Eglise Saint-Nicolas-des-Champs

L’église de culte catholique, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 10 février 1887. Elle a été consacrée à saint Nicolas, évêque de Myra, en Asie Mineure, patron des jeunes garçons, des marins et des voyageurs.

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Histoire

Saint-Nicolas-des-Champs était à l’origine une chapelle dépendant de la voisine abbaye de Saint-Martin. Son existence est attestée dès 1119 ; elle devint paroisse en 1184.

nicolas01La rapide extension du bourg nécessita la construction d’une plus grande église (fin du XIIe ou début du XIIIe siècle), édifice dont il ne reste pratiquement rien. L’édifice actuel a été commencée en 1420. De cette première campagne de travaux (1420-1480) datent la façade, les sept premières travées de la nef, le premier bas-côté sud et deux étages du clocher. Au XVIe siècle, Saint-Nicolas n’est plus « aux champs », mais bel et bien enfermée dans les murs de la ville et entourée de maisons. Malgré la construction d’un second bas-côté sud, de nouveaux agrandissements s’imposent et, entre 1576 et 1586, la nef est prolongée de quatre travées et bordée de deux nouveaux bas-côtés au nord. A la même époque est exécuté l’admirable portail du flanc sud. De 1613 à 1615 furent édifiés les deux dernières travées de la nef, le chœur et le double déambulatoire avec ses chapelles. Le jour de la Pentecôte 1623, sainte Louise de Marillac vécut dans cette église une effusion de l’Esprit. A la suite de cette expérience spirituelle forte, et avec comme guide spirituel saint Vincent de Paul, elle décida de fonder la congrégation des filles de la Charité. En 1668, le clocher est rehaussé d’un étage. Vers 1745, on transforma les piliers du chœur en colonnes doriques cannelées pour les mettre au goût du jour. La chapelle de la Communion est de 1775. Fermée en 1791, l’église devient en 1793 temple de l’Hymen et de la Fidélité, avant d’être rendue au culte catholique en 1802. Elle a été restaurée de 1823 à 1829. En 1854, le percement des rues de Turbigo et Cunin-Gridaine a dégagé les faces sud et est du bâtiment. Sauf que le percement de cette dernière a provoqué la démolition de la sacristie, provoquant un joli scandale. Une bagarre s’est même déroulée dans l’église.

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Anecdote

Dite « l’église aux 100 piliers », elle en comporte effectivement 99 visibles et tous numérotés de 1 à 99. Les partisans du symbolisme pensent qu’il s’agit d’une identification aux 100 manières de désigner Dieu dont 99 seulement sont connues.

Architecture

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La façade sur rue Saint-martin présente trois pignons juxtaposés, d’inégale hauteur. Celui du centre, très élevé, correspondant à la nef, est relié aux deux autres par de légers contreforts.

Le portail en arc brisé est surmonté d’une accolade ornée d’animaux fantastiques et de feuilles. Il est encadré de niches à baldaquin de style flamboyant, occupés par des statues exécutées en 1843 par Louis Desprez, pour remplacer celles détruites à la Révolution.

Le tympan de la porte était orné d’une imposte en fer forgé qui eut l’honneur d’illustrer un dictionnaire d’architecture. Sur cette imposte, on voyait les lettres, à l’envers, soit à l’endroit en sortant : SN et SI (saint Nicolas et saint Jean). On retrouvait ces initiales sur quatre panneaux à la base du buffet d’orgue ; il en manque deux, retirés lors de la dernière restauration en 1927.

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Au-dessus du portail est percée une grande baie ogivale à remplage, divisée par trois meneaux. La base du pignon est ponctuée de chaque côté par des pinacles et le centre orné d’une rosace. Les pignons latéraux, qui correspondent aux bas-côtés, sont percés au rez-de-chaussée de fenêtres ogivales et au sommet d’un oculus quadrilobé.

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Le tambour d’entrée est logé sous la tribune de l’orgue. Il est orné de belles consoles en forme de sphinges, du début du XVIIe siècle.

Le clocher apparaît derrière le pignon droit. Extérieur à l’église, à l’origine, il a été enclavé lors de la construction du second bas-côté sud. Chacun de ses trois étages est percé, sur les quatre faces, de fenêtres géminées en arc brisé garnies d’abat-son. Il est terminé par une plate-forme que couronne une balustrade de pierre ajourée. La tourelle hexagonale accolée à l’angle nord-est contient la vis de l’escalier.

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Attenant au flanc sud de l’église, subsistent les restes d’une maison ancienne (probablement du XVIe siècle).

