Ecole des Arts et Métiers

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Le CNAM est avec l’Ecole polytechnique et l’Ecole Normale Supérieure, une des trois créations de la Révolution française dans l’enseignement supérieur scientifique. Le CNAM possède un réseau qui s’étend partout en France et à l’étranger. Il est doté du statut de grand établissement et placé sous la tutelle du ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Le CNAM est également destiné aux cadres en activité dans l’industrie, dans les entreprises et dans les services publics qui souhaitent approfondir leurs connaissances, s’initier à de nouvelles disciplines, préparer un diplôme de bac à bac+8.

Le CNAM possède 158 centres en France métropolitaine et outre-mer, ainsi que plusieurs centres à l’international accueillant près de 9 000 étudiants (soit 10% du total), principalement au Liban (3 800 élèves), au Maghreb et en Afrique francophone (4 000), mais aussi en Asie et en Amérique. L’établissement possède au moins un campus dans chacune des régions de France. 69 000 élèves, appelés aussi auditeurs, suivent actuellement les cours du CNAM en France pour se perfectionner ou obtenir un diplôme. Parmi les 60 chaires représentées et leurs laboratoires, nombre d’entre elles ont des activités de recherche scientifique et industrielle qui situe l’établissement à la pointe de la technologie française et internationale. Cette mission de recherche se concrétise par de nombreux brevets et des rapports très proches avec le milieu professionnel. Les grands groupes français signent chaque année des projets d’expérimentation avec le CNAM.

 

Bibliothèque des Arts et Métiers

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Le réfectoire des moines (1230) est un pur joyau de l’architecture gothique rayonnante, couvert de tuiles vernissées, traditionnellement attribué à Pierre de Montreuil. Il est actuellement affecté à la bibliothèque des Arts et Métiers. Ses dimensions sont impressionnantes : 11,70 mètres de large, 42,80 mètres de long et 15 mètres de haut.

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Le réfectoire est composé de deux vaisseaux de huit travées voûtés d’ogives. Les voûtes retombent sur une rangée de sept colonnes monolithes, très élancées, cerclées d’une bague moulurée et à base octogonale. Des colonnes engagées dans les murs répondent de part et d’autre aux colonnes médianes. Les clefs, toutes différentes, sont sculptées de motifs végétaux. L’ensemble est d’une légèreté impressionnante. La lumière pénètre par une série de baies géminées percées dans le mur nord et surmontées chacune d’une rose.

arts-et-mc3a9tiers5Au fond à gauche se trouve la belle chaire du lecteur à laquelle on accède par un escalier à claire-voie, ménagé dans l’épaisseur du mur. C’est une tribune voûtée d’ogives, entourée d’un garde-corps ajouré, qui repose sur un puissant cul-de-lampe généreusement ciselé de ceps de vigne et de feuillages. Son ornementation a été très refaite au XIXe siècle. Une petite porte faisait communiquer ce réfectoire avec le cloître (disparu). Lors des restaurations de Vaudoyer, le réfectoire avait été entièrement peint de figures symboliques sur les murs et d’étoiles sur les voûtes. Tout a été décapé en 1965 ; la belle pierre est apparente.

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Petite curiosité : dans la grande salle où sont présentées les pièces du laboratoire de Lavoisier, il est amusant de se placer à un coin de la salle, tourné vers le mur, tandis qu’un comparse occupe le coin opposé dans la même position. Le moindre de ses murmures est parfaitement audible alors qu’une personne placée au centre de la pièce ne pourra rien percevoir. La légende veut que ce dispositif ait été utilisée par les moines pour confesser les contagieux.

Musée des Arts et Métiers

Le musée fut nationalisé en novembre 1789. Les collections du musée comptent actuellement près de 46 000 numéros d’inventaire. Cela regroupe environ 80 000 objets (dont 20 000 photographies) et 15 000 dessins et plans techniques formant le « portefeuille industriel ». Seuls environ 6 000 objets sont présentés dans les galeries du musée ; le reste étant conservés dans des locaux spécialement aménagés et répondant aux normes de conservation préventive, à Saint-Denis. Le musée comprend en particulier les grandes machines textiles, les machines-outils et les automates.

