Passage des Panoramas

Le passage des panoramas a succédé à l’ancien hôtel de Montmorency-Luxembourg.

Hôtel de Montmorency-Luxembourg

sans-titreL’hôtel fut construit entre 1706 et 1710 par l’architecte Lassurance pour Thomas Rivé de Ricquebourg, anobli en 1706 par l’acquisition d’une charge de Secrétaire du roi, maison et couronne de France. Celui-ci s’étendait de la rue Saint-Marc au boulevard Montmartre. S’établissant à Versailles, Thomas Rivé cède son hôtel en 1711 au contrôleur général des finances et neveu de Colbert, Nicolas Desmarets, seigneur de Maillebois. Il fit embellir les jardins et réaliser plusieurs extensions au nord et à l’est. Après la mort de Desmarets en 1721, ses héritiers vendirent l’hôtel en 1723 à Charles-François-Frédéric 1er de Montmorency-Luxembourg, duc de Piney-Luxembourg et duc de Montmorency. A sa mort, l’hôtel revient à son fils Charles François Frédéric II, prince d’Aigremont et de Tingry, maréchal de France depuis 1757 et gouverneur de Normandie. L’architecte Antoine Matthieu Le Carpentier augmente l’hôtel d’un appartement des bains, d’un salon et d’une salle à manger formant un pavillon sur le jardin, orné d’un décor sculpté par l’ornementiste Nicolas Pineau et d’un plafond peint par Noël Hallé figurant les Quatre saisons sous forme de jeux d’enfants. Le duc décède en 1764. Son fils Anne-François étant décédé avant lui (1761), ses deux petites-filles, Charlotte Anne Françoise et Madeleine Angélique, héritent du domaine. Cette dernière meurt âgée de 16 ans. Charlotte épousa le 21 septembre 1767 son cousin Anne-Léon de Montmorency, marquis de Fossieux, baron de Courtalon. Elle a 15 ans et lui 36. Dans les années 1770, ils font construire dans le jardin de l’hôtel, du côté du boulevard, un kiosque en treillage dans le goût chinois par l’architecte Pierre Rousseau, qui avait auparavant aménagé le chartrier de l’hôtel. Avant 1780, le couple fait réaliser par l’architecte Firmin Perlin une nouvelle façade sur cour, ornée d’un ordre ionique colossal. En 1782, la petite rue de Montmorency est percée par le duc de Montmorency, face à l’entrée de l’hôtel située rue Saint-Marc ; elle devint plus tard la rue des panoramas.

Le passage

Sous la Révolution française, l’hôtel est saisi comme bien d’exilé après le départ des Montmorency pour l’étranger. Il devient un dépôt des ouvrages confisqués aux ecclésiastiques et émigrés avec 1 million de livres. Les lieux sont aussi occupés par l’atelier de perfectionnement des armes portatives dirigé par l’inventeur François Philippe Charpentier avant d’être loué à un tapissier en 1793. L’hôtel est vendu comme bien national, une première fois, le 21 germinal an V (10 avril 1797) pour une somme de 810 000 livres à un nommé Bignon mais qui ne put payer. Après enchères, il est revendu le 23 frimaire an VII (13 décembre 1798) à Decretot pour 301 000 livres. Il cède l’hôtel le 7 prairial an VIII (27 mai 1800) à la citoyenne Henriette Berk, épouse de James William Thayer, armateur américain, pour 195 000 francs, devant maître Lherbette, notaire à Paris. Ils payèrent avec les assignats donnés par la France en dédommagement de la saisie accidentelle de l’un de leurs navires après le siège de Toulon. Sur les jardins de l’hôtel, Thayer et sa femme font construire le passage des panoramas, en plein milieu du principal corps de bâtiment. Ce passage, bordé de boutiques de luxe, conduisait à deux panoramas installés sur le boulevard.

