La colonne Vendôme

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En 1800, un décret envisage la construction d’une colonne dédiée aux braves du département, dans chaque chef-lieu et deux à Paris. A Paris, une colonne nationale dédiée à la Nation, est envisagée sur la place de la Concorde, et une colonne départementale sur la place Vendôme le 20 mars, par Bonaparte Premier Consul. La colonne nationale ne vit jamais le jour. Lucien, frère de Napoléon Bonaparte et ministre de l’Intérieur pose la première pierre de la colonne départementale le 14 juillet 1800. Et plus rien. L’idée est reprise en 1803 par le Premier Consul qui veut une colonne à l’instar de celle de Trajan à Rome. Celle de Paris sera ornée de 108 figures des départements montés en spirale et surmontée d’une statue de Charlemagne. Dédiée dans un premier temps à la gloire du peuple français, la colonne devient un monument à la gloire de Napoléon 1er. La colonne en bronze est réalisée en faisant fondre les 1 250 canons pris aux Russes et aux Autrichiens lors de la Bataille d’Austerlitz par Jean-Baptiste Launay, sur des dessins de Jacques Gondouin et Jean-Baptiste Lepère.

Elle comporte un bas-relief hélicoïdal, sculpté par Etienne Bergeret, représentant la campagne de 1806, décor destiné à rendre hommage aux soldats victorieux de la Grande Armée. Commencée le 25 août 1806, la colonne n’est achevée que le 5 août 1810, et baptisée colonne de la Grande Armée. La colonne, haute de 44,3 mètres et d’environ 3,60 mètres de diamètre, est posée sur un socle. Le fût constitué de 98 tambours de pierre, est décoré de bas-reliefs représentant des trophées et des scènes de batailles. S’enroulant en continu jusqu’au sommet, cette scénographie, longue de 260 mètres, se compose de 425 plaques de bronze.

Paris-Place-Vendôme-41-©-French-Moments

Le socle de la colonne est en granit porphyroïde de Corse et porte l’inscription suivante : NEAPOLIO IMP AUG, MONUMENTUM BELLI GERMANICI, ANNO MDCCCV, TRIMESTRI SPATIO DUCTU SUO PROFLIGATI, EX AERE CAPTO, GLORIAE EXERCITUS MAXIMI DICAVIT (soit pour les non latinistes « Napoléon imperator auguste, a consacré à la gloire de la Grande Armée, cette colonne, monument formé de l’airain conquis sur l’ennemi pendant la guerre d’Allemagne en 1805, guerre qui, sous son commandement, fut terminée dans l’espace de trois mois »). La colonne est surmontée d’une statue de Napoléon en César par Antoine-Denis Chaudet. Napoléon souhaitait se faire représenter en uniforme mais le sculpteur voulait l’habiller en César, prétextant qu’une colonne Trajane ne pouvait être surmontée que par un homme en toge. La statue fut coulée en 1808 et placée au sommet de la colonne le 5 août 1810. Un escalier intérieur permet d’accéder à une plate-forme située sous la statue sommitale. Le 8 avril 1814, lors de l’Occupation de Paris, la statue impériale est déboulonnée à l’initiative du comte de Rochechouart, commandant de la place de Paris, avant d’être remplacée par un drapeau blanc fleurdelisé pendant la Restauration.

En 1818, la statue de Napoléon est fondue pour réaliser la statue équestre d’Henri IV, sur le Pont-Neuf. La statuette de la Victoire ailée est quant à elle cachée chez un marchand de vin par des ouvriers. Celle-ci est vendue aux enchères et achetée par un employé de la préfecture de la Seine pour 32 francs. Sous la monarchie de Juillet, Louis-Philippe substitue le drapeau royal par un drapeau tricolore.

