Le commissariat aux questions juives

L’immeuble était occupé par la banque Léopold-Louis Dreyfus. Sous le régime de Vichy, il fut annexé par le Commissariat général aux questions juives.

La banque Dreyfus

La famille Dreyfus, de confession juive, est originaire de Sierentz en Alsace. En 1851, Léopold Louis-Dreyfus se lance dans le commerce du blé et fonde la compagnie qui porte le prénom et le nom de son père Louis Dreyfus. En 1858, la société est transférée à Berne. En 1871, après la défaite française et la perte de l’Alsace donnée aux Allemands, Léopold Louis-Dreyfus s’installe à Marseille et choisit la nationalité française. En 1875, il s’établit à Paris. En 1900, le groupe devient le 1er négociant de grains au monde. Cinq ans plus tard, la banque Louis-Dreyfus est fondée à Paris.

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Léopold charge l’architecte Henri-Paul Nénot de bâtir le siège de l’établissement. L’entrée principale se situe au 4 rue de la Banque ; on reconnaît le monogramme LD à l’imposte de la porte menant au grand vestibule. Par son vocabulaire et son parti architectural, l’édifice s’apparente plus à un hôtel particulier qu’à un établissement bancaire. Sur la place, la façade est symétrique, organisée autour d’une travée centrale animée par un balcon et sommée par un fronton courbe brisé au niveau de la corniche du toit. A l’intérieur, outre les bureaux, le bâtiment abritait également le logement des banquiers et des caissiers.

Le commissariat aux questions juives

Pendant l’occupation nazie, les Dreyfus, victimes des mesures anti-juifs, sont spoliés de leurs biens et s’exilent à temps à l’étranger. En juin 1940, Pierre Louis-Dreyfus rallie à Londres le général de Gaulle avant de s’enrôler dans les Forces françaises libres. Les lois édictées par les Allemands à l’encontre des Juifs furent suivies à entrain par les autorités françaises de l’époque. Sur ordre du maréchal Pétain, daté du 29 mars 1941, est créé un Commissariat général aux questions juives et il élit domicile au siège de la banque Dreyfus de 1941 à 1944. Le commissariat était chargé de proposer des textes antisémites, de coordonner l’action des administrations françaises dans la politique anti-juive, de gérer et liquider les biens juifs, d’organiser les mesures de police.

Xavier Vallat fut le premier commissaire. Ancien député de l’Ardèche, il avait été responsable d’associations d’anciens combattants. Il entreprit de rédiger une longue série de textes antisémites, dont le second statut des Juifs et la loi du 22 juillet 1941 sur les spoliations. Le commissariat récupéra le service chargé de l’aryanisation, avant de fusionner avec lui, en décembre 1941, et compta jusqu’à 1 200 employés. En mai 1942, Xavier Vallat fut remplacé, sous la pression des Allemands, par Louis Darquier de Pellepoix, beaucoup plus pro-allemand. Darquier était un antisémite virulent et obsessionnel. Avant la guerre, il avait été conseiller municipal de Paris. Malgré son acharnement contre les Juifs, il ne joua pas un rôle important dans l’organisation des déportations, qui fut confiée au secrétariat d’Etat à la police René Bousquet. Sous sa direction, la politique de spoliations se ralentit. En 1944, Darquier fut renvoyé et remplacé par Charles du Paty de Clam, qui ne joua aucun rôle dans la politique antisémite. Dans les tous derniers mois de l’Occupation, il fut remplacé par le secrétaire général du Commissariat, Joseph Antignac. Un fichier recensant les Juifs de France fut tenu par la police française et toutes les questions relatives au « problème juif » se réglaient ici.

Il ferme à la Libération de Paris en août 1944. Quant au fichier qui permit d’organiser de façon rigoureuse, minutieuse, implacable, l’arrestation de milliers de Juifs, les 16 et 17 juillet 1942, lors de la rafle du Vel d’Hiv, il fut « retrouvé » par Serge Klarsfield dans les services du ministère des Anciens combattants en 1991. Incomplet bien sûr. Ne subsistent que 60 000 fiches sur les 150 000 enregistrées. Ce fichier fut offert par le président Jacques Chirac au CDJC du Mémorial de la Shoah (4e arrdt) où on peut le découvrir ; une copie est consultable aux Archives nationales.

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Ministère de la Culture

Après la guerre, la groupe Louis-Dreyfus reprend ses activités de négoce et de transport maritime. En 1974, le siège de la banque déménage au Diamant Bleu, un bâtiment moderne situé près de la porte Maillot, construit par l’architecte Pierre Dufau. En 1989, l’immeuble de la place des Petits-Pères est vendu au ministère de la Culture qui y installe des bureaux.

 

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