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Attraction commerciale appartenant à l’ingénieur et inventeur américain Robert Fulton, venu à Paris offrir ses dernières créations, le bateau à vapeur, le sous-marin et les torpilles, à Napoléon et au Directoire. Fulton subventionna son projet de Nautilus grâce à l’argent récolté par ses panoramas. Ces dernières se présentaient comme des rotondes à toit conique, à l’intérieur desquelles les spectateurs découvraient un tableau peint rotatif, éclairé par le jour. Ces tableaux panoramiques représentaient des paysages de Paris, Toulon, Rome, Jérusalem et autres grandes villes célèbres. La distance entre la peinture et le spectateur, placé sur une plate-forme centrale, devait être suffisante pour que l’illusion de la réalité soit parfaite. Les deux panoramas du boulevard Montmartre ont inauguré cette attraction en France. La réclame suivante décrivait ainsi l’un d’eux : « le panorama, ou tableau sans bornes, représentant une superbe vue de Paris et de ses environs, prise du haut du palais des Tuileries, est ouvert tous les jours à la nouvelle rotonde située Jardin dit d’Apollon, boulevard de Montmartre, depuis 8 heures du matin jusqu’à 8 heures du soir ». La deuxième coupole présentait la scène de l’évacuation de Toulon par les Anglais en 1793. Lorsque Napoléon rejeta les projets de Fulton, celui-ci abandonna ses panoramas pour aller offrir ses inventions aux Anglais. Thayer trouva dans cette attraction le moyen de rentabiliser les frais de construction de son passage. En 1816, l’éclairage public au gaz est installé dans ce passage très fréquenté. En 1831, les panoramas étant passés de mode, les rotondes sont détruites, mais le passage demeure très fréquenté.

Trois ans plus tard, l’architecte Jean-Louis Grisart est chargé de sa rénovation et lui adjoignit d’autres galeries (Saint-Marc, des Variétés, de la Bourse, Feydeau et Montmartre).

De cette époque date aussi la boutique du graveur alsacien Stern, qui a conservé ses belles boiseries d’origine inscrites aux Monuments historiques. Le suivent des marchands de cartes postales et de timbres-poste, ainsi que quelques restaurants. Le salon de thé, l’arbre à cannelle, conserve le plafond à caissons et des éléments de décor de l’ancien chocolatier Marquis.

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DSC_0081Le sculpteur Jean-Pierre Dantan expose dans une des salles du passage, dite « musée Dantan », ses petits bustes en plâtre ou en bronze, caricatures et portraits de la société de son temps (Talleyrand, Louis-Philippe, Beethoven, Paganini, Liszt, Victor Hugo, Balzac…). Sous le second Empire, le succès d’Offenbach aux Variétés contribua à faire du passage des Panoramas un endroit très en vogue. Le passage des Panoramas a inspiré la « cour de Paris », galerie commerciale située au rez-de-chaussée de la maison Bruden à Budapest. Le chapitre VII du roman Nana d’Emile Zola décrit le passage, tel qu’il était en 1867. Anne Cuneo a situé un de ses romans dans ce passage éponyme (1978). Ces passages et galeries ont été inscrits aux Monuments historiques en partie le 7 juillet 1974 et en partie le 10 juillet 2009.

L’immeuble du n°11 abrita de sa création en 1923 à son déménagement en 1934 au 37 rue du Louvre, le siège du journal « Paris-Soir », dirigé par Eugène Merle, puis Jean Prouvost.

Les Bains chinois

Les Bains chinois ont été construits par Samson Nicolas Lenoir dit le Romain, architecte à Paris, à partir de 1763, 29 boulevard des Italiens.

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Le bâtiment qui s’élevait sur trois étages, comprenait un pavillon central hexagonal en forme de pagode et deux ailes en fer à cheval autour d’un jardin, reliés par une terrasse couverte le long du boulevard. Le tout reposait sur un soubassement en forme de grottes qui abritait un café. L’édifice était décoré de clochetons, de banderoles, d’inscriptions aux caractères chinois fantaisistes, de balustrades, et était peint aux couleurs vives.

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Le bâtiment comportait une soixantaine de cabines de bains luxueuses, revêtues de toile de Jouy et qui offraient tout le confort pour les bains et les soins du corps grâce à un personnel nombreux. Les Parisiens avides de dépaysement et d’exotisme s’y rendaient en nombre afin de profiter des bains orientaux, des bains de vapeur ou des massages asiatiques. Le prix de l’entrée s’élevait entre 20 et 30 francs. Les Bains chinois connaissent un succès immédiat, mais hélas de courte durée.

