L’Opéra-Comique

L’Opéra-Comique a été fondé sous le règne de Louis XIV. Le 26 décembre 1714, Catherine Baron et Gautier de Saint-Edme ont réuni des troupes qualifiées de « foraines » qui donnaient des spectacles lors des foires annuelles de Paris. L’une des troupes présente à la foire de Saint-Germain-des-Prés prit le nom d’Opéra-Comique. Leur répertoire se composait de pantomimes et de parodies d’opéras afin de déjouer les interdictions dont les troupes étaient frappées à la suite de procès intentés par la Comédie-Française, inquiète face à la qualité montante des spectacles de rues. En 1714, un décret autorise la troupe de l’Opéra-Comique a possédé son propre théâtre mais avec une contrainte : intercalés des dialogues parlés dans les œuvres chantées. La troupe connut des débuts difficiles, ainsi que plusieurs périodes de fermetures, entre 1719 et 1720, puis de nouveau entre 1722 et 1723. En 1743, Jean Monnet prend la direction de l’Opéra-Comique et invite l’auteur Charles-Simon Favart. Le succès est aussitôt au rendez-vous et fait ombrage aux autres théâtres parisiens. Pour y remédier les autorités provoquent une nouvelle période de fermeture, entre 1745 et 1751. Cette année-là, la ville de Paris obtient la réouverture du théâtre et conserve Jean Monnet à la direction. En janvier 1762, l’Opéra-Comique fusionne avec la troupe de la Comédie italienne. La nouvelle troupe déménage à l’hôtel de Bourgogne, le 3 février 1762. En 1779, bien que ne comprenant plus aucun Italien, la troupe prend le nom de Théâtre Italien, avant l’année suivante de reprendre le nom d’Opéra-Comique.

Première salle Favart

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C’est au revers de fortune du duc de Choiseul que les artistes de l’Opéra-Comique purent enfin avoir un théâtre digne d’eux. En effet, l’ancien secrétaire d’Etat de Louis XV, malgré sa disgrâce intervenue en 1770, menait un train princier non sans de grandes difficultés financières. Pour y pallier, il décida en 1780 de lotir le parc qui flanquait son superbe hôtel. Une partie du lotissement fut concédée le 20 décembre 1781 à la troupe de l’Opéra-Comique qui confia à l’architecte Jean-François Heurtier le soin d’élever la nouvelle salle. Avant même qu’elle ne soit sortie de terre, la censure s’exerça à ses dépens et on reprocha vivement au duc de Choiseul d’avoir exigé que la façade de ce nouveau théâtre soit à l’opposé des boulevards, sur une petite place, parce « qu’il ne voulait pas que les futurs spectateurs soient confondus avec les badauds ». En tout cas, l’ancien ministre de Louis XV fit réserver pour sa famille et ses héritiers la propriété du vestibule et de l’entrée, du côté de la place, pour y installer deux cafés placés de chaque côté. Enfin, il exigea la propriété pour la duchesse et pour lui-même d’une loge face à la scène. Le théâtre fut donc construit place des Italiens, du nom du boulevard où il aurait dû trouver place, qui devint quelques années plus tard la place Boïeldieu. C’est sur cette place que devait naître en 1824 Alexandre Dumas fils et héritier d’Alexandre Dumas père et de Catherine Labay, jeune couturière qui y avait élu domicile et dont l’atelier faisait face au théâtre.

