Place de la République

La place s’étend sur 3,4 ha et se situe à la limite de trois arrondissements (3, 10 et 11).

Première place

Dans les années 1670-1680 ; l’enceinte de Charles V, bâtie au XIVe siècle, est rasée et un cours est aménagé à son emplacement. Une petite place triangulaire est conçue à l’emplacement du bastion de la porte du Temple. La place était située légèrement plus à l’ouest que la place actuelle. Elle était située au-dessus de la rue des Fossés-Saint-Martin (actuelle rue René-Boulanger) ; cette rue marque ainsi la limite nord-ouest de l’ancienne place. Ce n’est à l’origine qu’une partie du boulevard Saint-Martin, mais elle prend en 1879 le nom de « place du Château-d’Eau » en référence à une fontaine dite du Château-d’Eau, dessinée par Girard et installée sur la place en 1811.

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Deuxième place

La place prend sa physionomie actuelle dans le cadre des transformations de Paris sous le second Empire. En 1855 est déclarée d’utilité publique la construction d’une caserne en arrière du château d’eau. La caserne du Prince-Eugène, plus tard nommée « caserne du Château-d’Eau », puis « caserne Vérines », est érigée par A. Legrom à l’emplacement de l’ancien Vauxhall d’été et du diorama de Louis Daguerre où Jacques Daguerre, l’un des inventeurs de la photographie, donnait des représentations de quinze minutes. Prévue à l’origine pour 3 200 hommes, la caserne est alors l’équipement le plus vase de la ville avec une superficie équivalente à celle de l’hôtel de Ville. Elle est construite pour rassembler des troupes alors éparpillées dans la capitale mais aussi à pouvoir, si nécessaire, rapidement encercler le faubourg Saint-Antoine. En 1856, un décret prévoit le réaménagement des abords de la caserne. Par la suite, plusieurs boulevards sont projetés : percement du boulevard du Prince-Eugène (actuel boulevard Voltaire) et de l’amorce de l’actuelle avenue de la République, déclarés d’utilité publique en 1857, et prolongement du boulevard du Nord (actuel boulevard de Magenta) entre la rue du Faubourg-Saint-Martin et le château d’eau, déclaré d’utilité publique en 1859.

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Les travaux haussmanniens

Le dégagement de la place est déclaré d’utilité publique en 1865. L’administration du baron Haussmann aménage une grande place rectangulaire de 280 m x 120 m. Une grande partie des théâtres du boulevard du Temple sont alors rasés. Un emplacement pour la construction d’un orphéon municipal est alors réservé, mais il ne verra jamais le jour. En 1866, Gabriel Davioud, architecte de la ville, construit sur tout le côté nord de la place les Magasins réunis. Il dresse aussi en 1867 une seconde fontaine, de 25 mètres de diamètre et ornée de huit lions de bronze ; celle de Girard ayant été jugée insuffisante est remontée dans la cour d’entrée du marché-abattoir de La Villette (actuelle place de la Fontaine-aux-Lions) pour servir d’abreuvoir pour le bétail. La place prend son nom actuel en 1879.

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Monument de la République

La même année, la ville de Paris lance un concours pour la glorification de « la » République sans numéro, une et indivisible. Le monument élu se dressera place du Château-d’Eau ; elle a battu sur le fil celles des Tuileries, de la Concorde et de l’Hôtel de Ville. Une maquette l’emporte sur les autres, celle des frères Morice : Léopold pour la statuaire et Charles pour le soubassement. L’intégralité des fontes en bronze sont réalisés par la fonderie d’art Thiébaut et Fils. Deux cérémonies d’inauguration ont lieu, le 14 juillet 1880 avec le modèle en plâtre et le 14 juillet 1883 avec la version définitive en bronze. La fontaine de Davioud est chassée et exilée en 1880, place Daumesnil (actuelle place Félix-Eboué), dans le 12e arrondissement.

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Mais sans ses lions qui lui sont confisquées pour orner le nouveau piédestal. Juchée sur un socle de pierre de 15,5 mètres de haut, la statue colossale en bronze de Marianne mesure elle-même 9,50 mètres de haut.

Elle est représentée debout, vêtue d’une toge et ceinte d’un baudrier sur lequel est fixée une épée. Elle est coiffée à la fois du bonnet phrygien, symbole de liberté, et d’une couronne de laurier. Dans sa main droite, la statue brandit un rameau d’olivier, symbole de paix. Sa main gauche repose sur une tablette portant l’inscription « Droits de l’Homme ». Le piédestal est constitué de deux parties cylindriques distinctes : une partie inférieure, d’environ 4 mètres de haut et plus large, et une partie supérieure, plus étroite mais plus haute. Cette colonne, qui sert directement de piédestal à la République, est ornée sous les pieds de celle-ci, successivement, d’une guirlande de bronze qui en fait le tour, des armoiries de Paris et de l’inscription « A la gloire de la République Française – la ville de Paris – 1883 ».