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Les collections

Les premières collections sont réunies à l’initiative du mécanicien français Jacques de Vaucanson (1709-1782). En 1752, ce dernier installe à l’hôtel de Mortagne, 51 rue de Charonne (11e arrdt), un cabinet de mécanique où il fait des démonstrations, notamment avec les objets qu’il a conçus et construits, comme les automates. Certains d’entre eux, comme le moulin à organiser la soie ou le métier à tisser les étoffes façonnées, sont parmi les plus anciens des collections du musée. Afin de favoriser la diffusion des savoirs techniques autrefois réservés à une élite et diffusés par le biais des corporations et métiers, la Révolution va chercher à mettre à la disposition de tous les citoyens des collections scientifiques et techniques. Claude Pierre Molard, qui avait été démonstrateur puis conservateur du prestigieux cabinet de Vaucanson, légué au roi en 1782, devient le premier administrateur du conservatoire.

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Les galeries du musée ouvrent leurs portes en mai 1802. Conformément à l’idée de l’abbé Grégoire, des démonstrateurs expliquent aux visiteurs le fonctionnement des machines. La collection va régulièrement s’enrichir, entre autres par le biais des expositions nationales des produits de l’industrie ou encore des expositions universelles, où le Conservatoire est généralement présent. La création d’un laboratoire expérimental de mécanique, au milieu des années 1850, l’installation d’une « salle des machines en mouvement » dans l’ancienne église prieurale et le développement de chaires d’enseignement technique donneront à l’institution l’occasion d’élargir le champ de ses collections. Aux instruments de mesure, toujours plus précis, s’ajouteront des modèles illustrant les perfectionnements industriels (papeterie, textile, arts du feu, génie civil, imprimerie, photographie, cinématographie, télégraphie, radiodiffusion, électricité, chemins de fer, aéronautique…). L’institution héberge, au début du XXe siècle, un musée de la prévention des risques au travail ainsi que l’Office national de la propriété industrielle, à l’origine de l’INPI. Transformé en « musée national des techniques », à la fin des années 1950, sous l’impulsion de l’historien des techniques Maurice Daumas, le musée des Arts et Métiers illustre par l’objet tous les bouleversements industriels des XIXe et XXe siècles. Tombé dans une certaine indifférence, le musée fait l’objet d’une profonde rénovation entre 1992 et 2000 pendant laquelle sera initié un immense chantier des collections (reprises de l’inventaire et étude des œuvres) alors que les bâtiments sont restaurés et réaménagés par Andrea Bruno et Luciano Pia. Les anciennes réserves, situées dans les combles du musée, sont installées dans un bâtiment moderne de François Deslaugiers à Saint-Denis (93).

Le musée

L’exposition permanente du musée est organisée en sept collections thématiques elles-mêmes subdivisées en quatre périodes chronologiques (avant 1750, 1750-1850, 1850-1950 et après 1950) : instruments scientifiques, matériaux, construction, communication, énergie, mécanique et transports. Des présentations complémentaires insistent sur des points particuliers : le laboratoire de Lavoisier, le théâtre des automates, les maquettes d’enseignement de Mme de Genlis. L’ancienne église présente, entre autre, l’expérience de la rotation de la Terre à l’aide du Pendule de Foucault.

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Les instruments scientifiques sont représentés par les collections des cabinets de physique de Jacques Charles ou de l’abbé Nollet auxquelles viennent s’ajouter le laboratoire d’Antoine Laurent de Lavoisier, les machines à calculer de Blaise Pascal, les horloges de précision de Ferdinand Berthoud, les instruments utilisés par Léon Foucault pour mesurer la vitesse de la lumière, le cyclotron de Frédéric Joliot-Curie au Collège de France ou encore plusieurs objets illustrant les progrès de la robotique. C’est pour aider son père dans ses comptes que Blaise Pascal, âgé de 19 ans, conçoit en 1642 cette machine effectuant les additions, les soustractions ainsi que les multiplications.

