Place des Victoires

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La place des Victoires se situe à cheval sur les 1er et 2e arrondissements. Elle forme un cercle de 80 mètres de diamètre et donne accès aux voies suivantes : rue Vide Gousset, rue d’Aboukir, rue Etienne Marcel, Rue Croix des Petits-Champs, rue Catinat et rue La Feuillade. Dédiée à Louis XIV, elle est une des cinq places royales parisiennes.

Naissance d’une place royale

Deux théories s’opposent sur l’origine de la création de la place. Certains auteurs l’attribuent au maréchal de La Feuillade, François d’Aubusson, d’autres aux Bâtiments du roi. Toutefois, dans le but d’ériger une statue à la gloire du souverain Louis XIV, La Feuillade achète l’hôtel de La Ferté-Senneterre en 1683 et le fait démolir. Les terrains voisins sont expropriés en mars 1685 par Jean-Baptiste Prédot afin d’agrandir la parcelle. La statue est inaugurée en 1686. Le plan urbanistique est confié à l’architecte Jules Hardouin-Mansart et ses caractéristiques consignés dans un arrêt du Conseil du Roi du 28 août 1685. Sauf que le projet initial était légèrement différent de celui réalisé. La place n’était pas circulaire ; sur une partie, le cercle était coupé par la rue des Fossés Montmartre (l’actuelle rue d’Aboukir).

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La place, avec la statue, est inaugurée le 28 mars 1686. Les immeubles n’étant pas achevés, ceux manquants sont remplacés par de grandes toiles peintes en trompe-l’œil. Trois voies de circulation conduisent à la place : la rue des Fossés-Montmartre (actuelle rue d’Aboukir), la rue La Feuillade et la rue Croix-des-Petits-Champs. Aucune de ses trois rues n’étant dans le prolongement l’une de l’autre, toutes les perspectives aboutissaient à la statue du roi, dans un espace fermé par les constructions. C’est l’archétype de la place royale, conçue comme une salle de plein air, destinée avant tout à mettre en évidence le symbole de la monarchie. Hélas, la percée de la rue de La Vrillère (l’actuelle rue Catinat) rompt la perspective.

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L’ordonnance des façades était strictement réglementée : un rez-de-chaussée percé de grandes arcades, deux étages inégaux reliés par des pilastres ioniques et un attique mansardé dont les chiens-assis sont alternativement semi-circulaires et horizontaux. Les façades des bâtiments sont construites entre 1687 et 1690 par Predot. Afin de témoigner de sa satisfaction, Louis XIV fit cadeau au maréchal d’un million de livres, sachant qu’il en avait dépensé sept pour construire la place et la statue (l’homme finit sa vie quasiment ruiné). Aujourd’hui, des commerces de luxe ont remplacé les arcades. Au milieu du XIXe siècle, le percement de la rue Etienne Marcel achève la transformation de la place. Plus aucune symétrie ou logique géométrique régit le dessin de la place des Victoires. En 1946, R. Danis propose à la ville un plan de réaménagement qui ne fut jamais mis en œuvre.

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Quant à la statue, elle était l’œuvre du sculpteur hollandais Martin Desjardins et représentait Louis XIV en pied. Le roi portait le manteau de sacre, bien dégagé sur les jambes, piétinant un chien tricéphale, représentant la Quadruple-Alliance vaincue. Derrière lui, juchée sur une sphère, une Victoire ailée en bronze lui tendait une couronne de lauriers. La statue, mesurant 4,50 mètres, reposait sur un piédestal haut de sept mètres, orné de bas-reliefs évoquant les victoires récentes du souverain, commentées par des inscriptions latines. Au pied, quatre figures d’hommes robustes, en bronze, attachés au socle par des chaînes dorées, représentaient les « nations vaincues » à la paix de Nimègue (la Hollande, l’Allemagne, l’Espagne et la Turquie). Chaque personnage est l’allégorie d’un sentiment : la résignation, l’abattement, la révolte et l’espérance. L’Espagne est un jeune homme imberbe aux long cheveux fougueux. Le corps nu et redressé, le visage et le regard levé vers le ciel indiquent l’espoir. L’Empire est un vieillard barbu, vêtu d’une tunique antique. La tête baissée, son corps ploie sous un abattement résigné. La Hollande est un homme encore jeune, aux traits mâles et à la barbe courte. Le corps nu prêt à bondir, l’épaule ramenée en avant dans une attitude de défi et le visage farouche, il se rebelle. Le Brandebourg est un homme mûr, vêtu comme un barbare antique. La main étreignant le manteau, l’épaule droite affaissée, le visage contracté, expriment la douleur. La Feuillade fit ajouter des trophées afin de renforcer le sentiment de triomphe : casques, boucliers, enseignes, faisceaux, hallebardes, avirons… Ces éléments sont aujourd’hui exposés dans la cour Puget du musée du Louvre. L’ensemble mesurait 12 mètres de hauteur. Les architectes Jérôme Derbais, Dezaige et Jesseaume, sur un dessin de Jean Berain, édifièrent quatre fanaux, situés aux quatre coins de la place. Ils y brûlaient en permanence afin d’éclairer la statue et d’accentuer le caractère sacré des lieu. Ces fanaux se constituaient de trois colonnes de marbre jaspé soutenant un gros fanal de marine, posé sur un socle de marbre rouge. Entre les colonnes, six médaillons en bronze, d’un diamètre de 77 cm, œuvres du sculpteur Jean Arnould, étaient suspendus. Rapidement les manifestations hyperboliques célébrant la gloire de Louis XIX paraissent exagérés. Les mots « Viro immortali » (A l’homme immortel), inscrits dans le marbre, sont vivement critiqués. Sous prétexte d’économie, les fanaux sont éteints en 1699 et démontés en 1718.

