Le Défenseur du temps

L’horloge se situe dans le quartier de l’Horloge, tout près de la rue Saint-Martin, dans le 3e arrondissement.

L’horloge à automates a été commandée en 1975 par la société immobilière Cogedim, à l’artiste Jacques Monestier. Elle est installée en septembre 1979 dans le quartier de l’Horloge alors inachevé. La place fut édifiée parallèlement à la construction du centre Georges-Pompidou, par l’architecte Jean-Claude Bernard, et regroupe des logements HLM, des habitations de standing, des équipements sociaux et des surfaces commerciales. L’horloge est inaugurée le 8 octobre par le maire de Paris, Jacques Chirac. En 1995, l’horloge a été restaurée. Sa technique a été revue, l’horloge-mère à quartz a été remplacée par une horloge radio-pilotée, et les magnétophones ont été remplacés par un lecteur de Cd. Faute de financement pour son entretien, l’horloge est arrêtée le 1er juillet 2003. L’association AMISMO a été fondée en 2014 afin de contribuer au financement des sculptures de Jacques Monestier. Elle a alors entrepris de lever des dons pour la remise en marche de l’horloge. En l’absence de l’accord du propriétaire ou de l’auteur, l’association s’est dissoute à la fin de 2015.

Exécutée en bronze doré et acier bruni, l’horloge mesure quatre mètres de haut et pèse une tonne environ. Le personnage, les animaux et le cadran de l’horloge sont en laiton martelé et doré à la feuille, travail réalisé par Louis Desouches. Le rocher sur lequel ils sont posés, est en laiton oxydé, réalisé par Alain Moirod.

Un homme armé d’un glaive et d’un bouclier, toutes les heures (de 9h00 à 22h00), combattait un crabe (symbole de l’eau), un dragon (la terre) et un coq (l’air). A midi et 18h00, l’homme combattait ses trois adversaires à la fois. L’heure était annoncée par trois coups. Pendant que l’homme combattait, il était accompagné par des sons de déferlement de vagues, de grondements de terre ou de souffle de vent selon l’animal choisi. Destiné à être le pôle d’attraction du quartier de l’Horloge, le monument n’a pas, semble-t-il, atteint son objectif.

Hôtel de Saint-Aignan – Musée d’histoire du judaïsme

L’hôtel particulier se situe au n°71 de la rue du Temple, dans le 3e arrondissement.

A cet emplacement s’élevaient depuis le XVIe siècle quatre maisons particulières qui furent achetées par Claude de Mesmes, comte d’Avaux. Le comte d’Avaux, conseiller au Grand Conseil, maître des requêtes, puis surintendant des finances, était surtout excellent diplomate et s’illustra dans ses fonctions d’ambassadeur de Louis XIV. Tour à tour en Hollande, à Venise, en Angleterre ou en Suède, il fut, en 1648, l’un des signataires de la paix de Westphalie. C’est au talent de Pierre Le Muet qu’il fit appel pour édifier son hôtel de la rue du Temple, entre 1640 et 1646, somptueuse demeure dont il ne devait guère profiter, puisqu’il mourut dès la fin de 1650. En 1680, l’hôtel fut loué, puis vendu en 1687 à Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan, gendre de Colbert. Ministre d’Etat et chef du conseil des Finances, il avait été distingué par le roi pour être le gouverneur du duc de Bourgogne, grand dauphin de France. Mme de Beauvilliers, qui était une femme de goût, réaménagea les intérieurs de l’hôtel. A sa mort, l’hôtel échut à leur gendre Louis de Rochechouart, duc de Mortemart, général des armées du roi, habile homme de guerre mais dont la vie dissolue et les dettes entrainèrent la ruine. A la fin du XVIIIe siècle, l’hôtel devint le siège de la 7e municipalité (1795-1806), puis la mairie de l’ancien 7e arrondissement jusqu’en 1825. L’installation des services administratifs marqua les débuts d’un saccage qui s’aggrava tout au long du XIXe siècle. Il fut morcelé, découpé, déformé par une surélévation de trois étages afin d’en tirer le maximum de profits. La disgrâce ne fit que s’accentuer. La société de produits pharmaceutiques qui en était propriétaire y installa ses dépôts. Une trentaine de locataires s’y entassaient. L’ancien jardin était entièrement couvert de bâtisses. En 1962, la ville de Paris décida de l’acquérir pour le restaurer en l’affectant à ses archives trop à l’étroit dans leur immeuble du quai Henri-IV. Les travaux commencèrent par la restauration des anciens communs. En 1972, les trois étages ajoutés au bâtiment central ayant été abattus, il fut possible de retrouver la silhouette d’origine. La restitution dans l’état primitif est facilitée par une gravure très précise de Le Muet.