Les techniques de construction et de fabrication des matériaux sont représentées par la fabrication des textiles, de Vaucanson à la mécanisation de la fin du XIXe siècle en passant par Jacquard, les arts du feu (verreries d’Emile Gallé et céramiques de la manufacture de Sèvres et des verreries de Murano), le développement de la métallurgie, la mise au point de procédés de production à grande échelle (comme la galvanoplaste), l’élaboration de matériaux synthétiques… Les éléments mécaniques et d’automatismes sont présentés dans des vitrines du XIXe siècle. Côté construction, on retrouve les outils (charpentier, maçon, tailleur de pierre) et les maquettes d’architecture (charpentes en bois, fermes métalliques, immeubles civils, ponts). L’évolution de l’énergie est présentée par la machine de Marly, la machine de Watt, la pile de Volta et les premiers moteurs thermiques, le Diesel et le nucléaire.

L’évolution des transports et communications est exposée du Fardier (1770), curieux chariot à vapeur, de Nicolas-Joseph Cugnot jusqu’à la Ford T, de la locomotive de Stephenson au TGV, mais aussi avec la presse à bras et les satellites, avec le développement de l’imprimerie de masse, la radiodiffusion et la télévision, la photographie et le cinématographe, la téléphonie mobile ou encore Internet. Vous pourrez voir le premier cinématographe de Louis Lumière. Le Fardier était un engin destiné à transporter les lourdes pièces d’artillerie sur les champs de bataille. Il pouvait rouler à 4 km/h. Dépourvu de freins, le Fardier avait percuté un mur, provoquant le premier accident de l’histoire de l’automobile, mettant ainsi fin à une carrière prometteuse.

Dans l’ancienne église sont présentés les objets de grand volume comme le pendule de Foucault, les avions de Blériot et de Breguet ou encore la machine à vapeur de Scott. Clément Ader donna en 1903 au musée son aéroplane dit Avion 3, qu’il avait mis au point de 1893 à 1897. Cet avion avait parcouru quelques centaines de mètres, pris de la vitesse et quitté sporadiquement le sol. En raison des conditions météorologiques déplorables, il avait atterri brutalement, brisant ses ailes, roues et hélice. Découragé, Ader abandonna ses recherches.

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Le musée des Arts et Métiers dispose d’un centre de documentation de référence sur l’histoire des techniques, proposant un fonds d’environ 10 000 monographies et 150 abonnements à des périodiques spécialisés. Des collections de catalogues de constructeurs y sont également conservées, formant un fonds original en partie numérisé et accessible via le conservatoire numérique des Arts et métiers.

La photothèque du musée conserve, gère et diffuse un fonds photographique de référence en histoire des sciences et des techniques. Constitué et enrichi depuis le début du XXe siècle, ce fonds est la mémoire du développement des sciences et des techniques, du XVIe siècle à nos jours. Il est également le témoin photographique de l’histoire des lieux, des événements et des manifestations scientifiques. On peut découvrir dans les archives, les collections d’instruments scientifiques, de mécanique, matériaux, communication, constructions, transports et dessins du portefeuille industriel, ainsi que les lieux d’expositions.

Station métro Arts et Métiers

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La station de la ligne 11 est entièrement recouverte depuis octobre 1994 de plaques de cuivre rivées les unes aux autres, et non des habituels carreaux de faïence. Cet habillage est mis en place à l’occasion des cérémonies du bicentenaire du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers). Il est dû à Benoît Peeters, scénariste français et François Schuiten, dessinateur de bandes dessinées belges. Le voyageur est plongé à l’intérieur d’une vaste machine, sorte de Nautilus souterrain évoquant l’ambiance de Vingt mille lieues sous les mers.

