Hôtel du Grand Veneur

l’hôtel particulier se situe au n°60 de la rue de Turenne, dans le 3e arrondissement.

Le terrain est vendu en 1636 à Mme de Mastel. Elle fit appel à l’entrepreneur Michel Villedo pour y faire construire un hôtel formé d’un bâtiment bas percé d’un portail sur la rue, d’un logis principal avec deux cabinets latéraux sur le jardin et deux ailes. Dix ans plus tard, elle vendra l’hôtel à Claude de Guénégaud qui le fera agrandir et décorer. Ses travaux d’embellissement ont laissé peu de traces. Toutefois l’orangerie qu’il avait fait bâtir dans son jardin, au fond du 11 rue des Arquebusiers, existe encore. Claude de Guénégaud connut des problèmes financiers et ses créanciers mirent ses biens en vente. C’est le chancelier Boucherat, habitant l’hôtel voisin au 62 rue de Turenne, qui achètera l’ensemble du domaine en 1686. Devenu propriétaire du 60, il fera percer des ouvertures dans les murs mitoyens et abattre les murs des jardins. Entre la cour et la rue, il augmenta le bâtiment bas d’un étage couvert d’un comble et y fit percer le portail à voussure existant encore aujourd’hui. La façade principale sur le jardin fut élargie. En 1733, Augustin-Vincent Hennequin, marquis d’Ecquevilly en devient propriétaire et fait exécuter dès l’année suivante, un certain nombre de transformations sur des dessins de l’architecte Jean-Baptiste Beausire. La famille d’Ecquevilly possédant une des charges de la Vénerie du roi (Vincent était chargé d’organiser les chasses à courre du roi), c’est d’elle que l’hôtel tient son nom d’hôtel du Grand Veneur. Confisqué à la Révolution, l’hôtel est acheté en 1823 par les dames franciscaines de Sainte-Elisabeth qui l’occupèrent jusqu’en 1901. Le bâtiment devint un pensionnat et se dota de salles de classe, de cours de récréation, de dortoirs et d’une chapelle. Elles vendent vers 1880 les boiseries qui décoraient les appartements. Après le départ des religieuses, en 1905, l’hôtel devient la centrale d’achat et le dépôt de la Société anonyme des Magasins Réunis, fondée par Eugène Corbin. Elle achève le travail de dénaturation des lieux. Il est acquis ensuite par une compagnie d’assurances qui le rénove et en fait la vitrine de luxe des établissements Jacob Delafon, fabricant de salles de bain, jusqu’en 2007. En 2010, il est acquis par un groupe d’investisseurs pour la somme de 28 millions d’euros. Ayant conscience du magnifique patrimoine en leurs mains, le groupe a le projet de réhabiliter les lieux en effectuant des travaux considérables : ravalement de façades, réparation des toitures en ardoises, remplacement des planchers… Une fois rénové, l’immeuble est partagé entre logements (2 216 m²) et commerces (212 m²). En 2014, le galeriste Emmanuel Perrotin s’établit dans l’hôtel. Le bâtiment fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 17 mars 1927.

L’entrée de l’hôtel est marquée par une grande arcade à refends avec une clef de voûte décorée et surmontée d’un fronton triangulaire reposant sur deux consoles. Entre elles, un cartouche rappelle le nom de l’hôtel et la date des grandes transformations. Le tympan curviligne de la porte est marqué d’une hure de sanglier encadrée de deux têtes de chien. Sous le porche, des bas-reliefs cynégétiques décorent les murs.

Le revers du bâtiment sur rue présente au rez-de-chaussée cinq arcades. Celle du centre, en anse de panier, marque l’entrée cochère. Le premier étage présente quatre baies. La partie centrale de cette façade est surmontée d’un fronton triangulaire. Le corps de logis entre cour et jardin est en pierre de taille. La façade est divisée en quatre travées dont les deux du centre sont englobées dans un avant-corps. Au rez-de-chaussée s’ouvrent quatre portes-fenêtres encadrées d’un chambranle rectangulaire non mouluré et décorées de clefs sculptées. Le premier étage est éclairé par de hautes fenêtres de mêmes proportions et munies de belles ferronneries.  Au-dessus s’élève un fronton et le comble d’ardoise est percé de lucarnes. A droite et à gauche s’élèvent deux ailes de quatre travées percées d’arcades au rez-de-chaussée et terminées par deux faux pavillons, en légère saillie, de deux travées chacun.

