Galerie Vivienne

Hôtel Vanel. Construit en 1640 pour Claude Vanel, contrôleur des Finances du duc d’Orléans, il fut saisi par le roi en 1665 et donné au ministre Colbert qui le fit rebâtir par le Vau. Il eut divers occupants et fut démoli en 1823 pour édifier la galerie Vivienne.

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Conçue en 1823 par le président de la Chambre des Notaires Marchoux, la galerie Vivienne a été édifié à l’emplacement des hôtels Vanel et de Serrant, d’après les plans de l’architecte François-Jacques Delannoy. Portant le nom de son commanditaire, la galerie fut rebaptisée Vivienne lors de son inauguration en 1826. Cette galerie tira profit de son emplacement exceptionnel. Elle attire bon nombre de visiteurs avec ses 70 boutiques : tailleur, bottier, marchand de vin, restaurateur, libraire, confiseur… En plus de ces échoppes s’y installe en 1828 le Cosmorama de l’abbé Gazzera. A travers des miroirs grossissants qui donnent une impression de relief, on peut admirer « des sites et des monuments les plus remarquables des quatre coins du monde ». L’Uranorama présente « les mouvements et les phénomènes des corps célestes ». Un théâtre lyrique puis un petit théâtre de marionnettes, animé par Maurice Bouchor et Henri Signoret, s’installent également durant le Second Empire. Situé entre le Palais-Royal, en déclin, la Bourse et les Grand Boulevards, ce passage connaît un succès considérable jusqu’à la fin du Second Empire. Mais la galerie perd un peu de son attrait avec le déménagement des commerces prestigieux vers la Madeleine et les Champs-Elysées. Léguée en 1859 à l’Institut de France, cette galerie, de moins en moins fréquentée, fut un moment sur le point d’être démolie.

Toutefois en 1880 s’installe une épicerie qui deviendra les caves Legrand, ouvertes sur la galerie et sur la rue de la Banque. Fondée par Jules Lévy en 1882, l’Exposition universelle des Arts incohérents se tint, dès la 2e année, dans la galerie Vivienne. Près de 20 000 personnes vinrent visiter l’exposition. Celle-ci présentait des dessins exécutés par des artistes ne sachant pas dessiner. Pourtant E. Cohl et Sapek y participe, non sans humour. Les dessins d’Alphonse Allais se distinguèrent par leur originalité. Un aplat rouge portait pour titre : « Récolte de tomates sur les bords de la mer Rouge par des cardinaux apoplectiques ». En 1891, un incendie se déclare au n°43 causant la mort de trois personnes. Il y a une concurrence historique avec la galerie Colbert, sa voisine. Rayée de l’Inventaire en 1926, elle y est réinscrite en 1974. En crise dans les années 1960, les boutiques ferment alors les unes après les autres, avant d’être rachetées par une artiste, Huguette Spengler, qui les transforment en autant d’installations artistiques oniriques. Depuis 1980, la galerie est redevenue très active. Elle présente des boutiques de mode et de décoration, des défilés de haute couture s’y tiennent.

La galerie est restaurée en 1993 avant de connaître une rénovation de grande ampleur en 2016 qui suscite la polémique, notamment chez des commerçants de la galerie et dans le milieu de l’art. L’ancien ministre de la Culture Jack Lang dénonce son caractère destructeur. Dans un courrier du 21 juillet, l’ancien ministre conjure Audrey Azoulay, sa « successeuse » à « intervenir auprès de l’architecte des Bâtiments de France pour mettre un terme » à ce chantier de 864 000 euros. « Ce projet transfigure totalement et dénature profondément l’un des plus beaux sites parisiens construit en 1823 ». Le courroux de Jack Lang porte sur deux points essentiels : « le non-respect de la cohérence des couleurs » et « le style rococo allemand » adopté (les parois intérieures ont été repeintes en vert pâle) d’une part et le remplacement de la verrière ancienne par « un verre de serre blanc et transparent » d’autre part. Trésorier de l’association des commerçants de la galerie, Christophe Perraut, antiquaire, poursuit le combat : « l’ancien verre était plus opaque. Il filtrait la lumière. La nouvelle verrière est beaucoup trop transparente ». La température peut rapidement atteindre les 45° lorsque le soleil décide d’illuminer les devantures. Outre l’absence de coordination du chantier, le commerçant critique le « faux bois plaqué sur l’encadrement des vitrines qui ressemble à du stratifié Ikea alors qu’il aurait suffi de nettoyer et vernir l’ancien revêtement ».

François-Jacques Delannoy avait conçu un décor de style pompéien néo-classique recouvert d’une verrière élégante, fait de mosaïques, peintures et sculptures exaltant le commerce. Les travaux de restauration firent ressortir les caducées, ancres et cornes d’abondance qui ornent les fenêtres en demi-lune de l’entresol, ainsi que les déesses et nymphes qui décorent la rotonde.

Les mosaïques au sol avec fond en terrazzo sont signées Giandomenico Facchina et Mazzioli. Leur sobriété, soulignée par la répétition de formes géométriques simples, n’est pas sans rappeler le style des mosaïques de la rue de Rivoli.

Le porche d’entrée, rue des petits-Champs, refait en 1844 est orné de deux sculptures.

Au n°13 de la galerie, le monumental escalier conduit à l’ancienne demeure de Eugène-François Vidocq qui s’y installa après sa disgrâce.

4 petits champs 06L’ancien chef de la sûreté, détective privé, habita ici en 1840. Il revendiquait plus de 16 000 arrestations. Bagnard évadé, il avait proposé avec culot au directeur de la police lyonnaise la mise hors d’état de nuire de malfrats de la ville, en échange de sa liberté. Il obtint des résultats marquants, devint espions puis chef de la Sureté. Vidocq généralisa l’utilisation des indicateurs, les « mouches », leur octroyant des avantages en échange de renseignements. Contraint deux fois à la démission à la suite de pratiques douteuses, il rédigea des mémoires qui obtinrent un vif succès et inspirèrent de nombreux auteurs. Dans la galerie Vivienne, il installa une police privée au service des commerçants. Il fut aussi le défenseur de beaucoup d’artistes et d’écrivains et s’occupa d’affaires touchant des personnalités telles que Victor Hugo et Juliette Drouet. Ami d’Alexandre Dumas, l’aventurier fut qualifié par Balzac, expert en comédie humaine, de « grand médecin des âmes ».

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