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Au plafond de la station, une série grands rouages évoque le musée des Arts et Métiers. Le cuivre, unique matériau employé, évoque l’univers technique et industriel. Sur les quais, une série de hublots ouvrent sur des scénographies de petite taille, centrées sur les collections du musée : on y observe la sphère armillaire, le satellite Telstra ou encore la roue hydraulique.

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L’ensemble du mobilier de la station est adapté à la décoration et constitue un cas unique sur le réseau : les plaques portant le nom de la station, les sièges en bois, les poubelles, les carreaux plats des tympans, les bornes d’alarmes et les bandeaux d’éclairage sont marron. Ces derniers ne possèdent cependant pas d’éclairage multicolore et diffusent une lumière tamisée. Il n’y a pas de publicités sur les quais.

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Prieuré Saint-Martin-des-Champs

Basilique funéraire

Une basilique funéraire mérovingienne, construite vers la fin du VIe, est mentionnée pour la première fois dans une charte de 709-710. Elle était dédiée à saint Martin de Tours afin de commémorer un de ses miracles : il aurait guéri un lépreux en l’embrassant à cet emplacement. L’existence de cette basilique est confirmée lors des fouilles archéologiques menées en 1993 et 1994, à l’occasion de la rénovation du musée des Arts et Métiers, qui mettent au jour de nombreux sarcophages. Le sanctuaire est pillé et brûlé par les Normands au IXe siècle.

Le prieuré

En 1060, le roi Henri 1er y fonde une collégiale et fait construire une abbaye, le long du chemin qui menait les pèlerins du nord à Saint-Martin de Tours. A son inauguration en 1067, une communauté de treize moines s’y installe. Le plan de cette collégiale est également connu grâce aux fouilles. Son abside avait une largeur et une profondeur de 13 mètres et occupait exactement l’espace de l’abside actuelle. En l’absence de transept, elle se raccordait directement à la nef, large de 16 mètres et longue de 43 mètres, sans compter le clocher-porche occidental, qui s’est effondré en 1453. Il fut remplacé par un simple mur-pignon entre 1455-1456. A la mort du premier doyen du chapitre de chanoines en 1079, Philippe 1er donne l’église et le temporel chapitre à l’abbaye de Cluny. Les chanoines réguliers font place aux moines bénédictins. L’abbaye royale de Saint-Martin-des-Champs est alors considérée comme la « 3e fille de Cluny ». Deux clochers flanquant l’abside sont élevés quelques années après l’arrivée des moines. Des absidioles y font suite vers l’est. Le clocher du sud et des vestiges de son absidiole sont actuellement les seuls vestiges qui restent des débuts du prieuré.

Les XIIe et XIIIe siècle

Situé hors de la ville, en pleine campagne, dans la nécessité d’assurer sa défense, le prieuré s’entoure d’une muraille au XIIe siècle dont subsistent quelques vestiges, vaste quadrilatère limité par les actuelles rues Saint-Martin, du Vertbois, Montgolfier et Cunin-Gridaine. Autour de cette enceinte s’établissent artisans et cultivateurs, indispensables à la vie de la communauté et à l’exploitation du vaste domaine agricole qui en dépend. Ainsi se constitue le bourg Saint-Martin, qui a son maire dont la toponymie garde le souvenir (rue du Maire) et son église paroissiale : Saint-Nicolas-des-Champs. Rapidement, le prieuré Saint-Martin-des-Champs devient l’un des plus importants et des plus riches de l’ordre de Cluny, notamment grâce à la protection de Louis VI et Henri 1er d’Angleterre, et de nombreux membres de la haute noblesse. Ils font de nombreux dons à l’abbaye, tant de leur vivant que par leurs testaments. Les terres et revenus fonciers qui font souvent l’objet de ces dons permettent de fonder de nombreuses filiales, et au début du XIIe siècle, trente prieurés répartis sur une dizaine de diocèses dépendent déjà de Saint-Martin-des-Champs. Ses possessions se situent en partie en Angleterre. Selon le prieur Pierre le Vénérable, le nombre de moines atteint les 300.

