Hôtel Salé – musée Picasso

Le musée se situe au n°5 de la rue de Thorigny, dans le 3e arrondissement.

En 1656, Pierre Aubert, seigneur de Fontenay et sa femme, Marie Chastelain, achetaient aux Hospitalières de Saint-Gervais une grande parcelle de 3 700 m². Pierre Aubert s’était enrichi comme fermier des gabelles, d’où le nom d’hôtel Salé donné à sa demeure dès sa construction, et qui perdure aujourd’hui. Il fit appel à Jean Boullier de Bourges, architecte mal connu, pour construire son palais. Commencés en 1656, les travaux avancèrent rapidement et Aubert put s’installer dans son fastueux hôtel en 1659. Il n’en profitera guère : compromis dans le procès de Fouquet (1661) et entraîné dans la chute du surintendant, il ne put honorer ses propres créanciers et ses biens furent saisis en 1663. A sa mort, en 1668, commença une interminable procédure de succession, les créanciers d’Aubert se contentant de percevoir les loyers de l’hôtel. Entre 1668 et 1688, l’ambassadeur de Venise y établit sa résidence. En 1688, François de Neufville, duc de Villeroy et maréchal de France, prit l’hôtel en location avec sa femme. Favori de Louis XIV, ses défaites militaires lui valurent une semi-disgrâce qui l’éloigna de la Cour. En 1715 pourtant, le roi le nomma gouverneur du futur Louis XV ; le maréchal quitta alors la rue de Thorigny pour un appartement aux Tuileries. En 1728, la succession d’Aubert enfin réglée, l’hôtel Salé fut mis en adjudication et acquis par Nicolas Le Camus, premier président de la cour des aides, qui le fit aménager plus confortablement et mettre au goût du jour. A sa mort en 1756, l’hôtel fut vendu à Philibert Thiroux de Chammeville qui y mourut en 1771, le laissant à sa fille et à son gendre Louis Leclerc, marquis de Juigné, évêque de Châlons, puis archevêque de Paris et membre de l’Assemblée constituante. Séquestré comme bien d’émigré, l’hôtel de Juigné devint le « dépôt national littéraire » où furent rassemblés les livres des couvents avoisinants. L’hôtel de Juigné hébergea plusieurs institutions d’éducation. En 1828 fut créée l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, institution d’abord privée, destinée à former des ingénieurs civils, qui s’installa à l’hôtel de Juigné de 1829 à 1884. Cette occupation imposa des modifications intérieures importantes et la construction de bâtiments annexes : amphithéâtre, laboratoires… Le locataire suivant fut Henri Vian, bronzier et ferronnier d’art, qui fit de l’hôtel son habitation et un lieu d’expositions, dans le plus grand respect des éléments anciens subsistants. En 1944, la ville de Paris y installa l’Ecole des métiers d’art qui dégrada considérablement les lieux. Dans la perspective d’une restauration, la ville acquit enfin l’hôtel en 1962. L’ampleur et le coût des travaux en retardèrent l’exécution. La dation Picasso (1974-1979) a été l’événement déterminant : dans la nécessité de trouver un lieu prestigieux pour exposer les collections, l’Etat, par bail emphytéotique de 99 ans, est devenue locataire de la ville (1981) et a assuré la restauration de l’hôtel Salé sous la direction de l’architecte en chef des monuments historiques Bernard de Vitry.

Le porche ouvre dans une demi-lune rendue nécessaire par l’étroitesse de la rue Thorigny. Le chambranle plat est simplement encadré de refends et décoré d’une frise de feuilles d’acanthe.

La cour est en hémicycle légèrement aplati, bordée d’ailes basses dont le toit en terrasse est couronné d’une balustrade de pierre. Le côté gauche, comme à l’hôtel d’Avaux, n’est qu’un trompe-l’œil. Un passage dans l’aile droite donne accès à la basse-cour où sont reléguées les cuisines, les écuries et les remises, selon une disposition qui commençait alors à devenir courante. Cette cour secondaire a sa propre issue sur la rue des Coutures-Saint-Gervais, situation commode pour l’approvisionnement des cuisines et l’évacuation du fumier. Un corridor sur toute la longueur de l’aile permettait d’apporter les plats de la cuisine sans avoir à traverser la cour d’honneur. Les bâtiments de la basse-cour sont actuellement occupés par la billetterie, la librairie et la cafétéria, et une dalle de verre couvre la cour elle-même, cachant la chapelle construite en surplomb.

La façade principale contraste avec la simplicité des ailes par la sophistication de son ordonnance et la profusion du décor sculpté. Elevé d’un étage au-dessus du rez-de-chaussée et d’un attique, elle présente sur toute sa hauteur un large avant-corps de trois travées, couronné d’un fronton curviligne abondamment sculpté : au centre, un écusson aux armes d’Aubert est entouré de guirlandes de fleurs que semblent déposer deux femmes accompagnées d’amours. Le fronton est sommé d’un heaume empanaché. Un second avant-corps s’inscrit dans le premier, comprenant seulement la travée centrale. Cerné de refends de part et d’autre, il s’achève sous un petit fronton triangulaire, orné au centre d’un médaillon encadré de guirlandes. L’allège de la fenêtre est sculptée d’une épaisse guirlande de feuilles de laurier et de fruits, terminée par deux masques. Les ailes se rattachent au mur de la façade par de légers contreforts prolongés de sphinges accroupies.

La façade sur jardin est moins séduisante. La saillie des pavillons à chaque extrémité n’est pas suffisante pour rompre l’alignement de douze travées. L’avant-corps central, large de deux travées, semble un peu étriqué. Dans le fronton triangulaire, deux chiens soutiennent un cartouche à enroulements, aujourd’hui nu. On retrouve au faîte du fronton le heaume avec son panache ; et encore le système de raccordement du mur de clôture à la façade par des contreforts, plus vigoureux de ce côté-ci, en volutes et sculptés d’une grande feuille d’acanthe. Des lions demi-dressés leur sont adossés, accompagnés d’amours qui paraissent les retenir.

Le plan du corps de logis, double en profondeur – disposition relativement nouvelle à l’époque – a permis de conserver une enfilade de pièces sur le jardin tout en donnant à l’escalier une situation vaste et centrale. Ce dernier est un tour de force architectural. A la hardiesse de sa conception s’ajoute la décoration du vestibule supérieur, extrêmement riche et d’une exceptionnelle qualité.

La pierre s’allie aux stucs dans une ornementation qui mêle pilastres et chapiteaux, bustes d’empereurs, frises et guirlandes, aigles, et enfin des représentations de Junon et de Jupiter qui évoquent vraisemblablement Louis XIV et Anne d’Autriche.

On trouve partout les lettres AC (Aubert-Chastelain) entrelacées.

On connaît les noms de certains artistes qui ont travaillé à l’hôtel Salé et que l’on retrouve sur plusieurs chantiers parisiens importants : Claude Buirette pour les lambris et menuiseries ; son fils Jacques Buirette ; les frères Marsy ; enfin le sculpteur originaire d’Anvers, Martin van den Bogaert dit Desjardins. S’il ne reste pratiquement rien des aménagements d’Aubert, une partie des lambris mis en place par le président Le Camus subsiste ; ceux du grand salon ont malheureusement été masqués pour faciliter l’accrochage des tableaux. A ce détail près, on ne peut qu’admirer les aménagements muséographiques de l’architecte Roland Simounet, lauréat du concours (1976). L’essentiel des volumes a été respecté et l’espace judicieusement utilisé. Les axes de circulation, bien définis, permettent une visite aisée. Le musée a été inauguré au printemps 1985.

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