Celui de droite offre un perron conduisant à une grande porte vitrée, flanquée de deux colonnes doriques, qui ouvre sur le grand escalier dont la rampe, de style Louis XIV, est en fer forgé avec des parties en bronze. Le dessin est agrémenté de hures de sanglier alternant avec des têtes de chien courant et les armes symboliques du chasseur. Les motifs centraux sont décorés d’un « H » fleuronné soulignant le nom d’Hennequin d’Ecquevilly.

La façade côté jardin est remarquable par son balcon, bel exemple de l’architecture du XVIIIe siècle. Il surplombe les deux portes vitrées du rez-de-chaussée décorées de têtes sculptées formant clefs. Entre ces portes s’attache le support central du balcon : une hure de sanglier très décorative, soutenue à ses extrémités par deux grandes consoles. Les ferronneries se développent en une courbe gracieuse. Le trumeau entre les fenêtres de l’étage est orné d’un trophée de jardinier.

Maison de Nicolas Flamel

La maison se situe au n°51 de la rue de montmorency, dans le 3e arrondissement.

La légende a fait de Nicolas Flamel, écrivain-juré de l’Université de Paris, un homme se livrant à l’alchimie qui serait devenu prodigieusement riche en découvrant la pierre philosophale. Pendant la Révolution, des inconnus iront jusqu’à profaner sa tombe afin de dénicher son or. En réalité, Flamel s’était assuré une confortable aisance par son mariage avec dame Pernelle, et se conduisait en homme d’affaires avisé. Devenu veuf en 1397, il consacra une partie de ses biens à des fondations charitables. Ainsi fit-il construire en 1407, sur un terrain acquis l’année précédente, cette maison dite le Grand Pignon, pour servir de refuge aux pauvres errant sans toit ni feu, en échange de quelques prières pour le repos de l’âme des trépassés. D’autres maisons d’aumône, situées à proximité, rue de Montmorency et rue Saint-Martin, participaient à l’œuvre pieuse de Nicolas Flamel. Certaines avaient été acquises, d’autres lui avaient été données. Nicolas Flamel mourut en 1418, léguant tous ses biens à l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie.

La maison a perdu le haut pignon pointu, caractéristique des maisons médiévales, qui constituait son 3e étage et lui valut son nom.

Le rez-de-chaussée, restauré de 1900 à 1909, montre entre les cinq ouvertures (3 portes, 2 fenêtres) six piliers de pierre à base moulurée, décorés dans leur partie supérieure de figures gravées (anges, saints) et de lettres constituant des fragments de phrases latines, ainsi que des initiales NF. Cette décoration semble être l’œuvre d’un graveur funéraire du cimetière voisin de Saint-Nicolas-des-Champs.

Tout au long du linteau se lit (difficilement), l’inscription suivante : Nous homes et femes laboureurs demourans au porche de ceste maison qui fut faite en l’an de grâce mil quatre cens et sept, sommes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que de sa grace face pardon aus povres pescheurs trespassés. Amen. Les gravures anciennes montrent qu’au-dessus de l’inscription était sculpté un bas-relief représentant un Christ en majesté, entouré de personnages agenouillés. Cette maison, l’une des plus anciennes de Paris, fut reconstituée grandeur nature pour l’Exposition universelle de 1900, par Albert Robida. La maison a fait l’objet de nouvelles restaurations en juin 2007, lors de sa transformation en restaurant.

église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement

L’édifice religieux se situe au n°68 bis de la rue de Turenne, dans le 3e arrondissement.

L’origine du nom de l’église est assez trouble. Certains historiens pensent que Saint-Denys fait référence au premier évêque de Paris, saint Denis mais avec une graphie ancienne (le saint était nommé « Dionysius » en latin). D’autres y voient un lien avec le maréchal de Turenne qui fut enterré dans la basilique Saint-Denis. Sa tombe fut profanée pendant la Révolution et son corps exposé au jardin des Plantes. Découvert par Bonaparte, celui-ci est transféré aux Invalides. Pour le Saint-Sacrement, deux hypothèses encore. Un rappel des bénédictines du Saint-Sacrement qui s’étaient installées là à l’époque de la contre-réforme catholique. Ou un lien, encore, avec Turenne qui s’était converti au catholicisme en 1668 suite à l’influence de Bossuet et son livre « Histoire des variations des Eglises protestantes » traitant de la question de l’eucharistie.

