Les Halles de Paris

Les Halles de Paris étaient le nom donné aux halles centrales, marché de vente en gros de denrées alimentaires périssables, et qui donnèrent leur nom au quartier environnant.

Les Halles centrales

Le premier marché alimentaire de Paris s’implanta sur l’île de la Cité, avant de se transporter sur la place de Grève, l’actuelle place de la Hôtel de Ville, jusqu’au XIIe siècle. En 1137, Louis VI le Gros ordonne le regroupement des deux marchés parisiens (le marché Palu sur l’île de la Cité et le marché central de la place de Grève), devenus trop étroits en raison de l’accroissement de la ville, vers le centre de Paris, au lieu-dit les Champeaux (d’anciens marécages asséchés et transformés en champs). ntre 1181 et 1183, Philippe-Auguste fait édifier deux halles couvertes afin d’assainir le marché. Il les finance en revendant les biens confisqués aux Juifs expulsés du quartier. Le roi tient à réglementer lui-même la vente des denrées majeures : viande, pain et vin. Quelques années plus tard, il achète toutes les propriétés du quartier en versant une redevance à l’évêque de Paris. Le quartier devient le centre de transactions de marchandises diverses ; les noms de quelques rues évoquent leurs activités passées (de la Poterie, de la Ferronnerie, de la Lingerie, de la Cossonnerie, de la Grande Friperie… Rapidement, une hiérarchie s’établit entre commerçants. Ainsi, les marchands de poissons, les poissardes, jouissaient de privilèges spéciaux dont celui d’aller en délégation haranguer le roi ou la reine une fois par an. Les commerçants s’établissent sous des abris, proches des maisons où se trouvaient les commerces fixes des artisans, en fonction de leur métier. En 1269, Saint Louis fait construire trois nouvelles halles : deux affectées aux drapiers et une pour les merciers et les corroyeurs. Le quartier se développe et de belles demeures voient le jour. L’édit de Réformation de François 1er, daté du 20 septembre 1543, ordonne la reconstruction des vieilles halles pendant 29 ans. Les places disponibles sont vendues aux enchères, exigeant des acquéreurs la démolition des bâtiments existants et la reconstruction de halles « modernes ». Celles-ci s’entourent d’une galerie couverte, nommée les Piliers des Halles, sous lesquels sont bâties des échoppes, entre 1553 et 1572. Au centre de ces galeries s’établit le Carreau soit le marché du pain, du beurre, du fromage et des œufs. A partir du XVIe siècle, on envisage la réorganisation des Halles et l’élargissement des voies.

Les pavillons Baltard

En 1763, le quartier se dote d’une halle aux blés (l’actuelle Bourse de commerce) et entre 1780 et 1789, le cimetière des Innocents est transformé en marché aux fleurs, fruits et légumes, doublant la surface des Halles.

Le XVIIIe siècle est marqué par de gros problèmes d’hygiène et de sécurité. Lors du percement du boulevard Sébastopol, en 1808, Napoléon 1er décide de réorganiser de manière cohérente les marchés couverts et élabore une réglementation sur l’abattage des animaux. Il projette de faire construire une halle centrale entre le marché des Innocents et la Halle aux blés. En 1842, les problèmes de circulation et d’hygiène persistant, le préfet Rambuteau crée la Commission des Halles, qui a pour mission d’étudier l’intérêt de garder les Halles à leur emplacement ou bien de les déplacer. En 1848, un concours d’architecture est lancé et remporté par Victor Baltard, assisté par Félix-Emmanuel Callet.

