Le Meurice

En 1771, l’Anglais Augustin Meurice et sa famille débarquèrent à Paris depuis Calais et ouvrirent une auberge. Les affaires étant prospères, sur les terrains des Feuillants (223 rue Saint-Honoré), vendus comme bien national, M. Meurice installa en 1818-1820 un relais de poste aux chevaux sur la route de Calais.  C’est de là qu’arrivaient ses compatriotes dont la curiosité pour Paris se trouvait attisée après des années de blocus continental. Pour les riches Anglais, il n’est bientôt plus qu’une adresse, l’hôtel Meurice om ils sont reçus à leurs manières et à leur goût, à une époque où ils voyagent sans cesse et contribuent à développer partout la grande hôtellerie. Le Meurice offrait un style d’hôtellerie inédit pour le XVIIIe siècle et facilitait la vie aux touristes : acquittement des formalités administratives, utilisation de valets de place attachés à l’hôtel, location d’appartements de toutes dimensions, mise à disposition de salons de conversation, linge blanchi au savon et battu à la main, employés parlant anglais, bureau de change, équipages…

L’hôtel déménagea au 228 rue de Rivoli, en 1835, dans un bâtiment neuf et luxueux. Il est vite surnommé par les beaux esprits parisiens « la Ménagerie anglaise ». Après divers agrandissements, ce palace, qui fut parmi les premiers à être construit en béton armé, ouvrait à la fois sur les rues de Richelieu, de Castiglione et du Mont-Thabor. De la Monarchie de juillet à la IIIe République, Le Meurice reçoit la haute société de son temps : souverains, aristocrates, artistes et écrivains, vantant la qualité des services, le raffinement des chambres et des salons et l’exceptionnelle localisation proche des boutiques de luxe. Exemple, Miss Howard, maîtresse de Napoléon III, s’y installait lors de ses séjours à Paris. Au début du XXe siècle, Arthur Million, propriétaire du Café de la Paix et des restaurants Weber et Ledoyen, racheta l’hôtel.

14441292Voulant concurrencer le Ritz, Million fit appel au grand hôtelier suisse Frédéric Schwenter. Le Meurice est agrandi et complètement reconstruit (à l’exception des façades classées), à partir de 1906, sous la houlette de l’architecte Henri Paul Nénot, Grand prix de Rome. L’architecte du conseil réalisa une belle prouesse spéculative : en édifiant un comble monumental, il fit tripler la surface d’étages au-dessus de la corniche. Ce mode de rentabilisation de la parcelle fit fortune notamment auprès des compagnies d’assurance et des hôteliers jusqu’à l’intervention en 1910, de la Commission pour la protection des perspectives monumentales.

Le-meurice-alain-ducasse-parisPour les salons du rez-de-chaussée, le style Louis XVI fut choisi : de larges pilastres corinthiens en marbre, simples ou accouplés, guirlandes et modillons dorés qui s’harmonisent avec un plafond allégorique de Poilpot. Tandis que les chambres étaient modernes : salles de bain, téléphone, sonnerie électrique reliant les hôtes à leurs domestiques personnels.

JardindhiverL’ancienne cour intérieure était couverte d’une verrière à motifs d’écailles et de fleurs en fer forgé. En 1965, elle est transformée en salon des Quatre-Saisons ; un plafond peint représentant la voûte céleste remplace la verrière, des panneaux de marbre vert et or comblent les ouvertures des portes. Des termes, copies des statues de Legros, sont rangées dans des niches, au centre de chaque panneau, illustrant le Printemps, l’Eté, l’Automne et l’Hiver.

front-view-of-the-pompadour-venue-at-le-meurice-parisLe salon Pompadour (nom tiré d’un portrait de la favorite de Louis XV) a conservé son décor de lambris crème et or, inspiré des boiseries versaillaises. Dans un petit salon couvert de tentures chinoises, trois toiles marouflées de Lavaley représentent une fête nocturne au château de Fontainebleau.

$T2eC16Z,!ygE9s7HJ-g5BReUgHGj3w~~60_35L’ascenseur, aujourd’hui désaffecté, est une copie de la chaise à porteurs de Marie-Antoinette. Dans les années 1930, la clientèle du Meurice se compose surtout de têtes couronnées. Le roi Alphonse XIII en fait sa résidence secondaire à Paris, faisant apporter son mobilier du garde-meuble royal de Madrid. L’hôtel attira aussi le prince de Galles, les rois d’Italie, de Belgique, de Grèce, de Bulgarie, du Danemark, du Monténégro, le shah de Perse, le bey de Tunis… Toutefois le Meurice peut s’enorgueillir d’avoir reçu les Rockefeller, le président français Doumergue, le président américain Franklin D. Roosevelt, le comte Ciano, le Premier ministre britannique Anthony Eden, les artistes Rudyard Kipling, Edmond Rostand, Gabriele D’Annunzio, Paul Morand… Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel servit de quartier général aux Allemands et de logement de fonction pour le général Von Choltitz. Dans les années 1950, les familles royales cède la place aux patrons des multinationales, aux acteurs et aux artistes. Exemple : Salvador Dali occupa l’ancienne suite royale d’Alphonse XIII, pendant 30 ans, un mois par an. Il constellait les murs de taches de peinture, pendant que ses ocelots faisaient leurs griffes sur la moquette. Caprice de star : le peintre espagnol demandait aux employés de capturer des mouches dans les bosquets des Tuileries, de lui amener un troupeau de chèvres sur lequel il tirait des balles à blanc, de jeter des pièces de 20 cts sous les roues de sa voiture lors de son départ afin de se vanter de rouler sur l’or. Le Meurice a connu trois phases de rénovation (1905-1907, 1947 et 1998) apportant à l’hôtel modernisation et embellissement. Cette dernière campagne de travaux, menée par Jean-Loup Roubert et Nicolas Papamiltiades, modifia grandement le bâtiment. Création d’un sous-sol pour les infrastructures de chauffage et climatisation, création de nouveaux salons de réception au rez-de-chaussée au décor années 1900 et transfert de l’entrée principale rue de Rivoli. En décembre 2006, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, y vient en convalescence. Apprenez que Le Meurice a servi de décor de nombreux films : Paris brûle-t-il ? de René Clément (1966), Julia de Fred Zinnemann (1977), Angel-A de Luc Besson (2006), L’ivresse du pouvoir de Claude Chabrol (2006), Notre univers impitoyable de Léa Fazer (2007), Faut que ça danse de Noémie Lvovsky (2007), Les femmes de l’ombre de Jean-Paul Salomé (2008), Demain dès l’aube de Denis Dercourt (2009), La Folle histoire d’amour de Simon Eskenazy de Jean-Jacques Zilbermann (2009), Midnight in Paris de Woody Allen (2010), W.E. de Madonna (2010) et Diplomatie de Volker Schlöndorff (2013).

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