Le couvent fut réuni au domaine de l’Etat en 1790, puis supprimé par la tourmente révolutionnaire. La ville de Paris l’acheta avec son terrain en 1823. Après la démolition des bâtiments, l’architecte Etienne-Hippolyte Godde fut chargé de construire une église. La première pierre est posée le 15 septembre 1826 ; une médaille du graveur Ursin Vatinelle, portant l’effigie de Charles X et le dessin de la façade projeté, commémore l’événement. Le gros œuvre de l’édifice est achevé en 1835. L’église a été classée aux monuments historiques par arrêté du 28 février 2014.

L’architecture néoclassique et la décoration sont typiques du début du XIXe siècle et fort similaires à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, œuvre du même architecte. Les murs correspondant aux bas-côtés ont un soubassement à refends et une corniche de couronnement surmontée d’un attique. Les figures des apôtres Pierre et Paul, œuvres de Jean-François Legendre-Héral et Jean Hartun, occupent des niches rectangulaires et datent de 1849.

Le porche est précédé de trois marches et d’un péristyle à jour formé de quatre colonnes ioniques supportant un entablement surmonté d’un fronton triangulaire, dont le tympan est occupé par un bas-relief représentant les trois vertus théologales. Elles sont l’œuvre de Jean-Jacques Feuchère. Au centre, la Foi qui élève le calice et l’hostie (le saint Sacrement). A gauche, l’Espérance appuie l’ancre sur des tables rappelant le Chema Israël. Et à droite, la Charité protège un enfant et tend un cœur brûlant vers le livre où se lit une phrase de l’hymne à la charité de saint Paul. Le plafond de cette partie de l’église est à caissons ornés d’une rosace.

La porte d’entrée est décorée d’une corniche supportée par deux consoles et surmontée d’un tympan semi-circulaire orné d’un cadran d’horloge et de deux flambeaux reliés par des guirlandes. De chaque côté de ce motif, deux niches abritent quatre figures en haut relief : à gauche la Force et la Justice, à droite, la Prudence et la Tempérance. Les trois premières sont signées Noémie Constant et la dernière Claude Vignon.

Les façades latérales offrent la même disposition architecturale avec, dans la partie supérieure, sept baies en plein cintre. Le chevet est percé de trois fenêtres également en plein cintre. Le clocher est de forme carrée, encadré de pilastres d’angle d’ordre dorique surmontés d’une corniche. Chaque face possède une baie en plein cintre.

A l’intérieur, l’église est de plan rectangulaire. La nef est précédée d’un vestibule. Deux colonnes et deux pilastres d’angle les séparent. Les colonnes supportent un entablement servant d’appui aux retombées d’un arc en plein cintre abritant le buffet de l’orgue. Neuf travées composent la nef. Elles sont séparées par des colonnes d’ordre ionique avec un entablement peint décoré de croix grecques. Une voûte percée de châssis vitrés recouvre la nef. Chaque travée des bas-côtés est éclairée par une fenêtre en plein cintre avec archivolte. Le chœur est un hémicycle avec voûte en cul-de-four décorée de figures du Père éternel, du Christ et de la Vierge, œuvre d’Alexandre de Pujol. A gauche du chœur, dans la chapelle Saint-Denis, les Disciples d’Emmaüs par Picot (1840).

Dans la chapelle Sainte-Geneviève est le plus beau décor de l’église, la Piéta de Delacroix, peinture murale à la cire réalisée en 17 jours (1844). Dans une composition très étudiée (le visage de la Vierge est exactement au centre), la douleur s’y exprime par la violence des couleurs (pourpre, violet, cramoisi) et le rythme pathétique des formes.

L’église a la chance de posséder deux orgues. Le grand orgue de tribune en façade ouest fut l’un des premiers construits par la Maison Daublaine Callinet en 1839 sous la direction artistique de Félix Danjou. Avant d’être acquis par la paroisse Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, il avait figuré à l’Exposition de l’industrie. C’était un instrument de transition assez caractéristique de cette période dite de transition, alliant les héritages du classicisme aux nouveautés de l’époque. L’orgue disposait initialement de 31 jeux répartis sur trois claviers et pédalier. L’instrument a ensuite été restauré à plusieurs reprises. Il possède désormais 38 jeux ainsi qu’un bel exemple de soufflet (électrifié en 1970). L’orgue de chœur a été construit par Cavaillé-Coll en 1869.

