Hôtel de Rohan

C’est sur trois parcelles de terrain que lui avaient cédés, en 1705, ses parents, que le cardinal Armand-Gaston Maximilien de Rohan, évêque de Strasbourg, fit construire sa résidence. Grand amateur d’art, il fit appel pour la construction de sa demeure à Pierre Alexis Delamair. Commencés en 1705, les travaux de l’hôtel de Rohan furent terminés en 1708. De 1714 à 1736, le cardinal acquit plusieurs parcelles, au nord de la cour d’honneur de son palais, pour aménager de vastes écuries (52 stalles). A sa mort en 1749 l’hôtel passa à son petit-neveu, Armand de Rohan-Soubise, cardinal de Soubise. C’est lui qui termina la cour des écuries sous la direction de l’architecte Saint-Martin, et qui fit décorer les appartements de l’hôtel avec faste. Après lui vient en 1756, Louis-Constantin de Rohan-Montbazon, ancien capitaine de vaisseau, entré dans les ordres, évêque-prince de Strasbourg en 1756, cardinal en 1761, qui meurt en 1779. Ce dernier a pour successeur à l’hôtel de Rohan et à l’évêché de Strasbourg son cousin, Louis-René Edouard de Rohan, qui sera cardinal et Grand aumônier de France. Son nom est resté attaché à la déplorable affaire du Collier de la Reine dans laquelle il fut compromis et qui lui valut d’être embastillé puis exilé.

Sous la Révolution, l’hôtel de Rohan est mis sous séquestre et le mobilier dispersé, notamment la très riche bibliothèque, disposée au rez-de-chaussée, dont une partie se trouve aujourd’hui rassemblée à la Bibliothèque de l’Arsenal. En vertu du décret impérial du 6 mars 1808, l’Etat acheta l’hôtel de Rohan pour y installer l’Imprimerie impériale. Cette occupation fut extrêmement préjudiciable à l’hôtel. Resserrée au début de son implantation dans le quadrilatère de l’hôtel de Rohan, sur un terrain de 8 000 m², l’imprimerie ne cesse de s’agrandir sur toutes les parcelles encore vierges de bâtiments, allant jusqu’à couvrir plus de 10 000 m² vers 1920. Le jardin de l’hôtel est alors couvert d’ateliers, qui masquent sa façade occidentale, au niveau du rez-de-chaussée. Les espaces intérieurs de l’hôtel sont utilisés comme bureaux. Une grande partie des boiseries sont alors déposées, l’escalier d’honneur est en quasi-totalité déconstruit pour permettre l’installation de bureaux à son emplacement. L’imprimerie nationale finit par manquer d’espace, dans des locaux inadaptés à ses activités. Lorsque l’imprimerie quitte les lieux en 1927 pour s’installer dans les locaux construits pour elle rue de la Convention, le directeur des Archives de France, Charles-Victor Langlois, bataille pour sauver l’ensemble et le faire attribuer aux Archives nationales. A cet effet, il publie dès 1922 un historique et un descriptif détaillés des lieux.

Le 25 novembre 1926, le Sénat adopte l’article unique d’une loi qui sauvait l’hôtel de Rohan de la destruction. La loi est enfin promulguée le 4 janvier 1927, puis le décret d’affectation aux Archives nationales est signé le 22 janvier 1927. Les bâtiments de l’hôtel furent l’objet d’une restauration exemplaire conduite entre 1928 et 1938 par l’architecte Robert Danis. Le palais rénové est inauguré le 30 mai 1938 par le président de la République Albert Lebrun. Le Minutier central des notaires de Paris s’installa dans l’hôtel de Rohan, en 1932. La dépose et la mise à l’abri en septembre 1939, dans les caveaux du Panthéon, des éléments majeurs des décors du XVIIIe siècle de l’hôtel de Rohan et leur repose en 1946, ont sans doute permis, outre leur sauvetage pendant la guerre, d’assurer leur restauration et leur mise en valeur à l’issue de celle-ci. Depuis la Seconde Guerre mondiale, bien des agrandissements et des modifications ont été programmés par les directeurs généraux successifs des Archives de France, sans jamais porter atteinte au site urbain constitué par les deux hôtels et leur jardin central. A la demande de Charles Braibant, l’architecte Charles Musetti est ainsi appelé à bâtir un bloc de magasins le long du jardin, venant compléter le plan inachevé des architectes de la Monarchie de Juillet. Il édifie ensuite, entre 1962 et 1968, à la demande d’André Chamson, deux ailes basses en équerre joignant l’hôtel de Rohan à l’hôtel de Jaucourt récemment acquis. Enfin c’est encore lui qui dote les archives des premiers équipements techniques indispensables : ateliers photographiques, atelier de microfilmage.

