La Comédie-Française

La Comédie-Française ou Théâtre-Français est une institution culturelle fondée en 1680. C’est le seul théâtre français disposant d’une troupe permanente de comédiens, la Troupe des Comédiens Français. Bien que mort sept ans avant sa création, Molière est considéré comme le patron de l’institution, surnommée la Maison de Molière. Le fauteuil dans lequel il mourut pendant une représentation du Malade imaginaire, est exposé dans la galerie des bustes, près du Foyer public. La devise de la Comédie-Française est Simul et singulis (être ensemble et être soi-même). Son emblème est une ruche et des abeilles, à l’image d’une créativité foisonnante.

Histoire

C’est une lettre de cachet, signée de Louis XIV et de Colbert, datée du 21 octobre 1680, qui est à l’origine de cette institution. Elle consacrait la fusion de la troupe de Molière, celle de l’Illustre Théâtre ; de la Troupe de Monsieur, dirigée par Lagrange depuis la mort de son fondateur, et de celle de l’Hôtel de Bourgogne administrée par Mondory. Il n’y en avait donc plus qu’une seule, celle des Comédiens du Roi, composée de 27 comédiens choisis par le roi en raison de leur talent artistique. Seule cette nouvelle troupe a alors la permission de jouer à Paris, ce qui lui permet de contrer la concurrence exercée par les comédiens italiens. C’est par opposition avec ceux-ci que se répand le nom de Comédie-Française dès 1682. Dotés d’un brevet de pension de 12 000 livres, les comédiens français connaissent les avantages d’une protection mais subissent en contrepartie les caprices royaux. En 1689, la troupe du Théâtre Royal s’installe rue des Fossés-Saint-Germain, l’actuelle rue de l’Ancienne Comédie, où elle joua, cas très rare à l’époque, durant près de 80 ans. L’avènement du Régent, en 1716, oblige les Comédiens français à brandir leur monopole face à la troupe du théâtre de la Foire qui prospère. La compagnie inscrit à son répertoire les premières tragédies de Voltaire, des œuvres de Destouches, Gresset, Piron, et des comédies de Marivaux. Entre 1756 et 1759, le théâtre se transforme : construction de petites loges et destruction des banquettes aménagées sur la scène pour les spectateurs privilégiés. En 1770, la troupe quitte le théâtre vétuste et s’installe dans la Salle des Machines du Palais des Tuileries, avant d’occuper, en 1782, le nouveau théâtre du Luxembourg, qui deviendra l’Odon. En 1789, la Comédie-Française, suite aux événements politiques, prend le nom de Théâtre de la Nation. La troupe perdait son statut privilégié. Suite à des dissensions, elle se scinde en deux groupes. Les royalistes restent à l’Odéon, tandis que les républicains emménagent dans un théâtre, rue Richelieu, construit par Victor Louis, dit Théâtre de la République. Le 3 septembre 1793, le Comité de salut public ordonne la fermeture du théâtre de l’Odéon, l’arrestation des comédiens monarchistes et la saisie de leurs papiers. Sauvés par Charles Labussière et la chute de Robespierre, les comédiens sont libérés ; chômeurs, ils se dispersent dans diverses troupes en France. En 1799, la troupe de la Comédie-Française est reformée et s’installe au Théâtre Français de la République. Napoléon 1er devient le protecteur des comédiens.

En 1812, l’empereur décide de réorganiser la Comédie-Française en signant le 15 octobre, le décret de Moscou, comportant 87 articles formant le statut de la troupe. En 1830, le répertoire se dote de nouveaux auteurs comme Alexandre Dumas, Alfred de Vigny et Victor Hugo imposant un nouveau genre, le drame romantique. Le 25 février 1830, la représentation d’Hernani de Victor Hugo déclenche une bataille entre les jeunes romantiques (Gauthier, Balzac, Nerval, Berlioz) et les tenants d’un théâtre traditionnel.  En 1843, la tragédie classique revient à la mode grâce au jeu exceptionnel d’une comédienne, Rachel. En 1849, le prince-président Louis Napoléon crée la fonction d’administrateur, dépendant du ministère de l’Intérieur, afin d’assurer les fonctions administratives et financières du théâtre. Pendant le siège de Paris en 1870, le foyer est transformé en lieu d’accueil des blessés. Entre 1885 et 1913, la Comédie-Française connaît quelques difficultés financières. Le répertoire est dominé par la comédie de mœurs.