Mais il faut remonter plus loin dans le temps pour situer la création du théâtre puisque c’est le 28 avril 1783, qu’après avoir quitté l’hôtel de Bourgogne, la troupe royale de l’Opéra-Comique inaugurait sa nouvelle salle avec Blaise et Babet sur un livret de Monvel, en présence de Marie-Antoinette. L’intérieur de la salle Favart (c’était désormais son nom) de forme ovale décorée d’ornements et de boiseries dorés, d’une capacité de 1255 places, était divisée en trois rangs de loges couronnées par un entablement où on avait pratiqué deux rangs de loges de côté et, face à la scène, un amphithéâtre où dix rangs de banquettes pouvaient contenir 400 personnes. A la tête de la troupe brillaient d’un vif éclat la belle Mme Favart, Clauval, le ténor Trial qui laisserait son nom à cet empli, Elleviou et l’admirable Mme Dugazon, qui, tous, donneraient le meilleur d’eux-mêmes aux compositeurs attitrés de leur théâtre : Grétry et Dalayrac. Cette première salle révéla bientôt d’importants défauts : mauvaise visibilité, espace scénique insuffisant et pas de salles de répétitions. A cause de cela et aussi à cause des événements qui secouaient le monde extérieur, la troupe quitta le théâtre et fusionna avec la troupe du théâtre Feydeau, le 16 septembre 1801. Elles prirent le nom de Théâtre national de l’Opéra-Comique et s’installèrent salle Feydeau. En 1802, Napoléon Bonaparte, alors premier consul, décide de transférer dans la salle vacante la troupe de l’Opéra-Buffa (plus connue sous le nom d’Italiens) que Melle Montansier a créée l’année précédente au théâtre Olympique. Elle la quittera à son tour en 1804 à l’occasion de travaux de restauration, pour fusionner avec la troupe du théâtre Louvois sous la direction de Louis-Benoit Picard et devenir le Théâtre de l’Impératrice. En 1807, l’Opéra-Comique est porté sur la liste des quatre principaux théâtres parisiens et un décret fixe le genre de l’opéra-comique comme suit : « comédie ou drame mêlés de couplets, d’ariettes ou de morceaux d’ensemble ». La salle est vendue quant à elle à un certain Delamarre. Les Italiens font leur retour en 1815 sous la direction de la cantatrice Angelica Catalani, suivis en 1818 de la troupe de l’Odéon et en 1820 de celle de l’Opéra, puis par différentes troupes. Dans la nuit du 14 au 15 janvier 1838, un incendie détruit la salle après une représentation de Don Giovanni de Mozart. Cet incendie est dû au système de chauffage : un tuyau du calorifère du foyer de l’orchestre, chauffé au rouge, met le feu au magasin de décors. Hector Berlioz propose alors au ministère un projet d’exploitation de la nouvelle salle à ses propres frais, mais cette demande est rejetée par la Chambre des députés.

La seconde salle Favart

Les autorités prennent alors la décision de construire au même endroit un nouvel opéra-comique dont les travaux commencèrent en 1839 sous la direction de l’architecte Théodore Charpentier pour s’achever au début de 1840.

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L’extérieur du nouveau théâtre était assez semblable à celui de son devancier. Il comportait un péristyle composé de dix belles colonnes dont quatre en façade, celui-ci donnant accès à un large vestibule ouvrant toujours sur la place des Italiens, car les héritiers de Choiseul n’avaient pas désarmé. La salle, vaste, commode et élégante, était joliment décorée et on avait adopté pour l’ensemble des peintures et le damas des loges et des fauteuils une tonalité bleu clair. La nouvelle salle Favart portait sur son fronton Théâtre de l’Opéra-Comique. D’une capacité de 1 255 places, elle fut inaugurée sous la direction de Crasnier, le 16 novembre 1840, avec la reprise du Pré aux clercs de Ferdinand Hérold à laquelle succédait la Damnation de Faust d’Hector Berlioz dirigée par l’auteur. En 1848, le nouveau gouvernement confia à Emile Perrin le soin de diriger l’Opéra-Comique ce qu’il fit de main de maître ; l’Etoile du Nord de Meyerbeer atteignit la 200e, ce qui à l’époque, était prodigieux. Perrin, dont les sentiments républicains étaient connus, disparut avec le Second Empire et ce fut Nestor Roqueplan, célèbre journaliste et boulevardier, qui administra la salle Favart à partir de 1858. Il y fit construire, en courtisan zélé un escalier supplémentaire pour desservir la loge impériale. Le 17 novembre 1866, l’Opéra-Comique, dirigé par Adolphe de Leuven, présente pour la première fois un opéra d’Ambroise Thomas qui connaît un grand succès : Mignon, livret de Michel Carré et Jules Barbier, inspiré par Wilhelm Meister de Goethe. En 1875, de Locle, nouveau directeur eut à faire face à de nombreuses difficultés dont la moindre n’était pas celle de l’ouverture de l’Opéra au palais Garnier. C’est au début de cette année-là que le jeune compositeur Georges Bizet allait remettre à de Locle la partition de son nouvel opéra-comique Carmen, tiré d’une nouvelle de Mérimée par Meilhac et Halévy. Créée le 3 mars 1875, l’œuvre fut froidement accueillie malgré une éclatante distribution où brillait Melle Galli Marié. Il fallut attendre la reprise (21 avril 1883) pour que le chef-d’œuvre de Bizet remporte un triomphe dont ne put jouir le compositeur, mort prématurément en juillet 1875. Carvalho, nouveau et habile directeur, allait s’employer à faire de la salle Favart une des meilleures scènes lyriques en y accueillant de jeunes et brillants auteurs comme Massenet dont on créait Manon et de Léo Delibes, Lakmé. En 1880, Léon Carvalho, assisté du directeur musical Charles Lamoureux, reprend Mignon avec une nouvelle cantatrice américaine, Marie van Zandt, surnommée « miss Fauvette ». Après quelques succès avec Le Pardon de Ploërmel et Les Noces de Figaro, Carvalho la programme dans Le Barbier de Séville de Rossini mais son accent américain fait scandale et elle est contrainte de se retirer.

