Passage des Panoramas

Le passage des panoramas a succédé à l’ancien hôtel de Montmorency-Luxembourg.

Hôtel de Montmorency-Luxembourg

sans-titreL’hôtel fut construit entre 1706 et 1710 par l’architecte Lassurance pour Thomas Rivé de Ricquebourg, anobli en 1706 par l’acquisition d’une charge de Secrétaire du roi, maison et couronne de France. Celui-ci s’étendait de la rue Saint-Marc au boulevard Montmartre. S’établissant à Versailles, Thomas Rivé cède son hôtel en 1711 au contrôleur général des finances et neveu de Colbert, Nicolas Desmarets, seigneur de Maillebois. Il fit embellir les jardins et réaliser plusieurs extensions au nord et à l’est. Après la mort de Desmarets en 1721, ses héritiers vendirent l’hôtel en 1723 à Charles-François-Frédéric 1er de Montmorency-Luxembourg, duc de Piney-Luxembourg et duc de Montmorency. A sa mort, l’hôtel revient à son fils Charles François Frédéric II, prince d’Aigremont et de Tingry, maréchal de France depuis 1757 et gouverneur de Normandie. L’architecte Antoine Matthieu Le Carpentier augmente l’hôtel d’un appartement des bains, d’un salon et d’une salle à manger formant un pavillon sur le jardin, orné d’un décor sculpté par l’ornementiste Nicolas Pineau et d’un plafond peint par Noël Hallé figurant les Quatre saisons sous forme de jeux d’enfants. Le duc décède en 1764. Son fils Anne-François étant décédé avant lui (1761), ses deux petites-filles, Charlotte Anne Françoise et Madeleine Angélique, héritent du domaine. Cette dernière meurt âgée de 16 ans. Charlotte épousa le 21 septembre 1767 son cousin Anne-Léon de Montmorency, marquis de Fossieux, baron de Courtalon. Elle a 15 ans et lui 36. Dans les années 1770, ils font construire dans le jardin de l’hôtel, du côté du boulevard, un kiosque en treillage dans le goût chinois par l’architecte Pierre Rousseau, qui avait auparavant aménagé le chartrier de l’hôtel. Avant 1780, le couple fait réaliser par l’architecte Firmin Perlin une nouvelle façade sur cour, ornée d’un ordre ionique colossal. En 1782, la petite rue de Montmorency est percée par le duc de Montmorency, face à l’entrée de l’hôtel située rue Saint-Marc ; elle devint plus tard la rue des panoramas.

Le passage

Sous la Révolution française, l’hôtel est saisi comme bien d’exilé après le départ des Montmorency pour l’étranger. Il devient un dépôt des ouvrages confisqués aux ecclésiastiques et émigrés avec 1 million de livres. Les lieux sont aussi occupés par l’atelier de perfectionnement des armes portatives dirigé par l’inventeur François Philippe Charpentier avant d’être loué à un tapissier en 1793. L’hôtel est vendu comme bien national, une première fois, le 21 germinal an V (10 avril 1797) pour une somme de 810 000 livres à un nommé Bignon mais qui ne put payer. Après enchères, il est revendu le 23 frimaire an VII (13 décembre 1798) à Decretot pour 301 000 livres. Il cède l’hôtel le 7 prairial an VIII (27 mai 1800) à la citoyenne Henriette Berk, épouse de James William Thayer, armateur américain, pour 195 000 francs, devant maître Lherbette, notaire à Paris. Ils payèrent avec les assignats donnés par la France en dédommagement de la saisie accidentelle de l’un de leurs navires après le siège de Toulon. Sur les jardins de l’hôtel, Thayer et sa femme font construire le passage des panoramas, en plein milieu du principal corps de bâtiment. Ce passage, bordé de boutiques de luxe, conduisait à deux panoramas installés sur le boulevard.

bd montmartre

Attraction commerciale appartenant à l’ingénieur et inventeur américain Robert Fulton, venu à Paris offrir ses dernières créations, le bateau à vapeur, le sous-marin et les torpilles, à Napoléon et au Directoire. Fulton subventionna son projet de Nautilus grâce à l’argent récolté par ses panoramas. Ces dernières se présentaient comme des rotondes à toit conique, à l’intérieur desquelles les spectateurs découvraient un tableau peint rotatif, éclairé par le jour. Ces tableaux panoramiques représentaient des paysages de Paris, Toulon, Rome, Jérusalem et autres grandes villes célèbres. La distance entre la peinture et le spectateur, placé sur une plate-forme centrale, devait être suffisante pour que l’illusion de la réalité soit parfaite. Les deux panoramas du boulevard Montmartre ont inauguré cette attraction en France. La réclame suivante décrivait ainsi l’un d’eux : « le panorama, ou tableau sans bornes, représentant une superbe vue de Paris et de ses environs, prise du haut du palais des Tuileries, est ouvert tous les jours à la nouvelle rotonde située Jardin dit d’Apollon, boulevard de Montmartre, depuis 8 heures du matin jusqu’à 8 heures du soir ». La deuxième coupole présentait la scène de l’évacuation de Toulon par les Anglais en 1793. Lorsque Napoléon rejeta les projets de Fulton, celui-ci abandonna ses panoramas pour aller offrir ses inventions aux Anglais. Thayer trouva dans cette attraction le moyen de rentabiliser les frais de construction de son passage. En 1816, l’éclairage public au gaz est installé dans ce passage très fréquenté. En 1831, les panoramas étant passés de mode, les rotondes sont détruites, mais le passage demeure très fréquenté.

Trois ans plus tard, l’architecte Jean-Louis Grisart est chargé de sa rénovation et lui adjoignit d’autres galeries (Saint-Marc, des Variétés, de la Bourse, Feydeau et Montmartre).

De cette époque date aussi la boutique du graveur alsacien Stern, qui a conservé ses belles boiseries d’origine inscrites aux Monuments historiques. Le suivent des marchands de cartes postales et de timbres-poste, ainsi que quelques restaurants. Le salon de thé, l’arbre à cannelle, conserve le plafond à caissons et des éléments de décor de l’ancien chocolatier Marquis.

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DSC_0081Le sculpteur Jean-Pierre Dantan expose dans une des salles du passage, dite « musée Dantan », ses petits bustes en plâtre ou en bronze, caricatures et portraits de la société de son temps (Talleyrand, Louis-Philippe, Beethoven, Paganini, Liszt, Victor Hugo, Balzac…). Sous le second Empire, le succès d’Offenbach aux Variétés contribua à faire du passage des Panoramas un endroit très en vogue. Le passage des Panoramas a inspiré la « cour de Paris », galerie commerciale située au rez-de-chaussée de la maison Bruden à Budapest. Le chapitre VII du roman Nana d’Emile Zola décrit le passage, tel qu’il était en 1867. Anne Cuneo a situé un de ses romans dans ce passage éponyme (1978). Ces passages et galeries ont été inscrits aux Monuments historiques en partie le 7 juillet 1974 et en partie le 10 juillet 2009.

L’immeuble du n°11 abrita de sa création en 1923 à son déménagement en 1934 au 37 rue du Louvre, le siège du journal « Paris-Soir », dirigé par Eugène Merle, puis Jean Prouvost.

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