Hôtel Salé – musée Picasso

Le musée se situe au n°5 de la rue de Thorigny, dans le 3e arrondissement.

En 1656, Pierre Aubert, seigneur de Fontenay et sa femme, Marie Chastelain, achetaient aux Hospitalières de Saint-Gervais une grande parcelle de 3 700 m². Pierre Aubert s’était enrichi comme fermier des gabelles, d’où le nom d’hôtel Salé donné à sa demeure dès sa construction, et qui perdure aujourd’hui. Il fit appel à Jean Boullier de Bourges, architecte mal connu, pour construire son palais. Commencés en 1656, les travaux avancèrent rapidement et Aubert put s’installer dans son fastueux hôtel en 1659. Il n’en profitera guère : compromis dans le procès de Fouquet (1661) et entraîné dans la chute du surintendant, il ne put honorer ses propres créanciers et ses biens furent saisis en 1663. A sa mort, en 1668, commença une interminable procédure de succession, les créanciers d’Aubert se contentant de percevoir les loyers de l’hôtel. Entre 1668 et 1688, l’ambassadeur de Venise y établit sa résidence. En 1688, François de Neufville, duc de Villeroy et maréchal de France, prit l’hôtel en location avec sa femme. Favori de Louis XIV, ses défaites militaires lui valurent une semi-disgrâce qui l’éloigna de la Cour. En 1715 pourtant, le roi le nomma gouverneur du futur Louis XV ; le maréchal quitta alors la rue de Thorigny pour un appartement aux Tuileries. En 1728, la succession d’Aubert enfin réglée, l’hôtel Salé fut mis en adjudication et acquis par Nicolas Le Camus, premier président de la cour des aides, qui le fit aménager plus confortablement et mettre au goût du jour. A sa mort en 1756, l’hôtel fut vendu à Philibert Thiroux de Chammeville qui y mourut en 1771, le laissant à sa fille et à son gendre Louis Leclerc, marquis de Juigné, évêque de Châlons, puis archevêque de Paris et membre de l’Assemblée constituante. Séquestré comme bien d’émigré, l’hôtel de Juigné devint le « dépôt national littéraire » où furent rassemblés les livres des couvents avoisinants. L’hôtel de Juigné hébergea plusieurs institutions d’éducation. En 1828 fut créée l’Ecole centrale des Arts et Manufactures, institution d’abord privée, destinée à former des ingénieurs civils, qui s’installa à l’hôtel de Juigné de 1829 à 1884. Cette occupation imposa des modifications intérieures importantes et la construction de bâtiments annexes : amphithéâtre, laboratoires… Le locataire suivant fut Henri Vian, bronzier et ferronnier d’art, qui fit de l’hôtel son habitation et un lieu d’expositions, dans le plus grand respect des éléments anciens subsistants. En 1944, la ville de Paris y installa l’Ecole des métiers d’art qui dégrada considérablement les lieux. Dans la perspective d’une restauration, la ville acquit enfin l’hôtel en 1962. L’ampleur et le coût des travaux en retardèrent l’exécution. La dation Picasso (1974-1979) a été l’événement déterminant : dans la nécessité de trouver un lieu prestigieux pour exposer les collections, l’Etat, par bail emphytéotique de 99 ans, est devenue locataire de la ville (1981) et a assuré la restauration de l’hôtel Salé sous la direction de l’architecte en chef des monuments historiques Bernard de Vitry.

Le porche ouvre dans une demi-lune rendue nécessaire par l’étroitesse de la rue Thorigny. Le chambranle plat est simplement encadré de refends et décoré d’une frise de feuilles d’acanthe.

La cour est en hémicycle légèrement aplati, bordée d’ailes basses dont le toit en terrasse est couronné d’une balustrade de pierre. Le côté gauche, comme à l’hôtel d’Avaux, n’est qu’un trompe-l’œil. Un passage dans l’aile droite donne accès à la basse-cour où sont reléguées les cuisines, les écuries et les remises, selon une disposition qui commençait alors à devenir courante. Cette cour secondaire a sa propre issue sur la rue des Coutures-Saint-Gervais, situation commode pour l’approvisionnement des cuisines et l’évacuation du fumier. Un corridor sur toute la longueur de l’aile permettait d’apporter les plats de la cuisine sans avoir à traverser la cour d’honneur. Les bâtiments de la basse-cour sont actuellement occupés par la billetterie, la librairie et la cafétéria, et une dalle de verre couvre la cour elle-même, cachant la chapelle construite en surplomb.

