Les archives nationales

Enfin, le propriétaire réorganise l’intérieur de l’hôtel de Soubise en séparant appartements de parade et appartements privés en enfilade. En 1732, à l’occasion de son remariage avec Marie-Sophie de Courcillon, jeune veuve de 19 ans (dont il est l’aîné de plus de 40 ans) et fille de Philippe de Courcillon de Dangeau, Hercule-Mériadec, fils et héritiers de François de Rohan-Soubise, entreprend de mettre au goût du jour les appartements de l’hôtel. Il fait appel au célèbre architecte Germain Boffrand qui complète l’enfilade des salons par un pavillon ovale, permettant l’articulation avec les appartements privés de l’aile nord en retour. A partir de 1736, Boffrand porte tous ses efforts sur le décor intérieur en faisant appel aux meilleurs artistes de son temps : François Boucher, Charles Natoire et Carle van Loo. Les appartements comptent parmi les plus beaux exemples du style rocaille, où la richesse ornementale de la ligne courbe s’allie à l’harmonie des ors et des couleurs, dans le respect de l’équilibre et de la convenance. Tandis que le rez-de-chaussée est dévolu à Hercule-Mériadec et célèbre avec une certaine sobriété les vertus des princes de la Maison de Rohan, le premier étage chante avec éclat, quant à lui, la beauté et la jeunesse de la princesse de Soubise. Aujourd’hui, seule une partie des salons a pu être restituée dans sa splendeur, l’autre ayant été détruite et le mobilier d’origine ayant disparu.

On entre dans l’hôtel par un vestibule dont très peu d’éléments du décor originel ne subsistent. Deux médaillons à l’antique d’empereurs romains entourés de trophées d’armes, casques et cuirasses, se trouvent au-dessus des anciennes portes latérales. Celle de droite donnait au XVIIIe siècle accès aux appartements du prince et ouvrait sur une enfilade de trois pièces, le long des baies ensoleillées donnant sur le jardin. Elles conduisaient à la chambre d’apparat du prince. 

La première pièce est une antichambre qui sert désormais de salle d’exposition et qui servait à l’époque de Boffrand de salle d’attente et de réception. En 1902, les deux pièces sont réunies et deviennent la salle de lecture des Archives nationales, jusqu’à l’ouverture du CARAN en 1988. Elle est alors garnie de boiseries inspirées des projets du sculpteur ornemaniste Jacques-Louis Herpin. Ces boiseries sont aujourd’hui dissimulées derrière des cimaises d’exposition.

On rejoint ensuite la chambre d’audience et la chambre d’apparat du prince. On attribue aux sculpteurs Lambert-Sigisbert Adam et Jean-Baptiste II Lemoyne les bas-reliefs des médaillons ornant les lambris : du côté de l’alcôve les allégories du Discernement et de La Richesse, et du côté des fenêtres, celles de La Vérité et de la Gloire. L’or n’apparaît qu’aux bordures des glaces et des peintures. Celles-ci représentent, en-dessus-de-porte, Aurore et Céphale (François Boucher en 1739) et Mars et Vénus (Carle van Loo en 1738), et du côté de l’alcôve, Neptune et Amphitrite (Jean Restout en 1736) et l’Hymen d’Hercule et d’Hébé (Charles Trémolières en 1738). Des motifs héraldiques ornent la corniche. Cette pièce sert régulièrement pour des concerts et des journées d’étude.

La porte dissimulée sous la tenture de l’alcôve de la chambre d’apparat du prince donne accès au « petit cabinet des livres », qui a conservé ses boiseries datant vraisemblablement de 1735-1740. Au début du XVIIIe siècle, cette pièce servait plutôt de garde-robe où dormait le valet de chambre du prince. C’est le dernier propriétaire, le maréchal Charles de Rohan, prince de Soubise, qui le transforme en bibliothèque. Deux camaïeux bleus de François Boucher, la Chasse et la Pêche, ornent les médaillons de chaque côté de trois grands placards. La cheminée, en marbre de Rance, est la seule de l’hôtel de Soubise qui soit d’origine. Au XIXe siècle, cette pièce sert de bureau aux architectes des Archives puis aux professeurs de l’Ecole de Chartes et enfin au conservateur du musée.

