Le siège du Crédit Lyonnais

Boulevard des Italiens se trouve le siège social du Crédit Lyonnais, construit de 1876 à 1913 à l’emplacement de l’hôtel de Boufflers sur lequel avait été pratiqué la Galerie de Fer qui conduisait du boulevard à la rue de Choiseul. Le passage incendié en 1828, fut reconstruit l’année suivante en fer.

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En 1876, Henri Germain achète une parcelle de 1 590 m² formant un quadrilatère allant du boulevard des Italiens aux rues de Gramont, du Quatre-Septembre et de Choiseul. Il fait raser l’hôtel de Boufflers et demande à l’architecte William Bouwens van der Boijen d’édifier la banque du Crédit Lyonnais. Bien que commencés en 1876, les travaux prennent fin qu’en 1913, sous la houlette de Victor Laloux et André Narjoux. La construction grandiloquente avait pour ambition d’impressionner les clients et les investisseurs. Une légende prétend qu’un plan B était prévu pour le cas où la banque ferait faillite : reconvertir l’immeuble en grand magasin. Ce dernier est inauguré le 21 mars 1878 en présence de Léon Gambetta, président de la commission du Budget de l’Assemblée nationale. L’immeuble s’organise autour d’un grand escalier en double révolution comme celui du château de Chambord. La réputation de l’établissement est telle que la banque distribua des billets « d’autorisation à visiter ». Une Bourse du soir est organisée par les coulissiers en 1880, dans le grand hall, de 4h à 7h. Deux ans plus tard, le siège social du Crédit Lyonnais, installé à Lyon, est transféré à Paris.

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L’habillage en pierre, symbole traditionnel de richesse, dissimule une charpente métallique, réalisée en partie par les établissements Eiffel. L’avant-corps central de la façade sur le boulevard des Italiens s’inspire du Pavillon de l’Horloge du palais du Louvre.

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On aperçoit notamment les quatre cariatides symbolisant les Heures du jour, qui encadrent l’horloge. Elles sont dues respectivement à Henri Lombard, Edouard Pépin, Antonin Carlès et Désiré Maurice Ferrary. Ces statues soutiennent un fronton semi-circulaire, réalisé par Camille Lefèvre représentant la banque distribuant les crédits, flanquée des allégories du Commerce et de l’Industrie, de la Seine et du Rhône. Le pavillon comporte une double serlienne, au rez-de-chaussée et au 1er étage. La baie centrale est plus haute que ses voisines ; elle est formée d’un arc en plein cintre tandis que les baies latérales sont rectangulaires et coiffées d’un linteau. Le toit en ardoise s’inspire de celui du pavillon de Flore, toujours au palais du Louvre.

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Les guichets et les bureaux s’organisent sur trois niveaux, de part et d’autre d’une galerie éclairée par une verrière. La charpente métallique apparente fut exécutée par les établissements Eiffel et Moisant. Aucune cloison ne fragmente ce lieu ouvert à la vue du public et de toute la hiérarchie. Cela ne pouvait que satisfaire Henri Germain, fondateur de la banque en 1863, qui estimait que « les cloisons servent uniquement aux employés pour lire leur journal ». Un hall se situe à chaque extrémité du bâtiment, éclairé chacun par une verrière à 21 mètres de hauteur réalisée par l’atelier Eiffel. Le hall d’entrée sur le boulevard des Italiens est monumental et s’ouvre sur une large rotonde vitrée, comportant un escalier plaqué de marbre vert et d’onyx rouge.

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La banque est un des premiers bâtiments à disposer d’installations électriques. Pour donner du jour aux salles des coffres, une partie du plancher était en dalles de verre, fabriquées à Saint-Gobain. Pour impressionner le public, une gigantesque salle des pas perdus, éclairée par 310 becs de gaz, ouvrait sur des rangées de guichets à la mode anglaise (pas de grilles ni de vitres). Quant à la direction, elle bénéficiait, au premier étage, de portes en acajou avec lambris et tentures de reps vert. C’est d’abord le service des titres (à l’époque matérialisés par des coupons de papier) qui déménage de Lyon vers Paris. Les coupons sont conservés dans les 195 coffres Fichet des salles du sous-sol, entourées par un chemin de ronde et desservies par un escalier en haut duquel un cendrier porte la mention « Eteignez vos cigares ». C’est surtout l’escalier à double révolution (ou en double hélice) qui fait la renommée de l’hôtel des Italiens. Comme celui de Chambord, il fut construit dans l’objectif d’éviter à la direction de rencontrer les employés. La volée d’escalier de la direction présente une double balustrade, tandis que celle des employés n’en possède qu’une. L’escalier de pierre se poursuit sous forme d’un escalier métallique à partir du 2e étage et jusqu’au 4e, tout en conservant son système en double révolution. L’ensemble est illuminé par une verrière située 30 mètres au-dessus du sol.