La façade principale contraste avec la simplicité des ailes par la sophistication de son ordonnance et la profusion du décor sculpté. Elevé d’un étage au-dessus du rez-de-chaussée et d’un attique, elle présente sur toute sa hauteur un large avant-corps de trois travées, couronné d’un fronton curviligne abondamment sculpté : au centre, un écusson aux armes d’Aubert est entouré de guirlandes de fleurs que semblent déposer deux femmes accompagnées d’amours. Le fronton est sommé d’un heaume empanaché. Un second avant-corps s’inscrit dans le premier, comprenant seulement la travée centrale. Cerné de refends de part et d’autre, il s’achève sous un petit fronton triangulaire, orné au centre d’un médaillon encadré de guirlandes. L’allège de la fenêtre est sculptée d’une épaisse guirlande de feuilles de laurier et de fruits, terminée par deux masques. Les ailes se rattachent au mur de la façade par de légers contreforts prolongés de sphinges accroupies.

La façade sur jardin est moins séduisante. La saillie des pavillons à chaque extrémité n’est pas suffisante pour rompre l’alignement de douze travées. L’avant-corps central, large de deux travées, semble un peu étriqué. Dans le fronton triangulaire, deux chiens soutiennent un cartouche à enroulements, aujourd’hui nu. On retrouve au faîte du fronton le heaume avec son panache ; et encore le système de raccordement du mur de clôture à la façade par des contreforts, plus vigoureux de ce côté-ci, en volutes et sculptés d’une grande feuille d’acanthe. Des lions demi-dressés leur sont adossés, accompagnés d’amours qui paraissent les retenir.

Le plan du corps de logis, double en profondeur – disposition relativement nouvelle à l’époque – a permis de conserver une enfilade de pièces sur le jardin tout en donnant à l’escalier une situation vaste et centrale. Ce dernier est un tour de force architectural. A la hardiesse de sa conception s’ajoute la décoration du vestibule supérieur, extrêmement riche et d’une exceptionnelle qualité.

La pierre s’allie aux stucs dans une ornementation qui mêle pilastres et chapiteaux, bustes d’empereurs, frises et guirlandes, aigles, et enfin des représentations de Junon et de Jupiter qui évoquent vraisemblablement Louis XIV et Anne d’Autriche.

On trouve partout les lettres AC (Aubert-Chastelain) entrelacées.

On connaît les noms de certains artistes qui ont travaillé à l’hôtel Salé et que l’on retrouve sur plusieurs chantiers parisiens importants : Claude Buirette pour les lambris et menuiseries ; son fils Jacques Buirette ; les frères Marsy ; enfin le sculpteur originaire d’Anvers, Martin van den Bogaert dit Desjardins. S’il ne reste pratiquement rien des aménagements d’Aubert, une partie des lambris mis en place par le président Le Camus subsiste ; ceux du grand salon ont malheureusement été masqués pour faciliter l’accrochage des tableaux. A ce détail près, on ne peut qu’admirer les aménagements muséographiques de l’architecte Roland Simounet, lauréat du concours (1976). L’essentiel des volumes a été respecté et l’espace judicieusement utilisé. Les axes de circulation, bien définis, permettent une visite aisée. Le musée a été inauguré au printemps 1985.

Maison de Clotilde

La maison se situe au n°5 de la rue Payenne, dans le 3e arrondissement.

Sur un terrain acheté en janvier 1642 à Henri de Guénégaud, François Mansart construisit sa propre maison où il demeura jusqu’à sa mort survenue le 23 septembre 1666. Célibataire, l’architecte vivait en compagnie de sa nièce, Marie Gaultier et de ses petits-neveux : Jules Hardouin-Mansart et Pierre Delisle, tous deux architectes.

Sur la façade, entre les deux fenêtres du premier étage, une niche ogivale abritait une peinture sur émail représentant une jeune femme, revêtue d’une robe blanche et ceinte d’une écharpe verte, qui tient dans ses bras un enfant. A la base de la niche, il subsiste le buste en bronze d’un homme d’âge mûr.