La façade sur rue est austère. De simples refends encadrent la porte monumentale. Son austérité, ses dimensions colossales évoquent, avec plus d’un siècle d’avance, l’art de Nicolas Ledoux. Sous un simple fronton curviligne, la porte présente quatre impressionnantes têtes d’Indien sculptés dans les compartiments des vantaux.

La vaste cour qui s’étend au-delà est un exemple magistral de l’ordre colossal. L’ordre colossal des pilastres corinthiens sépare chaque travée qui comprend un rez-de-chaussée en arcades et un étage percé de hautes fenêtres dominé par un entablement.

Une balustrade s’étendait devant le comble, rompue par un large décor héraldique sur la travée centrale. L’aile sud, de composition identique, n’est en fait qu’un décor plaqué, destiné à cacher un tronçon de l’enceinte de Philippe Auguste et à ménager une symétrie plus classique. On appelait alors « renard » ce type de construction en trompe-l’œil. Entre les arcades s’élancent des pilastres terminés par des chapiteaux corinthiens qui supportent une vigoureuse corniche.

Tout le pourtour de l’arcade centrale est décoré d’une frise d’entrelacs et son tympan s’orne d’amours et de cornes d’abondance. Dans l’aile, un passage, actuellement muré, conduisait à la basse-cour, c’est-à-dire à la cour des communs.

hôtel de Montmor

L’hôtel se situe au n°79 de la rue du Temple, dans le 3e arrondissement.

Sur l’emplacement de quatre maisons et d’un jeu de paume acquis vers 1623, Jean Habert de Montmor se fit bâtir un hôtel luxueux, conforme à ses ambitions. Très représentatif de cette nouvelle classe de financiers qui commençait à s’installer au Marais. Montmor devait remplir successivement les fonctions de trésorier général des guerres, puis de trésorier de l’épargne. Il s’était considérablement enrichi par des moyens jugés peu honnêtes par Tallemant des Réaux qui le nomme « Montmor le Riche ». L’hôtel échut en 1643 à Henri-Louis Habert de Montmor, son fils, qui l’habitait déjà avec sa famille. Cultivé, amateur d’art et homme de lettres, il fut reçu dès 1634 dans la toute jeune Académie française. La fréquentation quotidienne de Gassendi fut probablement à l’origine de la passion d’Henri-Louis de Montmor pour les sciences. Tous les samedis se réunissait chez lui l’élite scientifique de l’époque : Chapelain, Ménage, Patin, Roberval, Huyghens, constituant l’Académie montmorienne, embryon de la future Académie des sciences qui verra le jour en 1667. L’hôtel fut vendu en 1751 par les descendants de Montmor à Laurent Charron, receveur général des Domaines. C’est son fils, également prénommé Laurent, qui fit entièrement remanier le vieil hôtel devenu caduc et démodé. En 1809, il appartenait à Marc-Edme Grandjean-Belisle qui le revendit en 1838 à Louis-Adolphe de Milly, inventeur des bougies stéariques qu’il fabriqua et commercialisa en ces lieux. En 1840, il fit remodeler les pavillons sur rue et percer le passage permettant de gagner la seconde cour.

La cour s’ouvre par un porche monumental à bossages dont l’archivolte repose sur quatre consoles moulurées. Le mascaron sculpté à la clef figure une tête de jeune homme, casquée et empanachée.

Au revers, le tympan est frappé d’un médaillon à l’effigie de Mme de Charron, donc postérieur à 1751. Les ailes latérales, portées chacune sur quatre arcades cintrées, se terminent sur la rue en pavillons qui font retour vers la cour en s’arrondissant, disposition inusitée mais élégante qui doit dater des travaux de M. de Milly. L’ensemble de l’édifice est élevé de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Les fenêtres du premier sont à bandeaux plats moulurés, celles du second légèrement cintré.

Dans le comble brisé des ailes, subsistent, en vis-à-vis, deux pittoresques lucarnes à foin. Le corps de logis central est dénaturé par le percement de l’arcade centrale qui a remplacé par un passage pour voitures l’ancien vestibule. Celui-ci devait être grandiose, si l’on en juge par le magnifique escalier qui y prenait naissance et sa somptueuse rampe en fer forgé qui s’enroule jusqu’au second étage.

