Place Vendôme

Typique de l’urbanisme classique français, la place Vendôme est la place parisienne la plus célèbre et elle est considérée comme l’une des plus luxueuse du monde. Une grande partie des façades est classée aux Monuments historiques. En son centre, se trouve la colonne Vendôme édifiée en 1810. Avant de devenir un lieu central pour la joaillerie de luxe, la place Vendôme est, avec la rue de la Paix, l’épicentre de l’élégance parisienne durant un demi-siècle avec ses modistes et ses couturiers.

Le projet de 1685

Au milieu du XVIIe siècle, la rue saint-Honoré était le grand axe de circulation est-ouest. Dans la partie qui avoisinait le jardin des Tuileries, elle était peuplée de couvents et d’églises. S’y trouvaient de nombreux terrains maraîchers offrant de belles perspectives immobilières. Par l’intermédiaire de Louvois, Jules Hardouin-Mansart parvint à convaincre Louis XIV qu’une place créée dans l’espace occupé par l’hôtel de Vendôme et ses jardins serait « grande commodité pour la circulation » et pourrait devenir pour Paris un « grand ornement ». En 1685, le roi acquiert donc l’hôtel, mais, comme il était insuffisant, malgré ses dépendances vastes, pour établir la place projetée, il expropria le couvent des Capucines en promettant à la communauté religieuse de lui construire un autre couvent à l’emplacement d’un marché aux chevaux qui n’aurait plus rien à faire dans ce quartier aristocratique. Les religieuses bénéficièrent de locaux et de jardins délimités sur deux côtés par les actuels boulevard et rue des Capucines.

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Les architectes Jules Hardouin-Mansart et Germain Boffrand proposèrent de construire une vaste place rectangulaire, ouverte sur la rue Saint-Honoré et bordée de vastes bâtiments publics (Académies, Bibliothèque royale, hôtel de la Monnaie, appartements pour les ambassadeurs extraordinaires). Au nord, les bâtiments s’ouvraient en arc de triomphe sur la façade de la nouvelle église des Capucines, reconstruite en 1688. Des arcades couraient au rez-de-chaussée comme sur la place Royale (l’actuelle place des Vosges). Un ordre colossal de pilastres régnait jusqu’au bandeau des toitures. « Les façades qui doivent faire l’ornement de ladite place seront élevées suivant et conformément aux dessins et devis que Sa Majesté en fera dresser. Les propriétaires pourront acheter autant de front qu’ils le désireront pourvu qu’ils ne demandent pas moins de deux arcades ». Il était convenu que le roi prendrait à sa charge la seule élévation des façades qui assureraient l’unité monumentale, tandis que les terrains qui se trouvaient derrière devaient être vendus à des particuliers, prenant à leur charge les frais de construction de leurs hôtels. Lorsque les traités de Ryswick furent signés les 20-21 septembre 1697, les finances du royaume de France étaient au plus bas. La Cour du roi Soleil entra dans une période d’austérité sous la vigilance influente de Mme de Maintenon. Le roi renonça aux édifices publics prévus. Il fit modifier le dessin de la place car il constata, bien que les façades soient déjà construites, que leur superficie et leur disposition ne correspondaient pas à un usage d’habitation. On n’avait surtout pas reçu la moindre offre d’achat. La place prend alors le nom de place des Conquêtes.

Au milieu de la place fut érigée une statue équestre en bronze de Louis XIV, commandée par Louvois au sculpteur François Girardon. L’artiste dut s’appliquer à respecter l’échelle de la place. Le roi est représenté à cheval, portant la cuirasse et le manteau des empereurs romains, le bras tendu dans un geste d’autorité. L’ouvrage fut inauguré en grande pompe en 1699. Mansart avait dessiné un imposant piédestal enrichi de colonnes et de statues que le roi refusa. L’œuvre de Girardon sera détruite en 1792. Les débris seront éparpillés et détruits ; seul le pied gauche du roi échappera à la fonte. Il est conservé dans les collections du musée Carnavalet.

Le projet de 1699

Hardouin-Mansart dut établir un plan restrictif, moins lourd pour les finances royales. En 1699, le roi décide de vendre le terrain à la ville de Paris. Les façades, qui avaient été construite pour l’inauguration, sont démolies afin de réduire l’emprise de la place d’une vingtaine de mètres de chaque côté.