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Sous l’impulsion du prieur Thibaud II (1132-1142), l’enceinte de l’abbaye est fortifiée, et la construction du chœur de l’église est entreprise vers 1134 ou 1135. Aucun document n’atteste la date du début du chantier, et l’on connaît encore moins le nom du maître d’œuvre. L’église de Saint-Martin-des-Champs est considérée comme édifice pionnier pour le développement de l’architecture gothique, bien que faisant lui-même encore partie de l’architecture romane. Si les chapiteaux suivent la filiation de la sculpture romane, l’édifice se rattache aux premières constructions gothiques. Les chapelles sont bien reliées au déambulatoire et l’ogive est largement employée mais l’on sent une indécision entre l’ogive et le plein-cintre, surtout dans les chapelles. La construction offre quelques singularités, avec l’arc doubleau flanqué de deux gros boudins en zig-zag, la chapelle terminale assez vaste, en forme de trèfle, et un plan irrégulier. L’espacement et la forme des piles de l’abside sont variables, comme la forme des ouvertures. Les voûtes du bas-côté sont disposées sans cohérence absolue. Le déambulatoire est plus bas que le chœur. Moins complexe que celui de Saint-Denis, commencé en 1140, le chevet de Saint-Martin, d’une certaine lourdeur générale, pourrait en être un prototype hésitant ou une copie maladroite. L’absence de datation précise laisse place à l’incertitude.

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Sous le priorat de Baudoin, entre 1225 et 1235, le cloître gothique est élevé au nord de l’église. Il a été jeté bas au début du XVIIIe siècle ; seuls des vestiges lapidaires subsistent. Séparée du chœur par un arc, la nef est légèrement désaxée. Des conflits existent entre les historiens à propos de sa datation. Certains pensent qu’elle date de 1130, comme le chœur, en raison des contreforts et du remplage des fenêtres qui sont proches du dessin des baies hautes du chevet de la basilique Saint-Denis. Les parties basses du mur méridional dateraient la nef du XIe siècle. Et d’autres historiens se tournent vers le XIIIe siècle, postérieur au chœur. Le nouveau réfectoire, chef-d’œuvre du gothique rayonnant, est apparemment édifié au XIIIe siècle. Ses dimensions sont impressionnantes : il mesure 42,80 mètres de long pour 11,70 mètres de large. Il est souvent attribué à l’architecte Pierre de Montreuil, père de la Sainte-Chapelle. Restauré au milieu du XIXe siècle par Léon Vaudoyer, il sert de bibliothèque au conservatoire en 1852. Seule son élévation septentrionale est bien dégagée ; elle est visible depuis la cour d’honneur. Un quatrième grand chantier a lieu pendant le règne de Saint-Louis : c’est la construction d’une nouvelle enceinte fortifiée, dont plusieurs tours et des portions de mur sont toujours visibles rue de Vertbois. L’enceinte fortifiée comprend quatre grosses tours d’angle et dix-huit tourelles. Des quatre grosses tours, deux subsistent en partie. La première est à l’angle des rues Saint-Martin et du Vertbois.

