu avec le clocher de l’église. En 1912, l’élargissement de la rue des Prêtres-Saint-Germain l’Auxerrois provoqua une modification de la face sud de l’église. En 1993, l’archevêque Jean-Marie Lustiger fait expulser les intégristes occupant l’église. Depuis 2007, la forme extraordinaire du rite romain de l’Eglise catholique selon le missel de 1962 y est célébrée, conjointement à la forme ordinaire du rite romain.

La façade ouest

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Une corniche à balustrade de pierre encercle l’église, surmontée sur la façade principale, par une grande rose ouvragée, flanquée de deux tourelles d’escalier octogonales. Au sommet du fronton triangulaire, percé par un oculus, domine la statue de saint Michel, archange du Jugement dernier.

germain104Le porche, richement orné de pinacles, a été construit sous la domination anglaise, entre 1431 et 1439, par le maître-maçon Jean Gaussel, dans le style gothique flamboyant bourguignon, avec celui de la Sainte-Chapelle. Ils sont uniques à Paris. Des cinq arcades en arc brisé, les trois arcades centrales sont les plus hautes. Leurs voûtes sont dotées de clefs pendantes représentant, à gauche, l’Adoration des mages ; au centre, des Evangélistes ; à droite, la Cène.

Quant à la statuaire, elle fut remplacée au XIXe siècle, à l’exception de saint François d’Assise et sainte Marie l’égyptienne, datant du XVIe siècle. Bien que celle visible aujourd’hui soit un moulage, l’originale (fragile) est exposée dans la chapelle de la Vierge. Les autres statues furent commandées en 1841 à Louis Desprez. A l’étage du porche sont aménagées deux salles : les archives et le conseil de la paroisse.

Derrière le porche vient le portail central, du XIIIe siècle. Les sculptures des trois cordons des voussures illustrent les Vierges folles et les Vierges sages, les Apôtres, et les élus et les damnés. Au tympan était représenté le Jugement dernier. En 1710, le trumeau et le tympan sont détruits pour permettre le passage du dais processionnel du Saint-Sacrement. En 1842, Victor Mottez exécuta une grande fresque sur le nouveau tympan qui elle-même, très abimée, fut recouverte d’un badigeon en 1967. Hélas la fresque du tympan ne résiste pas au climat parisien (ou à la pollution) et est de nouveau invisible. Quant à la statue de saint Germain datant du XIIIe siècle, elle a été retrouvée en 1950 dans un caveau de l’église et elle est exposée dans la chapelle de la Vierge.

Les statues des piédroits, restaurées en 1840, représentent des personnages de l’Ancien testament et des saints : à gauche, le diacre Vincent, la reine Ultrogothe et le roi Childebert 1er ; à droite, saint Germain, sainte Geneviève (elle tient un cierge qu’un diable s’amusent à éteindre) et un ange. Sur le trumeau de la porte centrale, trône une Vierge à l’enfant du XIXe siècle.

Nef et collatéraux

1570 vit naître également le portail donnant accès au cloître canonial. Les dons des paroissiens financèrent également l’embellissement de l’église : sculptures, tableaux, mobilier liturgique, voire habit clérical.

L’église mesure 79 mètres de long sur 41 mètres de large, pour 19,50 mètres de haut (au vaisseau central). Son plan accuse une légère déviation du chœur vers le nord. La nef se divise en quatre travées de style gothique flamboyant et elle est flanquée de doubles collatéraux à chapelles. Elle présente deux niveaux d’élévations ; au premier, des grandes arcades en arc brisé reposent sur des piliers circulaires, tandis que le deuxième laisse entrer la lumière via ses grandes baies à cinq lancettes voûtées d’ogives quadripartite. Elle date du XIIIe siècle, mais fut reconstruite entre 1420 et 1425 à la demande des paroissiens. Afin de financer ces projets, les paroissiens faisaient une offrande (plus ou moins conséquente selon l’aisance matérielle du donateur) au conseil de Fabrique, géré par les marguilliers (des laïcs). Les revenus ordinaires de la paroisse complétaient ces dons. Les vitraux ont été remplacés par du verre blanc en 1728 afin d’apporter plus de lumière à l’édifice. En 1767, des grilles en fer forgée, du serrurier Pierre Dumiez, sépare la nef et le chœur.