Par la porte cochère ouvrant dans une demi-lune, on accède à la cour d’honneur en hémicycle, bordée de chaque côté d’ailes basses et fermée au fond par la haute façade de l’hôtel, assez étroite et très sobre. Sur toute la hauteur du bâtiment (un étage plus un attique), les trois baies centrales forment un avant-corps, ponctué de refends aux angles et autour des ouvertures cintrées du rez-de-chaussée. Trois mascarons ornent les clefs et, au niveau de l’attique, de beaux attributs guerriers sont sculptés dans un style vigoureux. Le fronton qui couronne l’avant-corps a perdu sa décoration centrale. Les bâtiments de service plus bas, sont surmontés d’un comble en brisis. L’axe de cette façade sur cour présente la particularité d’être décalé vers le sud par rapport à celui de la façade sur jardin, plus développée.

Par un passage à droite, on pénètre dans la cour des écuries, dite encore des Chevaux-du-Soleil, de plan carré, en raison du superbe haut-relief qui surmonte la porte monumentale. Pour la porte principale des écuries, percée entre deux abreuvoirs, l’architecte Delamair propose un motif monumental à l’inspiration mythologique et à l’esthétique versaillaise (1735) : les serviteurs d’Apollon abreuvent les chevaux du char de leur maître après leur course ardente. Composition mouvementée qui s’inscrit admirablement dans l’architecture. De là, on accède à une seconde petite cour dont les bâtiments, appelés hôtel de Boisgelin, ouvrent sur la rue des Quatre-Fils.

Sur le jardin, la longue façade est une réussite exemplaire de l’art classique. L’architecte opte pour la solution la plus majestueuse, avec un développement sur treize travées et trois niveaux, un avant-corps central à colonnes, large de trois travées de baies cintrées, surmonté d’un fronton triangulaire. Les deux travées de chaque extrémité sont légèrement en retrait afin de donner plus de relief à cette longue façade. Les trois ordres se superposent dans l’avant-corps à colonnes. Une frise sculptée de triglyphes et de métopes figurant des trophées, court sur toute la longueur de l’édifice, sous les fenêtres du premier étage. Les angles et les baies cintrées sont soulignés de refends. Comme celui de la façade sur cour, le fronton a perdu son ornementation. Les façades du bâtiment principal de l’hôtel de Rohan sont classées au titre des monuments historiques depuis le 27 novembre 1924.

Les archives nationales

Enfin, le propriétaire réorganise l’intérieur de l’hôtel de Soubise en séparant appartements de parade et appartements privés en enfilade. En 1732, à l’occasion de son remariage avec Marie-Sophie de Courcillon, jeune veuve de 19 ans (dont il est l’aîné de plus de 40 ans) et fille de Philippe de Courcillon de Dangeau, Hercule-Mériadec, fils et héritiers de François de Rohan-Soubise, entreprend de mettre au goût du jour les appartements de l’hôtel. Il fait appel au célèbre architecte Germain Boffrand qui complète l’enfilade des salons par un pavillon ovale, permettant l’articulation avec les appartements privés de l’aile nord en retour. A partir de 1736, Boffrand porte tous ses efforts sur le décor intérieur en faisant appel aux meilleurs artistes de son temps : François Boucher, Charles Natoire et Carle van Loo. Les appartements comptent parmi les plus beaux exemples du style rocaille, où la richesse ornementale de la ligne courbe s’allie à l’harmonie des ors et des couleurs, dans le respect de l’équilibre et de la convenance. Tandis que le rez-de-chaussée est dévolu à Hercule-Mériadec et célèbre avec une certaine sobriété les vertus des princes de la Maison de Rohan, le premier étage chante avec éclat, quant à lui, la beauté et la jeunesse de la princesse de Soubise. Aujourd’hui, seule une partie des salons a pu être restituée dans sa splendeur, l’autre ayant été détruite et le mobilier d’origine ayant disparu.

