Le cimetière des Innocents

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Le cimetière des Innocents, ou cimetière des saints-Innocents, se situait dans le quartier des Halles, à l’emplacement de l’actuelle place Joachim du Bellay. Il tient son nom de l’église des Saints-Innocents qui se trouvait à l’angle nord-est de la place, aujourd’hui disparue. L’ensemble formait un rectangle bordé par les rues Saint-Denis, aux Fers, de la Lingerie et de la Ferronnerie. Une fresque, financée par le duc de Berry, illustrant une Danse macabre décorait toute la galerie longeant la rue de la Ferronnerie. On y voit le pape, l’empereur, le cardinal, le roi, le légat, le duc et d’autres personnages, contraints de suivre les morts.

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Histoire 

L’emplacement servait déjà de cimetière au temps des Mérovingiens, comme en témoignent des sarcophages retrouvés lors de fouilles archéologiques entre 1973 et 1974. Une petite chapelle, dédiée à saint Michel, fut édifiée au Xe siècle. Vers 1130, le roi Louis VI le Gros remplaça la chapelle par une église, dédiée aux saints Innocents, en souvenir d’un certain Richard crucifié par les Juifs. Le chevet de l’église se situait rue Saint-Denis, tandis que l’entrée se faisait par le cimetière, ouvert aux passants et aux animaux. Le cimetière prit de l’importance quand le marché central de Paris déménagea aux Champeaux en 1137. Comme les prostituées y faisaient leur commerce, Philippe-Auguste entoura le cimetière d’un mur de trois mètres de hauteur en 1186. Jusqu’au XVIIIe siècle, le cimetière reçut les défunts de 22 paroisses parisiennes dépourvues de cimetière, ceux de l’Hôtel-Dieu, les pestiférés de 1348 et les inconnus de la morgue (les noyés de la Seine et les cadavres de la voie publique), soit près de 2 millions de corps. Les riches bourgeois étaient inhumés dans des cercueils en bois, alors que les pauvres devaient se contenter de la fosse commune. Celle-ci, profonde de 5 à 6 mètres, pouvait contenir jusqu’à 1 500 corps, simplement enveloppés dans un linceul. Lorsqu’une fosse était pleine, une nouvelle était creusée à proximité.

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La terre des Innocents avait la réputation d’être excellente et de dévorer un cadavre en neuf jours. En dépit de cette vertu « dissolvante », le cimetière se retrouva rapidement saturé. Entre le XIVe et le XVe siècle, il fut entouré de galeries à arcades, imitant les cloîtres des monastères, dont les combles servirent de charniers. Tous les ossements exhumés y furent rangés, libérant les fosses. Certains privilégiés étaient inhumés dans l’église. En dépit de l’odeur de putréfaction, le cimetière regorgeait de vivants. On y trouvait des petites boutiques de mode, de lingerie et de mercerie. Des filles de joie s’offraient à consoler le veuf et l’orphelin. Des écrivains publics y rédigeaient des lettres d’amour enflammées ou des procès pour 20 sols. Des peintres exposaient leurs œuvres sous les arcades. Les soirs d’hiver, des truands y faisaient brûler les os du charnier pour se réchauffer (lire Pantagruel de Rabelais). En septembre 1571, la Croix de Gastine est transférée par pièces aux Saints-Innocents (déplacement qui provoqua des émeutes). Le 25 août 1572, le lendemain de la Saint-Barthélemy, une rumeur court dans Paris. Une aubépine desséchée du cimetière des Innocents a subitement refleuri. Les égorgeurs y voient la preuve que Dieu approuve leurs actes et les tueries reprennent de plus belle.

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En 1669, le charnier se trouvant côté sud est détruit et remplacé par un long immeuble (120 m de long), séparant les Innocents de la rue de la ferronnerie. Un nouveau charnier est aménagé entre les arcades et l’entresol. Le 7 mai 1780, le mur de soutènement de la cave d’un restaurateur, situé près du cimetière, s’effondra sous la poussée des ossements et des cadavres. Tout le sous-sol fut envahi par une marée de corps en décomposition, dégageant une odeur épouvantable.

cimetiere04Suite à cet incident, le Parlement décréta, le 4 septembre, la fermeture du cimetière. Pourtant les corps continuèrent d’affluer et de s’entasser. Un arrêté du Conseil d’Etat fut promulgué en décembre, fermant définitivement les lieux. L’année suivante, le cimetière est vidé pour des raisons sanitaires. L’église, les charniers et les monuments funéraires ont été rasés. Le 9 novembre 1785, sur la suggestion de l’inspecteur général des carrières, Charles-Axel Guillaumot, les restes secs (les ossements) sont transférés dans d’anciennes carrières transformées alors en catacombes. Le transfert pris environ quinze mois et s’accompagna de processions quotidiennes de tombereaux en présence de prêtres. L’espace dégagé devint un marché. Les arcades continuèrent d’accueillir des boutiques. En 1856, la construction des Halles rendit le marché inutile et fut remplacé par un square. Le cimetière des Saints-Innocents possédait deux réclusoirs, le premier entre l’église et la fontaine, le second du côté opposé.

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