Théâtre du Palais-Royal

En 1637, le cardinal de Richelieu fait édifier un théâtre dans l’aile est du Palais-Royal afin de rompre le monopole de la troupe de l’Hôtel de Bourgogne. Inauguré en 1641, les troupes du théâtre des Italiens et celle de Molière s’en partagent la scène de 1662 à 1673. A la mort de ce dernier, Lully récupère le théâtre pour y fonder l’Académie royale de Musique. La troupe de Molière part s’installer dans l’Hôtel de Guénégaud. Le théâtre est détruit le 6 avril 1763 par un incendie. Rouvert le 26 janvier 1770, il brûle à nouveau le 8 juin 1781, lors d’une représentation d’Orphée de Gluck. L’Académie royale de musique déménage boulevard Saint-Martin dans une salle construite pour elle par Nicolas Lenoir (l’actuel théâtre de la Porte-Saint-Martin). Le théâtre est reconstruit en 1784 par l’architecte Victor Louis et héberge les Variétés-Amusantes. A l’opposé de la rue de Montpensier, dans le péristyle de Joinville, Victor Louis édifie une autre petite salle destinée à présenter les spectacles de marionnettes de Sieur Delomel, tourneur sur bois.

montensier-petits-comediens-1784 Placée sous la protection du comte de Beaujolais, la troupe prend alors le nom de « Petits Comédiens de son Altesse Sérénissime Monseigneur le comte de Beaujolais » (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). Inaugurée le 23 octobre 1784, la salle devient le théâtre de Beaujolais et peut accueillir jusqu’à 800 spectateurs. Les marionnettes sont remplacées par des enfants mimant les rôles pendant que des adultes parlent et chantent depuis les coulisses. La troupe se compose alors de 42 acteurs et chanteurs, 20 danseurs et 20 musiciens. Son succès gênant, en 1788, un décret interdit d’employer deux comédiens pour le même rôle et de chanter ou parler depuis les coulisses ; Delomel perd ainsi son commerce. La salle est rachetée le 17 juin 1787 par Desmarets qui la cède deux ans plus tard à Marguerite Brunet dite Melle Montansier dont le portrait orne le foyer.

Après deux ans de travaux, cette femme d’affaire redoutable inaugure sa nouvelle salle le 12 avril 1790 avec Les Epoux mécontents, opéra en quatre actes de Dubuisson et Storace. La Montansier propose des opéras comiques et des comédies aux titres évocateurs, comme Le Sourd ou l’Auberge pleine de Desforges. Durant la Révolution, le théâtre change souvent de nom : théâtre Montansier, théâtre du Péristyle du jardin Egalité, théâtre de la Montagne, Montansier-Variétés et Variétés. Le succès est tel que la directrice se permet de fermer le théâtre, d’acheter les terrains environnants et fait agrandir le bâtiment. Il rouvre en 1793 sous le nom de Théâtre National. Son salon est fréquenté par toutes les célébrités de l’époque, suscitant haines et jalousies. Melle Montansier est accusée de conspiration contre le Gouvernement révolutionnaire et de recel d’armes. Elle est arrêtée le 15 novembre 1793 et emprisonnée. Le théâtre est donné à la troupe de l’Opéra, devenant le Théâtre du Péristyle du Jardin Egalité. Libérée après dix mois de détention, la Montansier reprend son théâtre et y fait revenir la jeunesse. En 1806, Joseph Fouché, ministre de la police, oblige Marguerite Brunet à quitter les lieux (sous l’influence des Comédiens-Français). Melle et sa troupe obtiennent l’autorisation de l’empereur (un de ses amis, du temps où il n’était que Bonaparte) de se faire construire un nouveau théâtre boulevard Montmartre, qui deviendra le théâtre des Variétés. La salle du Palais-Royal est louée successivement à des acrobates, des funambules et des dresseurs de chiens, avant de fermer en mai 1812. De 1812 à 1820, le Café de la Paix s’y installe, offrant quelques distractions légères à ses clients. En 1830, Charles Contat-Desfontaines dit Dormeuil (le portrait côtoie celui de Melle Montansier dans le foyer) obtient l’autorisation d’exploiter à nouveau la salle du Palais-Royal en tant que théâtre. La reconstruction est confiée à Louis Régnier de Guerchy. Architecte à qui nous devons l’encorbellement surplombant la rue de Montpensier. Le théâtre du Palais-Royal est inauguré le 6 juin 1831 et se spécialise dans les pièces de boulevard. Durant les cinq premières années, il fait jouer 150 vaudevilles qui se soldent par 150 échecs. Il faut attendre 1838 et la découverte de M. de Coylin, de Paul de Kock et d’Eugène Labiche pour voir le théâtre nouer avec le succès. En 1851, le compositeur Hervé devient le chef d’orchestre du Palais-Royal, nouveau succès. En 1859, Dormeuil fait découvrir les textes de Victorien Sardou. Dès 1863, le talent moqueur de Hortense Schneider illumine la scène, grâce aux œuvres du trio emblématique du Second Empire : Jacques Offenbach, Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Trois ans plus tard, Offenbach triomphe avec La Vie parisienne. Après la guerre de 1870, le théâtre connaît des temps difficiles. Offenbach meurt, Labiche n’écrit plus, Dormeuil démissionne. La nouvelle direction confie les travaux de restauration à l’architecte Paul Sédille en 1880.

