Louis Landrillon

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Le temps est magnifique en ce jeudi 21 avril 1881. Les badauds se promènent dans la cour du palais du Louvre, paisibles, loin de se douter qu’un crime va être commis. Parmi eux deux policiers, Vincencini et Rongeat, observent le manège de deux pickpockets. Ils décident de les suivre discrètement espérant ainsi trouver leur repère ou démanteler un réseau. Hélas, ils sont repérés et une course-poursuite commence dans la rue de Rivoli.

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L’inspecteur Vincencini les perd de vue, contrairement à son collègue, plus jeune et plus rapide, qui maintient l’allure. Les deux malfrats se séparent. Rongeat se concentre sur le grand type vêtu d’un blouson marron. Caché derrière un pilier, le policier n’est plus qu’à quelques centimètres du criminel. Malgré ses grosses mains, l’homme est habile. Il vient de faire les poches d’une bourgeoise qui n’a rien senti. Prit en flagrant délit. Rongeat s’élance, et au milieu des passants, tombe sur le dos du voyou. Hélas, le voleur est doté d’une force herculéenne. En un éclair, le policier, petit et frêle, se retrouve jeté à terre, légèrement étourdi. Effrayée, la foule s’est écartée et le voleur en a profité pour s’enfuir. Le policier se relève et s’élance derrière lui. Il ignore qu’il s’attaque à Louis Landrillon, un redoutable garçon boucher âgé de 18 ans, employé chez Pérot à Levallois.

Le terme de garçon boucher peut prêter à rire aujourd’hui, il n’en était rien à l’époque. Jusqu’à la disparition des abattoirs de La Villette, ils formaient à Paris, une caste particulière, respectée, crainte (non sans raison). Il suffit d’étudier leur rôle dans la lutte entre les Armagnacs et les Bourguignons ! Mais revenons à notre histoire. Rongeat court plus vite que Landrillon et finit par le rattraper dans la rue de l’Arbre-Sec. Il lui saute sur les épaules en lui ordonnant de se rendre. En guise de soumission, le voleur lui assène un coup dans l’estomac qui le plie en deux, suivi d’un coup de genou au menton, d’un coup de pied à l’œil et d’une volée au moyen de sa canne plombée (pour visualiser le personnage, voir le film « Gangs of New Yourk » de Martin Scorcèse.

Courageux, Rongeat se relève, reprend sa course, et avec l’aide d’un gardien de la paix, passe enfin les menottes à Landrillon revenu dans la cour du palais du Louvre. De son côté, Vincencini a appréhendé le deuxième voleur, un grand costaud vêtu d’un habit bleu. Il s’agit d’un commis pâtissier, âgé de 19 ans, nommé Octave Parant. Landrillon est déjà connu des policiers. Il avait été arrêté quelques mois plus tôt, dans le 16e arrondissement de Paris, par son père, gardien de la paix, et accusé de vol (50 000 francs). Faute de preuve, Louis avait été relâché. Landrillon est envoyé au commissariat, tandis que Rongeat est contraint de s’aliter, quelques jours tard, souffrant. Il décède le 8 mai, dans son lit. Le Dr Le Paulmier, médecin légiste, procède à son autopsie et découvre que le coup à l’estomac a été porté au moyen d’un os de mouton brisé ayant provoqué une péritonite. C’est l’arme des bouchers par excellence ! C’est un petit os plat en forme de poire élargie, situé près de la selle du mouton, que l’on place dans la paume de la main pour laisser passer l’autre extrémité, la queue de la poire, entre le majeur et l’annulaire. Octave Parant sera acquitté par la cour d’assises, tandis que le 22 septembre 1881, Landrillon obtient les travaux forcés à perpétuité, grâce à la plaidoirie de son avocat Me Binder.

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