Rue Montmartre

La rue Montmartre est distincte du quartier de la butte Montmartre, mais elle en était l’ancienne route qui permettait de s’y rendre. Son étymologie viendrait de « mons Martis », « mont de Mars », parce qu’il aurait existé sur ce mont, du temps de la domination romaine, un temple dédié à Mars. Ou bien de « mons Martyrum », « mont des Martyrs », parce que l’on croit généralement que saint Denis et ses deux compagnons, Rustique et Eleuthère, furent martyrisés sur ce mont vers le milieu du IIIe siècle. Les historiens restent partagés.

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Immobilier

136 : Cette maison de la fin du XVIIIe est connu sous le nom de l’hôtel de Mantoue, qu’il doit probablement aux niches de statues qui étayent la façade, et qui évoquent les riches ornementations du palais de Mantoue, en Italie. Chacun des cinq étages de la façade sur rue est percé de trois fenêtres.

138 montmartre 01138 : siège du journal « La Marseillaise » de 1870 à 1871, dont Eugène Varlin est le rédacteur en chef, servant surtout d’organe à des sociétés ouvrières et officieusement à l’Association Internationale des Travailleurs. Sous la Troisième République, l’immeuble fut occupé par l’imprimerie du journal « l’Humanité », fondé par Jean Jaurès en 1904. Le premier numéro est paru le lundi 18 avril. Pour son fondateur, ce nouveau quotidien doit être dans un premier temps un outil pour l’unification du mouvement socialiste français et, par la suite, un levier de la lutte révolutionnaire contre le capitalisme. En 1911, la SFIO (Section Française de l’Internationale Ouvrière) fait de l’Humanité son organe officiel lors du congrès de Saint-Quentin. Dans le contexte international de plus en plus tendu du début du XXe siècle, le journal de Jaurès défend résolument des positions pacifistes et antimilitaristes en accord avec l’internationalisme du mouvement ouvrier.  Le journal est également très présent dans le combat pour la laïcité et se veut le défenseur de la classe ouvrière. Durant l’été 1914, la vie du journal sera perturbée par l’assassinat de Jean Jaurès et le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

115 : La Française Real Estate Partners (REP) a acquis, auprès de Natixis, pour le compte de Korea Post, l’immeuble de 10 000 m², pour la somme de 176 millions d’euros. Cet immeuble de bureaux, répartis sur 8 étages, a été entièrement rénové en 2016 par le cabinet B Architecture. Le montant des travaux s’éleva à 30 millions d’euros. L’ensemble immobilier se composait de trois bâtiments construits à différentes époques. L’architecte a conservé l’immeuble datant des années 1950 et celui du XIXe siècle. Celui des années 1970 fut démoli pour laisser place à un nouveau bâtiment, assurant la liaison entre les deux autres.

140-142 : Construit en 1883-1885 par Ferdinand Bal, cet immeuble a été somptueusement décoré par les sculpteurs Louis Lefevre et Ernest-Eugène Hiolle. Deux cariatides symbolisent le journalisme et la typographie encadrées de deux atlantes revêtus d’une dépouille de lion, supportent le long balcon du premier étage, au bas duquel on lit, gravé dans la pierre, « la France, journal du soir ». Plusieurs autres journaux eurent également leur siège ici. La décoration du pan coupé, à l’angle de la rue du Croissant, témoigne, elle aussi, de la vocation initiale de cet immeuble : un journal sur lequel se détache une pièce de monnaie surmonte un buste, hommage présumé à Emile de Girardin et à la Presse. L’immeuble a été édifié à l’emplacement de l’ancien cimetière Saint-Joseph, où furent enterrés Molière et La Fontaine et qui, disparu en 1796, devait d’abord être remplacé par un marché.