Le salon du prince a été construit et aménagé lors de la grande campagne dirigée par Boffrand, à partir de 1735. Entre les arcades du salon se trouvent huit grands bas-reliefs représentant des allégories des sciences et des arts. Quatre d’entre eux sont dus à Lambert-Sigisbert Adam, la Poésie et les Arts plastiques, la Musique, la Justice, l’Histoire en présence du Temps et de la Renommée. Les quatre autres, la Fable et la Vérité, l’Arithmétique, l’Astronomie, l’Epopée et la Tragédie ont été sculptés par Lemoine. Conçu comme un salon « frais », il ouvrait sur les jardins et servait de salon de musique, art dont les Soubise se firent les promoteurs. En effet, en 1762, le maréchal de Soubise demande à son ami le compositeur François-Joseph Gossec de créer le « concert des Amateurs ». Avec 70-80 musiciens, cet ensemble a une dimension symphonique, fait exceptionnel pour l’époque. Le chevalier de Saint-Georges prend ensuite la succession de Gossec et la foule se presse pour entendre l’orchestre dirigé par le professeur de musique personnel de la reine Marie-Antoinette.

Le salon communique avec le grand cabinet du prince dont ne subsiste du décor original que la corniche. Sont accrochés en-dessus-de-porte Jupiter et Junon (Van Loo en 1737) et la Dispute de Minerve et Neptune (Restout en 1738).

L’hôtel de Soubise respecte la tradition des appartements privés de la maîtresse de maison situés à l’étage, où ils disposent d’une plus belle vue sur le jardin et sont mieux chauffés l’hiver car plus bas de plafond et mieux exposés au soleil. On accède aux appartements de la princesse par un grand escalier reconstruit en 1844. Son plafond peint par Armand Marie Félix Jobbé-Duval représente la France arrachant ses archives à la nuit des temps (1877-1881).

On accède tout d’abord à la salle des gardes, pièce qui, au XVIe siècle, permettait aux Guise d’accueillir leur importante clientèle parisienne et fut l’un des hauts lieux de rassemblement de la Ligue catholique pendant les guerres de Religion. Elle était richement décorée de tableaux et de luxueuses tapisseries, dont celles des Chasses de l’empereur Maximilien tissées d’après des cartons de Bernard van Orley et conservées aujourd’hui au musée du Louvre. Au XVIIIe siècle, la salle conserve les mêmes proportions mais prend le nom de « grande antichambre », « galerie » ou « grande salle ». On pénètre dans les appartements de la princesse par cette longue salle présentant une galerie de portraits d’ancêtres, de rois et de membres de la famille de Rohan-Soubise (actuellement en rénovation). Entre 1808 et 1865, la salle des gardes héberge momentanément le Trésor des chartes. Depuis 1970, cette vaste salle sert à accueillir les expositions temporaires des Archives nationales.

On entre ensuite dans la salle d’assemblée. Cette pièce a conservé un moulage de sa corniche décorée dans les angles de reliefs figurant les Quatre parties du monde. Les tableaux des dessus-de-porte, qui proviennent de la petite chambre de la princesse, représentent Vénus à sa toilette (van Loo en 1738) et Vénus au bain (Boucher en 1738). La présentation actuelle se veut une évocation de l’œuvre fondatrice des premiers directeurs des Archives. Des vitrines de bois noirci aux appliques de bronze furent spécialement conçues pour l’inauguration du musée en 1867. C’est dans ces mêmes vitrines que sont aujourd’hui présentés les fac-similés de 14 grands documents de l’histoire de France.

La pièce suivante est la chambre d’apparat de la princesse, présentée telle qu’elle fut conçue pour sa seconde épouse d’Hercule-Mériadec, la jeune Marie-Sophie de Courcillon. C’est dans cette pièce que s’exerce avec le plus d’éclat la volonté de représentation des Soubise, calquée sur l’exemple versaillais. En tant que princes étrangers, plus haut rang de la Cour après celui de prince de sang, les Soubise jouissaient du privilège de posséder une balustrade derrière laquelle était installé le lit de parade. Le précieux décor des boiseries est attribué au sculpteur ornemaniste Jacques Verbeckt.

Les médaillons dorés des lambris représentent les amours de Jupiter avec Callisto, Sémélé, Europe et Io tandis que ceux des angles de la corniche sont consacrés aux figures de Danaé, Léda, Ganymède et Hébé.