On entre dans l’hôtel par un vestibule dont très peu d’éléments du décor originel ne subsistent. Deux médaillons à l’antique d’empereurs romains entourés de trophées d’armes, casques et cuirasses, se trouvent au-dessus des anciennes portes latérales. Celle de droite donnait au XVIIIe siècle accès aux appartements du prince et ouvrait sur une enfilade de trois pièces, le long des baies ensoleillées donnant sur le jardin. Elles conduisaient à la chambre d’apparat du prince. 

La première pièce est une antichambre qui sert désormais de salle d’exposition et qui servait à l’époque de Boffrand de salle d’attente et de réception. En 1902, les deux pièces sont réunies et deviennent la salle de lecture des Archives nationales, jusqu’à l’ouverture du CARAN en 1988. Elle est alors garnie de boiseries inspirées des projets du sculpteur ornemaniste Jacques-Louis Herpin. Ces boiseries sont aujourd’hui dissimulées derrière des cimaises d’exposition.

On rejoint ensuite la chambre d’audience et la chambre d’apparat du prince. On attribue aux sculpteurs Lambert-Sigisbert Adam et Jean-Baptiste II Lemoyne les bas-reliefs des médaillons ornant les lambris : du côté de l’alcôve les allégories du Discernement et de La Richesse, et du côté des fenêtres, celles de La Vérité et de la Gloire. L’or n’apparaît qu’aux bordures des glaces et des peintures. Celles-ci représentent, en-dessus-de-porte, Aurore et Céphale (François Boucher en 1739) et Mars et Vénus (Carle van Loo en 1738), et du côté de l’alcôve, Neptune et Amphitrite (Jean Restout en 1736) et l’Hymen d’Hercule et d’Hébé (Charles Trémolières en 1738). Des motifs héraldiques ornent la corniche. Cette pièce sert régulièrement pour des concerts et des journées d’étude.

La porte dissimulée sous la tenture de l’alcôve de la chambre d’apparat du prince donne accès au « petit cabinet des livres », qui a conservé ses boiseries datant vraisemblablement de 1735-1740. Au début du XVIIIe siècle, cette pièce servait plutôt de garde-robe où dormait le valet de chambre du prince. C’est le dernier propriétaire, le maréchal Charles de Rohan, prince de Soubise, qui le transforme en bibliothèque. Deux camaïeux bleus de François Boucher, la Chasse et la Pêche, ornent les médaillons de chaque côté de trois grands placards. La cheminée, en marbre de Rance, est la seule de l’hôtel de Soubise qui soit d’origine. Au XIXe siècle, cette pièce sert de bureau aux architectes des Archives puis aux professeurs de l’Ecole de Chartes et enfin au conservateur du musée.

Le salon du prince a été construit et aménagé lors de la grande campagne dirigée par Boffrand, à partir de 1735. Entre les arcades du salon se trouvent huit grands bas-reliefs représentant des allégories des sciences et des arts. Quatre d’entre eux sont dus à Lambert-Sigisbert Adam, la Poésie et les Arts plastiques, la Musique, la Justice, l’Histoire en présence du Temps et de la Renommée. Les quatre autres, la Fable et la Vérité, l’Arithmétique, l’Astronomie, l’Epopée et la Tragédie ont été sculptés par Lemoine. Conçu comme un salon « frais », il ouvrait sur les jardins et servait de salon de musique, art dont les Soubise se firent les promoteurs. En effet, en 1762, le maréchal de Soubise demande à son ami le compositeur François-Joseph Gossec de créer le « concert des Amateurs ». Avec 70-80 musiciens, cet ensemble a une dimension symphonique, fait exceptionnel pour l’époque. Le chevalier de Saint-Georges prend ensuite la succession de Gossec et la foule se presse pour entendre l’orchestre dirigé par le professeur de musique personnel de la reine Marie-Antoinette.

Le salon communique avec le grand cabinet du prince dont ne subsiste du décor original que la corniche. Sont accrochés en-dessus-de-porte Jupiter et Junon (Van Loo en 1737) et la Dispute de Minerve et Neptune (Restout en 1738).