Tout allait pour le mieux pour l’Opéra-Comique et son directeur jusqu’au soir fatal du 25 mai 1887. Le rideau venait de se lever sur le premier acte de Mignon. Deux jeunes cantatrices étaient en scène, Mmes Margilien et Taskin, lorsque des flammes jaillirent des portants, au-dessus des deux interprètes. Le feu allait se propager de la scène à la salle avec une effrayante rapidité. L’incendie fut d’une telle violence qu’on dénombra 400 victimes, à commencer par les deux malheureuses chanteuses, ainsi que des habilleuses, ouvreuses, danseurs. L’incendie fut provoqué par une défectuosité de l’éclairage au gaz de la tierce située au-dessus de la scène. Le gouvernement paye une compensation aux victimes et un concert est donné au bénéfice des employés de l’Opéra-Comique, alors au chômage, qui s’installe provisoirement au théâtre des Nations (actuel théâtre de la Ville), place du Châtelet. La nuit qui suivit cette catastrophe, Carvalho présentait sa démission au ministre de l’Instruction publique des Beaux-Arts. Ce dernier est jugé responsable, condamné puis acquitté en appel. Il a été remplacé presque immédiatement par Jean Barbier. A la suite de cet incendie, les pouvoirs publics imposent des normes de sécurité : issues de secours, rideaux de fer séparant la salle de la scène, élargissement des portes et des couloirs. L’éclairage à l’électricité devint obligatoire dans tous les théâtres et cafés concerts.

Troisième salle Favart

Après un long débat, les autorités décident de reconstruire la salle Favart. Un concours s’ouvrit en 1893 et désigna comme lauréat l’architecte Louis Bernier.

L’actuel Opéra-Comique domine de sa masse la petite place Boieldieu, puisque cette scène, comme ses devancières, tourne délibérément le dos au boulevard des Italiens. L’architecture du théâtre est plus éclectique que les précédentes. Un perron flanqué de quatre candélabres en granit d’Ecosse donne accès à trois grandes portes protégées de grilles dessinées par l’orfèvre Christofle.

 Les trois hautes fenêtres du premier étage, enchâssées dans des arcades, sont surmontées de six cariatides sculptées par André Joseph Allar, Gustave Frédéric Michel et Emile Edmond Peynot. Tandis que de part et d’autre du balcon, on peut admirer dans leur niche la Musique par Denys Puech et une autre de la Poésie par Ernest Guilbert.