Afin de consolider son nouveau pouvoir et soucieux de raviver le souvenir de l’empereur déchu, le roi fait remettre une nouvelle statue de l’empereur, en petit caporal, œuvre de Charles Emile Seurre, au sommet de la colonne, le 28 juillet 1833. Le sculpteur emploie les 16 canons restants pris à Austerlitz, conservés à l’arsenal de Metz. L’effigie mesurant 3,50 mètres de haut, est actuellement visible dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides. En 1863, Napoléon III, considérant que la statue en place ne correspond pas à la dignité impériale, fait descendre le bronze en redingote. Il commande au sculpteur Auguste Dumont une réplique de la statue impériale de Chaudet.

08Petite fantaisie de l’artiste : l’empereur de Chaudet tenait le globe de la victoire dans sa main gauche et son épée dans la main droite. Dumont fit l’inverse. En avril, les deux statues sont échangées. Après la proclamation de la IIIe République, le peintre Gustave Courbet, président de la Commission des Beaux-Arts, adresse une pétition au gouvernement, le 14 septembre 1870, demandant à « déboulonner la colonne, ou qu’il veuille bien lui-même en prendre l’initiative, en chargeant de ce soin l’administration du Musée d’artillerie, et en faisant transporter les matériaux à l’hôtel de la Monnaie ». L’artiste souhaite la faire reconstruire aux Invalides. Aucune réponse du gouvernement. Lors de l’insurrection de la Commune de Paris, les réactions deviennent plus radicales : « La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique – la colonne Vendôme sera démolie ».

La démolition initialement prévue pour le 5 mai 1871 (jour anniversaire de la mort de Napoléon) a lieu le 16 mai 1871. A midi, les rues sont noires de monde, venus assister à la destruction. Le chant patriotique La Marseillaise résonne aux quatre coins de la place. Les dirigeants de la Commune sont installés au balcon du ministère de la Justice (n°13). A 14 heures, les toiles qui recouvraient l’échafaudage sont ôtées ; le Chant du départ est entonné. La foule est repoussée pour éviter tout accident (une fois pas deux). Le premier cabestan se rompt, renversant les ouvriers à la manœuvre. D’autres ouvriers grimpent sur le piédestal et attaquent le fût de la colonne à coups de pioches. Les Parisiens continuent de chanter pour encourager les travailleurs. A 16h30 de nouveaux cordages sont hissés, les câbles se tendent lentement et la colonne finit par s’écrouler sur le lit de fumier préparé à son intention. Il est 17h35 et la place retentit des cris de félicitation. Les plaques de bronze sont mises en sureté. La Commune est vaincue et Courbet se réfugie au 121 de la rue Saint-Gilles à l’arrivée des Versaillais dans la capitale. Il est arrêté le 7 juin 1871 et condamné par le 3e conseil de guerre à six mois de prison (qu’il purgera à Versailles) et à 500 francs d’amende (plus 6 850 francs de frais de procédure). Comme il est malade, Courbet est transféré dans une clinique de Neuilly le 30 décembre 1871 où il reste jusqu’à sa libération en avril 1872. Le nouveau président de la République, le maréchal Mac-Mahon, décide en mai 1872, de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet (jugé coupable lors de son procès) pour la modique somme de 323 091,68 francs. L’artiste est engagé à payer 10 000 francs par ans pendant 33 ans. Il meurt quelques années plus tard (le 31 décembre 1877) d’une maladie de foie, la veille de recevoir la première traite à payer.

La reconstruction du monument est effectuée entre 1873 et 1875. En 1914, une véritable enquête policière est menée pour retrouver la statuette de la Victoire. Elle est aux Etats-Unis, dans la demeure de Frances Doucha Oakes, arrière-petite-fille de Murat. Son père, John Lewis Garden l’avait ramassé parmi les débris de la chute de la colonne. Elle en fit don à la France en 1966. La statuette est visible au château de Malmaison (92), posée sur une table dans la chambre à coucher de l’empereur. En 2014-2015, le directeur de l’hôtel Ritz finance la restauration complète de la colonne, dirigée par l’architecte des Monuments historiques Christophe Bottineau. L’objectif était de permettre une relecture de l’ouvrage par un nettoyage minutieux des décors.

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