Le portail sud est un chef-d’œuvre de la Renaissance. Il est inspiré d’un dessin de Philibert Delorme publié par l’architecte dans son livre « De l’architecture » (1567), qui reproduisait un portail de l’hôtel des Tournelles.

La porte en plein-cintre est encadrée par deux paires de pilastres cannelées, couronnées de chapiteaux composites, entre lesquels sont ménagés des niches dépourvues de statue. Entre les chapiteaux sont incrustées des médaillons de marbre noir d’où retombent des guirlandes.

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Deux anges prennent appui sur l’arc de la porte et soutiennent une table de marbre noir, sur laquelle une inscription en lettres dorées (refaite en 1835) évoque la fondation de l’église. 01

Les quatre chapiteaux supportent un entablement dont la frise est sculptée d’un décor végétal exubérant. Le tout est surmonté d’un fronton triangulaire, au centre duquel deux angelots adossés à un œil-de-bœuf soufflent dans des trompettes. Les vantaux de la porte sont sculptés de bustes de femmes nues, sortes de sirènes dont les membres s’achèvent en motifs végétaux qui remplissent tout le panneau. Des anges prosternés occupent le tympan. C’est une œuvre du sculpteur Colo.

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Un jubé fermait autrefois le chœur. Le maître-autel en marbre s’inscrit dans un remarquable retable à double face, qui occupe toute la largeur du chœur. Il est orné au centre, côté nef, de deux toiles lumineuses de Simon Vouet : « Les apôtres au tombeau de la Vierge », en bas, « l’Assomption », au-dessus. Les anges de stuc doré qui complètent la décoration sont de Jacques Sarrazin.

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Dans la chapelle de la Vierge est visible « la Madone de Vic » peinte par Frans Pourbus le Jeune, en 1617. L’église conserve aussi une « Annonce de la Nativité du Christ » peinte par Quentin Varin, vers 1623-1624. L’église possède un tableau représentant « sainte Geneviève gardant ses moutons ». Ce thème de la légende de la sainte n’est cependant pas très répandu. En fait, trois églises parisiennes seulement en conservent le souvenir pictural : Sainte-Merri et Saint-Médard.