La nouvelle place est entourée d’hôtels particuliers derrières les façades uniformes, dessinées par Jules Hardouin-Mansart. L’ordonnance se prolongeait sur ses retours vers la rue Saint-Honoré et la rue des Capucines afin de faire adhérer l’ensemble à la partie visible de ses liens avec la ville et de lui éviter la disgrâce de prolongements déséquilibrés. Des pans carrés étaient tracés aux quatre angles accroissant la surface d’occupation des bâtiments. La place passait de carrée à octogonale (146 mètres de long sur 136 mètres de large). Derrière les façades uniformes, achevées vers 1720, s’élèvent des hôtels particuliers luxueux : ceux des financiers Crozat, celui du fermier général Lhuillier, de John Law, ou celui de l’architecte Hardouin-Mansart. La place sera seulement traversée par un axe nord-sud reliant le couvent des Capucines à celui des Feuillants. Il s’agit d’une place fermée dans la tradition des places royales.

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Le rez-de-chaussée à refends est percé de grandes baies en plein cintre surmontées de mascarons ; il est dépourvu d’arcades conformément à sa vocation d’immeubles d’habitation. Les deux étages inégaux sont réunis par des pilastres corinthiens et les nouveaux bâtiments sont couverts d’un toit brisé dont les combles sont percés d’une alternance d’œils-de-bœuf et de lucarnes. Les œils-de-bœuf ont pour la plupart été remplacés par des lucarnes au XIXe siècle. Chaque fenêtre du premier étage est ornée d’une balustrade en fer forgé où s’inscrit un soleil d’or. Au centre des grands côtés, un avant-corps en double saillie reprend les mêmes dispositions sauf que quatre colonnes engagées soutiennent un fronton triangulaire orné des armes royales de France. Au niveau des pans coupés, les colonnes d’angle sont remplacées par de simples pilastres. La place est rebaptisée place Louis le Grand (nom qu’elle gardera jusqu’à la Révolution).

Sous la Révolution

La statue est détruite le 12 août 1792 en tant que symbole du pouvoir royal. Dans sa chute, elle écrasa la citoyenne Rose Violet, vendeuse à la criée de l’Ami du peuple, qui avait montré trop de zèle contemplatif. A sa place, une statue de la Liberté est dressée. De 1793 à 1799, elle prit le nom de place des Piques.

Le 20 janvier 1793, le député Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau est assassiné après avoir voté la mort du roi de France. Son corps nu et sanglant, simplement recouvert d’un drap laissant apparaître la plaie, est posé sur le socle de l’ancienne statue, dans un grand appareillage néo-antique signé David. L’église des Capucines devint une fabrique d’assignats.

L’Empire et suite

Les bâtiments de la place n’avaient que peu souffert des affres de la Révolution, du moins à l’extérieur. Toutefois, l’Empire détruisit ses perspectives. En 1802, Napoléon 1er décide de relier la nouvelle rue de Rivoli aux boulevards. Il fait donc démolir le couvent des Feuillants et l’église des Capucines, et percer les rues de Castiglione et de la Paix (1806). La place prend le nom de place Vendôme, en souvenir de l’ancien hôtel de Vendôme qui s’y trouvait. Les rapports d’harmonie furent rompus par l’érection de la « colonne d’Austerlitz » (44 mètres de hauteur tandis que la statue de Louis XIV n’en faisait que 6).

L’empereur fait dresser en 1810 une colonne en bronze, inspirée de la colonne Trajane à Rome. Au sommet se dresse une statue de Napoléon 1er en empereur romain. Celle-ci est descendue en 1814 et fondue en 1818. Sous la monarchie de Juillet, une nouvelle statue de l’empereur, en petit caporal, est place au sommet de la colonne. En 1863, la statue de Chaudet est remplacée par une copie, réalisée par le sculpteur Dumont, à la demande de Napoléon III. Sous la Commune de Paris, la colonne est mise à bas, sur les ordres du peintre Courbet, le 16 mai 1871, et la place prend le nom de place Internationale. Le nouveau président de la République, le maréchal Mac-Mahon, décide en mai 1873, de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet. La reconstruction du monument est effectuée entre 1873 et 1875. Ce dernier étant toujours visible actuellement.

Si autrefois la place fait la part belle aux automobiles, aujourd’hui elle est rendue aux piétons.

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