L’hôtel de Soubise respecte la tradition des appartements privés de la maîtresse de maison situés à l’étage, où ils disposent d’une plus belle vue sur le jardin et sont mieux chauffés l’hiver car plus bas de plafond et mieux exposés au soleil. On accède aux appartements de la princesse par un grand escalier reconstruit en 1844. Son plafond peint par Armand Marie Félix Jobbé-Duval représente la France arrachant ses archives à la nuit des temps (1877-1881).

On accède tout d’abord à la salle des gardes, pièce qui, au XVIe siècle, permettait aux Guise d’accueillir leur importante clientèle parisienne et fut l’un des hauts lieux de rassemblement de la Ligue catholique pendant les guerres de Religion. Elle était richement décorée de tableaux et de luxueuses tapisseries, dont celles des Chasses de l’empereur Maximilien tissées d’après des cartons de Bernard van Orley et conservées aujourd’hui au musée du Louvre. Au XVIIIe siècle, la salle conserve les mêmes proportions mais prend le nom de « grande antichambre », « galerie » ou « grande salle ». On pénètre dans les appartements de la princesse par cette longue salle présentant une galerie de portraits d’ancêtres, de rois et de membres de la famille de Rohan-Soubise (actuellement en rénovation). Entre 1808 et 1865, la salle des gardes héberge momentanément le Trésor des chartes. Depuis 1970, cette vaste salle sert à accueillir les expositions temporaires des Archives nationales.

On entre ensuite dans la salle d’assemblée. Cette pièce a conservé un moulage de sa corniche décorée dans les angles de reliefs figurant les Quatre parties du monde. Les tableaux des dessus-de-porte, qui proviennent de la petite chambre de la princesse, représentent Vénus à sa toilette (van Loo en 1738) et Vénus au bain (Boucher en 1738). La présentation actuelle se veut une évocation de l’œuvre fondatrice des premiers directeurs des Archives. Des vitrines de bois noirci aux appliques de bronze furent spécialement conçues pour l’inauguration du musée en 1867. C’est dans ces mêmes vitrines que sont aujourd’hui présentés les fac-similés de 14 grands documents de l’histoire de France.

La pièce suivante est la chambre d’apparat de la princesse, présentée telle qu’elle fut conçue pour sa seconde épouse d’Hercule-Mériadec, la jeune Marie-Sophie de Courcillon. C’est dans cette pièce que s’exerce avec le plus d’éclat la volonté de représentation des Soubise, calquée sur l’exemple versaillais. En tant que princes étrangers, plus haut rang de la Cour après celui de prince de sang, les Soubise jouissaient du privilège de posséder une balustrade derrière laquelle était installé le lit de parade. Le précieux décor des boiseries est attribué au sculpteur ornemaniste Jacques Verbeckt.

Les médaillons dorés des lambris représentent les amours de Jupiter avec Callisto, Sémélé, Europe et Io tandis que ceux des angles de la corniche sont consacrés aux figures de Danaé, Léda, Ganymède et Hébé.

Sur les côtés, des groupes en stuc blanc sont sculptés par Nicolas Sébastien Adam : Bacchus et Ariane (l’ivresse et la musique), Diane et Endymion (la chasse), Minerve et Mercure (la puissance) et Vénus et Adonis (le commerce amoureux). Les dessus-de-porte représentent les Grâces président à l’éducation de l’Amour (Boucher en 1738), et Minerve enseignant à une jeune fille l’art de la tapisserie (Trémolières en 1737). Sur le damas rouge de l’alcôve ont été accrochées deux pastorales de Boucher, la cage et la Guirlande, jadis placées dans la salle d’audience du prince.