A l’intérieur, son large vestibule est décoré de statues en marbre blanc figurant la Comédie lyrique et le Drame lyrique, dues respectivement à Antonin Mercié et Alexandre Falguière. Des peintures murales de Luc-Olivier Merson et François Flameng (la Tragédie grecque et la danse) agrémentent les escaliers Marivaux et Favart. Les peintures de la rotonde Marivaux sont dues à Raphaël Collin, tandis que celles de la rotonde Favart sont l’œuvre d’Edouard Toudouze. Le grand foyer est illustré de peintures d’Henri Gervex (la Foire de Saint-Laurent) et Albert Maignan (les Noces de Jeannette et la Ronde des notes de musique), entre autres, ainsi que de nombreux bustes de musiciens.

La salle, d’une capacité de 1 255 places, est couronnée par un plafond circulaire, peint par Benjamin Constant (la Gloire regardant passer les fictions lyriques), tandis que la scène est encadrée de sculptures de Laurent Marqueste. Le rideau est l’œuvre d’Auguste Rubé et Masson.

Bien que le théâtre empiétât de 5 mètres sur la place, il fut jugé encore trop exigu par la critique. Le 7 décembre 1898, la nouvelle salle est inaugurée en présence du président de la République, Félix Faure. L’Opéra-Comique allait connaître sous la direction d’Albert Carré qui l’administra pendant 15 ans des heures de gloire avec la création de nombreuses œuvres contemporaines, au premier rang desquelles il faut citer  Louise de Gustave Charpentier (1900), roman musical, riche de poésie populaire dont le livret avait été écrit par le compositeur lui-même, Pélléas et Mélisande (1902), drame symbolique de Maeterlinck pour lequel Claude Debussy avait composé une musique dont le raffinement harmonique ne fut pas compris par une partie du public de la générale, mais qui devait s’imposer finalement à l’issue de représentations tumultueuses, et enfin l’Heure espagnole de Maurice Ravel (1907), comédie lyrique qui marquait les débuts au théâtre de l’auteur de Ma mère l’oye.

Un avenir tumultueux

Les difficultés financières du théâtre dans les années 1930 entraînent l’intervention de l’Etat qui, le 13 août 1936, rapproche par décret l’Opéra-Comique du théâtre national de l’Opéra, pour former la Réunion des théâtres lyriques nationaux (RTLN) sous l’administration de Jacques Rouché. Le 14 janvier 1939, la nouvelle structure devient un établissement public à part entière, placée sous l’égide du ministère de l’Education nationale. Après une première fermeture en 1971, l’Opéra-Comique cesse son activité le 30 novembre 1972, pour devenir de 1974 à 1978 un lieu de formation pour les jeunes chanteurs sous le nom d’Opéra-Studio. La RTLN est dissoute officiellement le 7 février 1978 au profit d’une nouvelle structure unique : le Théâtre national de l’Opéra. La salle Favart devient alors la seconde salle de spectacle de l’Opéra. C’est dans ce contexte qu’a lieu la création d’Atys de Lully par William Christie et Jean-Marie Villégier en 1987. Pourtant dès l’année suivante l’Opéra-Comique est menacé de fermeture, suite à la construction d’une nouvelle salle pour l’Opéra de Paris : l’Opéra Bastille. La salle Favart recouvre son indépendance en 1990 sous forme d’une association loi de 1901 et rouvre ses portes après d’importants travaux de rénovation. Elle est successivement dirigée par Thierry Fouquet (1989-1994), Pierre Médecin (1994-2000) et Jérôme Savary (2000-2007). Le théâtre est devenu depuis le 1er janvier 2005, par le décret n°2004-1232 fixant le statut du théâtre national de l’Opéra-Comique, un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC). L’article 2 de ce décret lui confie une mission très large puisqu’il peut représenter des ouvrages lyriques ; mais aussi des pièces de théâtre sans musique. Son répertoire s’étend de la musique baroque à la musique contemporaine. L’Opéra-Comique est dirigé par Jérôme Deschamps depuis le 27 juin 2007. Le 29 avril, la nomination d’Olivier Mantei, directeur adjoint de l’Opéra-Comique et codirecteur des Bouffes-du-Nord, est annoncée à compter de juin 2015 en remplacement de Deschamps atteint par la limite d’âge.

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