La France était un quotidien financier, fondé en août 1862 par une société de sénateurs, de députés, d’industriels et de propriétaires terriens, sous l’égide d’Arthur de La Guéronnière. En 1841, son rédacteur en chef et son gérant sont arrêtés et écroués à la prison Sainte-Pélagie, dans le cadre de l’instruction d’un procès relatif à la publication des lettres venant de Londres. Le journal est racheté en 1874 par Emile de Girardin, fondateur du journal La Presse. Sa parution cessa peu de temps après. Les locaux sont repris par Ernest Vaughan, ancien rédacteur de l’Intransigeant, qui fonda son journal, l’Aurore en 1897. Il est célèbre pour avoir publié le 12 janvier 1898, le « J’accuse ! » d’Emile Zola, rédigé à partir d’un dossier constitué par Bernard Lazare, véritable début de l’affaire Dreyfus. Le journal cessa son activité en 1914.

144 montmartre 01144 : siège du journal « la Presse » fondé par Emile de Girardin en 1836. Le 1er numéro de ce quotidien politique, littéraire, agricole, industriel et commercial parut le 1er juillet 1836. De Girardin souhaitait se placer en dehors de la politique et créer un quotidien dans lequel la publicité jouerait un grand rôle. Il produisait une presse grand public et s’opposait aux journaux de parti réservés à un petit nombre de lecteurs. Le succès se fit grâce à son prix abordable mais aussi grâce à la publication de roman feuilleton. Lors de la révolution de 1848, Girardin entra en lutte contre le gouvernement et se retrouva à la Conciergerie le 25 juin. Suspendue, « La Presse » reparut dès le mois d’août suivant. Le 10 mai 1927, le journal titre : « Nungesser et Coli ont réussi ! ». Les vendeurs à la criée se répandent dans Paris. On s’arrache le journal qui annonce l’exploit en avant-première. Charles Nungesser et François Coli ont décollé le 8 mai à bord de l’Oiseau blanc pour tenter la première traversée de l’Atlantique nord.  Mais la nouvelle s’avère fausse. Les aviateurs ont disparu au large des côtes américaines. Ce bidonnage entraîna la désaffection des lecteurs et la faillite du journal.

125 :  siège du journal « L’Avenir national ». Quotidien fondé en 1865 par le journaliste Alphonse Peyrat. Sa ligne éditoriale est basée sur le républicanisme et un profond anticléricalisme. Son penchant pour les idées socialistes fut remarqué par les ouvriers proudhoniens si bien que durant la révolte de ces derniers en 1865, lorsqu’ils décidèrent de faire connaître leurs idées essentielles au public, ils s’adressèrent à « L’Avenir national ». Le quotidien s’est illustré plusieurs fois avec ses comparses de la presse libérale en s’opposant à la presse conservatrice. Le 10 janvier 1865, le rédacteur en chef propose dans un article la séparation de l’Eglise et de l’Etat ; il remet en cause les gloires consacrées du catholicisme. Lorsque la Commune de Paris éclate le 18 mars 1871, « L’Avenir national » montre une opposition virulente envers les Communards. Pour lui, ces derniers pensent défendre la République alors qu’il n’en est rien ; ils lui portent un coup mortel. Suite à cette opposition, le journal se verra supprimé le 18 mai 1871.

146 : Cet immeuble situé à l’angle de la rue du Croissant et qui abrita les bureaux du « Journal des voyages », revue de vulgarisation scientifique célèbre à la fin du XIXe siècle, est toujours occupé au rez-de-chaussée par un café. C’est ici, comme le rappelle une plaque commémorative, que Jean Jaurès fut assassiné, le 31 juillet 1914. A l’intérieur de l’établissement une vitrine contient le numéro de l’Humanité du 1er août 1914 dont la première page est barrée par un titre sur 8 colonnes : « JAURES ASSASSINE ». Elle présente aussi un portrait de la victime dans un cadre noir, de nombreuses coupures de journaux de l’époque relatives au crime, plusieurs photos prises peu après, un fragment de la banquette sur laquelle Jaurès fut tué et le chapeau-claque du leader socialiste. Une inscription au sol précise l’endroit de l’assassinat.