Au-dessus de la niche, se déploie la formule : L’Amour pour principe et l’Ordre pour base ; le Progrès pour but. Tout en haut de la façade, cette autre inscription est gravée en lettres de bronze : Religion de l’Humanité.

Cet étrange décor ornait la maison de Clotilde, c’est-à-dire de Clotilde de Vaux, l’inspiratrice d’Auguste Comte, fondateur du positivisme. En 1908, grâce à une souscription nationale, l’Eglise positiviste du Brésil acheta, à la famille de Clotilde de Vaux, l’immeuble que R. Teixeira Mendes, l’un des principaux disciples brésiliens de Comte, avait identifié lors d’un voyage à Paris. Nommé « légat positiviste occidental auprès de la très sainte ville de Paris », Mendes revint en février 1905, avec la mission de transformer l’ancienne demeure de Clotilde en « un résumé culturel de la Religion de l’Humanité ». Il fixa l’ornementation de la façade et créa, au premier étage, une « chapelle de l’Humanité », reproduction fidèle, à échelle réduite, du temple de l’Humanité, tel que l’avait conçu et explicitement décrit Auguste Comte. Cette chapelle fut inaugurée le « 13 Saint-Paul 51 » (2 juin 1905) par Teixeira Mendes, qu’entouraient des personnalités positivistes d’Europe et d’Amérique du sud. Mais si l’on excepte les quelques cérémonies du début, aucun culte positiviste n’a jamais été célébré dans la maison de Clotilde, qui demeure, depuis plus d’un demi-siècle, la maison du souvenir. Au 3e étage, en effet, se trouve « l’appartement sacré », celui où vécut et mourut, le 5 avril 1846, Clotilde de Vaux, à l’âge de 31 ans. Quelques objets d’époque meublent encore ces pièces froides et tristes. Dans l’alcôve occupant le fond de la chambre mortuaire, des mains pieuses ont posé des bouquets fanés et des cartes de visite jaunies. Au mur, est accrochée la reproduction d’un tableau que possède le temple de l’humanité de Rio de Janeiro. Auguste Comte, à genoux, voit mourir sa « tendre et immaculée inspiratrice ».  La maison de Clotilde est-elle un faux ? En 1930, M. l’Ambassadeur Paulo Carneiro démontra, en effet, preuves à l’appui, que Clotilde de Vaux n’avait pas vécu au 5, mais bien au 7 de la rue Payenne. Mais les positivistes de l’église du Brésil ne se laissèrent pas convaincre, et aujourd’hui encore, les défenseurs du 5 et ceux du 7 conservent d’inébranlables positions. Cependant depuis une douzaine d’années l’immeuble a été vendu en appartements et il ne subsiste au premier étage qu’une chapelle interdite au public.

Hôtel de Rohan

C’est sur trois parcelles de terrain que lui avaient cédés, en 1705, ses parents, que le cardinal Armand-Gaston Maximilien de Rohan, évêque de Strasbourg, fit construire sa résidence. Grand amateur d’art, il fit appel pour la construction de sa demeure à Pierre Alexis Delamair. Commencés en 1705, les travaux de l’hôtel de Rohan furent terminés en 1708. De 1714 à 1736, le cardinal acquit plusieurs parcelles, au nord de la cour d’honneur de son palais, pour aménager de vastes écuries (52 stalles). A sa mort en 1749 l’hôtel passa à son petit-neveu, Armand de Rohan-Soubise, cardinal de Soubise. C’est lui qui termina la cour des écuries sous la direction de l’architecte Saint-Martin, et qui fit décorer les appartements de l’hôtel avec faste. Après lui vient en 1756, Louis-Constantin de Rohan-Montbazon, ancien capitaine de vaisseau, entré dans les ordres, évêque-prince de Strasbourg en 1756, cardinal en 1761, qui meurt en 1779. Ce dernier a pour successeur à l’hôtel de Rohan et à l’évêché de Strasbourg son cousin, Louis-René Edouard de Rohan, qui sera cardinal et Grand aumônier de France. Son nom est resté attaché à la déplorable affaire du Collier de la Reine dans laquelle il fut compromis et qui lui valut d’être embastillé puis exilé.