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A la Révolution, sa riche clientèle émigre et l’établissement est menacé de faillite. Gracchus Babeuf en fit son centre de ralliement pour la préparation de sa conspiration post-Robespierre des Egaux de 1795. Bien que jouissant d’une grande renommée sous l’Empire et la Restauration, la fréquentation des bains se désagrège face à la concurrence d’autres établissements de même acabit. En 1831, le soubassement des grottes est démoli pour être transformé en boutiques. En 1852, les bains sont vendus au marquis d’Hertford, propriétaire du château de Bagatelle, et à son fils, sir Richard Wallace, promoteur des fontaines éponymes. Les Bains chinois sont détruits en 1853 pour être remplacés par des immeubles de rapport. Dans le nouvel immeuble ouvrit le studio du photographe Numa Blanc de 1854 à 1860, puis Germeuil-Bonnaud et enfin Edouard Rozé en 1898.

Place Gaillon

La place se situe au croisement des rues de la Michodière, Port-Mahon et Saint-Augustin. Elle est de forme légèrement trapézoïdale d’environ 25 mètres de long sur 15 mètres de large. Son nom provient du voisinage de la rue Gaillon. De 1700 à 1778, cette place qui n’était que l’intersection des rues Saint-Augustin et Gaillon était appelée carrefour Gaillon. La place a reçu son nom actuel en 1936. Aujourd’hui, si la place est célèbre, c’est grâce à l’attribution du prix littéraire Goncourt délivré chaque année au mois de novembre au restaurant Drouant et la fontaine Visconti.

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 A la place de l’actuelle fontaine se dressait en 1707 la fontaine Louis le Grand, adossée au mur de l’hôtel de Lorge, réalisée par l’architecte Jean Beausire, alimentée par la pompe du pont Notre-Dame. Elle est également connue sous le nom de fontaine d’Antin ou fontaine Chamillart. Elle disparut avec l’hôtel et fut remplacée en 1828 par celle visible aujourd’hui, œuvre de l’architecte Louis Visconti et des sculpteurs François Perré et Combette. Elle occupe le centre du pan coupé du restaurant La Fontaine Gaillon.  Elle fut plusieurs fois restaurée : 1898, 1900 et en 1971 par l’architecte Oberdoerffer. Bien que de dimension modeste, la fontaine n’en est pas moins intéressante par sa richesse architecturale.

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Elle est inscrite sous un entablement et une frise ornée de sujets marins en bas-relief, entablement soutenu par deux colonnes corinthiennes engagées. Une niche en plein cintre et en cul-de-four est décorée de plantes aquatiques, de dauphins et de cornes d’abondance. Dans l’espace restreint de cette niche, Visconti a placé une double vasque ornée dans le style Renaissance. La vasque inférieure, qui règne sur toute la largeur, reçoit l’eau d’un élément plus petit inscrit dans la niche par trois gargouilles à masques de lions. Cette seconde vasque est portée par un piètement octogonal entièrement sculpté en faible relief. Un triton à cheval sur un dauphin, armé d’un trident, œuvre de Georges Jacquot, surmonte la vasque supérieure.

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Autour de cette fontaine se trouve deux restaurants : la fontaine Gaillon et l’écaille de la fontaine. Le Chef Laurent Audiot s’associa à un acteur français très connu : Gérard Depardieu, un habitué et propriétaire des lieux, pour remodeler le restaurant. Projet qui vit le jour en juillet 2003. La Fontaine vous propose cinq salons (Port-Mahon, Cocteau, Empire, Michodière et Victorien) au décor aussi raffiné que sa cuisine : queue de bœuf aux blancs de poireau, cochon de lait farci aux herbes et rôti à la broche, filet de bœuf à la ficelle, nage de petite marée au safran, crumble aux abricots et amandes, millefeuille à la vanille. La carte change au fil des saisons et des arrivages journaliers. A l’écaille vous pourrez déguster de délicieux plateaux de fruits de mer ou les emporter.

