La place Dauphine

La place Dauphine est la seconde place royale parisienne du XVIIe siècle, après la place des Vosges. Elle se situe à l’ouest de l’île de la Cité, près du Palais de Justice.

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Trois îlots alluvionnaires sont rattachés à l’île de la Cité avec la construction du Pont-Neuf entre 1578 et 1607. Le pont est majestueux sauf qu’en face de lui s’offre un verger, rien de bien glorieux. Ayant entrepris la construction de la place Royale (l’actuelle place des Vosges) deux ans auparavant, il décide de faire édifier une place similaire à la pointe de l’île de la Cité. Le jardin du baillage et la maison des Etuves du Palais sont rasés. Par un bail à cens et à rentes du 10 mars 1607, Henri IV fait don au premier président du Parlement, Achille de Harlay, des terrains formant l’extrémité occidentale de l’île, en récompense de ses loyaux services pendant la Ligue. Cadeau empoisonné car l’homme est chargé (à ses frais) d’édifier une place royale bordés de bâtiments à l’architecture définie : des maisons comprenant deux étages, un attique avec des lucarnes, et un rez-de-chaussée à arcades abritant des commerces. Les travaux débutèrent en mai 1607 sur une superficie de 3 120 toises (environ 11 000 m²).Respectant son contrat, Achille de Harlay fit bâtir 32 maisons identiques en chaînage de pierre blanche, briques et combles en ardoise, autour d’une place fermée.  La place royale fut inaugurée par le roi Henri IV en 1619 et fut baptisée place Dauphine, en l’honneur de la naissance du Dauphin en 1601, le futur Louis XIII. Harlay est le propriétaire des lieux mais il n’a pas le droit de choisir le nom. Seules deux ouvertures permettaient l’accès à la place, une à la pointe occidentale vers le pont et surtout la statue du roi, et une autre vers le Palais.

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Les commerces étaient réservés aux banquiers et changeurs. Grâce à sa proximité avec le palais du Louvre, la place attira rapidement orfèvres, lunetiers et graveurs. Hélas, l’absence de règlement urbanistique laissa libre cours à la créativité des propriétaires successifs. La place Dauphine perdit son uniformité au XVIIIe siècle. L’architecte Germain Boffrand suggéra en 1748 de raser la place Dauphine pour ériger une nouvelle place semi-circulaire en l’honneur de Louis XV. Celle-ci aurait reçu en son centre un arc de triomphe, bordé tout autour d’une alternance de colonnes et de pilastres corinthiens. Au fond, une colonne, genre Trajane, surmontée d’une statue pédestre du roi.

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Entre 1792 et 1814, la place fut rebaptisée « place de Thionville » en l’honneur de la résistance héroïque des habitants et de la garnison de Thionville contre l’armée prussienne en 1792. La fontaine Desaix s’y dressait entre 1803 et 1874, en l’honneur du général Desaix, mort à la bataille de Marengo en 1800. Dans sa campagne de grands travaux, le baron Haussmann envisagea de transformer la place en square entouré de bâtiments à l’antique. Il renonça à son projet en apprenant que les propriétaires de maisons étaient majoritairement des magistrats et avocats (difficile d’expropriés ces gens sans risquer un procès). En 1874, Viollet-le-Duc fit démolir le côté pair de la rue De Harlay (soit la base du triangle de la place) afin de dégager la façade arrière du Palais de Justice. La place perdit ainsi son caractère clos. Des marronniers furent implantés au centre, brisant la vue que le roi Henri IV voulait harmonieuse et lumineuse. Des 32 maisons originelles ne subsistent que deux pavillons d’angle, situés sur le pont. Les autres bâtiments furent surélevés, démolis, reconstruits différemment. Les arcades survivantes abritent de nos jours de nombreuses galeries d’art et de petits restaurants.

Jusqu’à la Révolution, la place accueillait le Salon de la jeunesse, le jour de la Fête-Dieu, permettant à des peintres non-inscrits à l’Académie d’exposer leurs œuvres. La place est mentionnée dans La Main enchantée de Gérard de Nerval, dans Les dieux ont soif d’Anatole France, dans Nadja d’André Breton, et dans Kaputt de Curzio Malaparte. André Breton cataloguera la place Dauphine comme sexe de Paris dans son œuvre la Clé des champs, en raison de sa forme triangulaire. Côté musique, Jacques Dutronc cite la place dans Il est cinq heures, Paris s’éveille, ainsi qu’Yves Simon dans Nous nous sommes tant aimés. La place Dauphine servit également de lieu de tournage pour de nombreux films et séries. Pour information, les comédiens Simone Signoret et Yves Montant vécurent au n°15. La maison d’édition de Madame Jeanne Mayer-Odin occupait un appartement du n°24. Au n°26 se trouvait le bûcher qui vit périr Jacques de Molay le 11 ou 18 mars 1314. Le comédien français André Antoine, fondateur du Théâtre-Libre, habita au n°28 de 1912 à 1934. La papeterie Gaubert, située au rez-de-chaussée de l’immeuble, vit le jour en 1830.

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