Rue Chabanais

Par lettres patentes, la rue fut ouverte en 1773 par Claude Théophile Gilbert Colbert, marquis de Chabanais, sur sa propriété même qu’il avait lotie pour s’installer plus à son goût, rue d’Artois. La rue de Chabanais formant par suite deux parties bien distinctes, celle qui débouche dans la rue Sainte-Anne a reçu le nom de rue Cherubini.

: Cette maison vit défiler de nombreux personnages illustres : le peintre et critique d’art Etienne-Jean Delescluze y vécut, ainsi qu’Emmanuel-Louis-Nicolas Viollet-le-Duc (père d’Eugène) qui réunirent autour d’eux de nombreux écrivains du groupe romantique libéral tels Mérimée, Stendhal, Courrier. L’architecte Eugène Viollet-le-Duc y vit le jour le 27 janvier 1814. Aujourd’hui, l’immeuble abrite une galerie d’art érotique évoquant notamment les maisons closes du quartier.

: maison habitée par le révolutionnaire et journaliste Jean-Lambert Tallien, en 1802, après avoir divorcé de son épouse Theresa Cabarrus. Y naquit le 21 juin 1802, le journaliste Emile de Girardin, chez l’accoucheur Bigot, sous le nom d’Emile Delamothe. Nom qu’il porta jusqu’en 1827, année de sa majorité officielle. Conçu hors mariage, il fut éloigné de ses parents. A 29 ans, il revint à Paris et partit à la recherche de ses origines.

DSC_0179

6 : immeuble où résida Hector Fabre, avocat et journaliste, le premier représentant officiel du Québec de France.

7 : le Comic’s bar. Hacene et Adel ouvrir en juin 2016 un bar à la décoration atypique qui ravit les fans des bandes-dessinées américaines. Les gérants laissèrent carte blanche à l’artiste qui décora les murs de dessins mettant en scène les super héros de Marvel dans des situations festives et déjantées. Ainsi on retrouve Spiderman, Hulk, Ironman et leurs compères jouant au poker dans un bar malfamé, accompagnés de personnages publics de la vie réelle comme Benzema, Zahia, Ribéry ou encore DSK.

: maison où la veuve du terrible accusateur public Fouquier-Tinville vint habiter deux chambres au 6e étage en 1812. Elle y mourut dans la misère en 1827.

DSC_0181

10 :  immeuble du poète et journaliste Chamfort. Pour s’être réjoui de la mort de Marat, il fut dénoncé le 21 juillet 1793 par un employé de la Bibliothèque nationale et emprisonné aux Madelonnettes, le 2 septembre. Relâché deux jours plus tard sur ordre du Comité de sûreté générale, il demeura sous surveillance. Toutefois, de nouveau menacé d’arrestation, il tenta, le 14 novembre, de se suicider mais fut sauvé par une intervention chirurgicale. Il ne s’était pas remis de ses blessures quand, fin janvier 1794, les poursuites à son encontre furent abandonnées. Très affaibli, il s’éteignit le 13 avril suivant, à son domicile rue Chabanais.  La mort de Chamfort représente le comble du suicide raté. Ne supportant pas l’idée de retourner en prison, il s’enferme dans son cabinet et se tire une balle dans le visage. Le pistolet fonctionne mal et, s’il perd le nez et une partie de la mâchoire, il ne parvient pas à se tuer. Il se saisit alors d’un coupe-papier et tente de s’égorger mais, malgré plusieurs tentatives, ne parvient pas à trouver l’artère carotide. Il utilise alors le même coupe-papier pour percer sa poitrine et ses jarrets. Epuisé, il perd connaissance. Son valet, alerté, le retrouva dans une mare de sang.

DSC_0184

11 :  immeuble dans lequel vécut Jean-Charles Pichegru, général de division de la Révolution française. Il participe à la conspiration de Georges Cadoudal, débarque en Normandie en janvier 1804, mais est livré par un de ses anciens officiers, Le Blanc. Il est arrêté dans la nuit du 28 février 1804 et emprisonné au Temple où, le matin du 6 avril, on retrouve son corps sans vie, une cravate noire serrée autour du cou en tourniquet à l’aide d’une cheville de bois. La thèse officielle parle de suicide. Transféré au greffe du tribunal, son corps est inhumé le même jour au cimetière des suppliciés de Sainte-Catherine, près du cimetière de Clamart, à Paris. Aujourd’hui abrite une galerie d’art : « Au bonheur du jour » spécialisée dans l’art érotique. Vous y trouverez des photographies anciennes, des dessins et des peintures.

