L’église Saint-Roch

L’église Saint-Roch est bâtie entre 1653 et 1722 sur les plans initiaux de Jacques Lemercier. Longue de 126 mètres, elle est l’une des plus vastes de la capitale. L’édifice est classé au titre des Monuments historiques depuis le 7 décembre 1914. Il reste connu comme la « paroisse des artistes » par allusion au nombre d’entre eux qui y ont été inhumés.

Sa construction

En 1521, Jean Dinocheau, un commerçant parisien, fait bâtir une chapelle dédiée à sainte Suzanne dans le faubourg Saint-Honoré. En 1577, son neveu, Etienne Dinocheau, décide de transformer la chapelle en une grande église. Elle est inaugurée en 1584 sous le vocable des cinq plaies du Christ et saint Roch. Au début du XVIIe siècle, le quartier dépendait encore de la paroisse Saint-Germain l’Auxerrois. Sa population augmentant rapidement, la construction d’une nouvelle et grande église s’imposa. L’église Saint-Roch devient église paroissiale en 1629. Le 30 juin 1633, une sentence archiépiscopale attribue à la paroisse le terrain situé au nord du jardin des Tuileries. Des travaux d’agrandissements sont donc envisagés. Les plans furent demandés à Jacques Lemercier, hélas les troubles de la Fronde retardèrent les travaux et l’architecte mourut aux prémices de la construction en 1654. La première pierre du nouvel édifice est posée le 23 mars 1653 par le futur Louis XIV, en présence de sa mère Anne d’Autriche. En raison de l’exigüité du terrain, l’architecte dut renoncer à l’orientation habituelle ; l’entrée principale se dresse sur la rue Saint-Honoré. Dans la nouvelle église, on consacre une chapelle à sainte Suzanne, en souvenir de l’église initiale. Par manque d’argent, les travaux sont interrompus en 1660, seuls le transept et la dernière travée de la nef sont achevées. Trente ans plus tard le chœur et la nef sont achevés mais seulement couverts par un plafond provisoire en bois. Le 8 juin 1691, le maréchal Sébastien Le Prestre de Vauban (le célèbre ingénieur des fortifications à la Vauban) y marie sa fille Jeanne Françoise avec Louis Bernin, marquis de Valentinay, seigneur d’Ussé. En 1705, Jules Hardouin-Mansart construit en arrière du chœur une chapelle dédiée à la Vierge, se composant d’un vaisseau central elliptique entouré d’un déambulatoire, achevé par Pierre Bullet après la mort de l’architecte entre 1708-1710. Nouvelle interruption des travaux. Ils reprennent en 1722 grâce au banquier John Law qui finance la construction des voûtes et de la façade principale pour la somme de 100 000 livres. Entre 1728 et 1736, Robert de Cotte ajoute une tour à droite du chœur. En 1735, une tour de la façade est détruite. Robert de Cotte dessine les plans pour une façade à deux étages mélangeant les principes du style baroque aux éléments structurels de l’architecture classique à la française. Le niveau inférieur est décoré de colonnes doriques, tandis que le niveau supérieur présente des colonnes corinthiennes, chacune supportant un large entablement. Projet réalisé par son fils Jules-Robert de Cotte dès 1738. La façade se dresse au-dessus d’un haut perron rendu nécessaire par la dénivellation de l’ancienne butte Saint-Roch.

Jeux de perspectives

En 1754, le curé Jean-Baptiste Marduel fait bâtir par Etienne-Louis Boullée la Chapelle du Calvaire, en arrière de la Chapelle de la Vierge. Il prolonge ainsi la perspective et porte la longueur de l’édifice à 120 mètres. La chapelle est transformée en 1850 et devient la chapelle des Catéchismes. Marduel fait appel aux artistes les plus illustres de son temps pour la décorer : Etienne Maurice Falconet, Pierre Vien, Doyen. L’église Saint-Roch possède une nef voûtée d’un berceau cintré à lunettes, bordée de bas-côtés accompagnés de chapelles, un transept à peine saillant, un chœur très profond entouré de chapelles, prolongé par une chapelle ellipsoïdale, qui aboutit à son tour à la petite chapelle de la Communion, le tout finissant sur la chapelle quadrangulaire du Calvaire. Ces curieuses dispositions étaient prétextes à effets de perspectives scéniques à travers les arcades, à des oppositions d’éclairage destinées à dramatiser le sanctuaire. L’architecte Boullée, le sculpteur Falconet et le peintre Jean-Baptiste Marie Pierre se sont livrés mutuellement à des jeux d’optique dont il ne reste plus aujourd’hui que des images atténuées. Cependant, compte tenu d’un nouvel autel placé au transept sur un podium pour satisfaire à la nouvelle liturgie, cinq autels s’échelonnent les uns derrière les autres.

