Léonie Chéreau

Léonie Chéreau était une jeune fille de bonne famille, âgée de 15 ans, sans soucis ni problèmes apparents. Comme tant d’adolescentes, elle voyait dans chaque homme gentil un prince charmant. Son père, un huissier austère d’Orléans, venait de mourir. Sa mère, malheureuse et désemparée, laissa sa fille vaquer librement à ses occupations et oublia de fréquenter ses fréquentations.

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Au début du mois de septembre 1858, un ami de la famille, Georges Prieur, vient passer quelques jours dans la famille Chéreau. Ce bel homme de 22 ans séduit la jeune fille et rapidement elle devient sa maîtresse. Si pour lui l’histoire n’est qu’un jeu, il en va autrement pour Léonie. Elle est amoureuse et rêve de mariage.

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A la fin du mois de septembre, Georges repart chez lui laissant sa maîtresse éplorée. Elle refuse de s’alimenter, pleure à longueur de journée, crie, appelle Georges. Lasse, sa mère accepte de la laisser partir chez une amie, Mme Racine, domiciliée rue de Berry à Paris. Aussitôt, Léonie prend contact avec Georges et passe la semaine avec lui.

Le Baiser à la dérobée

Voyant que la jeune fille a retrouvé sa joie de vivre, Mme Racine la renvoie à Orléans. Georges et Léonie se promettent de s’écrire. Rapidement le jeune homme se lasse de ce petit jeu ; la jeune fille, en revanche, tient parole. Chaque jour, elle lui écrit de longues lettres enflammées, qu’elle signe « Léonie Chéreau, femme Prieur ». Elle sent bien que Prieur l’oubli. Elle refuse d’y croire. Elle sent bien que Prieur l’oubli. Elle refuse d’y croire. Elle certifie à sa mère que Prieur a promis de l’épouser. Elle écrit à Georges que sa mère les contraint au mariage afin de sauver leurs honneurs à tous. Georges reste sourd. Il vient une nouvelle idée à Léonie : elle se prétend enceinte. Le « géniteur » ne sent pas plus concerné par cette nouvelle. La jeune fille écrit des lettres de plus en plus agressives et finit par recevoir une réponse, très cinglante, de Georges : « Mademoiselle, avant que je ne vous connaisse, j’avais le cœur libre et joyeux, et la conscience tranquille ». Léonie ne cède pas. Au mois de mars, elle retourne à Paris et se glisse dans l’appartement de Georges, avec l’aide de la concierge. La gardienne est sévèrement réprimandée et la visiteuse mise à la porte sans ménagement. La gardienne est sévèrement réprimandée et la visiteuse mise à la porte sans ménagement. Elle sort une fiole de sa poche et en boit le contenu afin de se suicider. Le jeune homme s’est déjà détourné ; la fiole ne contenait que de l’eau. De pitié, il donne 13 francs à Léonie, la jette dans un fiacre et referme la porte violemment en espérant ne jamais la revoir. Mais elle ne s’avoue pas vaincue. Elle se rend à l’orphelinat des Enfants-Trouvés et lance une procédure d’adoption. Si Georges voit le bébé, il reviendra vers elle et l’épousera.

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Un an après s’être glissée dans le lit de Georges à Orléans, Léonie arrive secrètement à Paris, le 2 septembre 1859. Mais l’Assistance Publique ne distribue pas si facilement les enfants, surtout à une gamine de 16 ans sans emploi. La jeune fille renonce et s’en va rôder près du magasin de nouveautés où Georges est commissionnaire. Elle le fait appeler et lui explique que leur enfant est né. Elle lui raconte qu’elle a dû accoucher, toute seule, à Orléans, chez une sage-femme, faire placer l’enfant auprès d’une nourrice. Mais elle s’embrouille dans ses mensonges et l’homme part. Contrainte de repartir à Orléans, elle lance une nouvelle procédure d’adoption ; nouvel échec. On lui propose un enfant trop âgé et unijambiste. Elle prend contact avec des sages-femmes qui lui ferment leurs portes. Sombrant dans la dépression et la folie, elle reprend le chemin de la capitale, achète des vêtements de bébé et un biberon, et se met en chasse.

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        Le vendredi 16 septembre 1859, elle rencontre dans le jardin des Tuileries, une jeune nounou qui promène un landau. Le bébé est parfait !

 – Comme je suis heureuse de vous rencontrer ! Comment va-t-il ? Je suis sa tante. Je suis la sœur de Madame !

Hélène Gibault est un peu surprise. Trouvant la jeune femme sympathique, elle parle, trop. Léonie apprend ainsi des choses qu’elle peut ainsi réutiliser à son propre bénéfice dans la conversation, quelques instants plus tard, pour montrer à la nounou qu’elle connaît bien la famille.

 – Pourquoi ne venez-vous pas voir Madame, à la maison ? Elle est si gentille !

 – C’est que… je ne m’entends pas trop avec Monsieur qui trouve ma sœur un peu dépensière.

 – Oui, Monsieur est un peu strict avec l’argent.

 – Nous discutons et j’oublie tout. Ma sœur m’a demandé d’aller chercher des dentelles, rue de Rivoli. Ça vous ennuierait d’y aller pour moi ? Je garde mon neveu pendant ce temps.

Hélène ne se fait pas prier. L’idée d’aller en cachette du mari, chercher une commande de dentelles chez Mme Caumartin, 12 rue de Rivoli, la réjouit. Pendant que la nounou cherche en vain ce magasin inexistant, Léonie file avec le bébé.

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A Orléans, la jeune fille présente à toutes ses connaissances, Théobald Anatole Georges Prieur, fils de Georges, né le 10 juin. Le bébé est confié aux soins de Marie Rigault, nourrice. Mais celle-ci trouve la jeune maman étrange ; elle ne vient quasiment jamais voir son enfant et elle n’a pas versé un sou pour sa pension. Mme Chéreau mère est également inquiète et s’informe à la mairie sur la naissance de ce petit-fils. La nourrice se rend au commissariat. Le policier fait aussitôt le lien entre cette affaire et l’enlèvement d’un bébé parisien, fils de magistrat, dont tous les journaux remplissent leurs pages depuis trois jours. Le bébé kidnappé est le fils d’Eugène Hua, suppléant au tribunal de la Seine.

Le 21 septembre, le juge Hua, prévenu par le commissaire, part pour Orléans rechercher son fils ; pendant ce temps, Léonie est conduite en prison. Le 12 novembre, devant la cour d’assises, le président Anspach montre aux jurés deux tableaux trouvés chez l’accusée qu’il juge « indécents ».  L’une des toiles montre un hussard entrant dans la chambre d’une jeune fille, l’autre représente un jeune couple surpris dans ses ébats par les parents de la demoiselle. Toutefois, les événements vont jouer pour elle. L’avocat-général est porté à l’indulgence face au jeune âge de l’accusée et aux circonstances. Maître Charles Lachaud, avocat commis d’office, se montre convaincant et Georges Prieur apparaît peu sympathique avec son air hautain. Léonie Chéreau est acquittée.

 

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