 

Au sud, le deuxième collatéral est formé d’une chapelle unique : la chapelle de la Vierge. Elle correspond à l’union de quatre anciennes chapelles du XVIe siècle. Elle est isolée du bas-côté sud par une boiserie et d’être décalée de l’axe central de l’église. Le vitrail de la Passion posé en 1839 est un vitrail historiciste, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un vitrail s’inspirant dans sa composition et son iconographie des verrières antérieures et des manuscrits. Il se compose de petites scènes juxtaposées, inscrites dans des médaillons à fond rouge ou bleu. Entre 1844 et 1845, le peintre Eugène Amaury Duval, élève d’Ingres, décore le mur du fond d’une représentation du Couronnement de la sainte Vierge. La chapelle possède également de nombreuses œuvres d’art comme la statue originale en pierre de sainte Marie l’Egyptienne, autrefois sous le porche, la statue de saint Germain du XIIIe siècle (celle de l’ancien trumeau), ainsi qu’une statue, du XVe siècle, de Marie, reine du Ciel, avec sa couronne et son habit bleu, trônant au milieu de la fresque.

En face, le collatéral a conservé ses quatre chapelles : Notre-Dame de la Compassion, celle de sainte Madeleine, saint Jean-Baptiste et les fonts baptismaux, dite de saint Michel. Les collatéraux sont éclairés par des baies à trois lancettes, dont les vitraux (1844-1847) sont l’œuvre des maîtres-verriers Maréchal et Gugnon. La chapelle de la Vierge se dote de personnages de l’Ancien Testament, tandis que les autres chapelles sont pourvues de personnages du Nouveau Testament. Un monumental retable flamand en bois verni, datant du début du XVe siècle, se trouve dans la chapelle Notre-Dame de la Compassion. Il fut offert par le comte de Montalivet, ministre de Louis-Philippe. Le premier registre est scindé en cinq scènes : le Mariage de la Vierge, la Naissance du Christ, le songe de Jessé, l’Adoration des mages et la Présentation au temple. Le registre supérieur représente la Montée au Calvaire, la Crucifixion et la Descente de croix.

germain127Dans la quatrième travée de la nef, nous pouvons voir le banc d’œuvre, surmonté d’un dais, en bois sculpté. Œuvre de Mercier (d’après des dessins de Perrault et Lebrun), il était réservé à Louis XIV et la famille royale. Ils contribuèrent à l’enrichissement de l’église et l’œil averti pourra y déceler quelques vestiges de leur présence : le blason à fleur de lys avec la crosse de saint Germain et la palme de martyre de saint Vincent ou les fleurs de lys sur les draperies. Mutilé lors de l’insurrection de 1831, il fut restauré sous Louis-Philippe. A son revers était accolé un grand triptyque anversois peint et sculpté, datant des années 1540. En face, une chaire de 1684, dessinée par Lebrun.

germain132Vers 1541, les chanoines font élaborer un jubé, selon les plans de Pierre Lescot, à l’entrée du chœur pour séparer ce dernier de la nef. Il était sculpté en marbre blanc, doté de deux autels latéraux et orné de plusieurs bas-reliefs du sculpteur Jean Goujon (dont une Déposition du Christ conservée au musée du Louvre et les quatre Evangélistes). Si vous souhaitez voir ce jubé, détruit en 1745, deux images existent ; l’une est conservée à l’Ecole des Beaux-Arts et l’autre au département des estampes de la BNF.

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Transepts

Le transept est peu saillant. Le bras nord du transept est l’œuvre de Jean Moreau et Louis Poireau, tandis que le bras sud fut créé par Louis Poireau. Les vitraux étaient l’œuvre de Jean Chastelain. Jusqu’en 2009, les transepts nord et sud conservèrent une grande partie de leurs vitraux du XVIe siècle. Hélas, l’atelier chargé de leur restauration pris feu, entrainant dans sa chute les verrières.

germain134-st-vincentAu nord, nous pouvions admirer des scènes de la Passion, de martyres des saints et de la vie du Christ, ainsi qu’une Cour céleste dans la rose de la façade. Au sud, une Pentecôte (rose) et l’Incrédulité de saint Thomas exécutées par Jean Chastelain sur des cartons de Noël Bellemare, datant de 1532 et 1533, ainsi que le Père éternel et une Assomption de la Vierge (1534-1535).

