Hôtel de Rohan

C’est sur trois parcelles de terrain que lui avaient cédés, en 1705, ses parents, que le cardinal Armand-Gaston Maximilien de Rohan, évêque de Strasbourg, fit construire sa résidence. Grand amateur d’art, il fit appel pour la construction de sa demeure à Pierre Alexis Delamair. Commencés en 1705, les travaux de l’hôtel de Rohan furent terminés en 1708. De 1714 à 1736, le cardinal acquit plusieurs parcelles, au nord de la cour d’honneur de son palais, pour aménager de vastes écuries (52 stalles). A sa mort en 1749 l’hôtel passa à son petit-neveu, Armand de Rohan-Soubise, cardinal de Soubise. C’est lui qui termina la cour des écuries sous la direction de l’architecte Saint-Martin, et qui fit décorer les appartements de l’hôtel avec faste. Après lui vient en 1756, Louis-Constantin de Rohan-Montbazon, ancien capitaine de vaisseau, entré dans les ordres, évêque-prince de Strasbourg en 1756, cardinal en 1761, qui meurt en 1779. Ce dernier a pour successeur à l’hôtel de Rohan et à l’évêché de Strasbourg son cousin, Louis-René Edouard de Rohan, qui sera cardinal et Grand aumônier de France. Son nom est resté attaché à la déplorable affaire du Collier de la Reine dans laquelle il fut compromis et qui lui valut d’être embastillé puis exilé.

Sous la Révolution, l’hôtel de Rohan est mis sous séquestre et le mobilier dispersé, notamment la très riche bibliothèque, disposée au rez-de-chaussée, dont une partie se trouve aujourd’hui rassemblée à la Bibliothèque de l’Arsenal. En vertu du décret impérial du 6 mars 1808, l’Etat acheta l’hôtel de Rohan pour y installer l’Imprimerie impériale. Cette occupation fut extrêmement préjudiciable à l’hôtel. Resserrée au début de son implantation dans le quadrilatère de l’hôtel de Rohan, sur un terrain de 8 000 m², l’imprimerie ne cesse de s’agrandir sur toutes les parcelles encore vierges de bâtiments, allant jusqu’à couvrir plus de 10 000 m² vers 1920. Le jardin de l’hôtel est alors couvert d’ateliers, qui masquent sa façade occidentale, au niveau du rez-de-chaussée. Les espaces intérieurs de l’hôtel sont utilisés comme bureaux. Une grande partie des boiseries sont alors déposées, l’escalier d’honneur est en quasi-totalité déconstruit pour permettre l’installation de bureaux à son emplacement. L’imprimerie nationale finit par manquer d’espace, dans des locaux inadaptés à ses activités. Lorsque l’imprimerie quitte les lieux en 1927 pour s’installer dans les locaux construits pour elle rue de la Convention, le directeur des Archives de France, Charles-Victor Langlois, bataille pour sauver l’ensemble et le faire attribuer aux Archives nationales. A cet effet, il publie dès 1922 un historique et un descriptif détaillés des lieux.

Le 25 novembre 1926, le Sénat adopte l’article unique d’une loi qui sauvait l’hôtel de Rohan de la destruction. La loi est enfin promulguée le 4 janvier 1927, puis le décret d’affectation aux Archives nationales est signé le 22 janvier 1927. Les bâtiments de l’hôtel furent l’objet d’une restauration exemplaire conduite entre 1928 et 1938 par l’architecte Robert Danis. Le palais rénové est inauguré le 30 mai 1938 par le président de la République Albert Lebrun. Le Minutier central des notaires de Paris s’installa dans l’hôtel de Rohan, en 1932. La dépose et la mise à l’abri en septembre 1939, dans les caveaux du Panthéon, des éléments majeurs des décors du XVIIIe siècle de l’hôtel de Rohan et leur repose en 1946, ont sans doute permis, outre leur sauvetage pendant la guerre, d’assurer leur restauration et leur mise en valeur à l’issue de celle-ci. Depuis la Seconde Guerre mondiale, bien des agrandissements et des modifications ont été programmés par les directeurs généraux successifs des Archives de France, sans jamais porter atteinte au site urbain constitué par les deux hôtels et leur jardin central. A la demande de Charles Braibant, l’architecte Charles Musetti est ainsi appelé à bâtir un bloc de magasins le long du jardin, venant compléter le plan inachevé des architectes de la Monarchie de Juillet. Il édifie ensuite, entre 1962 et 1968, à la demande d’André Chamson, deux ailes basses en équerre joignant l’hôtel de Rohan à l’hôtel de Jaucourt récemment acquis. Enfin c’est encore lui qui dote les archives des premiers équipements techniques indispensables : ateliers photographiques, atelier de microfilmage.

Par la porte cochère ouvrant dans une demi-lune, on accède à la cour d’honneur en hémicycle, bordée de chaque côté d’ailes basses et fermée au fond par la haute façade de l’hôtel, assez étroite et très sobre. Sur toute la hauteur du bâtiment (un étage plus un attique), les trois baies centrales forment un avant-corps, ponctué de refends aux angles et autour des ouvertures cintrées du rez-de-chaussée. Trois mascarons ornent les clefs et, au niveau de l’attique, de beaux attributs guerriers sont sculptés dans un style vigoureux. Le fronton qui couronne l’avant-corps a perdu sa décoration centrale. Les bâtiments de service plus bas, sont surmontés d’un comble en brisis. L’axe de cette façade sur cour présente la particularité d’être décalé vers le sud par rapport à celui de la façade sur jardin, plus développée.

Par un passage à droite, on pénètre dans la cour des écuries, dite encore des Chevaux-du-Soleil, de plan carré, en raison du superbe haut-relief qui surmonte la porte monumentale. Pour la porte principale des écuries, percée entre deux abreuvoirs, l’architecte Delamair propose un motif monumental à l’inspiration mythologique et à l’esthétique versaillaise (1735) : les serviteurs d’Apollon abreuvent les chevaux du char de leur maître après leur course ardente. Composition mouvementée qui s’inscrit admirablement dans l’architecture. De là, on accède à une seconde petite cour dont les bâtiments, appelés hôtel de Boisgelin, ouvrent sur la rue des Quatre-Fils.

Sur le jardin, la longue façade est une réussite exemplaire de l’art classique. L’architecte opte pour la solution la plus majestueuse, avec un développement sur treize travées et trois niveaux, un avant-corps central à colonnes, large de trois travées de baies cintrées, surmonté d’un fronton triangulaire. Les deux travées de chaque extrémité sont légèrement en retrait afin de donner plus de relief à cette longue façade. Les trois ordres se superposent dans l’avant-corps à colonnes. Une frise sculptée de triglyphes et de métopes figurant des trophées, court sur toute la longueur de l’édifice, sous les fenêtres du premier étage. Les angles et les baies cintrées sont soulignés de refends. Comme celui de la façade sur cour, le fronton a perdu son ornementation. Les façades du bâtiment principal de l’hôtel de Rohan sont classées au titre des monuments historiques depuis le 27 novembre 1924.

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