En 1758, Jean-Baptiste Marduel fait réaliser par Simon Challe une chaire, qui sera remaniée à deux reprises et dont il ne reste que la partie supérieure et un ensemble de peintures en de sculptures dans le transept. Sous la Révolution, en 1794, l’église est dépouillée de ses œuvres d’art. En 1850, la chapelle du Calvaire est transformée en chapelle des Catéchismes. En 1879, la tour du flanc droit, fragilisée par le percement de l’avenue de l’Opéra, est détruite.

Révolution et postérité

Au temps de la Révolution française de 1789, cette église se trouvait au centre des combats, comme en témoigne la façade criblée de trous. Les groupes révolutionnaires, comme le Club des Jacobins ou celui des Feuillants, se rassemblaient à l’époque dans les cloîtres de la rue Saint-Honoré. C’est le long de cette rue que circulaient les véhicules qui menaient les condamnés de la Conciergerie à la place de la Concorde où ils étaient exécutés. A deux pas de là, au palais des Tuileries où siégeait le Convent, le général Napoléon Bonaparte mit fin à la rébellion royaliste. Le parvis de l’église Saint-Roch fut le théâtre des combats du 13 vendémiaire an IV (5 octobre 1795). Plus grave encore, sont les dégâts commis à l’intérieur de l’église. Un pillage mena à la disparition de nombreux objets et œuvres d’art. parmi eux, se trouvait le portrait d’un des fondateurs de l’église : Dinocheau qui avait longtemps été exposé dans l’une des chapelles. Saint-Roch est ensuite consacré « Temple du génie » par décret du 6 brumaire an VII (27 octobre 1798), puis le 7 janvier 1815 l’église est saccagée, aux cris de « mort aux vêpres » par 5 000 manifestants protestant contre le refus par l’Eglise d’enterrer chrétiennement la comédienne Françoise Raucourt.

1280px-Attaque_de_la_Convention_nationale,_1790

Inhumations

De nombreuses personnalités sont inhumées dans l’église Saint-Roch : André Le Nôtre (16 septembre 1700), Pierre Corneille (1684), Michel Anguier (1686), Denis Diderot (1er août 1784), Jean Honoré Fragonard (1806)… Le clergé avait son caveau sous le chœur avec une entrée protégée par une dalle de marbre noir. Cette dalle toujours visible, comporte une inscription funéraire ainsi que divers sigles à caractère apotropaïque : tête de mort, torches inversées… Certains cénotaphes sont même encore visibles.

La Chapelle de la Vierge

La chapelle de la Vierge prolonge le chœur vers le nord. Cet édifice fut construit en 1709 grâce à des fonds recueillis par loterie. Il se présente sous la forme d’un ellipsoïde. Cette chapelle mélange les styles baroque et classique. La voûte de la coupole supporte une Assomption peinte entre 1749 et 1756 par le premier peintre du duc d’Orléans, Jean-Baptiste marie Pierre (elle fut restaurée en 1932). L’autel supportait à l’origine une Annonciation d’Etienne Falconet, disparue sous la révolution. Depuis 1805, il est surmonté par la Nativité du Christ (1665), provenant du Val-de-Grâce, œuvre du sculpteur Michel Anguier. Falconet sculpte au-dessus de l’arcade derrière l’autel, une Gloire divine sur le modèle de celle de Saint-Pierre de Rome dont les rayons et nuages, parsemés de têtes d’angelots, descendent sur la Sainte Famille. De chaque côté de l’autel, deux statues : le saint Jérôme de Lambert-Sigisbert Adam (1752) et une sainte Barbe anonyme (vers 1700).