La travée du milieu est traitée en frontispice : au-dessus de l’arcade soulignée de refends et ornée à sa clef d’une tête d’Hercule, la fenêtre du premier étage (la seule en plein cintre) s’ouvre sur un balcon dont la ferronnerie est d’une superbe qualité. Deux pilastres l’encadrent et soutiennent un fronton droit, décoré au centre d’un amour tenant un miroir, entouré d’attributs scientifiques : compas, sphère, chouette (l’oiseau d’Athéna), qui évoquent l’intérêt passionné d’Henri-Louis Habert de Montmor pour les sciences. Toute la construction est d’une grande élégance.

Une méridienne verticale indiquant le temps moyen est gravée sur la façade méridionale de la première cour, à droite en entrant, sous le toit, entre deux fenêtres, à environ 10 mètres de hauteur. Elle date peut-être de la restauration de l’hôtel, mais n’est pas antérieure à 1730, année de l’invention de la courbe en 8. Les CCC de l’inscription qui se devine au-dessus du cadran peuvent laisser entendre qu’elle est du XIXe siècle. Gravée dans la pierre, elle a une forme quadrangulaire de 2,30 mètres de haut sur 1,10 mètre de large environ. Elle est délimitée, en bas, par l’arc du solstice d’été, en haut, par celui du solstice d’hiver, sur les côtés, par des lignes horaires XI et I. Son centre est inaccessible. Les trois lignes horaires sont en traits pleins. Les deux lignes des demi-heures, ainsi que les quatre lignes des quarts d’heure sont en pointillé et relient, comme les lignes horaires, les arcs des solstices. L‘équatoriale est ascendante. Les six autres arcs des signes sont en traits pleins et vont de la ligne XI à celle de 1h. Les arcs des décans, en pointillé, entre les lignes XI h ¾ et XII h ¼, divisent, tous les dix jours, l’intervalle entre les arcs des signes. Il n’y a que onze arcs des décans de tracés, le 12e près du solstice d’hiver, ne l’a pas été par manque de place. Une courbe en 8 entoure la ligne de midi. Les chiffres ne sont pas inscrits. Le style est un disque perforé, soutenu par un tripode prenant appui sur le mur au-dessus du cadran. Ce cadran est visible depuis la rue.

Passage de l’Ancre

Il prend naissance au 223 rue Saint-Martin, prolongeant ainsi la rue Chapon, et se termine 30 rue de Turbigo.

Au début du XVIIe siècle, le passage s’appelle « passage du Puits », puis il devient le « passage de l’Ancre Royale » en référence à l’enseigne d’une auberge qui s’y installe. Un homme va sentir la bonne affaire. A cette époque, à Paris, il existe une seule entreprise de chaises à bras à louer créée en 1617. Ainsi, si vous ne possédez pas de moyen de transport ou d’argent, et bien, il vous reste vos jambes. Vers 1637-1640, Nicolas Sauvage, facteur des maîtres de coches d’Amiens, décide d’établir des carrosses toujours attelés stationnant dans des quartiers désignés, à disposition du public. Il s’installe à l’Auberge du Grand Saint-Pierre, située à l’angle du passage de l’Ancre Royale et de la rue Saint-Martin. Dans la cour de celle-ci, il remise les vingt premiers attelages publics, les fiacres, ancêtres des taxis parisiens. Son entreprise fonctionne si bien que l’Etat décide de s’en emparer dès 1657 et crée ainsi un monopole des voitures de louage.

Après la Révolution française, entre 1792 et 1805, le passage porte le nom de « passage de l’Ancre nationale ». Il fait partie du réseau piéton déployé entre la rue Saint-Denis et la rue Saint-Martin, pendant parallèle, au sud, du passage Saucède ouvert en 1827, aujourd’hui disparu. Prolongement du passage du Bourg-l’Abbé, le passage de l’Ancre relie alors la rue Saint-Martin à la rue du Bourg-l’Abbé disparue de nos jours, absorbée par les grands travaux d’Haussmann. L’extrémité ouest du passage a été amputé lors du percement de la rue de Turbigo et du boulevard de Sébastopol en 1854-1855.

