Hôtel de Soubise

En 1371, Olivier de Clisson, qui succèdera au connétable de France Bertrand Du Guesclin, entreprend la construction d’un hôtel particulier sur les terrains qu’il vient d’acquérir à l’extérieur des remparts de Philippe Auguste.

De ce premier hôtel n’est conservée aujourd’hui que la porte fortifiée avec ses tourelles en encorbellement coiffées en poivrières donnant sur la rue des Archives.

De 1420 à 1435, l’hôtel fut la résidence de Thomas de Lancastre, duc de Clarence puis celle de Jean de Lancastre, duc de Bedford. Un temps propriété de la famille d’Albret, l’hôtel fut acquis par Anne d’Este, petite fille de Louis XII et femme de François de Lorraine, duc de Guise. Le 14 juin 1553, le vieil hôtel de Clisson devenait hôtel de Guise pour 135 ans. Aussitôt, les Guise entreprirent des travaux pour moderniser et embellir leur nouvelle demeure. Ils firent appel aux meilleurs artistes. Si l’hôtel avait gardé son aspect extérieur médiéval, plutôt austère, les aménagements intérieurs en étaient luxueux. De l’édifice du XVIe siècle subsistent seulement les baies en plein cintre ouvrant sur le côté nord de la chapelle, ainsi que les murs de l’ancienne salle des gardes, connus pour avoir accueilli les « ligueurs » du parti catholique pendant la guerre de Religion. Au XVIIe siècle, l’hôtel devient, avec Marie de Guise, une joyeuse place parisienne : des fêtes royales y sont données. Dernière héritière de la famille, Marie de Guise meurt sans enfant en 1688. Sa succession fut longue et difficile. L’hôtel passa à ses plus proches parentes, la princesse de Condé (Anne-Marie Victoire de Bourbon) et la duchesse de Hanovre.

Le 27 mars 1700, les deux princesses vendent l’hôtel de Guise à François de Rohan-Soubise et Anne de Rohan-Chabot, son épouse, pour la somme de 326 000 livres (soit près de 5,5 millions d’euros actuels). La vieille demeure des Guise leur parut bien malcommode. Les travaux furent confiés en 1704 à Pierre-Alexis Delamair. En 1705, afin de donner au palais une entrée prestigieuse, il change l’orientation de l’hôtel de Soubise en plaquant une nouvelle façade de style classique contre l’ancienne aile sud qui abritait un manège, où les chevaux arrivaient par une petite porte, à côté de la grande écurie bordant le long jardin.

Cette façade présente un avant-corps de trois travées entre lesquelles se superposent deux étages de doubles colonnes. Le fronton triangulaire qui le couronne a perdu les belles armoiries qui en décoraient le centre. A l’étage, les fenêtres sont encadrées de colonnes à chapiteaux corinthiens. Sur les rampants, on voit encore la Gloire et la Magnificence, œuvres de Robert Le Lorrain. Les quatre groupes d’enfants disposés aux angles du toit, symbolisant les Génies et les Arts, sont du même sculpteur, comme l’étaient avant d’être remplacés par des copies, les Quatre Saisons placées entre les fenêtres du premier étage.

L’architecte construit une cour d’honneur en hémicycle (longue de 62 mètres entre le porche et le perron) entourée d’un péristyle de 56 colonnes couplées à chapiteaux composites orné d’une balustrade à jour, ouvrant par une demi-lune sur l’actuelle rue des Francs-Bourgeois.