Chœur, déambulatoire et chapelles

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Le chœur est la partie la plus ancienne de l’église (XVe siècle), même s’il subit quelques modifications au XVIIIe siècle comme les cannelures sur ses piliers. Il est doté de cinq travées à voûtes barlongues et de grandes baies à une ou deux lancettes. Le chœur se termine par un chevet semi-circulaire avec un déambulatoire parfois double ainsi que des chapelles rayonnantes. Faute de place (présence de la rue de l’Arbre-Sec), le second déambulatoire a été supprimé et remplacé par des chapelles. L’église se termine par une abside avec un mur plat.

A l’entrée du déambulatoire sud, figure une inscription sur la face interne du pilier de la tour carrée rappelant le vœu de Willette relatif à la messe célébrée chaque mercredi des Cendres pour les artistes devant mourir dans l’année. Entre le chœur et le déambulatoire se trouve un retable, triptyque marial, œuvre de l’Ecole française du XVIe siècle datée entre 1510 et 1530. Confisqué à la Révolution, il est dans un premier temps vendu puis la paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois l’achète en 1831 lors des travaux de restauration. Toutefois en l’état actuel, ce retable incomplet n’a pas retrouvé son état d’origine. Il s’agit d’un triptyque dont les volets sont peints tandis que la caisse comporte un ensemble sculpté en bois polychrome. Les parties peintes représentent la Vierge (registre inférieur) et le péché originel (registre supérieur). Au-dessus de la porte de la sacristie, on peut admirer une fresque de saint Martin à cheval tranchant son manteau pour en donner la moitié à un pauvre, œuvre de Victor Mottez. Après le transept nord, le long du chœur, viennent les chapelles de saint Louis (celle comportant le Saint-Sacrement), de saint Vincent de Paul, de saint Charles Borromée et enfin celle commune de saint Denys, saint Rustique et saint Eleuthère. Autour du chœur rayonnent cinq chapelles : sainte Geneviève, saint Germain Saint Vincent, celle du Tombeau, de la Bonne mort et de saint Landry.

La chapelle des Saints-Patrons (Germain et Vincent) posséda dans le passé de nombreuses sépultures. Dont celui réservé aux personnes ayant payé pour pouvoir être inhumé dans l’église. De nombreux cercueils furent retrouvés lors des travaux de restauration de la chapelle en 1841. Elle recèle dans une niche un mausolée-cénotaphe de la famille des marquis de Rostaing. Ce dernier se trouvait initialement dans l’église des Feuillants, rue Saint-Honoré, avant d’être transféré, à la Révolution, mutilé au musée des Monuments français. Il revint à Saint-Germain en 1824 mais dans une autre chapelle. Le cénotaphe est l’œuvre de Michel 1er Bourdin et fut commandé en 1659. Il illustre deux orants à genoux, Tristan de Rostaing (mort en 1591), premier gentilhomme de la Chambre du roi, et son fils Charles (mort en 1660).

La chapelle du Tombeau (ou chapelle du Calvaire) fut fondée en 1505 par Jehan Tronson, riche marchand drapier qui orna l’extérieur de l’église d’une frise de morceaux de carpes. Les membres de la famille y furent inhumés. Elle devint le siège de la confrérie des drapiers qui y tenaient leurs réunions corporatives et célébraient des messes. Lors de saccage de 1831, les sépultures furent profanées. La chapelle fut peinte et décorée à l’antique par Auguste Couder. Les vitrés, signés par Etienne Thevenot, s’inspirent de ceux de la Sainte-Chapelle. L’autel de style Louis XVI date de 1840. En pierre de Conflans, il comprend un Christ gisant dont l’origine est incertaine, peut-être un reste d’un ensemble de l’Ecole française du XVIe siècle repris par Fouginet au XIXe siècle.

La chapelle de la Bonne Mort fut remaniée en 1841. Elle abrite des vitraux de Thévenot datant de 1859. A droite, un saint Pierre, pieds nus, la tête auréolé, croisant sur sa poitrine ses deux clés. Au centre, dans quatre compartiments, saint Joseph, la Vierge, le Christ et saint Michel. A gauche, c’est saint Tobie portant un pot d’aromates et menu d’une bèche. Saint Tobie est le saint des sépultures, le patron des fossoyeurs.