On entre ensuite dans la pièce la plus remarquable de l’hôtel, le salon de la princesse, chef-d’œuvre de Germain Boffrand et Charles Natoire. Sa forme ovale a permis à l’architecte de façonner un joyau décoratif où stucs, boiseries sculptées et peintures s’unissent pour abolir toute discontinuité de l’espace. Sur le plan horizontal, le rythme est donné par les grandes arcades des baies, portes et miroirs alternant avec des panneaux de boiserie blanc et or.  Sur le plan vertical, la jonction avec le plafond se fait sans rupture en suivant les courbes et contre-courbes des lambris et des cadres chantournés des « panaches » dans lesquels sont insérées les toiles de Natoire jusqu’aux ondulations de la corniche et aux nervures de la volière se détachant sur le plafond bleu de ciel. Les huit peintures (1737-1739) sont consacrées au mythe de Psyché dont les épisodes sont contés dans l’ordre chronologique : Psyché recueillie par Zéphir, Les Nymphes accueillent Psyché avec des fleurs au seuil du palais de l’Amour, Psyché montre ses trésors à ses sœurs, Psyché contemple son époux endormi, Les Nymphes retirent de l’eau le corps inanimé de Psyché, Psyché chez les bergers, Psyché défaille de frayeur devant Vénus, et Psyché ravie au ciel par l’Amour.

La petite chambre à coucher de la princesse où celle-ci couchait réellement, est située dans le bâtiment ajouté par Boffrand. Elle communique avec le salon par une porte dissimulée dans la boiserie et avec la chambre de parade par une porte sous tenture. Les quatre dessus-de-porte proviennent d’une salle de compagnie, dans les appartements des enfants du prince aujourd’hui détruits, dans lesquels figurent L’amitié de Castor et Pollux (van Loo en 1738), la Discrétion et la Prudence (Restout en 1737), les Caractères de Théophraste ou la Sincérité (Trémolières en 1737) et Mercure donnant des leçons à l’Amour (Boucher en 1738). Sont également placés sur les murs plusieurs autres dessus-de-porte provenant d’appartements démolis : Apollon enseignant à l’Amour à jouer de la lyre (Restout en 1737), Diane désarmant l’Amour (Trémolières en 1737), Paysage au pêcheur (Trémolières en 1738), Paysage au moulin (Boucher en 1739), Phébus et Borée (Restout en 1738) et le Bûcheron et Mercure (van Loo). La corniche est ornée d’enfants, de cartouches cynégétiques et de médaillons représentant Les Quatre éléments.

L’ancienne salle de dais de la princesse a conservé sa corniche armoriée portant les chiffres RS des Rohan-Soubise dans les angles. La suite des appartements privés a été détruite entre 1860 et 1870 pour édifier les bâtiments abritant les Grands dépôts des archives. Cette pièce est aujourd’hui consacrée à des présentations temporaires de documents d’archives, orignaux ou fac-similés.

La salle dite « Empire » a été créée au XIXe siècle à l’emplacement de plusieurs petites pièces des appartements rivés de la princesse de Soubise, dont l’ancienne chambre à coucher de la princesse Anne Geneviève de Lévis Ventadour, première femme d’Hercule-Mériadec, morte ici même en 1727. Meublée en 1882 de placards de chêne à l’instar des rayonnages des Grands dépôts, elle est d’abord destinée à l’exposition de différents objets historiques et de pièces à conviction provenant de grands procès criminels. En 1939, elle devient galerie permanente d’exposition pour les documents du Premier Empire, d’où son appellation. Il y est montré actuellement une collection de boîtes utilisées pour conserver les archives de la fin du Moyen Age au XXe siècle. A partie de 2013, cette présentation provisoire est développée et les Archives nationales offrent aux visiteurs une immersion dans une salle reconstituée des Grands dépôts.