Sous la Révolution, l’hôtel de Rohan est mis sous séquestre et le mobilier dispersé, notamment la très riche bibliothèque, disposée au rez-de-chaussée, dont une partie se trouve aujourd’hui rassemblée à la Bibliothèque de l’Arsenal. En vertu du décret impérial du 6 mars 1808, l’Etat acheta l’hôtel de Rohan pour y installer l’Imprimerie impériale. Cette occupation fut extrêmement préjudiciable à l’hôtel. Resserrée au début de son implantation dans le quadrilatère de l’hôtel de Rohan, sur un terrain de 8 000 m², l’imprimerie ne cesse de s’agrandir sur toutes les parcelles encore vierges de bâtiments, allant jusqu’à couvrir plus de 10 000 m² vers 1920. Le jardin de l’hôtel est alors couvert d’ateliers, qui masquent sa façade occidentale, au niveau du rez-de-chaussée. Les espaces intérieurs de l’hôtel sont utilisés comme bureaux. Une grande partie des boiseries sont alors déposées, l’escalier d’honneur est en quasi-totalité déconstruit pour permettre l’installation de bureaux à son emplacement. L’imprimerie nationale finit par manquer d’espace, dans des locaux inadaptés à ses activités. Lorsque l’imprimerie quitte les lieux en 1927 pour s’installer dans les locaux construits pour elle rue de la Convention, le directeur des Archives de France, Charles-Victor Langlois, bataille pour sauver l’ensemble et le faire attribuer aux Archives nationales. A cet effet, il publie dès 1922 un historique et un descriptif détaillés des lieux.

Le 25 novembre 1926, le Sénat adopte l’article unique d’une loi qui sauvait l’hôtel de Rohan de la destruction. La loi est enfin promulguée le 4 janvier 1927, puis le décret d’affectation aux Archives nationales est signé le 22 janvier 1927. Les bâtiments de l’hôtel furent l’objet d’une restauration exemplaire conduite entre 1928 et 1938 par l’architecte Robert Danis. Le palais rénové est inauguré le 30 mai 1938 par le président de la République Albert Lebrun. Le Minutier central des notaires de Paris s’installa dans l’hôtel de Rohan, en 1932. La dépose et la mise à l’abri en septembre 1939, dans les caveaux du Panthéon, des éléments majeurs des décors du XVIIIe siècle de l’hôtel de Rohan et leur repose en 1946, ont sans doute permis, outre leur sauvetage pendant la guerre, d’assurer leur restauration et leur mise en valeur à l’issue de celle-ci. Depuis la Seconde Guerre mondiale, bien des agrandissements et des modifications ont été programmés par les directeurs généraux successifs des Archives de France, sans jamais porter atteinte au site urbain constitué par les deux hôtels et leur jardin central. A la demande de Charles Braibant, l’architecte Charles Musetti est ainsi appelé à bâtir un bloc de magasins le long du jardin, venant compléter le plan inachevé des architectes de la Monarchie de Juillet. Il édifie ensuite, entre 1962 et 1968, à la demande d’André Chamson, deux ailes basses en équerre joignant l’hôtel de Rohan à l’hôtel de Jaucourt récemment acquis. Enfin c’est encore lui qui dote les archives des premiers équipements techniques indispensables : ateliers photographiques, atelier de microfilmage.

Par la porte cochère ouvrant dans une demi-lune, on accède à la cour d’honneur en hémicycle, bordée de chaque côté d’ailes basses et fermée au fond par la haute façade de l’hôtel, assez étroite et très sobre. Sur toute la hauteur du bâtiment (un étage plus un attique), les trois baies centrales forment un avant-corps, ponctué de refends aux angles et autour des ouvertures cintrées du rez-de-chaussée. Trois mascarons ornent les clefs et, au niveau de l’attique, de beaux attributs guerriers sont sculptés dans un style vigoureux. Le fronton qui couronne l’avant-corps a perdu sa décoration centrale. Les bâtiments de service plus bas, sont surmontés d’un comble en brisis. L’axe de cette façade sur cour présente la particularité d’être décalé vers le sud par rapport à celui de la façade sur jardin, plus développée.

Par un passage à droite, on pénètre dans la cour des écuries, dite encore des Chevaux-du-Soleil, de plan carré, en raison du superbe haut-relief qui surmonte la porte monumentale. Pour la porte principale des écuries, percée entre deux abreuvoirs, l’architecte Delamair propose un motif monumental à l’inspiration mythologique et à l’esthétique versaillaise (1735) : les serviteurs d’Apollon abreuvent les chevaux du char de leur maître après leur course ardente. Composition mouvementée qui s’inscrit admirablement dans l’architecture. De là, on accède à une seconde petite cour dont les bâtiments, appelés hôtel de Boisgelin, ouvrent sur la rue des Quatre-Fils.