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Passage de Choiseul

Le passage de Choiseul est un passage couvert, situé entre la rue des Petits-Champs (n°40) et la rue Saint-Augustin (n°23).

Le deuxième quart du XIXe siècle constitue la grande époque de la construction des passages, véritable innovation parisienne que Maurice Bedel décrivait comme « la poésie de la verrière et de la vitrine ». Le succès s’explique aisément par l’aspect pratique qu’elles offraient aux piétons qu’elles protégeaient de la pluie à une époque où les trottoirs n’existaient pas. Le passage fut édifié entre 1825 et 1827 à proximité des Grands Boulevards, alors très fréquentés, à l’initiative des banquiers Mallet, héritiers de nombreux terrains circonscrits entre les rues Gaillon, Saint-Augustin, Sainte-Anne et des Petits-Champs, sur lesquels s’élevaient jadis quatre hôtels. Le projet initial prévoyait de leur substituer une rue bordée de deux passages couverts afin de faciliter la circulation encombrée de la rue de Richelieu. Ce projet fut modifié et la rue Monsigny écourtée, en raison de la construction de la salle Ventadour. Le 2e passage, la galerie de l’Opéra-Comique, dont un seul tronçon fut construit, fut démoli dans les années 1890.

Les plans du passage furent réalisés par l’architecte François Mazois, qui décèdera avant l’achèvement de son projet en 1826. L’entrée, du côté de la rue Saint-Augustin, fut creusée dans le corps de logis de l’hôtel de Gesvres, célèbre pour avoir été l’un des tripots de la Régence, et dont l’ordonnance, bien qu’altérée, est encore visible. Antoine Tavernier prit la relève et dressa en 1829 les plans du passage Sainte-Anne, permettant un accès depuis l’est au passage Choiseul. L’histoire du passage est mêlée à celle des théâtres voisins. Au XIXe siècle, il attirait la foule des spectateurs lors des entractes, en faisant office de promenoir. La porte du n°63 était très souvent empruntée par Jacques Offenbach pour se rendre au théâtre des Bouffes-Parisiens, du temps où il en était le directeur.

Choiseul est le plus long des passages couverts parisiens avec une longueur de 190 mètres pour une largeur de 3,7 mètres. Il est constitué d’arcades sur pilastres en enfilade. Les commerces se tiennent au rez-de-chaussée et à l’entresol tandis que les 1er et 2e étages sont réservés à l’habitation. Le passage est recouvert d’une verrière (remplacée en 1907).

En 2012, l’architecte Jean Frédéric Grevet la rénove et lui adjoint deux marquises aux extrémités du passage. Quant aux murs, ils sont en pans de bois décorés. Les arcades sont supportées par des pilastres en marbre ornés de chapiteaux. Les lampes à gaz initiales furent remplacées par des arceaux garnis d’ampoules. Le passage Choiseul est inscrit au titre des Monuments historiques depuis le 7 juillet 1974. Pour information, celui-ci est ouvert du lundi au samedi, de 8h à 20 heures. Depuis 2013, le passage fait peau neuve. Les verrières furent changées permettant au passage de retrouver sa lumière et les murs repeints en gris. Les travaux se poursuivent sous la houlette de l’architecte Jean-Frédérick Grevet et concernent les sols et les éclairages.

23 : atelier de l’artiste Anna Stein. Elle est née en 1936 à Budapest en Hongrie. De 1954 à 1956, elle étudie l’art à l’Ecole des Beaux-Arts de Budapest, puis à celle de Paris de 1957 à 1962. Elle fut l’élève de Jean Souverbie et de Jean Aujame. Depuis 1966, Anne Stein multiplie les expositions à travers le monde. L’œuvre de l’artiste est « ouverte sur l’histoire et la poésie, sur le mythe, le récit et l’émotion, sur la mémoire et l’instinct. L’histoire de la peinture se confond avec l’histoire d’Anna, de laquelle ne pouvait éclore qu’une œuvre unique, marquée des fortes empreintes du passé. Le mystère, la joie, le drame, l’espoir et la matière picturale sont consubstantiels » Lydia Harambourg en 1999.