Le projet d’Hector Horeau prévoyait de grands pavillons métalliques et des voies et des garages souterrains. Le projet de Thorel, plus alternatif, fut également évincé. Victor Baltard, architecte de la ville de Paris, s’était surtout livré jusque-là à des restaurations et transformations d’églises gothiques. Dans un premier temps, il élève un gros pavillon de pierre dont la massivité et l’incommodité l’obligent à le démolir. Napoléon III intervient et demande des halles en charpentes métalliques, inspirées des nouvelles gares : « Ce sont de vastes parapluies qu’il me faut. Rien de plus ». Il esquisse au crayon ce qu’il désire. La construction métallique est alors en plein essor. Hélas Baltard, grand prix de Rome, se sent humilié et se révolte contre les exigences impériales. Le baron Haussmann finit par lui interdire l’emploi de la pierre au profit du métal.

Halles_de_Paris,_1863

Le projet suggère la construction de 12 pavillons couverts de vitrage avec des parois de verre et des colonnettes en fonte. Ces pavillons sont regroupés en deux groupes séparés par une rue centrale à ciel ouvert, situés au niveau du chevet de l’église Saint-Eustache. Les bâtiments sont réunis entre eux par des rues couvertes. Entre 1851 et 1870, dix pavillons sont édifiés, chacun ayant une destination précise. Exemple : le bâtiment 3 regroupe la viande, le n°9, le poisson… Dans les caves sont installés des spécialistes aux métiers curieux. Le découpeur, chargé du dépeçage et de la découpe des viandes, était un agent assermenté, nommé par le préfet de police. Le cabocheur brisait les têtes des moutons à l’aide d’un couperet pour en extraire la langue et la cervelle. Le compteur-mireur vérifiait la qualité des œufs en les faisant mirer devant une source de lumière. Le bombeur aplatissait le bréchet des canards à coups de bâtons pour les rendre plus dodus. Le verseur étalait les poissons sur les pierres des éventaires. Le lotisseur-gaveur introduisait dans le bec des volailles, en soufflant, un mélange d’eau tiède et de grains, afin de les remplumer. Le tasseur dressait les pyramides de légumes sur les bancs et les trottoirs.

les_halles-leon_augustin_lhermitte 1895

Le Forum des Halles

En 1936, deux nouveaux pavillons sont construits ; ainsi les Halles couvre une superficie de près de quatre hectares. Rançon de sa notoriété, la multiplication des commerces provoque d’énormes problèmes d’hygiène et de circulation. Dès le matin, le centre de la ville se trouvait embouteillé par la cohue des transporteurs de denrées périssables.

Depuis 1925, le conseil municipal rejetait les projets qui proposaient l’éclatement des Halles en dispersant de grands marchés près des portes de la capitale. Vers 1950, les Halles se meurt par asphyxie. Les trafics sont en régression dans certains secteurs, des circuits parallèles se créent à proximité des gares ou à la périphérie de l’agglomération parisienne. Le 14 mars 1960, la Ville de Paris décide de transférer les Halles à Rungis et à la Villette. Transfert effectué entre le 27 février et le 1er mars 1969. L’opération touche 20 000 personnes, 1 000 entreprises de gros, 10 000 m³ de matériel, 5 000 tonnes de marchandises et 1 500 camions. Le marché de Rungis est inauguré les 3 et 4 mars. Les pavillons désertés sont réemployés par de nombreuses troupes théâtrales comme décor, voire comme scène pour leurs créations.

halles12

Dès 1971, les édifices sont démolis et les matériaux vendus au prix de la ferraille (250 000 tonnes de fer au prix de 395 000 francs) ; deux pavillons en réchappent. Le bâtiment 8, qui abritait le marché aux œufs et à la volaille, est démonté et reconstruit à Nogent-sur-Marne pour abriter une salle de spectacle. Le deuxième est acheté par la ville japonaise de Yokohama et orne le Harbor View Park. Dès 1973, le quartier ne forme plus qu’un immense trou, servant de décor au western de Marco Ferreri, Touche pas à la femme blanche !. Trou également visible dans le film de Roman Polanski, Le Locataire.