Sur les côtés, des groupes en stuc blanc sont sculptés par Nicolas Sébastien Adam : Bacchus et Ariane (l’ivresse et la musique), Diane et Endymion (la chasse), Minerve et Mercure (la puissance) et Vénus et Adonis (le commerce amoureux). Les dessus-de-porte représentent les Grâces président à l’éducation de l’Amour (Boucher en 1738), et Minerve enseignant à une jeune fille l’art de la tapisserie (Trémolières en 1737). Sur le damas rouge de l’alcôve ont été accrochées deux pastorales de Boucher, la cage et la Guirlande, jadis placées dans la salle d’audience du prince.

On entre ensuite dans la pièce la plus remarquable de l’hôtel, le salon de la princesse, chef-d’œuvre de Germain Boffrand et Charles Natoire. Sa forme ovale a permis à l’architecte de façonner un joyau décoratif où stucs, boiseries sculptées et peintures s’unissent pour abolir toute discontinuité de l’espace. Sur le plan horizontal, le rythme est donné par les grandes arcades des baies, portes et miroirs alternant avec des panneaux de boiserie blanc et or.  Sur le plan vertical, la jonction avec le plafond se fait sans rupture en suivant les courbes et contre-courbes des lambris et des cadres chantournés des « panaches » dans lesquels sont insérées les toiles de Natoire jusqu’aux ondulations de la corniche et aux nervures de la volière se détachant sur le plafond bleu de ciel. Les huit peintures (1737-1739) sont consacrées au mythe de Psyché dont les épisodes sont contés dans l’ordre chronologique : Psyché recueillie par Zéphir, Les Nymphes accueillent Psyché avec des fleurs au seuil du palais de l’Amour, Psyché montre ses trésors à ses sœurs, Psyché contemple son époux endormi, Les Nymphes retirent de l’eau le corps inanimé de Psyché, Psyché chez les bergers, Psyché défaille de frayeur devant Vénus, et Psyché ravie au ciel par l’Amour.

La petite chambre à coucher de la princesse où celle-ci couchait réellement, est située dans le bâtiment ajouté par Boffrand. Elle communique avec le salon par une porte dissimulée dans la boiserie et avec la chambre de parade par une porte sous tenture. Les quatre dessus-de-porte proviennent d’une salle de compagnie, dans les appartements des enfants du prince aujourd’hui détruits, dans lesquels figurent L’amitié de Castor et Pollux (van Loo en 1738), la Discrétion et la Prudence (Restout en 1737), les Caractères de Théophraste ou la Sincérité (Trémolières en 1737) et Mercure donnant des leçons à l’Amour (Boucher en 1738). Sont également placés sur les murs plusieurs autres dessus-de-porte provenant d’appartements démolis : Apollon enseignant à l’Amour à jouer de la lyre (Restout en 1737), Diane désarmant l’Amour (Trémolières en 1737), Paysage au pêcheur (Trémolières en 1738), Paysage au moulin (Boucher en 1739), Phébus et Borée (Restout en 1738) et le Bûcheron et Mercure (van Loo). La corniche est ornée d’enfants, de cartouches cynégétiques et de médaillons représentant Les Quatre éléments.

L’ancienne salle de dais de la princesse a conservé sa corniche armoriée portant les chiffres RS des Rohan-Soubise dans les angles. La suite des appartements privés a été détruite entre 1860 et 1870 pour édifier les bâtiments abritant les Grands dépôts des archives. Cette pièce est aujourd’hui consacrée à des présentations temporaires de documents d’archives, orignaux ou fac-similés.

La salle dite « Empire » a été créée au XIXe siècle à l’emplacement de plusieurs petites pièces des appartements rivés de la princesse de Soubise, dont l’ancienne chambre à coucher de la princesse Anne Geneviève de Lévis Ventadour, première femme d’Hercule-Mériadec, morte ici même en 1727. Meublée en 1882 de placards de chêne à l’instar des rayonnages des Grands dépôts, elle est d’abord destinée à l’exposition de différents objets historiques et de pièces à conviction provenant de grands procès criminels. En 1939, elle devient galerie permanente d’exposition pour les documents du Premier Empire, d’où son appellation. Il y est montré actuellement une collection de boîtes utilisées pour conserver les archives de la fin du Moyen Age au XXe siècle. A partie de 2013, cette présentation provisoire est développée et les Archives nationales offrent aux visiteurs une immersion dans une salle reconstituée des Grands dépôts.

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