57 : bijouterie. Olivier Gaillard est avant tout un créateur. Depuis trois générations, les Gaillard façonnent, modernisent, donnent une seconde vie à vos bijoux. Dans cette boutique vous pouvez également faire réparer votre montre mécanique, ancienne ou récente. Au passage admirez la très belle enseigne réalisée par Brindilles.

Restaurant Goumard

En 1872, Alfred et Catherine Prunier ouvrent un restaurant au n°9 de la rue Duphot. Le succès est rapide. Dès 1898, les salles du rez-de-chaussée ne suffisent plus à accueillir tous les clients. S’ajoutent de nouveaux salons au premier étage des immeubles 7 et 9 rue Duphot. A partir de 1901, Emile Prunier étend la spécialité de la maison (les huîtres) aux crustacés, coquillages et poissons ; « tout ce qui vient de la mer » devient la devise de la maison. Il signe un important contrat d’importation de caviar avec l’Union soviétique. L’homme d’affaire crée en 1925 une succursale, avenue Victor Hugo, Prunier Traktir. Aujourd’hui le restaurant est dirigé par Philippe Dubois, resté fidèle aux produits marins de son créateur.

Si la devanture ancienne, en verre gravée à l’acide et au sable de 1930, a été conservée, la décoration intérieure s’est offert un profond rafraichissement.

Les anciennes boiseries en chêne s’accouplent avec un mobilier moderne. Les salles sont ornées de tableaux contemporains et de tapisseries de Lurçat et de Lagrange. Les lustres et rivières de lumière furent dessinés et taillés par Lalique. Le client a ainsi l’impression de manger sur un paquebot transatlantique d’antan et oublie qu’il est au cœur de Paris.

Théâtre du Palais-Royal

En 1637, le cardinal de Richelieu fait édifier un théâtre dans l’aile est du Palais-Royal afin de rompre le monopole de la troupe de l’Hôtel de Bourgogne. Inauguré en 1641, les troupes du théâtre des Italiens et celle de Molière s’en partagent la scène de 1662 à 1673. A la mort de ce dernier, Lully récupère le théâtre pour y fonder l’Académie royale de Musique. La troupe de Molière part s’installer dans l’Hôtel de Guénégaud. Le théâtre est détruit le 6 avril 1763 par un incendie. Rouvert le 26 janvier 1770, il brûle à nouveau le 8 juin 1781, lors d’une représentation d’Orphée de Gluck. L’Académie royale de musique déménage boulevard Saint-Martin dans une salle construite pour elle par Nicolas Lenoir (l’actuel théâtre de la Porte-Saint-Martin). Le théâtre est reconstruit en 1784 par l’architecte Victor Louis et héberge les Variétés-Amusantes. A l’opposé de la rue de Montpensier, dans le péristyle de Joinville, Victor Louis édifie une autre petite salle destinée à présenter les spectacles de marionnettes de Sieur Delomel, tourneur sur bois.

montensier-petits-comediens-1784 Placée sous la protection du comte de Beaujolais, la troupe prend alors le nom de « Petits Comédiens de son Altesse Sérénissime Monseigneur le comte de Beaujolais » (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué). Inaugurée le 23 octobre 1784, la salle devient le théâtre de Beaujolais et peut accueillir jusqu’à 800 spectateurs. Les marionnettes sont remplacées par des enfants mimant les rôles pendant que des adultes parlent et chantent depuis les coulisses. La troupe se compose alors de 42 acteurs et chanteurs, 20 danseurs et 20 musiciens. Son succès gênant, en 1788, un décret interdit d’employer deux comédiens pour le même rôle et de chanter ou parler depuis les coulisses ; Delomel perd ainsi son commerce. La salle est rachetée le 17 juin 1787 par Desmarets qui la cède deux ans plus tard à Marguerite Brunet dite Melle Montansier dont le portrait orne le foyer.