Sur le jardin, la longue façade est une réussite exemplaire de l’art classique. L’architecte opte pour la solution la plus majestueuse, avec un développement sur treize travées et trois niveaux, un avant-corps central à colonnes, large de trois travées de baies cintrées, surmonté d’un fronton triangulaire. Les deux travées de chaque extrémité sont légèrement en retrait afin de donner plus de relief à cette longue façade. Les trois ordres se superposent dans l’avant-corps à colonnes. Une frise sculptée de triglyphes et de métopes figurant des trophées, court sur toute la longueur de l’édifice, sous les fenêtres du premier étage. Les angles et les baies cintrées sont soulignés de refends. Comme celui de la façade sur cour, le fronton a perdu son ornementation. Les façades du bâtiment principal de l’hôtel de Rohan sont classées au titre des monuments historiques depuis le 27 novembre 1924.

Couvent de la Merci

Le couvent se situait au carrefour des rues des Archives et de Braque, au n°45.

En 1218, l’ordre de la Merci était une communauté de gentilshommes qui avaient ajouté aux trois vœux ordinaires de la religion celui de se sacrifier, corps et biens, pour le rachat des captifs chrétiens d’orient. Les religieux allaient jusqu’à s’offrir en otages à la place des captifs. Sous François 1er, cette communauté devint un ordre monastique, soumis à la règle de saint Augustin. C’est en 1613 que la reine Marie de Médicis installa en ce lieu les pères de la Merci ou de Notre-Dame de la Rédemption des Captifs. Le couvent fut reconstruit entre 1727 et 1731 par l’architecte Godeau. L’église faisait le coin de la rue de Braque ; la façade en avait été réédifiée par Germain Boffrand en 1709, à la demande du prince de Soubise qui souhaitait un vis-à-vis digne de son nouvel hôtel. Le couvent, transformé en maison d’arrêt pendant la Révolution, fut détruit par la suite. La congrégation supprimée en 1790, les bâtiments furent vendus comme biens nationaux en 1798.

Un corps central et deux ailes délimitent une cour presque carrée, sévère mais de bonnes proportions. L’ensemble s’élève de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et d’un étage dans le comble brisé.

La seule décoration consiste en deux beaux cadrans solaires et un porche majestueux qui ferme la cour, dont l’archivolte est soutenue par des consoles sculptées dans un style rocaille discret. On observe que l’aile droite est plus étroite d’une travée que l’aile gauche, probablement pour laisser une place suffisante à l’église.

Sur la façade sud-est, au fond de la cour, en face du portail d’entrée, entre deux fenêtres du dernier étage, le cadran forme un rectangle d’environ 2,10 mètres sur 1,30 mètre, à 8 mètres de hauteur. Peint en noir sur fond gris, il est surmonté d’une peinture figurant le Temps qui, d’une main, tient une faux et, de l’autre, pointe l’heure du doigt. Son centre est au-dessus du cadran. Les huit lignes horaires, en traits pleins, partent d’un arc de cercle autour du centre. Les sept lignes des demi-heures, également en traits pleins, partent plus bas que les lignes horaires. Deux lignes, XII ½ et I sont mal placées et ont été refaites ; il a donc deux tracés de chaque ligne, le bon étant celui de gauche. Le style polaire, soutenu par un pied qui part du bout du style, s’appuie sur VII h 50 environ.

Un autre cadran, plus sobre, est visible de la rue. Sur la façade ouest, dans un rectangle de 2,13 mètres de haut sur 1,31 mètre de large, ce cadran est peint en traits noirs sur fond gris. Les 9 lignes horaires, en traits pleins, partent d’un arc de cercle fictif. Les 8 lignes des demi-heures, en traits pleins, partent d’un cercle fictif plus grand que celui des lignes horaires. Les chiffres X et VI ne sont pas inscrits. La sous-stylaire est sur III heures. Le style polaire a été recalculé et replacé par la SAF lors de la restauration de 1983. La devise est dans une banderole au-dessus du cadran : VTERE DVM LYCEAT (profite, tant qu’il est possible). Les cadrans ont été restaurés en 1983, en même temps que l’immeuble. Avant cette réfection, le premier cadran était caché par les baraquements de la cour.