Centre d’Accueil et de Recherche et des Archives Nationales

Projet et conception

Les Archives nationales disposaient de plusieurs salles de lecture, dispersées sur tout le site, et qui avaient été mises en service au fur et à mesure de l’accroissement du lectorat (250% en 20 ans). Cette situation était peu satisfaisante et certaines salles ne présentaient pas les garanties de confort et de sécurité requises. Dès sa nomination comme directeur général des Archives de France en 1975, Jean Favier décida de créer un espace unique pour la consultation des documents, à l’exception des cartes et plans. Dès 1976, Claude Aureau (architecte des Archives nationales de 1978 à 1986) élabora un projet pour la construction de ce nouveau bâtiment. Il consistait à prolonger la façade de l’hôtel dit de Boisgelin en ouvrant les services du public sur les jardins de Rohan. Mais il fallut attendre six ans avant que ce projet soit mis en œuvre. En 1982, le ministre de la Culture Jack Lang accepta le projet de création du CARAN. Celui-ci devait bien sûr répondre à un certain nombre de contraintes. Tout d’abord, les Archives nationales s’élèvent dans le secteur sauvegardé du Marais. Il fallait donc construire sur la rue des Quatre-Fils une façade capable de s’intégrer entre l’hôtel dit de Boisgelin et l’alignement des Grands dépôts datant de Napoléon III. L’accès des visiteurs vers le jardin de Rohan devait respecter la sécurité des Archives. Le concours d’architecte fut ouvert en 1983. Claude Aureau, écarté de la compétition, présida le jury qui retint en mai trois candidats : Stanislas Fiszer, Daniel Kahane et Fernand Pouillon. A l’issu de la phase d’affinage du projet, le projet du professeur à l’Ecole d’architecture de Nancy, Stanislas Fiszer, fut retenu.

Chantier

La conduite du chantier fut complexe. Il fallut démolir de vieux édifices et construire un réseau de galeries souterraines qui relieraient le CARAN aux magasins d’archives. Au niveau du premier sous-sol, un réseau de galeries souterraines relia ainsi l’ensemble des dépôts. Une fois les démolitions achevées, la construction du nouveau bâtiment fut lancée en mars 1986 et dura deux ans. Le bâtiment fut inauguré le 23 mars 1988 par François Léotard, alors ministre de la Culture.

Le CARAN se compose d’un bâtiment principal, le « grand CARAN », proche des Grands dépôts, comprenant les équipements collectifs, et d’un bâtiment annexe le « petit CARAN », relié au principal au niveau du premier étage et réservé aux services spécialisés. A l’extérieur, Fiszer harmonisa le CARAN avec la couleur de la pierre des bâtiments voisins. En avant de la façade sur le jardin, pour témoigner de l’histoire du site, une ancienne porte monumentale du hangar des machines de l’imprimerie nationale fut installée.

A l’intérieur, le CARAN comporte deux niveaux principaux de sept mètres de hauteur, recoupés de manière asymétrique par des mezzanines et formant ainsi quatre niveaux et deux sous-sols. Le hall d’accueil est éclairé par les larges baies donnant sur le jardin de Rohan. Dans la conception d’origine, une salle des inventaires, située au niveau de la mezzanine, permettait de mettre à la disposition des chercheurs les instruments de recherche des Archives nationales, des services publics d’archives français, voire de services d’archives étrangers. La salle de lecture au premier étage offrait plus de 300 places pour la consultation des documents d’archives. Toute la circulation des documents s’effectue ainsi de manière rationnelle entre les dépôts et la salle de lecture dans les meilleures conditions de sécurité. Au 3e étage, la salle des microfilms offrait l’accès à 120 appareils de lecture. Le petit CARAN abritait la salle de consultation des sceaux, le Centre d’onomastique et l’unité de recherche du CNRS consacrée à la topographie parisienne.

Rénovations

Le CARAN fit l’objet de nouveaux travaux de réaménagement des espaces d’accueil et de communication de 2001 à 2005. Ces travaux visaient à développer la surface de stockage des documents en instance de communication, à élargir le guichet de délivrance des documents et à moderniser les infrastructures de la salle de lecture. Depuis 2013, mais surtout depuis le transfert d’une partie des documents du site parisien des Archives nationales vers le nouveau site de Pierrefitte-sur-Seine, la consultation des inventaires s’effectue au second étage, dans le même espace que la consultation des documents originaux. Les trois centres de sigillographie, onomastique et topographie parisienne accueillent leurs chercheurs au premier étage.

Œuvres d’art

1% du coût des travaux de rénovation fut consacré à la commande d’œuvres d’art spécialement conçues pour être intégrées au bâtiment. Ivan Theimer a conçu le relief en bronze des Quatre-Fils, encastré dans la façade, dans la rue éponyme.

Adalberto Mecarelli, sculpteur et spécialiste des jeux de lumière, a créé une pyramide très élancée, placée sous la rotonde d’entrée de telle sorte que les ombres portées prolongent dans l’espace la signification du volume. Pierre Gaucher, ferronnier d’art, a travaillé sur les quatre grilles donnant sur la rue et sur le jardin de Rohan. De fabrication industrielle, elles ont été modifiées par des assemblages de barreaux et de nœuds en fer plat. Maxime Old a conçu le prototype des sièges en bois massif de la salle de lecture.