halles13Dès 1974, le nouveau président de la République, Valery Giscard d’Estaing, se penche sur le problème. Que faire de ce trou ? Des projets affluent, étendant buildings et autoroutes jusqu’à la gare de l’Est. Ils sont par chance écartés. Les surfaces à rénover se rétrécissent comme peau de chagrin, passant de 32 à 15 hectares, et sont âprement discutées. Etudes, statistiques et maquettes s’accumulent. L’architecte Jean Faugeron proposa une série de bâtiments commerciaux, aux faux airs de Tour Eiffel, culminant à 200 mètres. Dans un premier temps, la gare souterraine du RER est construite. En 1975, un concours architectural est lancé pour la construction d’un vaste centre commercial, culturel et de loisirs. Le projet retenu par les Parisiens est rejeté au profit, dans un premier temps, de celui de l’architecte espagnol Ricardo Bofill, puis de Jean Willerval.

Les-halles 2007

L’équipe composée des architectes Georges Penchreac’h et Claude Vasconi l’emporte avec le projet du Forum des Halles, inauguré le 4 septembre 1979. Il forme un large quadrilatère de quatre niveaux souterrains, composés de verrières entourant une place découverte. Le niveau -4, situé à 17,50 m au-dessous du sol, au niveau de la gare souterraine, comprend les différents accès au Forum et quelques commerces. Au niveau -3 (-13,60 m) se situent des salles de spectacles et de cinéma, ainsi qu’une longue galerie, entièrement pavée de marbre blanc où se dresse une sculpture de Julio Silva, Pygmalion, menant aux places Carrée et Basse.

24076649Le niveau -2 (-8,10 m) comprend des commerces. Le niveau -1 (-4 m) abrite aussi des commerces, mais également le musée de l’Holographie et une annexe du musée Grévin. L’Espace Pierre Lescot (compris entre les rues Pierre Lescot et Rambuteau) est l’œuvre de l’architecte Jean Willerval (1982). Il construit un bâtiment en équerre, en forme de girolles accolées, employant le verre réfléchissant. La Maison de l’information culturelle, le Conservatoire de musique et d’art dramatique des 4 premiers arrondissements de Paris, la bibliothèque La Fontaine destinée à la jeunesse, la Maison de la poésie, le Pavillon des arts, la Salle d’exposition moderne et contemporaine de la ville de Paris et la Maison du geste et de l’image s’y installent. La promenade aménagée sur le toit de ce bâtiment offre un appréciable panorama sur l’église Saint-Eustache, la Bourse de commerce, la colonne astrologique et le jardin de Louis Arretche, réalisé en 1986. A l’est du Forum se dresse le jardin des halles, œuvre des architectes Claude et François-Xavier Lalanne, réservé aux enfants de moins de 12 ans (1987). Au sud, une succession d’arcades et de portiques forment un treillage sur lequel la végétation refuse d’adhérer. Au nord, une vaste place circulaire et concave, ornée d’une sculpture en grés d’Henri de Miller. En 1985, l’architecte Jean Chemetov conçoit une promenade souterraine au moyen de piliers en béton, sous le jardin de la place Carrée, permettant d’accéder aux équipements de loisirs (piscine, gymnase et salle de billard). Aux Halles, le visiteur pouvait trouver une serre tropicale, une salle de spectacle de 650 places, une discothèque de prêt, une maison des associations et une vidéothèque. Bien que l’endroit attire de nombreux visiteurs, il est jugé froid et peu accueillant.

Le nouveau forum

Trente ans après son inauguration, l’image du Forum des Halles est loin d’être positive : trafics de drogue, insécurité, vices de construction… En février 2003, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, décide d’entreprendre la rénovation du quartier et engage des démarches de concertation publique. L’accent est mis sur la lumière, la sécurité et le confort des visiteurs. En 2004, un nouveau concours d’architecture est lancé. Quatre équipes sont retenues : Jean Nouvel, MVRDV & Winy Maas, OMA & Rem Koolhaas, et David Mangin.

rem koolhaas

Le projet de Rem Koolhaas visait à faire des Halles « un lieu spectaculaire, un champ de grands derricks, en verre coloré, comme des bouteilles de parfum, qui pourraient rappeler les anciennes halles alimentaires ». Certains de ces derricks devaient abriter des bureaux ou des institutions.