Après deux ans de travaux, cette femme d’affaire redoutable inaugure sa nouvelle salle le 12 avril 1790 avec Les Epoux mécontents, opéra en quatre actes de Dubuisson et Storace. La Montansier propose des opéras comiques et des comédies aux titres évocateurs, comme Le Sourd ou l’Auberge pleine de Desforges. Durant la Révolution, le théâtre change souvent de nom : théâtre Montansier, théâtre du Péristyle du jardin Egalité, théâtre de la Montagne, Montansier-Variétés et Variétés. Le succès est tel que la directrice se permet de fermer le théâtre, d’acheter les terrains environnants et fait agrandir le bâtiment. Il rouvre en 1793 sous le nom de Théâtre National. Son salon est fréquenté par toutes les célébrités de l’époque, suscitant haines et jalousies. Melle Montansier est accusée de conspiration contre le Gouvernement révolutionnaire et de recel d’armes. Elle est arrêtée le 15 novembre 1793 et emprisonnée. Le théâtre est donné à la troupe de l’Opéra, devenant le Théâtre du Péristyle du Jardin Egalité. Libérée après dix mois de détention, la Montansier reprend son théâtre et y fait revenir la jeunesse. En 1806, Joseph Fouché, ministre de la police, oblige Marguerite Brunet à quitter les lieux (sous l’influence des Comédiens-Français). Melle et sa troupe obtiennent l’autorisation de l’empereur (un de ses amis, du temps où il n’était que Bonaparte) de se faire construire un nouveau théâtre boulevard Montmartre, qui deviendra le théâtre des Variétés. La salle du Palais-Royal est louée successivement à des acrobates, des funambules et des dresseurs de chiens, avant de fermer en mai 1812. De 1812 à 1820, le Café de la Paix s’y installe, offrant quelques distractions légères à ses clients. En 1830, Charles Contat-Desfontaines dit Dormeuil (le portrait côtoie celui de Melle Montansier dans le foyer) obtient l’autorisation d’exploiter à nouveau la salle du Palais-Royal en tant que théâtre. La reconstruction est confiée à Louis Régnier de Guerchy. Architecte à qui nous devons l’encorbellement surplombant la rue de Montpensier. Le théâtre du Palais-Royal est inauguré le 6 juin 1831 et se spécialise dans les pièces de boulevard. Durant les cinq premières années, il fait jouer 150 vaudevilles qui se soldent par 150 échecs. Il faut attendre 1838 et la découverte de M. de Coylin, de Paul de Kock et d’Eugène Labiche pour voir le théâtre nouer avec le succès. En 1851, le compositeur Hervé devient le chef d’orchestre du Palais-Royal, nouveau succès. En 1859, Dormeuil fait découvrir les textes de Victorien Sardou. Dès 1863, le talent moqueur de Hortense Schneider illumine la scène, grâce aux œuvres du trio emblématique du Second Empire : Jacques Offenbach, Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Trois ans plus tard, Offenbach triomphe avec La Vie parisienne. Après la guerre de 1870, le théâtre connaît des temps difficiles. Offenbach meurt, Labiche n’écrit plus, Dormeuil démissionne. La nouvelle direction confie les travaux de restauration à l’architecte Paul Sédille en 1880.

Il orne le foyer de vastes peintures murales, il redécore la salle dans le style néo-Louis XV, tout en dorure et cristal, et aménage l’escalier de secours en façade (afin de ne pas modifier l’intérieur), sous forme de passerelles métalliques revêtues de mosaïques.

