La Samaritaine

La Samaritaine est un grand magasin situé entre la rue de Rivoli et la Seine, au niveau du Pont-Neuf. Il tient son nom d’une pompe à eau située sur le Pont-Neuf dont l’existence remonte à 1609. Cette pompe était décorée d’un bas-relief évoquant la rencontre de Jésus et de la Samaritaine près du puits de Jacob.

Naissance d’un empire

En mars 1870, Ernest Cognacq il s’arrange avec le patron d’un café, rue de la Monnaie, pour lui louer sa salle annexe et y installe une petite échoppe, A la Samaritaine, un commerce de nouveautés.

Passant de 48 m² à son ouverture à plus de 100 m² en 1874, le magasin s’agrandit et donne naissance en 1900 aux Grands magasins de la Samaritaine. Cognacq épouse Louise Jay en janvier 1872. Ils s’inspirent des méthodes commerciales d’Aristide Boucicaut (le Bon Marché). Chaque rayon est géré par un responsable indépendant. En 1874, le chiffre d’affaire atteint les 840 000 francs ; trente ans plus tard, il dépasse les 100 millions. Petit à petit, le couple rachète ses voisins afin d’agrandir son magasin. Dès 1883, ils font appel à l’architecte Frantz Jourdain et lui confie les travaux d’aménagement intérieur et d’entretien. Parallèlement au développement du magasin 1, les Cognacq acquièrent des immeubles d’habitations de l’autre côté de la rue de la Monnaie et fonde le magasin 2, entre 1886 et 1903. Les travaux débutent vers la fin de l’année 1904 et se succèdent par tranches successives (car il n’est pas question de fermer les magasins ou de gêner les clients). Virulent défenseur du rationalisme de l’Art nouveau, Jourdain construit la boutique autour d’une structure métallique visible. Le magasin s’ouvre sur l’extérieur par de grandes fenêtres, tandis que l’intérieur est éclairé par des verrières zénithales supportées par des poutres métalliques.

Toutes les parties métalliques sont peintes en bleu canard. Les façades sont recouvertes par un décor de lave polie et émaillée, couvrant poutres et montants. Le nom d’articles sont inscrits au milieu d’un motif floral blanc, vert et rouge sur fond orange, œuvres de Francis Jourdain fils de l’architecte, François Gillet et Eugène Grasset. Ce dernier dessine l’enseigne de la Samaritaine. Au rez-de-chaussée, les montants en bois sont sculptés par Janselme sur des socles en grès flammé d’Alexandre Bigot, avec des plaques en cuivre repoussé d’Edouard Schenck. Entre 1905 et 1910, Frantz Jourdain s’attaque à l’aménagement du magasin 2. Un passage sous la rue de la Monnaie est creusé pour faire communiquer les deux boutiques entre elles. Des rotondes surmontées de coupoles polychromes sont édifiées dans les angles du magasin 2.

En 1922, Cognacq souhaite agrandi le magasin 2 vers la Seine. Il rachète l’ilot d’immeubles situés entre la rue des Prêtres-Saint-Germain l’Auxerrois et le quai du Louvre. Ernest Cognacq demande un nouveau permis de construire au Comité technique et d’esthétique de la Ville de Paris. Animé par le photographe Pierre Lampué, hostile à l’architecte Frantz Jourdain (qui ne lui avait pas pardonné ses couleurs vives et ses coupoles métalliques), le Comité exige la démolition des deux dômes de la façade de la rue des Prêtres-Saint-Germain et le renoncement à l’usage visible du fer. Comprenant l’inutilité de lutter dès 1924, l’architecte fait appel à un ami et confrère Henri Sauvage. Le bâtiment se dote d’une façade Art déco, mêlant acier et pierre. Bien qu’ayant gardé les structures métalliques, les deux façades tranchent par leur différence. Les travaux s’échelonnent de juin 1626 à octobre 1928.

Le déclin 

Quand Ernest Cognacq meurt en 1928, il laisse le magasin sans héritier direct ; le poste est donc repris par son petit neveu Gabriel Cognacq et Georges Renand. Le magasin poursuit son expansion et deux nouvelles boutiques voient le jour. Les nouveaux patrons acquièrent les immeubles situés entre la rue de Rivoli et la rue Boucher, pour bâtir sous la direction d’Henri Sauvage, le magasin 3, en 1930. Libérée des contraintes de la préfecture, l’architecte remplace les pierres crème du magasin 2 par des pierres rosées pour le n°3.

En 1932, achat des ateliers de fourrure Révillon frères, situés au nord du magasin 2. Naissance du magasin 4. Les travaux sont confiés à Louis Marie Charpentier et Louis d’Escrivan (Henri Sauvage venant de mourir). Lorsque Gabriel Cognacq meurt en 1951, Georges Renand conserve la direction de la Samaritaine et y associe son fils Maurice. Les magasins connaissent un déclin dès les années 1970, obligeant le directeur a loué les magasins 1 et 3 à d’autres enseignes dès 1998. La Samaritaine est vendue au groupe LVMH en 2001. Les grands magasins sont contraints de fermer leurs portes en 2005, le temps de se mettre en conformité avec les nouvelles normes de sécurité.

Le projet LMVH

Un projet est présenté en juin 2008 par LMVH pour le réaménagement du site avec des bureaux, des commerces, un hôtel et quelques logements sociaux, pour une ouverture prévue en 2015. Le projet semble sur le point d’être adopté, quand des associations s’y opposent. Ils refusent de voir des immeubles du XVIIe siècle et la façade de 1852 du magasin 4 détruits. En vain car les bâtiments sont bien démolis. Toutefois le permis de construire est annulé le 13 mai 2014 par le tribunal administratif de Paris. Le 19 juin 2015, le Conseil d’Etat valide le projet et le chantier reprend en août 2015. L’ensemble devrait prendre fin en 2018.

Le projet du groupe Louis Vuitton Moët Hennessy est à la fois architectural, environnemental, urbain et économique. Il prévoit 26 400 m² de commerces, 96 logements, une crèche de 80 berceaux, 20 000 m² de bureaux et un hôtel de prestige de 72 chambres et suites ; le tout respectant le patrimoine architectural des anciens magasins 2 et 4, en construisant des immeubles alliant fonctionnalité et écologie, en créant 2 400 emplois.

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