Mairie du 2e arrondissement

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L’architecte Paul Lelong est chargé du percement de la rue de la Banque, réalisé en 1844, ainsi que la construction des bâtiments publics alentours (comme l’hôtel du Timbre, la caserne des Gardes et la mairie). Hélas il meurt en 1846 en laissant son travail inachevé. Son collaborateur, Alphonse François Girard reprend le chantier de la mairie en 1847. Les travaux s’étalent de 1848 à 1852. Elle est l’une des plus anciennes mairies parisiennes. A l’origine, le bâtiment abritait la mairie de l’ancien 3e arrondissement (voir le plan dans le hall du rez-de-chaussée) et ne fut affecté à la mairie du 2e qu’en 1860 après le redécoupage des arrondissements. Le 16 novembre 1943, la gestapo vient arrêter Jacques Bidaut, secrétaire général de la mairie (après dénonciation). Il fournissait des faux papiers, des tickets de rationnements, et des documents officiels vierges à des groupes de résistants. Il est mort au camp de Neuengamme, le 4 décembre 1944. Le square, situé 18 rue de la Lune, porte son nom.

Dressée sur une partie des terrains occupés par le couvent des Augustins déchaussés, coincée entre l’étroite rue de la Banque et l’église Notre-Dame des Victoires, la mairie se distingue par la sobriété de son architecture. Sa façade, percée sur ses deux premiers niveaux de baies en plein cintre, est décorée dans sa partie supérieure de deux rangées de pilastres superposés. Elle se termine par un fronton avec horloge, surmonté d’un petit campanile.

La salle des mariages (1879), au premier étage, doit sa décoration à l’architecte Charles Gustave Huillard (élève de Victor Baltard) et au peintre Georges Moreau de Tours, auteur des trois tableaux : le Mariage, la Famille et le Sacrifice de la Patrie. Pour information, Catherine Laborde y épousa Thomas Stern le 9 novembre 2013.

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Auguste Comte

L’un des esprits les plus originaux et les moins connus de la philosophie française, Auguste Comte, donna des cours gratuits d’astronomie en la mairie du 2e arrondissement de Paris. Il entendait instruire les classes populaires. En 1830, il crée l’Association polytechnique à Paris (école qui existe toujours dans le 5e arrondissement), chargée de dispenser des cours de culture générale ouverts à tous. L’année suivante, il inaugure un cours d’astronomie destiné aux « ouvriers de Paris ». Ce cours se déroula chaque dimanche, pendant dix-sept ans. Selon Comte il était de son devoir d’instruire « les classes dépourvues de toute culture mentale ». Les leçons d’astronomie deviennent rapidement un tremplin à la divulgation de sa philosophie positive. Celle-ci privilégie la connaissance scientifique au détriment de la métaphysique. La science est le seul type de pensée efficace et finira par triompher de l’Eglise qui maintient les gens dans un esprit superstitieux. En 1842, Auguste Comte est attaqué avec véhémence par la presse religieuse. Afin de mettre un terme au dilemme, le gouvernement nomma un observateur chargé de juger du caractère subversif des leçons populaires. Comte est bien loin de s’en intimider. Il écrivit à son ami Stuart Mill, en janvier 1843 : « J’ai directement proclamé, pendant trois heures consécutives, devant 400 personnes, la supériorité morale du positivisme sur le théologisme sans exciter la moindre improbation, ni la plus légère marque d’impatience, ou de dissentiment, sans même qu’aucun auditeur, je crois, ait quitté la salle ». Au début de l’année 1847, Auguste Comte abandonne définitivement son cours sur l’astronomie pour exposer à son auditoire les fondements mêmes de la philosophie positive. Hélas la rédaction du Discours sur l’ensemble du positivisme le contraint à mettre un terme à son cours populaire en août 1847. Les leçons d’astronomie se retrouve dans le Traité d’astronomie populaire, publié en 1844, et dont le Discours sur l’esprit positif en était à l’époque le préambule. Si les critiques furent nombreuses à l’encontre des idées de Comte, le cours connut-il le succès escompté ? Les classes ouvrières ne se présentèrent pas en masse, toutes fois les présents montrèrent une certaine ferveur. « Cet auditoire n’est pas uniquement, ni même en majorité, composé d’ouvriers, écrivait Comte à Stuart Mill, le 1er mai 1844. Bien que ce soit à leur intention que j’ai institué ce cours, il y a 14 ans, ils ne forment d’ordinaire qu’un quart environ de mes auditeurs habituels ; le reste est un mélange très varié où abondent les vieillards ». Un petit groupe de sept ouvriers (batteur d’or, menuisier…) resta fidèle au cours de Comte durant de nombreuses années. D’eux, le philosophe devait dire : « L’heureuse absence actuelle de toute sotte culture scolastique les rend propres, dans cette lumineuse situation mentale et morale, à saisir directement, quoique d’une manière nécessairement très confuse, le véritable esprit d’une rénovation philosophique à laquelle les intelligences mal cultivées qui pullulent dans le monde lettré ne peuvent s’élever que laborieusement et d’une façon très imparfaite… Je vous assure que, parmi les esprits qui ne sont pas professionnellement philosophiques, c’est chez de vrais ouvriers (horlogers, mécaniciens, imprimeurs…) que j’ai trouvé jusqu’ici la plus saine appréciation, non moins mentale que sociale, de la nouvelle philosophie ». Cette rencontre prolétarienne exerça sur Comte une influence profonde et durable.

 

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