Mussay, alors directeur, fait découvrir le talent de Georges Feydeau : Monsieur Chasse, Le Système Ribatier, Un Fil à la patte, le Dindon… Dès 1909, et jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’auteur dramatique Gustave Quinson prend la direction du théâtre. Il collabora avec des auteurs comme Yves Mirande, Tristan Bernard, Pierre Veber et Albert Willemetz. Il fait découvrir les talents de Mistinguett, Yvonne Printemps, Raimu, Hennequin, Denise Grey, Michel Simon. L’ère de Jean de Létraz, auteur comique, commence dès 1939. Il fait jouer au théâtre ses pièces comme Descendez, on vous demande, Les surprises d’une nuit de noce, La mariée en a deux, Occupe-toi de mon minimum ou la Pucelle d’Auteuil. A sa mort en 1954, son épouse lui succède à la direction. Simone de Létraz fait appel à la Compagnie Jacques Fabbri, puis à la Compagnie Renaud Barrault pour jouer les œuvres posthumes de son époux, ainsi que d’anciens succès tels que la Vie parisienne. Le succès est essentiellement dû aux comédiens : Suzy Delair, Micheline Dax, Simone Valère, Pierre Bertin, Jean Desailly, Jean Parédes, Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. En 1965, Simone de Létraz abandonne la direction du théâtre au profit de Jean-Michel Rouzière. Les succès vont dès lors se succéder. Rouzière décide de rendre hommage à sa voisine, Colette, en faisant jouer Gigi. Assassins associés de Robert Thomas est mis en scène par Jean Piat avec Denise Grey dans le rôle principal. Zizi Jeanmaire est éblouissante dans le rôle de la Môme Crevette. En 1968, Pierre Dux met en scène Désiré de Sacha Guitry avec Marie Daems et Robert Lamoureux, puis la Facture de Françoise Dorin avec Jacqueline Maillan. En 1969, Jean Marais reprend le rôle du Maître dans l’Amour masqué de Sacha Guitry. En 1972, Louis de Funès revient au théâtre avec Oscar de Claude Magnier. Le 5 février 1973 a lieu la première de la Cage aux Folles de Jean Poiret, mise en scène par Pierre Mondy avec Michel Serrault dans le rôle principal. Le succès est tel que la pièce se joua durant six ans à guichet fermé. En 1978, Michèle Morgan et Pierre Mondy s’illustrent dans une comédie de Françoise Dorin, le Tout pour le Tout. Maria Pacôme, Nicole Calfan, Odette Laure et Jean Poiret leur succèdent dans Joyeuses Pâques. En 1983, c’est au tour de Jean-Pierre Cassel et Anny Duperey d’égayer le théâtre avec La Fille sur la banquette arrière de Bernard Slade. Depuis les directions se succèdent et les artistes continuent de faire pleurer de rire les spectateurs.

La fontaine Molière

La fontaine Molière remplace la fontaine Richelieu qui, alimentée par la pompe à eau de Chaillot, était une des quinze fontaines dont la mise en place avait été ordonnée en 1671 par un arrêt du Conseil. Elle s’appuyait contre l’ancien n°43 qui formait un angle très aigu à la rencontre des rues Richelieu et Traversière, masquant ainsi le débouché de la rue du hasard (l’actuelle rue Thérèse). En 1838, le conseil municipal de Paris décida la suppression de cet angle pour dégager la circulation et rendre plus accessible le débouché de la rue du Hasard. Joseph Régnier, sociétaire de la Comédie-Française, saute sur cette occasion pour relancer le projet d’élever un monument à la gloire du dramaturge Molière, mort à quelques rues de là. Il écrit au préfet de la Seine pour demander le remplacement de l’effigie allégorique de la future fontaine par celle de Molière, statue qui serait financée par une souscription nationale. Proposition acceptée. Edifiée en 1844, la fontaine Molière est le premier monument commémoratif parisien qui ne soit pas dédié à un souverain.

Construite par l’architecte Louis Visconti et l’entrepreneur Antoine Vivenel, elle forme trois panneaux percés chacun d’une niche centrale. La niche principale, au nord, est encadrée d’un large portique surmonté d’un fronton circulaire, abritant un Amour assis sur des guirlandes.

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Fronton soutenu par deux paires de colonnes cannelées corinthiennes, encadrant la niche qui abrite un Molière en bronze, œuvre du sculpteur Bernard Gabriel Seurre, fondue par Eck et Durand, assis la plume à la main.

Deux allégories féminines en marbre, la Comédie sérieuse et la Comédie légère, s’accoudent contre le piédestal ; elles sont l’œuvre de Jean-Jacques Pradier. Elles tiennent chacune un parchemin où sont inscrites les œuvres du dramaturge. A leurs pieds, trois mascarons à têtes de lion crachent leur eau dans une vasque semi-octogonale. Une médaille commémorative de l’inauguration de la fontaine Molière fut exécutée par le graveur François Augustin Caunois en 1844 ; un exemplaire est conservé au musée Carnavalet.