La chapelle saint Landry fut bâtie entre 1521 et 1522. Elle est cédée à Etienne d’Aligre en 1634 et devient la chapelle et le lieu de sépulture de sa famille. En 1817, Louis XVIII y fait déposer le cœur de Joseph Hyacinthe François de Paule de Rigaud, comte de Vaudreuil, grand fauconnier, dont le corps se trouve dans la sépulture familiale au cimetière du Calvaire. La décoration date des années 18436-1845. Les fresques murales, peintes à l’huile, sont l’œuvre de Joseph Guichard et raconte la vie de saint Landry. On y trouve un autel avec un retable néo-gothique du même artiste. La chapelle contient deux statues funéraires du XVIIe siècle, celles d’Etienne d’Aligre père et fils, par Laurent Magnier, tous deux chanceliers de France. Ces statues séjournèrent quelques temps parmi les collections du musée des monuments français d’Alexandre Lenoir avant de revenir à Saint-Germain. Elles ont été restaurées par Louis-Denis Caillouette vers 1838.

Les grandes orgues

Il ne reste aucune trace des grands orgues de la Paroisse royale, détruites sûrement au moment de la Révolution. Seule information : Louis Claude Daquin en était l’organiste vers 1738. L’orgue actuel provient de la Sainte-Chapelle. Œuvre de François Henri Clicquot, selon des dessins de Pierre Noël Rousset, il fut transporté en juillet 1791. Pourtant tous les historiens ne sont pas d’accord avec cette version. D’après eux, les dimensions de l’orgue de Saint-Germain ne correspond pas avec celles de la Sainte-Chapelle. Sa décoration néo-classique ne convient pas pour un orgue daté soi-disant du XVIIIe siècle. Quoi qu’il en soit un orgue est bien là et il est somptueux. Pour les experts, il s’agit d’un « grand huit-pieds » possédant quatre claviers et pédales en 16’. En 1838, Louis Paul Dallery le restaure complètement, suite à la réouverture de l’église. Le 1er août 1840, Alexandre Boëly est nommé organiste. Un pédalier « à l’allemande » est installé pour pouvoir interpréter les œuvres de Jean-Sébastien Bach. Entre 1847 et 1850, Ducrocquet modifie la structure de l’orgue : suppression d’un clavier, installation de sommiers neufs, création d’un clavier de Récit expressif en haut de l’instrument, réduction des mutations et introduction de jeux à anches libres. Boëly est renvoyé en 1851 (jugé trop conservateur) et son assistant, Eugène Vast, lui succède jusqu’en 1909, sans jamais être titularisé. Remaniement de l’orgue en 1864, par Joseph Merklin : construction d’une machine Barker, nouveaux sommiers, extension du Récit, suppression des jeux à anches libres, et les jeux de fonds sont pavillonnés. Derrière l’orgue se succèdent Marcel Rouher, Jean Pergola, Michel Chapuis, Edouard Souberbielle et Ricardo Miravet. Dans les années 1970-1980, on tente de retrouver l’état d’origine de l’orgue. Hélas ce dernier se dégrade et devient muet en 1995. Fait très gênant pour un instrument de musique. En 2005, Michel Goussu le remet en vent, permet à l’orgue de fonctionner occasionnellement. En 2008, Laurent Plet tente de réparer l’orgue tout en lui conservant ses pièces historiques. Hélas, le jeu de restauration est compliqué quand un instrument présente des phases aussi disparates, lesquelles sont à conserver, lesquelles sont à ôter ? Les Monuments historiques veillent au grain.

Décoration extérieure

Il ne faut pas partir de Saint-Germain, sans pénétrer dans la cour, située entre la mairie et l’église. Dirigez-vous vers la gargouille centrale, à proximité d’une scène d’allaitement. Vous y trouverez une « boule-aux-rats », illustration du monde (la sphère) rongé par la misère (les rats). Pour information, seules deux autres « boule-aux-rats » existent en France. La première orne la cathédrale du Mans, et la seconde l’église Saint-Siffrein de Carpentras, sauf que la boule parisienne est spécifique (obligée !). Dans les deux autres, les rats pénètrent dans la sphère, tandis qu’à Paris, les rats en sortent.

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Autre décoration singulière, celle du chevet, situé rue de l’Arbre-Sec. Le pourtour de la chapelle centrale est décoré d’une frise sculptée où des tronçons de carpes (tête, corps et queue) alternent avec des rosaces. En 1505, un riche drapier nommé Tronson aurait demandé au sculpteur, Jean Solas, d’illustrer son nom sur la chapelle afin que les Parisiens sachent qu’il en avait financé la construction. Le commerçant comptait-il des poissonniers parmi ses ancêtres ? Le sculpteur voulut-il jouer avec le nom du commanditaire (Tronson et tronçons de carpes) ? Personne ne connaît la réponse à ces questions et ces bouts de carpe continuent de surprendre le badaud.

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