Plus bas, tout aussi chargées en symboles, trois grandes allégories, en forme de jeunes femmes sont adossées au piédestal. Non plus en bronze mais en pierre, non plus debout mais assises, elles représentent la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. La première, combative, est reconnaissable au flambeau qu’elle tient de la main gauche (à l’inverse de sa célèbre sœur signée Bartholdi). Sa main droite est posée sur son genou, tenant une chaîne brisée. En arrière-plan, un chêne est sculpté en relief dans la colonne. La deuxième, déterminée, tient sur son genou un archi-pendule (niveau pour vérifier l’horizontalité), symbole d’égalité. Elle tient dans sa main droite, le drapeau de la République, dont la hampe est marquée des initiales « RF ». La troisième, sereine, couve deux enfants lisant un livre, d’un œil bienveillant, symbole de fraternité. Les enfants symbolisent la Connaissance. Une gerbe de blé et un bouquet évoquent l’abondance.

Deux médaillons marqués « Labor » (le travail) et « Pax » (la paix), ornés de faisceaux de licteur, se trouvent respectivement entre la Liberté et la Fraternité, et entre la Fraternité et l’Egalité.

Plus bas encore, à hauteur de regard, Morice a réalisé douze reliefs en bronze qui font tout le tour du socle. Chacun évoque un événement clé de l’histoire de la République : le Serment du Jeu de Paume (20 juin 1789), la Prise de la Bastille (14 juillet 1789), la Nuit du 4 août 1789, la Fête de la Fédération (14 juillet 1790), la Proclamation de la Patrie en danger (11 juillet 1792), la Bataille de Valmy (20 septembre 1792), la Proclamation de l’abolition de la royauté (21 septembre 1792), la Bataille du 13 prairial an II (1er juin 1794), les Trois Glorieuses (29 juillet 1830), l’Institution du suffrage universel (5 mars 1848), la Proclamation de la République (4 septembre 1870) et la première Fête nationale (14 juillet 1880). La place prend alors la configuration qu’elle aura jusque dans les années 2010 avec deux terre-pleins centraux.

Les aménagements de 2010

Une longue concertation s’est déroulée, à partir de décembre 2008, pour le réaménagement de la place de la République. Le lauréat du concours organisé par la ville de Paris a été désigné le 21 janvier 2010 : l’équipe Trévélo & Viger-kohler (TVK) a proposé, conformément à des suggestions faites au cours de la concertation, de reporter l’ensemble de la circulation, dans les deux sens, sur le seul côté ouest de la place et de créer un grand espace piétonnier au centre de celle-ci, englobant la statue et s’étendant aux bâtiments du côté est. Les 225 premiers mètres de la rue sont, comme cette place, piétonnisés jusqu’au croisement du quai de Valmy et du boulevard Jules-Ferry. Cette proposition a donné lieu de de vives controverses et à des prises de positions opposées, les unes pour s’en féliciter, les autres pour craindre les effets sur la circulation parisienne, ou la destruction d’éléments patrimoniaux historiques comme les fontaines des Dauphins (dont les bronzes ont cependant été mis de côté et devraient être déplacés en bas de l’avenue des Champs-Elysées, non loin de la statue de Georges Clémenceau, et l’adjonction d’un bassin moderne ceignant la base du monument. Après des travaux préparatoires qui ont débuté en juillet 2011, les travaux d’aménagement de la place ont débuté en janvier 2012 et l’inauguration a eu lieu le 16 juin 2013. En février 2013, la mairie annonce que l’espace sera loué 55 000 € annuels à quelques commerces, notamment un restaurant. Une vaste structure en verre abrite un café (détruit depuis par un incendie) côté nord sur ce qui était un jardin avec plan d’eau. Le 1er juillet 2013 sont inaugurés la terrasse Emilienne-Moreau-Evrard, l’esplanade André-Tollet et la terrasse du Commandant-Jacques-Blasquez, en hommage à leurs actes de résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Le 3 octobre 2016, sont installés des modules dédiés à la pratique du skateboard qui s’intègrent à la place, pour une durée indéterminée. Ce projet est initié par la marque Volcom.