La Révolution

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En 1790, les effigies des Nations vaincues du socle sont jugées subversives en cette période de fraternité universelle. L’Assemblée nationale promulgue un décret le 20 juin 1790 exigeant que les quatre figures enchaînées aux pieds de la statue de Louis XV soient enlevées dans les plus brefs délais. L’Assemblée vient de sauver leurs têtes. Les bronzes sont déposés et transportés dans la cour du Louvre. Ils sont ensuite accrochés aux angles de la façade des Invalides, choix peu judicieux car ses statues étaient destinées à être observées depuis le sol. Les quatre hommes sont décrochés en 1962 et partent pour le parc des Sceaux. En 1991, ils sont rapatriés au musée du Louvre, dans l’actuelle cour Puget. Le 11 août 1792, la statue de Louis XIV est déboulonnée et fondue pour produire des canons. La place est rebaptisée, dès le lendemain, place des Victoires Nationales, et une pyramide en bois se dressa au centre, portant le nom des nouveaux départements français et des citoyens morts lors de la journée du 10 août 1792 (date de la chute de la monarchie). En septembre 1803, Bonaparte donne le bois de la pyramide à un corps de garde qui s’en sert pour se chauffer. 

Le Consulat

Le Consulat décide, dès le 25 novembre 1799, d’ériger une nouvelle statue sur la place des Victoires. Un premier projet, présenté en 1800, glorifiait Jean-Baptiste Kléber et Louis Charles Antoine Desaix, deux « héros » militaires. Le 27 septembre, le premier consul Bonaparte pose la première pierre d’un édicule en forme de temple égyptien. Le projet en reste là. Un décret de 1802 supprime Kléber de l’œuvre pour « raison artistique ». Une statue en bronze du général Desaix, tué à Marengo, est commandée au sculpteur Claude Dejoux. Elle doit reposer sur un piédestal mentionnant les batailles remportées par le général. Les plans sont confiés à l’architecte Jean-Arnaud Raymond. Un premier projet représentait Desaix mourant, soutenu par Mars, dieu de la Guerre, mais Bonaparte le refusa ; il voulait un guerrier debout et vaillant.

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Le monument final est inauguré, le 15 août 1810, par l’empereur Napoléon 1er, après dix ans de travail. La statue mesurait 5,50 mètres de hauteur et le piédestal six mètres de hauteur. Un obélisque en granit rose fut adjoint ultérieurement à la composition. Le général était représenté à l’antique, soit sous la forme d’un nu idéalisé et héroïque. De son bras gauche, il désignait l’Italie et l’Egypte  (deux campagnes durant lesquelles Desaix s’illustra). La nudité suscita de vives polémiques et la statue fut cachée derrière une palissade de bois, au bout de deux mois d’exposition, puis est retirée en 1815. Son bronze est refondu pour fabriquer la statue équestre d’Henri IV, visible sur le Pont-Neuf.

La statue actuelle

Souhaitant raviver les symboles de l’Ancien Régime, Louis XVIII commande une statue équestre de son aïeul, Louis XIV, à l’architecte Alavoine et au sculpteur François-Joseph Bosio. Pour l’attitude du cavalier et du cheval, ce dernier s’inspire du Cavalier de bronze de Falconet, représentant le tsar Pierre le Grand à Saint-Pétersbourg.  La statue fut fondue par Auguste-Jean Marie Carbonnaux. Sur le socle en marbre blanc, deux bas-reliefs illustrent le Passage du Rhin et l’institution de l’ordre royal et militaire de Saint Louis.

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Le roi, vêtu en empereur romain, les bras nus, est coiffé d’une perruque. Le cheval cabré maintient son équilibre grâce aux barres de fer fixant sa queue au piédestal. La statue est inaugurée le 25 août 1822, le jour de la saint Louis, et fut restaurée en 2005.

Des commerces s’installent sous les arcades et dans les étages, des hôtels particuliers. La surélévation des bâtiments, l’abus des enseignes publicitaires, l’élargissement des rues La Feuillade (1828) et Croix-des-Petits-Champs (1837), ainsi que le percement de la rue Etienne Marcel en 1883, mutilèrent l’ordonnance classique des façades. En 1946, un projet de réaménagement est présenté par Robert Danis qui ne sera jamais mis en œuvre. Le sol de la place est classé au titre des Monuments historiques en 1962 et la statue en 1992.

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