Salle Ventadour

La salle Ventadour ou théâtre Ventadour est une ancienne salle de théâtre, reconvertie aujourd’hui en immeuble accueillant divers services sociaux de la Banque de France.

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Opéra-Comique

Ce bâtiment s’inscrit dans le cadre de la fructueuse spéculation immobilière menée par la banque Mallet. Banquiers avisés, ils proposèrent au ministère de la Maison du Roi, alors à la recherche d’un nouveau théâtre pour abriter la troupe de l’Opéra-Comique, démunie de salle depuis la fermeture de celle de la rue Feydeau en raison de sa vétusté, d’acquérir le terrain où s’élevait alors l’hôtel de Pontchartrain. L’hôtel, ainsi que celui de Lionne furent rasés. En 1826, la salle, imaginée par les architectes Jean-Jacques-Marie Huvé et Louis de Guerchy, est inaugurée le 20 avril 1829. Le privilège accordé dans un premier temps à Paul-Auguste Durcis, directeur de la troupe, passe à Jean-François Boursault, fondateur du théâtre Molière, à la suite d’une première faillite en juin 1830. Désormais propriétaire des murs, ce dernier délègue l’exploitation à plusieurs investisseurs qui font à leur tour faillite en raison de la période agitée (révolution de juillet). Les charges s’avérant trop élevées, Boursault renonce et la troupe de l’Opéra-Comique part pour le théâtre des Nouveautés en septembre 1832, vacant à la suite de la dissolution de la troupe rivale.

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Théâtre de la Renaissance

Le 10 juin 1834, François Saint-Esteban inaugure son Théâtre Nautique qui présente des spectacles navals dans un gigantesque bassin central mais doit fermer pour raisons financières en janvier 1835. Après un bref passage de la troupe des Italiens de janvier à mars 1838 à la suite de l’incendie de la salle Favart, le journaliste Anténor Joly, cofondateur du théâtre de la Porte-Saint-Antoine y crée le théâtre de la Renaissance sur l’initiative de Victor Hugo et Alexandre Dumas, qui souhaitaient disposer d’une troupe dédiée à leurs drames romantiques. Il inaugure sa programmation le 8 novembre 1838 avec la création de Ruy Blas, avec Frédérick Lemaître dans le rôle-titre, suivie en avril 1839 des créations de l’Alchimiste et de Paul Jones d’Alexandre Dumas, toujours avec le même acteur. En 1839 y est donné le célèbre bal du Carnaval de Paris. A cette occasion le compositeur et chef d’orchestre belge Jean-Baptiste-Joseph Tolbecque dirige son Galop des tambours qui remporte un immense succès. L’orchestre compte 40 tambours. Le bal du théâtre de la Renaissance devient à cette occasion une référence festive du Carnaval de Paris. De nombreux opéras y sont représentés, comme Lucie de Lammermoor de Gaetano Donizetti ou la Chaste Suzanne d’Hippolyte Monpou mais victime des intrigues de théâtres parisiens concurrents, l’entreprise est contrainte de fermer ses portes le 16 mai 1841 et la troupe est dissoute. Le théâtre de la Renaissance renaîtra 32 ans plus tard sur le boulevard Saint-Martin.

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Théâtre-Italien

Les Italiens sont de retour le 2 octobre 1841 et ne quitteront plus les lieux pour les trente années à venir. Ce fut un foudroyant succès. La soirée d’inauguration fut l’occasion pour Théophile Gauthier de célébrer le lieu, qui « est autant un salon qu’un théâtre, et dont le public, presque entièrement composé d’hommes du monde, exige impérieusement toutes les recherches du confortable et de l’élégance ». Le Tout-Paris des gandins, des femmes à la mode, des duchesses, en un mot tous les héros de Balzac s’y retrouvèrent trois fois par semaine : les mardis, jeudis et samedis. On s’y rendait visite de loge en loge, applaudissant à tout rompre la Pasta, la Malibran, la Sontag, la Grisi, Giovanni Battista Rubini, Antonio Tamburini, Luigi Lablache, Enrico Tamberlick, Marietta Alboni, Pauline Viardot et surtout Adelina Patti. Sont présentés entre autres au Théâtre-Italien pour la première fois en France Don Pasquale de Gaetano Donizetti, Nabucco, Luisa Miller, Il Trovatore et Rigoletto de Giuseppe Verdi mais aussi Fidelio de Beethoven.

Banque de France

La guerre franco-prussienne conduit en juillet 1871 à la fermeture de la salle et à sa transformation en ambulance sous le Siège de Paris. Le théâtre ne rouvre que le 9 mars 1872. Mais la nouvelle direction ne parvient pas à renouer avec le succès et la faillite est prononcée le 11 janvier 1873. Du 19 janvier au 30 décembre 1874, la salle accueille la troupe de l’Opéra de Paris dans l’attente de sa nouvelle salle à la suite de l’incendie de la salle Le Peletier le 28 octobre 1873. En octobre de la même année, Prosper Bagier tente de lancer son Troisième Théâtre-Lyrique français mais renonce trois mois plus tard. La salle n’est dès lors plus occupée que de façon sporadique. En avril 1876, Léon Escudier, journaliste et éditeur français de Verdi, prend la direction de la salle pour y faire représenter les œuvres récentes du compositeur : Aïda, le Requiem et la Forza del destino avec notamment Victor Capoul et Emma Albani. L’expérience prend fin le 21 juin 1878.

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Le bâtiment est vendu à la banque d’escompte qui en fait un immeuble de bureaux. En 1892, la Banque de France devient propriétaire du lieu. Le bâtiment, après de nombreuses utilisations, est aujourd’hui la salle de sport et le restaurant d’entreprise de la banque centrale française.

Aux alentours, les noms des rues Méhul, Dalayrac, Marsollier et Monsigny sont les derniers échos à l’histoire de cet ancien théâtre. Pourtant, ce très bel immeuble, situé sur une place de 18 mètres de large, isolée de toute circulation, d’accès agréable, offrait une vaste salle de 1 700 places, de forme arrondie avec quatre étages de loges.

 

 

 

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