Place des manifestations

La place de la République est un des lieux de passage obligé de nombreux grands cortèges du Carnaval de Paris au XIXe siècle. En mars 1895, on pouvait lire dans le compte-rendu du défilé de la mi-carême paru dans le Journal des débats : « Vers trois heures, la cavalcade s’avançait lentement, bombardée de confettis ; elle ne ripostait plus, les munitions étant épuisées. Place de la République, elle s’arrête. Elle n’aurait, d’ailleurs, pu aller plus loin avant que les gardes républicains eussent, avec des précautions infinies (on admire toujours la patience des hommes et celle des chevaux) fait reculer de quelques mètres la masse énorme des curieux. Sur aucun point l’affluence ne fut plus considérable. La statue gigantesque de la République, devant laquelle les musiques jouaient La Marseillaise, a été prise d’assaut par des curieux. Ces impudents se sont juchés non seulement sur le piédestal, mais sur les bras, sur la tête de la République. Ils sont là comme des grappes vivantes qu’une poussée peut détacher. Sur les balcons, sur les toits, la houle humaine se déploie. Les terrasses des cafés offrent un curieux spectacle : les tables aussi bien que les chaises servent d’observatoires aux consommateurs, dont la plupart ne consomment pas. Des bousculades se produisent ; on entend des bruits de verres cassés, de chaises défoncées… Au demeurant, pas d’accident sérieux. Aux fenêtres de la caserne du Château-d’Eau les soldats se disputent pour voir ». A partir de 1926 et au moins jusqu’en 1937, la caserne de la garde est le lieu de départ chaque année, de la course de marche à pied de Paris à Strasbourg, qui réunissait parmi les meilleurs marcheurs de fond de l’époque.

Le Paris-Strasbourg à la marche (1926-1937) est une épreuve de marche de fond de plus de 500 km, qui s’effectuait à l’allure de marche rapide sportive ou de marche athlétique. Le départ de la course avait généralement lieu place de la République à Paris à la caserne de la garde républicaine, et l’arrivée sur la place Kléber de Strasbourg. L’épreuve a été créée en 1926 à l’initiative d’Emile Anthoine, champion athlétique et dirigeant sportif. Cette compétition extrême, unique au monde, consistait à parcourir plus de 500 km en continu, de jour et de nuit, sans repos ni étapes obligatoires. Les abandons furent nombreux. En 1926, malgré huit jours accordés alors, seule une partie des marcheurs arriveront à Strasbourg. Les premiers vainqueurs l’effectueront en un peu plus de trois jours. Cette compétition était alors sur la distance, dans les années 1920, en tant que course extrême, la première grande course pédestre de grand fond dûment contrôlée. Après une interruption de onze ans, l’épreuve dû faire face à l’hégémonie de l’automobile sur les routes et aux difficultés de régulation de la circulation. Elle perdit progressivement de son aura. Elle se transforma avec notamment l’instauration d’étapes de repos obligatoires, et eu lieu de Strasbourg à Paris, puis transitoirement à nouveau vers Strasbourg. L’épreuve Paris-Colmar à la marche lui succédera en 1981.

Sous l’Occupation, les Allemands ont utilisé la caserne pour loger leurs propres troupes. Lors des combats de la Libération de Paris, elle est au soir du 25 août 1944, le dernier bastion allemand qui, à 19h25, se rend aux résistants et aux soldats de la 2e DB qui en font le siège depuis le début de l’après-midi. Parfois, en raison de son nom et de la symbolique qui lui est liée, mais surtout à cause de son accessibilité et de sa localisation au carrefour de grandes avenues, c’est un des lieux habituels des manifestations parisiennes, le plus souvent à l’initiative des organisations politiques de gauche ou des organismes syndicales. Mais la place de la République a aussi été le cadre choisi en 1958 par le général De Gaulle pour une manifestation, le 4 septembre, en faveur du « Oui » au référendum instituant la Constitution de la Cinquième République ou, le 11 janvier 2015, pour le départ de la marche républicaine destinée à rendre hommage aux victimes décédées dans les attentats et prises d’otages des jours précédents et à s’opposer au terrorisme. La place de la République redevient un lieu de recueillement, à la suite des attentats du 13 novembre 2015. Le 6 janvier 2016, un chêne chevelu est planté à l’angle du boulevard Magenta en mémoire des victimes des attentats terroristes de 2015. A partir du 31 mars 2016, suite aux manifestations de ce jour en opposition à la loi El Khomri, la place de la République devient le lieu de rendez-vous de manifestations quotidiennes régulières baptisées Nuit debout.

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