129 montmartre 01129 : façade métallique grise d’un immeuble de bureaux datant de 1991 dont l’architecte est Jean-Jacques Ory.

148 : siège du journal « Le Mot d’ordre » fondé par Victor-Henri de Rochefort-Luçay le 3 février 1871. Débutant par une attitude anti-versaillaise soutenue, il se démarque du soutien aux Communards.  Le 14 février, Rochefort publie un éditorial dans lequel il s’en prend aux députés orléanistes et légitimistes qui sont en grande partie des généraux. Il les accuse d’être responsables de la défaite française durant la guerre franco-allemande de 1870 et leur demande d’en expliquer les raisons. Le 11 mars, le gouverneur de Paris, le général Joseph Vinoy, par le biais d’un arrêté suspend la publication de nombreux journaux communards. Il argue le fait que ces journaux entravent l’action du gouvernement de Versailles en prônant la désobéissance aux lois. Le « Mot d’ordre » reparait le 1er avril et reprend ses activités anti-versaillais. Rochefort : « Le peuple avait des canons, votre devoir était de les lui laisser. Il possédait des journaux, vous n’aviez pas qualité pour les lui prendre ». Le 6 avril, Rochefort publie son article le plus polémique qui s’intitule : Les Défenseurs de la propriété. Dans cet article, il prend ouvertement position pour la destruction des lieux d’habitations d’Adolphe Thiers, de Jules Favre et d’Arsène Picard. De plus, le rédacteur s’oppose au Comité de Salut public et réprouve les mesures arbitraires mises en place. Le 7 avril : « Nous n’avons pas besoin de répéter ici à quel point nous sommes prêts à défendre le principe de la Commune, nous n’en essaierons pas moins de faire comprendre aux élus de ces derniers jours que, sans le silence et la nuit qui planent sur leurs délibérations, de grands malheurs et d’effroyables massacres eussent été peut-être évités ». Le 17 mai, l’homme se réjouit de la destruction de la colonne Vendôme. Le 20 mai, il s’oppose à l’exécution d’otages tirés au sort en réponse aux exécutions sommaires perpétrés par les versaillais. « C’est aux coupables avérés et reconnus que nous sommes tenus de limiter nos représailles. Hélas ! Les derniers événements ont mis en lumière assez de criminels pour qu’il soit inutile de demander au hasard d’en fournir ». Ce numéro sera le dernier ; Rochefort décide de stopper la publication de son journal. Le « Mot d’ordre » connaîtra 86 publications.

158 : 3e porte Montmartre. Il s’agit d’une série de portes disparues qui ne doivent pas être confondues avec la Porte de Montmartre, située dans le 18e arrdt. Il y eut successivement trois portes Montmartre, au fur et à mesure de l’extension des différentes enceintes de la ville, s’échelonnant le long de la rue Montmartre. Elles furent l’une après l’autre détruites pour faciliter le ravitaillement et la circulation dans la capitale. La 3e porte fut construite sous Louis XIII en 1635. Elle se trouvait sur le flanc d’un bastion s’étendant à l’est entre la fontaine Montmartre et la rue des Jeûneurs, presque en face de la rue Neuve-Saint-Marc. La rue Feydeau longe l’emplacement de la muraille devant laquelle s’étendaient les fossés jaunes, jusqu’au boulevard Montmartre. La voûte d’entrée était surmontée d’un bâtiment, aux parements d’angles en pierre calcaire, avec murs en brique et toit d’ardoise. L’ensemble a été détruit entre 1690 et 1700.