URBANISME-HALLES-ARCHITECTE-REAMENAGEMENT-MAASLe projet de Winy Maas avait pour objectif de faire « entrer la lumière dans les espaces souterrains rénovés grâce à un projet de vitrail. Les espaces seront ouverts au maximum en remplaçant le sol par des plaques transparentes ou translucides d’où on pourra regarder le monde en bas ». Les dalles qui devaient occuper 40% de la surface, auraient alterné avec des jardins.

jean nouvel

Le projet de Jean Nouvel prévoyait des jardins à tous les niveaux, soit 7 hectares au total, notamment sur le toit d’une halle principale construite à la place des structures en parapluie du Forum actuel.

 

david manginLe projet de David Mangin prévoyait la construction d’un carré de 9 mètres de haut et 145 mètres de côté, coiffé d’un toit en caissons couverts de cuivre patiné, vitrés ou ajourés. Le 15 décembre, la mairie choisit le projet de l’architecte et urbaniste français David Mangin. Ce choix déclenche une vive polémique chez les acteurs de l’urbanisme parisien. Un concours international est organisé pour déterminer le projet définitif. Mangin est obligé de faire des concessions. Le nouvel espace commercial est ouvert sur la ville et baigné de lumière. Les nouveaux escalators, en verre, forment des puits de lumière naturelle afin d’égayer les rues intérieures. Les plafonds et les sols se déclinent dans des nuances de blanc. Les anciennes colonnes en béton sont recouvertes de bandeaux en LED diffusant des vidéos thématiques en fonction des zones du Forum.

En juillet 2007, les architectes français Patrick Berger et Jacques Anziutti gagnent le projet du futur carreau des Halles, avec La Canopée, surhaussement de l’actuel Forum (projet faisant une large place à la verdure). La partie émergée des Halles, conçue par Willerval, est remplacée par un édifice de verre et d’acier aux courbes végétales (une Canopée), laissant entrer la lumière naturelle. Les travaux de réaménagement débutent en avril 2010, suivi le 10 mai 2010 par le désamiantage et le dépoussiérage du plomb des anciennes halles (montant estimé à 1 million d’euros HT). Le 5 avril 2016, la Canopée est inaugurée. Cette structure de verre et d’acier, haute de 14 mètres, couvre un patio central et accueille dans ses ailes sur trois niveaux des équipements culturels et des commerces liés à la culture, aux loisirs urbains et au bien-être. On y trouve un conservatoire, un centre de hip-hop, une bibliothèque, un atelier de pratiques amateurs et un centre culturel pour les sourds et les malentendants. Le nouveau jardin Nelson Mandela est plus accessible, plus végétal et plus convivial. Une aire de jeux pour enfants, des bancs, des terrains de pétanque et des échiquiers seront prochainement à la disposition des promeneurs.

Quelques chiffres

 La mairie de Paris, sous la direction de Bertrand Delanoë, a décidé de procéder à une vaste rénovation du quartier : les travaux devaient durer six ans et coûter 760 millions d’euros. Fin 2010, le coût de la rénovation était augmenté à 802 millions d’euros. Un tiers de l’opération sera financée par un gestionnaire privé qui apporte 238 millions d’euros. L’accord comprend le versement par le gestionnaire d’un prix complémentaire, estimé à 30 millions en hypothèse basse et pouvant s’élever à 50 millions en cas de conjecture favorable, permettant à la ville de partager les bénéfices du centre commercial une fois l’opération achevée. Juste pour information, la Canopée à elle seule a coûté 216 millions d’euros.

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