Hôtel de Soubise

En 1371, Olivier de Clisson, qui succèdera au connétable de France Bertrand Du Guesclin, entreprend la construction d’un hôtel particulier sur les terrains qu’il vient d’acquérir à l’extérieur des remparts de Philippe Auguste.

De ce premier hôtel n’est conservée aujourd’hui que la porte fortifiée avec ses tourelles en encorbellement coiffées en poivrières donnant sur la rue des Archives.

De 1420 à 1435, l’hôtel fut la résidence de Thomas de Lancastre, duc de Clarence puis celle de Jean de Lancastre, duc de Bedford. Un temps propriété de la famille d’Albret, l’hôtel fut acquis par Anne d’Este, petite fille de Louis XII et femme de François de Lorraine, duc de Guise. Le 14 juin 1553, le vieil hôtel de Clisson devenait hôtel de Guise pour 135 ans. Aussitôt, les Guise entreprirent des travaux pour moderniser et embellir leur nouvelle demeure. Ils firent appel aux meilleurs artistes. Si l’hôtel avait gardé son aspect extérieur médiéval, plutôt austère, les aménagements intérieurs en étaient luxueux. De l’édifice du XVIe siècle subsistent seulement les baies en plein cintre ouvrant sur le côté nord de la chapelle, ainsi que les murs de l’ancienne salle des gardes, connus pour avoir accueilli les « ligueurs » du parti catholique pendant la guerre de Religion. Au XVIIe siècle, l’hôtel devient, avec Marie de Guise, une joyeuse place parisienne : des fêtes royales y sont données. Dernière héritière de la famille, Marie de Guise meurt sans enfant en 1688. Sa succession fut longue et difficile. L’hôtel passa à ses plus proches parentes, la princesse de Condé (Anne-Marie Victoire de Bourbon) et la duchesse de Hanovre.

Le 27 mars 1700, les deux princesses vendent l’hôtel de Guise à François de Rohan-Soubise et Anne de Rohan-Chabot, son épouse, pour la somme de 326 000 livres (soit près de 5,5 millions d’euros actuels). La vieille demeure des Guise leur parut bien malcommode. Les travaux furent confiés en 1704 à Pierre-Alexis Delamair. En 1705, afin de donner au palais une entrée prestigieuse, il change l’orientation de l’hôtel de Soubise en plaquant une nouvelle façade de style classique contre l’ancienne aile sud qui abritait un manège, où les chevaux arrivaient par une petite porte, à côté de la grande écurie bordant le long jardin.

Cette façade présente un avant-corps de trois travées entre lesquelles se superposent deux étages de doubles colonnes. Le fronton triangulaire qui le couronne a perdu les belles armoiries qui en décoraient le centre. A l’étage, les fenêtres sont encadrées de colonnes à chapiteaux corinthiens. Sur les rampants, on voit encore la Gloire et la Magnificence, œuvres de Robert Le Lorrain. Les quatre groupes d’enfants disposés aux angles du toit, symbolisant les Génies et les Arts, sont du même sculpteur, comme l’étaient avant d’être remplacés par des copies, les Quatre Saisons placées entre les fenêtres du premier étage.

L’architecte construit une cour d’honneur en hémicycle (longue de 62 mètres entre le porche et le perron) entourée d’un péristyle de 56 colonnes couplées à chapiteaux composites orné d’une balustrade à jour, ouvrant par une demi-lune sur l’actuelle rue des Francs-Bourgeois.