Il orne le foyer de vastes peintures murales, il redécore la salle dans le style néo-Louis XV, tout en dorure et cristal, et aménage l’escalier de secours en façade (afin de ne pas modifier l’intérieur), sous forme de passerelles métalliques revêtues de mosaïques.

Mussay, alors directeur, fait découvrir le talent de Georges Feydeau : Monsieur Chasse, Le Système Ribatier, Un Fil à la patte, le Dindon… Dès 1909, et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’auteur dramatique Gustave Quinson prend la direction du théâtre. Il collabora avec des auteurs comme Yves Mirande, Tristan Bernard, Pierre Veber et Albert Willemetz. Il fait découvrir les talents de Mistinguett, Yvonne Printemps, Raimu, Hennequin, Denise Grey, Michel Simon. L’ère de Jean de Létraz, auteur comique, commence dès 1939. Il fait jouer au théâtre ses pièces comme Descendez, on vous demande, Les surprises d’une nuit de noce, La mariée en a deux, Occupe-toi de mon minimum ou la Pucelle d’Auteuil. A sa mort en 1954, son épouse lui succède à la direction. Simone de Létraz fait appel à la Compagnie Jacques Fabbri, puis à la Compagnie Renaud Barrault pour jouer les œuvres posthumes de son époux, ainsi que d’anciens succès tels que la Vie parisienne. Le succès est essentiellement dû aux comédiens : Suzy Delair, Micheline Dax, Simone Valère, Pierre Bertin, Jean Desailly, Jean Parédes, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. En 1965, Simone de Létraz abandonne la direction du théâtre au profit de Jean-Michel Rouzière. Les succès vont dès lors se succéder. Rouzière décide de rendre hommage à sa voisine, Colette, en faisant jouer Gigi. Assassins associés de Robert Thomas est mis en scène par Jean Piat avec Denise Grey dans le rôle principal. Zizi Jeanmaire est éblouissante dans le rôle de la Môme Crevette. En 1968, Pierre Dux met en scène Désiré de Sacha Guitry avec Marie Daems et Robert Lamoureux, puis la Facture de Françoise Dorin avec Jacqueline Maillan. En 1969, Jean Marais reprend le rôle du Maître dans l’Amour masqué de Sacha Guitry. En 1972, Louis de Funès revient au théâtre avec Oscar de Claude Magnier. Le 5 février 1973 a lieu la première de la Cage aux Folles de Jean Poiret, mise en scène par Pierre Mondy avec Michel Serrault dans le rôle principal. Le succès est tel que la pièce se joua durant six ans à guichet fermé. En 1978, Michèle Morgan et Pierre Mondy s’illustrent dans une comédie de Françoise Dorin, le Tout pour le Tout. Maria Pacôme, Nicole Calfan, Odette Laure et Jean Poiret leur succèdent dans Joyeuses Pâques. En 1983, c’est au tour de Jean-Pierre Cassel et Anny Duperey d’égayer le théâtre avec La Fille sur la banquette arrière de Bernard Slade. Depuis les directions se succèdent et les artistes continuent de faire pleurer de rire les spectateurs.

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