incendie-comedie-francise-18ars-1900

L’incendie de 1900 déloge les comédiens. Entre 1913 et 1936, la troupe participe pendant la guerre aux représentations du Théâtre aux Armées, donne des galas de charité et joue des œuvres à caractère patriotique. Le répertoire accueille une nouvelle génération d’auteurs dramatiques français et étrangers. En 1946, un décret accorde à la Comédie-Française l’exploitation de l’Odéon, nommé Salle Luxembourg, provoquant le départ de sociétaires. Exploitation en dents de scie (plusieurs aller-retours entre 1959 et 1988). En 1993, le Théâtre du Vieux-Colombier de 300 places est ouvert, en guise de deuxième salle de la Comédie-Française. 1994 : modernisation de la cage de scène et réfection de la salle Richelieu. En 1995, le théâtre devient un établissement public placé sous l’autorité du ministère de la Culture. 1996 : ouverture d’une troisième sale, le Studio-Théâtre de 600 places, au Carrousel du Louvre. Depuis 2014, Éric Ruf est l’administrateur du théâtre ; il gère aujourd’hui 38 sociétaires et 18 pensionnaires. Riche d’un répertoire d’environ 3 000 œuvres différentes, les Comédiens français alternent les plus grands classiques et des pièces contemporaines. Sauf accord de leur hiérarchie, ces artistes n’ont pas le droit de travailler ailleurs. Parmi les comédiens célèbres de la Comédie-Française, citons Rachel, Melle Mars, Sarah Bernhardt, Cécile Sorel, Pierre Fresnay, Madeleine Renaud, Jean-Louis Barrault, Marie Marquet, Pierre Dax, Jacques Charon ou Guillaume Gallienne. A l’heure actuelle, l’auteur le plus joué est Molière avec plus de 33 000 représentations.

Architecture

La façade de la rue Richelieu se dresse sur cinq niveaux, couronnées d’une coupole en fer et poterie. Le rez-de-chaussée présente un ordonnancement classique de colonnades, surmontés par un balcon en ferronnerie. Les deux niveaux suivants sont reliés verticalement par des pilastres colossaux aux chapiteaux corinthiens. Une légère frise sculptée de grecques sépare les fenêtres de l’étage noble, de celles carrées du 2e étage. A l’attique, les fenêtres sont soulignées d’appuis en balustrade, tandis que les fenêtres en arcs surbaissés des combles se dotent d’une balustrade en continu. En 1798, l’architecte Palaiseau remplace la coupole de Victor Louis par une voûte en charpente soutenue par des colonnes gréco-romaines.

Batiment Comédie Française

Sous le Second Empire, l’architecte Prosper Chabrol crée la façade sud, place Colette, ce qui lui permet d’aménager le péristyle, l’escalier d’honneur, le foyer du public et les dépendances. Son aspect n’a quasiment pas changé depuis. Si elle imite parfaitement la façade de Louis, elle possède tout de même ses petites différences. La balustrade est frappée du monogramme de Napoléon III, sommé de la couronne impériale alternant avec deux aigles. Des pots à feu ornent la balustrade des combles, alors que les angles s’ornent de deux masques évoquant la dichotomie fondamentale des lieux : la Tragédie et de la Comédie.

L’intérieur du théâtre a été sans cesse remodelé et modernisé. Le décor de la Salle Richelieu somptueux était rehaussé par l’éclat d’un lustre garni de 50 lampes auxquels s’ajoutaient les 50 lampes mobiles disposés sur la scène et les décors. En 1833, l’éclairage à huile est remplacé par le gaz sauf pour les feux de rampe. En 1879, la décoration est revisitée par Wilbrod Chabrol ; le plafond est repeint par Mazerolle, ainsi que le rideau de scène par Nolau et Rubé, sur un dessin de Barrias. En 1887, l’éclairage au gaz cède la place à l’électricité. La même année un rideau de fer est installée pour isoler la scène de la salle. En 1893, Julien Guadet modernise les agencements de la salle. Hélas, le 8 mars 1900, un incendie ravage la scène et la salle ; la jeune comédienne Jane Henriot y laisse la vie. Julien Guadet est chargé de sa reconstruction à l’identique et cela avant l’ouverture de l’Exposition universelle de 1900 (le 14 avril). En 1913, le plafond est repeint par Albert Besnard ; il illustre le thème de la Tentation à l’ombre de l’Arbre du Bien et du Mal, la Tragédie et la Comédie y sont représentées, ainsi que Corneille, Molière, Racine et Hugo. A l’opposé, le char d’Apollon s’élève au milieu des Heures et des Muses. Nouvelles restaurations en 1935 par Joseph Marrast et en 1974 par Louis Blanchet (suppression des loges). Le théâtre à l’italienne a conservé son décor or et rouge. Deux Hermès baroques veillent sur les spectateurs. Le rideau de scène, peint en trompe-l’œil, est repeint par le décorateur Laverdet en 1960, puis par Olivier Debré en 1986. De 1994 à 2004, sont remplacés les fauteuils et les habillages (tentures, velours, moquette) et les dorures refaites. En 2012, le théâtre est mis aux normes et l’acoustique rénovée. La salle totalise aujourd’hui 862 places.

Le vestibule était orné de statues de Talma, Melle Mars et de Rachel. Dans les écoinçons, des génies ailés portent des cartouches au nom des grands auteurs. L’escalier d’honneur en marbre blanc, au décor napoléonien, conduit à l’étage. Le foyer, épargné dans l’incendie, est décoré de pilastres d’ordre ionique rehaussés d’or et de stuc dont les motifs ornementaux symbolisent la Comédie et la Tragédie. Sous le plafond peint en 1885 par Guillaume Dufufe représentant une scène mythologique, le buste de Molière repose sur la tablette d’une cheminée monumentale en marbre blanc, ornée d’un bas-relief de Lesquenne (1864). La statue de Voltaire assis est l’œuvre de Houdon. Accessible depuis le foyer, la galerie des bustes présente les auteurs et comédiens immortalisés par les grands sculpteurs des XVIIIe et XIXe siècles. Par exemple, Dufresny par Pajou, Victor Hugo par Dalou, Dumas par Carpeaux.

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