L’histoire du passage de l’Ancre est intimement liée à celle de la confection. Dans les années 1930, de nombreux artisans juifs y sont établis. En 1942, lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, tous ses occupants furent déportés. Le passage est alors laissé à l’abandon. Ce n’est qu’en 1998 qu’une soigneuse rénovation lui redonne vie. Ce passage quasi rectiligne, long de presque 70 mètres mais relativement étroit (2,5 m), abrite des boutiques aux façades colorées avec des enseignes pittoresques. Des ateliers de confection s’y réinstallent, une agence de communication et la singulière boutique Pep’s, dernier réparateur de parapluies de Paris (pep étant le mot d’argot auvergnat désignant cet accessoire fort utile sous nos climats pluvieux, assez proche du vocable parisien pébroc). Sur toute la longueur, le passage est agrémenté de plantes et de fleurs.

fontaine de Turenne

La fontaine se situe au n°41 de la rue de Turenne, dans le 3e arrondissement.

Dite aussi fontaine Saint-Louis, elle a été construite en 1864 par Isidore-Romain Boitel à la place de l’ancienne fontaine de Joyeuse qui s’élevait là depuis 1687. Une arcade cintrée s’ouvre entre deux pilastres ioniques cannelés, dont les chapiteaux corinthiens soutiennent un entablement. Au centre sont sculptées les armes de la ville.

Dans le fond de la niche en hémicycle voûtée en cul-de-four se détache en relief un paysage aquatique (roseaux, poissons, oiseaux).

Un piédouche en marbre blanc est orné de consoles qui portent une élégante vasque en forme de coquillage festonné. Sur le socle se dresse la statue de bronze d’un enfant, laissant couler l’eau d’une urne renversée symbolisant l’Ourcq.

Un bassin à margelle s’étend au-dessous. Une grille interdit l’accès au monument.

Square Georges-Caïn

Le square se situe aux n°8 à 14 de la rue Payenne, dans le 3e arrondissement.

Le square doit son nom au conservateur du musée Carnavalet, entre 1897 et 1914, Georges Cain (1856-1919), peintre et écrivain. Situé en bordure de l’une des rues les plus calmes de Paris, le square occupe depuis 1913 l’emplacement des jardins de l’hôtel Le Pelletier de Saint-Fargeau (2 128 m²). Précédemment se trouvait ici une « gare du factage » d’où partait le courrier distribué dans une bonne partie de la capitale. Situation privilégiée qui lui vaut d’être bordé, au nord, par la très gracieuse orangerie de cet hôtel et, à l’est, par l’imposante façade postérieure de l’hôtel lui-même. Ces deux édifices ont été construits entre 1686 et 1690 par Pierre Bullet pour Michel Le Pelletier.

L’orangerie est un bâtiment harmonieux de treize arcades en plein cintre, ornés de clefs sculptés. La baie centrale est surmontée d’un petit fronton triangulaire, à l’intérieur duquel on voit une femme allongée, tenant un miroir, allégorie de la Vérité.

Le miroir était orienté vers la figure d’un vieillard, symbolisant le Temps destructeur.

Au centre du jardin, au milieu d’un parterre de fleurs, s’élève une statue en bronze représentant une jeune femme nue, debout, tenant un foulard dans le dos. Cette œuvre d’Aristide Maillol, dénommée « Ile de France », a remplacé une précédente sculpture de Philippe Magnier intitulée Flore et son char, partie pour le Grand Louvre et provenant du parc de Saint-Cloud.

Le square sert de dépôt lapidaire à la ville de Paris, et conserve des fragments d’édifices (une rosace d’un plafond de l’ancien Hôtel de Ville, fronton du pavillon central et horloge du palais des Tuileries, sarcophages mérovingiens, un groupe sculpté provenant de la porte du château de Saint-Germain, auberge du Soleil d’or…) éparpillés en un ordre anarchique et sans indication muséographique. Ce dépôt lapidaire s’est nourri de la guerre civile de 1871 et de la dispersion des collections du premier musée des monuments français ainsi que quelques fragments de sculptures et des frontons du grenier à sel de Paris. La mousse et les pluies acides les ont considérablement détériorés.

Hôtel du Grand Veneur

l’hôtel particulier se situe au n°60 de la rue de Turenne, dans le 3e arrondissement.