Delamair, tombé en disgrâce en 1709, fut remplacé par le déjà célèbre Germain Boffrand. L’hôtel de Soubise connaît alors une période splendeur. Le prince Hercule-Mériadec de Rohan-Soubise hérite en 1712 et l’occupe jusqu’à son décès en 1749. Son petit-fils Charles de Rohan-Soubise, maréchal de France, lui succède. En 1761, il donne la nue-propriété du palais à sa seconde fille, Victoire de Rohan et à l’époux de celle-ci, son cousin, Henri-Louis Marie de Rohan, prince de Guéméné. Après le départ précipité du prince et de ses enfants à l’étranger, lors de la Révolution, l’hôtel de Soubise est saisi. La princesse, restée en France, se retire en son château de Vigny (dans le Val-d’Oise). Dans les premiers temps, l’hôtel sert de dépôt de munitions ; 25 tonnes de poudre prises à la Bastille y sont entreposées le 16 juillet 1789. L’hôtel est détourné de ses usages princiers, et utilisé, durant une quinzaine d’années, pour diverses activités : bureau des contributions directes, filature enfin caserne de hussards, qui le mettent dans un triste état. L’hôtel put être récupéré par les créanciers des Rohan qui le mirent en vente. Le 6 mars 1808, les deux hôtels sont acquis par l’Etat. Napoléon 1er affecte l’hôtel de Soubise aux Archives impériales et l’hôtel de Rohan à l’Imprimerie impériale.

Les Archives nationales continuent à occuper le site tout au long des XIXe et XXe siècles, malgré des besoins en espace de plus en plus importants, qui conduisent à la construction de long corps de bâtiment, coupant la parcelle en deux et détruisant une partie des jardins en particulier sur le côté nord du palais. Sous Louis-Philippe et Napoléon III, elles annexent quatre autres hôtels particuliers voisins : Jaucourt, Le Tonnelier de Breteuil, Assy et Rohan.

De 1846 à 1866, l’Ecole des Chartes s’y installe aussi. Au cours du XIXe siècle, les Archives nationales font bâtir une série de dépôts pour répondre à l’accroissement des fonds. Ils sont édifiés en deux temps : de 1838 à 1848 par les architectes Edouard Dubois et Charles Lelong, et de 1859 à 1880 par Hubert Janniard puis Edmond Guillaume. La première construction appelée aujourd’hui « dépôt Louis-Philippe » est bâtie dans le prolongement est de l’hôtel de Soubise. L’aménagement intérieur répond à un souci naissant de bonne conservation des archives. A peine la construction de l’aile Louis-Philippe achevée, l’institution est à nouveau à l’étroit. Sous la direction de Léon de Laborde, une 2e phase de travaux est lancée en 1859. Cette nouvelle construction longe le pavillon d’angle de l’aile Louis-Philippe et est appelée « dépôt Napoléon III ».

Ce nouveau bâtiment tente de répondre aux exigences des archivistes en matière de fonctionnalité et de conservation, et est ainsi équipé de rayonnages du sol au plafond. Au centre de l’enfilade des magasins est installée la « salle du trésor des Chartes », rassemblant l’ensemble des titres relatifs aux intérêts domaniaux et diplomatiques de la Couronne. En 1866, le caractère symbolique de la salle est renforcé par l’intégration de l’armoire de fer.

La réalisation de ce coffre-fort avait été ordonnée par l’Assemblée nationale constituante en 1792 afin de mettre à l’abri du feu et du vol les documents les plus précieux. Au XIXe siècle, cette armoire devient le conservatoire des pièces jugées les plus emblématiques de l’Histoire de France. Depuis 1996, l’armoire de fer accueille l’ensemble des textes constitutionnels de la France. Elle renferme également des pièces inestimables comme le mètre-talon et le kilogramme-étalon de 1799, le journal de Louis XVI, le Serment du jeu de paume et le texte de la loi du 20 juin 1936 instituant les congés payés. Au milieu du XIXe siècle, en plus de la construction de ces bâtiments, sont entrepris des travaux de rénovation de l’hôtel de Soubise. A cette occasion, l’ancien escalier est détruit en 1844, et remplacé en 1846 par un escalier rectiligne destiné à relier le vestibule de l’hôtel aux Grands dépôts.

Le musée des Archives nationales occupe certaines salles de l’hôtel de Soubise depuis sa création en 1867 par le marquis de Laborde, directeur général des Archives de l’Empire. Son inauguration intervient en même temps que celle des Grands dépôts dont la construction a permis de libérer et de restaurer les salons d’apparat afin d’y exposer des collections de documents. La visite du musée et des dépôts forme alors un parcours unique voué à l’initiation du public aux disciplines archivistiques et à une présentation de l’histoire à travers ses sources.

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