12 : hôtel particulier où vécut après la Terreur la comtesse de Sérilly et qui devint plus tard, Le Chabanais, une des maisons closes les plus célèbres et les plus luxueuses de la capitale entre 1878 et 1946, date à laquelle ces établissements devinrent illégaux en France. Fondée en 1878 par Mme Kelly qui y attira la clientèle huppée du Jockey-Club, le Chabanais, était, en 1928, la propriété de la très puritaine Compagnie Forestière du Sangha-Oubangui, puis fut dirigé, jusqu’à sa disparition, par M. Edouard Jalabert, assisté de Georges le Cuirassier, Ernest le Sourd et Nez pointu.

Une chambre japonaise (primée à l’Exposition universelle de 1900) voisinait avec une chambre mauresque, une chambre Louis XV, une chambre hindoue, une chambre Directoire, une chambre médiévale et un salon pompéien. Des médaillons de Toulouse-Lautrec et des peintres de Toché décoraient les murs, et le somptueux ameublement étonnait les visiteurs qui appartenaient, pourtant à la haute société. La décoration coûta en 1880 la « modique » somme de 1,7 millions de francs. Son mobilier fut dispersé au cours d’une célèbre vente aux enchères que dirigea maître Rheims, le 8 mai 1951, à l’hôtel Drouot. Il est regrettable que l’on n’ait pas inscrit à l’inventaire des sites et monuments classés le Chabanais pour sa richesse décorative. 35 personnes triées sur le volet accueillaient les clients sous la surveillance de sous-maîtresses, dont la plus renommée fut, au début du siècle, Melle Marthe. Parmi les clients les plus célèbres figurent Pierre Louÿs, Maupassant, Anatole France, Marlène Dietrich…

Le plus fameux de ses clients reste toutefois Edouard VII, alors qu’il n’était encore que prince de Galles. De nombreuses caricatures le représentaient avec ces « dames » du Chabanais où il avait fait installer un mobilier très personnel. Dans une grande baignoire de cuivre rouge ornée d’une sphinge aux attributs déployés, le futur roi barbotait dans du champagne Mumm cordon rouge tout en se faisant dorloter. Acquise plus de 100 000 francs par un antiquaire en 1951, cette baignoire fut finalement rachetée par des admirateurs de Salvador Dali qui l’offrirent au peintre en 1972. Le peintre l’installa dans sa suite de l’hôtel Meurice, y fit installer un appareil téléphonique et la faisait remplir de fleurs. Autre meuble célèbre du prince, une chaise « de volupté » fabriquée spécialement par Soubrier, un artisan du faubourg Saint-Antoine. Ce fauteuil articulé lui permettait de suivre la cadence malgré sa corpulence. Edouard Jalabert veillait au bien-être et à la santé de ses ouailles aussi bien qu’à ceux de sa clientèle. Par exemple, il avait fait installer un filtre spécial retenant le calcaire de l’eau afin que les fréquentes ablutions qu’il imposait à ses pensionnaires ne les irritassent point. Ministres et présidents du conseil de la IIIe République n’hésitaient pas à venir au Chabanais, et quelques graves crises ministérielles y furent dénouées. La plupart des têtes couronnées d’Europe connaissaient l’établissement. Pour des raisons d’étiquette, ces excursions apparaissaient sur l’emploi du temps officiel, sous la rubrique « visite au président du Sénat ». Or, un beau jour, un fonctionnaire novice provoqua un scandale en inscrivant la visite du Chabanais sur le programme de séjour d’une reine d’Espagne. On dut en catastrophe organiser une véritable visite au président qui n’en demandait pas tant. On peut encore visiter le hall et apercevoir l’escalier et sa belle rampe en fer forgé, ainsi que les deux ascenseurs, l’un pour monter, l’autre pour descendre, destinés à éviter les rencontres gênantes.

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s