Delamair, tombé en disgrâce en 1709, fut remplacé par le déjà célèbre Germain Boffrand. L’hôtel de Soubise connaît alors une période splendeur. Le prince Hercule-Mériadec de Rohan-Soubise hérite en 1712 et l’occupe jusqu’à son décès en 1749. Son petit-fils Charles de Rohan-Soubise, maréchal de France, lui succède. En 1761, il donne la nue-propriété du palais à sa seconde fille, Victoire de Rohan et à l’époux de celle-ci, son cousin, Henri-Louis Marie de Rohan, prince de Guéméné. Après le départ précipité du prince et de ses enfants à l’étranger, lors de la Révolution, l’hôtel de Soubise est saisi. La princesse, restée en France, se retire en son château de Vigny (dans le Val-d’Oise). Dans les premiers temps, l’hôtel sert de dépôt de munitions ; 25 tonnes de poudre prises à la Bastille y sont entreposées le 16 juillet 1789. L’hôtel est détourné de ses usages princiers, et utilisé, durant une quinzaine d’années, pour diverses activités : bureau des contributions directes, filature enfin caserne de hussards, qui le mettent dans un triste état. L’hôtel put être récupéré par les créanciers des Rohan qui le mirent en vente. Le 6 mars 1808, les deux hôtels sont acquis par l’Etat. Napoléon 1er affecte l’hôtel de Soubise aux Archives impériales et l’hôtel de Rohan à l’Imprimerie impériale.

Les Archives nationales continuent à occuper le site tout au long des XIXe et XXe siècles, malgré des besoins en espace de plus en plus importants, qui conduisent à la construction de long corps de bâtiment, coupant la parcelle en deux et détruisant une partie des jardins en particulier sur le côté nord du palais. Sous Louis-Philippe et Napoléon III, elles annexent quatre autres hôtels particuliers voisins : Jaucourt, Le Tonnelier de Breteuil, Assy et Rohan.

De 1846 à 1866, l’Ecole des Chartes s’y installe aussi. Au cours du XIXe siècle, les Archives nationales font bâtir une série de dépôts pour répondre à l’accroissement des fonds. Ils sont édifiés en deux temps : de 1838 à 1848 par les architectes Edouard Dubois et Charles Lelong, et de 1859 à 1880 par Hubert Janniard puis Edmond Guillaume. La première construction appelée aujourd’hui « dépôt Louis-Philippe » est bâtie dans le prolongement est de l’hôtel de Soubise. L’aménagement intérieur répond à un souci naissant de bonne conservation des archives. A peine la construction de l’aile Louis-Philippe achevée, l’institution est à nouveau à l’étroit. Sous la direction de Léon de Laborde, une 2e phase de travaux est lancée en 1859. Cette nouvelle construction longe le pavillon d’angle de l’aile Louis-Philippe et est appelée « dépôt Napoléon III ».

Ce nouveau bâtiment tente de répondre aux exigences des archivistes en matière de fonctionnalité et de conservation, et est ainsi équipé de rayonnages du sol au plafond. Au centre de l’enfilade des magasins est installée la « salle du trésor des Chartes », rassemblant l’ensemble des titres relatifs aux intérêts domaniaux et diplomatiques de la Couronne. En 1866, le caractère symbolique de la salle est renforcé par l’intégration de l’armoire de fer.

La réalisation de ce coffre-fort avait été ordonnée par l’Assemblée nationale constituante en 1792 afin de mettre à l’abri du feu et du vol les documents les plus précieux. Au XIXe siècle, cette armoire devient le conservatoire des pièces jugées les plus emblématiques de l’Histoire de France. Depuis 1996, l’armoire de fer accueille l’ensemble des textes constitutionnels de la France. Elle renferme également des pièces inestimables comme le mètre-talon et le kilogramme-étalon de 1799, le journal de Louis XVI, le Serment du jeu de paume et le texte de la loi du 20 juin 1936 instituant les congés payés. Au milieu du XIXe siècle, en plus de la construction de ces bâtiments, sont entrepris des travaux de rénovation de l’hôtel de Soubise. A cette occasion, l’ancien escalier est détruit en 1844, et remplacé en 1846 par un escalier rectiligne destiné à relier le vestibule de l’hôtel aux Grands dépôts.

Le musée des Archives nationales occupe certaines salles de l’hôtel de Soubise depuis sa création en 1867 par le marquis de Laborde, directeur général des Archives de l’Empire. Son inauguration intervient en même temps que celle des Grands dépôts dont la construction a permis de libérer et de restaurer les salons d’apparat afin d’y exposer des collections de documents. La visite du musée et des dépôts forme alors un parcours unique voué à l’initiation du public aux disciplines archivistiques et à une présentation de l’histoire à travers ses sources.