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En 1957, la banque échappe de peu à un projet sordide : son centre devait être évider pour y construire une grande tour de béton de 20 étages. Seules les installations de chauffage et d’électricité seront modernisées. L’apparition de l’informatique, dans les années 1970, entraine quelques transformations : le hall des titres, dû aux ateliers Eiffel, est détruit, la verrière est supprimée, aveuglement des bureaux du rez-de-chaussée et ceux des étages supérieurs s’organisent autour d’un petit jardin suspendu. Le 14 mai 1976, le président du Crédit Lyonnais Jacques Chaine est abattu à coups de révolver par un anarchiste, Jean Bilski, devant le siège central (l’homme se suicida juste après). En avril 1996, le hall donnant sur la rue du Quatre Septembre accueille le tournage du film Le cri de la soie, d’Yvon Marciano ; la scène est censée se dérouler dans un grand magasin.

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Le dimanche 5 mai 1996, à 8h24, un écran de contrôle signale un feu dans la salle des marchés. Deux minutes plus tard, deux agents se rendent sur les lieux et alertent les pompiers. Une colonne de fumée obscurcit le ciel de Paris. Une vingtaine de camions de la caserne Saint-Honoré débarquent rue de Choiseul à 8h32. En dépit de l’ardeur d’une centaine de pompiers, le feu se propage rapidement dans la salle des marchés, vaste hall sans cloison ou porte coupe-feu. Les 38 000 m² de la banque partent en fumée. Dès 9h41, l’annonce de l’incendie est diffusée par l’Agence France Presse. Les rumeurs vont bon train : « C’est voulu ! ». Le Crédit Lyonnais, en quasi faillite, vivait un second plan de sauvetage et le ministre des Finances, Jean Arthuis, venait de déposer une plainte pour présentation de faux bilans, diffusion d’informations trompeuses, répartition de dividendes fictifs. Alors que la banque du Lion accusait d’importantes pertes (environ 100 milliards de francs), elle publiait des comptes bénéficiaires. Vers 11h l’incendie semble enfin maîtrisé. Hélas, vingt minutes plus tard, la dalle du jardin intérieur s’effondre et provoque un gigantesque souffle faisant naître de multiples foyers d’incendie. De la salle des marchés où se trouvent 200 terminaux d’ordinateurs, le feu se répand par les gaines électriques et les faux plafonds dans tout le pâté de maison. La verrière vole en éclats. Toutes les archives partent en fumée, au grand dam des enquêteurs. 600 pompiers sont mobilisés et mettront près de 19 heures pour éteindre le feu. Les deux tiers de l’immeuble sont dévastés, rue du Quatre Septembre. Vive émotion chez les déposants des 9 000 coffres noyés par les lances à incendies. 154 personnes dont deux pompiers sont hospitalisés. Le sinistre est estimé à 1,6 milliards de francs. Pour remettre la banque à flot, le contribuable sera mis à contribution. Selon les premières constations, il s’agissait d’un incendie volontaire.

lcl 08LCL - banque et assurance, "Façade en carton" - juin 2011

Suite à la gravité des dégâts, le Crédit Lyonnais vend l’immeuble pour la somme 1,3 milliards de francs à l’assureur AIG (American International Group). L’immeuble est alors coupé en deux. La banque conserve le cœur historique (un quart du bâtiment) qui prend le nom d’hôtel des Italiens ; il comprend les bureaux de l’Etat-major, la salle du Conseil et l’escalier en double révolution. Le reste de l’édifice est rebaptisé le Centorial afin notamment de pouvoir récupérer le signe CL sculpté sur la façade.

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En janvier 2001, AIG French Property Fund entreprend d’importants travaux de reconstruction pour le compte du nouveau propriétaire, l’investisseur allemand Deka Immobilien Investment Gmbh, sous la direction de l’architecte Jean-Jacques Ory. Les travaux présentent trois objectifs : protéger les parties classées de l’édifice (la verrière métallique des ateliers Eiffel), offrir des équipements modernes aux employés et conserver une trace de l’architecture initiale. La salle des marchés et le jardin suspendu sont remplacés par une longue galerie avec une verrière métallique rappelant celle des titres de l’immeuble original. Coût total des travaux : 74,7 millions d’euros.

En 2006, la rédaction du journal Les Echos s’y installe. En 2008, l’architecte des Bâtiments de France fait réinstaller l’écusson en plomb de la banque, au sommet du pavillon d’honneur, représentant les armes de la ville de Lyon. L’écusson est l’œuvre de l’ornementiste et meilleur ouvrier de France Jean-Claude Duplessis. Il pèse 4 tonnes, situé à une hauteur de 36 mètres, largeur de 4,30 mètres et hauteur de 3,50 mètres.

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En 2012, le campus parisien de la EDHEC Business school emménage dans une partie de l’immeuble. En janvier 2013, Donatella Versace organise son défile printemps-été dans le hall de la banque. Imité le 7 mars 2015 par la styliste Vivienne Westwood pour son défilé automne-hiver.

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Le mur situé rue de Choiseul conserve la trace d’une bombe ayant explosée le 30 janvier 1918.

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