149 : les désordres qui affectaient les façades en pierre de taille de l’immeuble étaient particulièrement spectaculaires. Après avoir été peinte à l’occasion d’un ravalement antérieur, la façade a été décapée à l’aide d’un produit extrêmement agressif il y a une quinzaine d’années, si bien que la pierre était devenue pulvérulente sur une épaisseur de plusieurs centimètres par endroit. Afin de remédier à ces dégradations, le cabinet d’architecte 1090 est appelé à la rescousse en 2013. Il décida de retailler les parties dégradées, puis de dessaler les parements ainsi mis à nu. Les pierres altérées sur une profondeur trop importante furent remplacées. Dans le cadre de ces travaux, la plupart des fenêtres ont été remplacées, la cour et la courette ont été ravalées. Coût des travaux : 1,063 millions d’euros.

151 : entrée du passage des Panoramas (voir article concerné).

172 : hôtel d’Uzès. En 1766, un concours d’architecture est organisé pour la reconstruction d’un hôtel particulier. Ce dernier était destiné à François Emmanuel de Crussol, 9e duc d’Uzès et pair de France. Les travaux furent confiés à l’architecte Claude-Nicolas Ledoux et se déroulèrent de 1767 à 1769. De l’ancien hôtel il conserva les structures et habilla le corps de logis central d’une nouvelle façade à colonnades. Pour encadrer l’accès à la cour, il édifia un immense portail en forme d’arc de triomphe précédé par deux colonnes chargées de trophées militaires sculptés. Une vingtaine d’années plus tard, l’hôtel fit l’objet d’un séquestre révolutionnaire. L’administration des finances investit l’immeuble. Dans les années 1794-1795, l’ensemble fut cédé à l’administration des domaines qui l’a utilisé comme dépôt pour l’inventaire de manuscrits récupérés au nom de l’Etat dans les bibliothèques privées du clergé et de la noblesse, dont celle du duc d’Uzès. A partir de 1801 s’y établit la direction générale des douanes, qui déménagea en janvier 1825. Après le départ des douanes, l’immeuble fut occupé par la banque Delessert, puis démoli en 1870 lors du percement de la rue Uzès.

161 : demeure de Jules Caisso, professeur de mathématiques, directeur de l’école Turgot pendant la Commune, fusillé par les Versaillais durant la Semaine Sanglante.

163 : cabaret de la « Pie qui chante », nommé ainsi par dérision en référence au « jacassement » des chanteuses en queue-de-pie. Fondé en 1907 par les chansonniers à succès Charles Fallot et Paul Marinier, le théâtre donne des revues conçues par Rip. Le café-concert est sauvé de la faillite par le regain que la déclaration de guerre donne au comique troupier, regain amplifié après la mobilisation du directeur par l’affichage patriotique du portrait de celui-ci en artilleur. L’établissement a toutefois besoin d’être renfloué après le départ de Marinier. De son poste de directeur des théâtres aux armées, Fallot puise dans le vivier des 80 troupes d’art dramatique qu’il a sous ses ordres et la « Pie qui chante » lance à Paris nombre de futurs vedettes (Gustave Libeau, Léon Berton, Jean Péheau, Marcel Dalio). La direction est reprise par Charles Fallot à la démobilisation de celui-ci en 1919, mais l’ancien journaliste finit par passer la main pour revenir au seul métier d’auteur-interprète. C’est en souvenir de ce music-hall qu’il fréquenta durant la Grande guerre, que Jean Chabanon renomma en 1927 sa société marseillaise de confiseries « la Pie qui chante ». Le café-concert ferme ses portes dans les années 1950.

167 : Le décret du 22 juillet 1882 autorise des saillies de 0,80 m afin d’aménager des balcons sur les façades. Cette mesure est adoptée à la demande des architectes pour remédier à l’alignement décrété par Haussmann en 1859, facteur de formules répétitives dans la conception des façades. Ce décret favorise ainsi l’apparition des oriels, plus communément connus sous le terme anglais de bow-windows. Les architectes disposent ainsi des balcons vitrés en avancée, à partir d’une hauteur de 5,75 m au-dessus du sol et apportent davantage de luminosité aux logements. En 1909, date à laquelle fut construit par l’architecte Victor Blavette l’immeuble du n°167, montre un usage parfaitement maitrisé des oriels.

 

 

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