Le terrain est vendu en 1636 à Mme de Mastel. Elle fit appel à l’entrepreneur Michel Villedo pour y faire construire un hôtel formé d’un bâtiment bas percé d’un portail sur la rue, d’un logis principal avec deux cabinets latéraux sur le jardin et deux ailes. Dix ans plus tard, elle vendra l’hôtel à Claude de Guénégaud qui le fera agrandir et décorer. Ses travaux d’embellissement ont laissé peu de traces. Toutefois l’orangerie qu’il avait fait bâtir dans son jardin, au fond du 11 rue des Arquebusiers, existe encore. Claude de Guénégaud connut des problèmes financiers et ses créanciers mirent ses biens en vente. C’est le chancelier Boucherat, habitant l’hôtel voisin au 62 rue de Turenne, qui achètera l’ensemble du domaine en 1686. Devenu propriétaire du 60, il fera percer des ouvertures dans les murs mitoyens et abattre les murs des jardins. Entre la cour et la rue, il augmenta le bâtiment bas d’un étage couvert d’un comble et y fit percer le portail à voussure existant encore aujourd’hui. La façade principale sur le jardin fut élargie. En 1733, Augustin-Vincent Hennequin, marquis d’Ecquevilly en devient propriétaire et fait exécuter dès l’année suivante, un certain nombre de transformations sur des dessins de l’architecte Jean-Baptiste Beausire. La famille d’Ecquevilly possédant une des charges de la Vénerie du roi (Vincent était chargé d’organiser les chasses à courre du roi), c’est d’elle que l’hôtel tient son nom d’hôtel du Grand Veneur. Confisqué à la Révolution, l’hôtel est acheté en 1823 par les dames franciscaines de Sainte-Elisabeth qui l’occupèrent jusqu’en 1901. Le bâtiment devint un pensionnat et se dota de salles de classe, de cours de récréation, de dortoirs et d’une chapelle. Elles vendent vers 1880 les boiseries qui décoraient les appartements. Après le départ des religieuses, en 1905, l’hôtel devient la centrale d’achat et le dépôt de la Société anonyme des Magasins Réunis, fondée par Eugène Corbin. Elle achève le travail de dénaturation des lieux. Il est acquis ensuite par une compagnie d’assurances qui le rénove et en fait la vitrine de luxe des établissements Jacob Delafon, fabricant de salles de bain, jusqu’en 2007. En 2010, il est acquis par un groupe d’investisseurs pour la somme de 28 millions d’euros. Ayant conscience du magnifique patrimoine en leurs mains, le groupe a le projet de réhabiliter les lieux en effectuant des travaux considérables : ravalement de façades, réparation des toitures en ardoises, remplacement des planchers… Une fois rénové, l’immeuble est partagé entre logements (2 216 m²) et commerces (212 m²). En 2014, le galeriste Emmanuel Perrotin s’établit dans l’hôtel. Le bâtiment fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 17 mars 1927.

L’entrée de l’hôtel est marquée par une grande arcade à refends avec une clef de voûte décorée et surmontée d’un fronton triangulaire reposant sur deux consoles. Entre elles, un cartouche rappelle le nom de l’hôtel et la date des grandes transformations. Le tympan curviligne de la porte est marqué d’une hure de sanglier encadrée de deux têtes de chien. Sous le porche, des bas-reliefs cynégétiques décorent les murs.

Le revers du bâtiment sur rue présente au rez-de-chaussée cinq arcades. Celle du centre, en anse de panier, marque l’entrée cochère. Le premier étage présente quatre baies. La partie centrale de cette façade est surmontée d’un fronton triangulaire. Le corps de logis entre cour et jardin est en pierre de taille. La façade est divisée en quatre travées dont les deux du centre sont englobées dans un avant-corps. Au rez-de-chaussée s’ouvrent quatre portes-fenêtres encadrées d’un chambranle rectangulaire non mouluré et décorées de clefs sculptées. Le premier étage est éclairé par de hautes fenêtres de mêmes proportions et munies de belles ferronneries.  Au-dessus s’élève un fronton et le comble d’ardoise est percé de lucarnes. A droite et à gauche s’élèvent deux ailes de quatre travées percées d’arcades au rez-de-chaussée et terminées par deux faux pavillons, en légère saillie, de deux travées chacun.

Celui de droite offre un perron conduisant à une grande porte vitrée, flanquée de deux colonnes doriques, qui ouvre sur le grand escalier dont la rampe, de style Louis XIV, est en fer forgé avec des parties en bronze. Le dessin est agrémenté de hures de sanglier alternant avec des têtes de chien courant et les armes symboliques du chasseur. Les motifs centraux sont décorés d’un « H » fleuronné soulignant le nom d’Hennequin d’Ecquevilly.

La façade côté jardin est remarquable par son balcon, bel exemple de l’architecture du XVIIIe siècle. Il surplombe les deux portes vitrées du rez-de-chaussée décorées de têtes sculptées formant clefs. Entre ces portes s’attache le support central du balcon : une hure de sanglier très décorative, soutenue à ses extrémités par deux grandes consoles. Les ferronneries se développent en une courbe gracieuse. Le trumeau entre les fenêtres de l’étage est orné d’un trophée de jardinier.