La Chapelle du Calvaire

La chapelle est construite par Boullée en 1754, d’après des dessins de Falconet, à l’emplacement de l’ancien cimetière. Elle fut très remaniée en 1850 lors de son agrandissement. Le pèlerin peut accéder à cette chapelle via une porte donnant sur la rue Saint-Roch, soit par le déambulatoire de la chapelle de la Vierge. Elle comporte, à l’est, un chœur dédié à la Vierge et, sur son côté nord, trois niches latérales abritant respectivement un Crucifiement de Jehan du Seigneur, un autel creusé dans un massif de rochers dominé par un Christ en croix de Michel Anguier et une Mise au tombeau de Louis Pierre Deseine (1819).

La Chapelle de l’Adoration ou de la Communion

Construite grâce au don de Law, cette chapelle est achevée en 1717. Elle est solennellement bénite le 1er novembre 1758 par monseigneur Jean-Félix de Fumel, évêque de Lodève, au cours d’une grand-messe pontificale à laquelle assistèrent de nombreux prélats. Celui-ci fit son sermon dans la chaire de Simon Challe. Elle se présente sous la forme d’une niche ouverte dans le déambulatoire de la chapelle de la Vierge. Bien que baignant dans une semi-obscurité voulue (elle est pourvue uniquement de deux vitraux), elle présente une ornementation religieuse originale, inspirée dit-on par le temple de Jérusalem : un crucifix solaire, une Arche d’alliance (œuvre de Paul-Ambroise Slodtz) sur l’autel et deux candélabres à sept branches. Les deux vitraux représentent saint Denys l’Aréopagite et Monseigneur Affre, archevêque de Paris de 1840 à 1848 (mort sur les barricades).

Les Grandes orgues

 L’orgue initial, dont seul subsiste le buffet, fut construit en 1752 par Louis-Alexandre Clicquot, parent des producteurs de champagne. Il fut remanié en 1769 par son fils François-Henri Clicquot. Détérioré pendant la Révolution, l’orgue fut reconstitué par Pierre-François Dallery en 1826. Il se compose de quatre claviers manuels et pédalier, de 53 jeux et de 2 832 tuyaux. Son jumeau est visible dans la collégiale Saint-Jean à Pézenas. L’église Saint-Roch a la chance de posséder un deuxième orgue, dans le chœur. Il est l’œuvre du facteur Cavaillé-Coll et date de 1865. Modifié par Mutin en 1913, il se compose de 12 jeux, répartis sur deux claviers et un pédalier.

Œuvres d’art

L’église de la rue Saint-Honoré possède de nombreuses œuvres d’art, conçues pour elle ou provenant d’églises aujourd’hui disparues. Dans les chapelles, nous remarquerons, entre autres, le monument du duc de Créqui par Charles Mazeline et Louis Hurtelle, le Baptême du Christ par Lemoyne, saint François de Sales par Pajou, le buste de Le Nôtre par Coysevox, surmontant une longue inscription racontant la vie et célébrant son génie…

Le cénotaphe du comte d’Harcourt, sculpté par Nicolas Renard, provient de l’ancien couvent des Feuillants. Le buste du maréchal François de Créquy, par Coysevox, était aux Jacobins. L’orant du cardinal Dubois, œuvre de Guillaume 1er Coustou, provient de la collégiale Saint-Honoré. Les restes du tombeau de Mignard, par Lemoyne, furent récupérés lors de la démolition de l’église Saint-Jean-en-Grève.

Par contre, le Christ au jardin des oliviers de Falconet figurait déjà sous l’Ancien Régime dans les trésors de Saint-Roch. Dans le transept, le visiteur trouvera Saint Denis prêchant les gaules de Joseph Marie Vien et le Miracle des ardents de Gabriel François Doyen. Dans le chœur figurent Godefroy de Bouillon victorieux de Claude Vignon, le Christ ressuscitant le fils de la veuve de Naïm d’Eustache Le Sueur, Saint Philippe baptisant l’eunuque et Saint François-Xavier entouré des peuples qu’il a convertis par Théodore Chassériau. L’église conserve un ensemble de tableaux remarquables dont dix œuvres classées aux Monuments historiques d’Auguste Charpentier (L’innocence (1833), La Force (1833), la Sagesse (1833), la Charité (1833), la Religion (1833), l’Extrême-Onction (1833), les Funérailles (1833), les saintes Femmes au sépulcre (1850), la Résurrection (1850) et la Loi divine (1850)).

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