Les orgues

Des orgues existent à Saint-Nicolas depuis 1418, celles achetées à Bernard de Montigny, des orgues médiévales à Plenum sans registres. Une note retrouvée datant de 1536 indique que l’orgue a besoin d’être réparé. Cet orgue médiéval ne suffit plus en 1564. En 1569, les marguilliers de Saint-Nicolas décident de doter leur église d’un orgue neuf capable de rivaliser avec ceux des plus riches paroisses. Une vaste tribune, de 5,20 mètres sur 2,50 mètres, est commandée le 20 janvier 1569 et posée au-dessus du porche d’entrée, devant la galerie des sonneurs. L’organiste Denis Charruau est chargé de trouver un facteur d’orgues et son choix se porte sur Jacques Pigache, auquel on doit les instruments de Saint-Eustache (1566), Saint-Paul (1568) et Saint-Germain-l’Auxerrois (1569). Le marché est passé le 20 février 1571 pour 2 500 livres. Le buffet est sous-traité au menuisier Adrien Vallée. Trois grandes statues dues au sculpteur Pierre Rendu ornent ce buffet : un saint Nicolas bénissant de sa main droite et deux anges du jugement articulés. Le rideau de protection présente aux coins les Evangélistes, au centre saint Nicolas et saint Jean sur un champ semé de crosses et de calices. L’église s’étant agrandie, un nouvel orgue est commandé entre 1608 et 1611 au facteur d’orgues Paul Maillard. Il a ordre de remettre de Pigache au goût du jour et d’en faire un orgue à trois tourelles rondes « à la Flamande », de même hauteur. Sur les dômes latéraux, des aigles dont le regard est maintenant dans le vide, regardaient à l’origine saint Jean sur la tourelle centrale. A cette occasion, le saint Nicolas bénissant et les figures articulées ont été supprimés. Les tourelles latérales datent de cette construction. Le soubassement actuel, la tourelle centrale et les pilastres cannelés sont peut-être une survivance de l’orgue de Pigache. Mais dès 1628, les marguilliers veulent un orgue neuf afin de rivaliser avec les autres paroisses et s’adressent à Crépin Carlier. Le marché est conclu en 1632. La construction de cet orgue nécessite l’agrandissement du grand corps, qui subsiste encore aujourd’hui entre les ailes ajoutées en 1776. La tourelle centrale est rehaussée. Le saint Jean est remplacé par un saint Nicolas bénissant assez trapu et penché en avant. Le sculpteur Jean Noyer a réalisé dans la foulée les anges musiciens (démesurés) qui sont au-dessus des plates-faces et les atlantes qui supportent les tourelles latérales, ainsi que les guirlandes de fruits et les cartouches. En 1700, l’entretien de l’orgue est confié à Robert Clicquot, un paroissien. En 1765, la soufflerie rendit l’âme. On fit alors venir François-Henri Clicquot, dont l’atelier était situé sur la paroisse, rue des Enfants-Rouges, qui refit les soufflets à neuf. C’était un premier pas vers une rénovation. Le marché pour un orgue neuf est passé le 16 janvier 1772. Le menuisier Borel a la charge de l’agrandissement de l’ensemble « en utilisant les anciens ornements ». L’orgue est reconstruit entièrement entre 1773 et 1777. L’orgue passe la période révolutionnaire sans encombre et le citoyen Mollard le juge de premier ordre en l’an III. De 1804 à 1825, Pierre-François Dallery, héritier de l’atelier des Clicquot, est chargé de l’entretien. En 1825, le buffet d’orgue reçoit sa couleur chocolat « afin de l’embellir ». En 1839, l’organiste Edouard Batiste réclame avec insistance la transformation de son orgue. L’impécuniosité de la paroisse permit à l’instrument d’échapper aux reconstructions de la seconde moitié du siècle. Le nouvel organiste, Wackenthaler, devant la nécessité des réparations, s’adresse en 1854 à la Maison Ducroquet. Elle ne réalise que des travaux sommaires. Dès la fin du siècle, l’orgue a beaucoup dépéri, méprisé pour archaïsme, considéré comme peu jouable. Après la Première Guerre mondiale, l’orgue est presque hors d’usage. Une grande restauration, confiée à Victor Gonzales, s’acheva en 1930. L’émergence d’une conscience du patrimoine organistique fit que l’on préserva sans modification toute la tuyauterie et les sommiers d’origine. En revanche, la mécanique fut repensée et un grand Récit expressif ajouté pour l’exécution de la musique moderne. Par la suite, l’orgue, trop tôt déréglé, devient le mal aimé de son clergé qui l’enferme dans un rôle strictement liturgique. En 1972, l’organiste Jean Boyer tente de le remettre en état. La sécheresse de 1976 aurait rendu l’instrument muet si des expédients n’avaient pas été appliqués pour le maintenir vaille que vaille. Suivent l’isolation de l’alimentation en vent du Récit expressif qui fuit, la suppression des compléments aigus tubulaires qui menacent ruine, réparation sommaire via des kilomètres de ruban adhésif afin d’étancher la vieille soufflerie ainsi que le moteur de la machine. Aujourd’hui l’orgue est dans un bien triste état.

L’orgue de chœur a été réclamé lors d’une réorganisation de l’appareil cantoral de l’église, décidée en 1843, période encore faste pour la paroisse. L’orgue fut construit par John Abbey et reçu l’année suivante. Malgré son électrification et son agrandissement par Pierre Chéron en 1950-1952, il demeure un des orgues de chœur les plus anciens de la capitale.

Mondanités

Plusieurs personnalités furent inhumées à Saint-Nicolas, hommes de lettres, parlementaires, érudits qui animèrent la vie brillante des salons du quartier : Guillaume Budé (1467-1540), humaniste ; Pierre Gassendi (1592-1655), mathématicien et philosophe (chapelle Sainte-Cécile) ; Arnaud II de Labriffe (1649-1700), parlementaire ; Francisque Millet (1642-1679), peintre ; Jean Habert de Monmort ; Antoinette-Louise de Mesmes (chapelle Saint-Jean-Baptiste) ; le maréchal de France Louis Victor de Rochechouart de Mortemart (1636-1688), maréchal de France (chapelle Saint-Jean-Baptiste) ; Madeleine de Scudéry (1607-1701), femme de lettres ; Jean-Louis Thiroux de Lailly ; Henri Valois (1603-1676), philosophe et historien ; Adrien de Valois (1607-1692), historien et poète et Théophile de Viau (1590-1626), poète et dramaturge.

Croyances

L’animation de la paroisse est confiée depuis 1992 à la Communauté de l’Emmanuel. L’église propose une prière pour les malades, chaque jeudi à 18h30. De nombreux témoignages de guérisons ont été recueillis.

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