A la fin du XIXe siècle, l’architecte Auguste Ancelet prévoyait d’abattre la fontaine et la tour, dans le cadre de l’extension du CNAM. Ce projet est combattu par la Société des Antiquaires en 1882, soutenue par Victor Hugo dans une lettre restée célèbre : « Démolir la tour ? Non ! Démolir l’architecte ? Oui ! cet homme doit être immédiatement révoqué. Il ne comprend rien à l’architecture. Sur pied la tour. A terre l’architecte… Tous les vieux vestiges de Paris doivent être conservés. Paris est une ville du passé. Pourquoi ? Parce qu’elle est la ville de l’avenir ». Ronde et coiffée en poivrière, elle a été exagérément restaurée. Le long de la rue du Vertbois, on peut voir un morceau de mur crénelé, sommé d’une tourelle. L’autre tour subsistante, à l’angle sud-est, sert de cage d’escalier au n°7 de la rue Bailly.

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Du XVe au XVIIe siècle

En 1426, Philippe de Morvilliers, premier président du parlement de Paris, fait don avec sa femme, Jehanne du Drac, d’un mobilier funéraire fastueux. Sous Henri III, un portail monumental, donnant accès à la cour de l’abbaye, est élevé en bordure de la rue Saint-Martin. En 1626, sous le priorat de Ludovico Ludovisi, cardinal archevêque de Bologne, François Mansart conçoit un imposant maître-autel pour l’église. Le maçon est Jean Thévenon, les marbriers Pierre Mansart et Barthélémy Tremblay, le doreur Simon Leblanc. Le tableau de Simon Vouet, La Circoncision, était placé en retable ; aujourd’hui il se trouve dans la cathédrale Saint-Jean de Lyon. A partir de 1633, le prieur et les moines louent à bail les greniers au-dessus du dortoir, puis du réfectoire. Le prieuré adhère à la congrégation de Saint-Maur en 1636. En 1674, Louis XIV fait construire par la ville de Paris l’arc de triomphe de la porte Saint-Martin pour célébrer ses victoires pendant la guerre de Hollande. Pour cela la rue Saint-Martin doit être élargie et les maisons détruites, sauf que la plupart de celles-ci appartiennent au prieuré. Les revenus du prieuré vont encore être réduits par le roi qui supprime, la même année, les justices seigneuriales à l’intérieur de Paris. Le prieuré vend sa seigneurie de Noisy-le-Grand au financier Paul Poisson de Bourvallais en 1706. Des lettres patentes de 1712 accordent au prieuré la construction d’immeubles de rapport le long de la voie afin de pouvoir augmenter leurs revenus. Pierre Bullet donne les dessins des immeubles situés entre la rue Vertbois et l’entrée du prieuré. Les plans des maisons situées entre l’entrée du prieuré et l’église Saint-Nicolas-des-Champs sont donnés par l’architecte Delatour.

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La Révolution signe la fin du prieuré

La construction d’un cloître dorique, entreprise en 1702, sur les plans de Pierre Bullet, s’achève en 1720. La plupart des bâtiments médiévaux sont remplacés au fur et à mesure, sous la direction de plusieurs architectes successifs. Nicolas Lhuillier Delatour fournit les plans des bâtiments conventuels en brique et pierre, construits par l’entrepreneur Louis Le Tellier entre 1639 et 1641, puis François Soufflot le Romain qui a construit en 1786 le grand escalier. Le nouveau dortoir est terminé en 1742 sur les plans de Delatour. Il remplace les piliers du cloître gothique par des colonnes doriques. En 1769, la façade de l’église est refaite dans le style jésuite, à l’issue d’un concours organisé par le directeur des bâtiments du roi qui prima le projet de Jean-Joseph Naudin. A cette époque, des parcelles à l’intérieur de l’enclos, des celliers et des locaux dont le prieuré n’a pas besoin sont loués à des artisans ou à des négociants. Ce qui est contraire aux règles de l’ordre de Cluny. Des échoppes occupent l’avant-cour près de la rue du Maire, et alors que les bâtiments du prieuré viennent d’être reconstruits à grands frais, ils se trouvent rapidement cernés par des constructions précaires. Sous la Révolution française, le prieuré est fermé dès 1790 et déclaré bien national. Il ne comptait plus que vingt-six moines. Il est converti en école, en manufacture d’armes, puis, en 1795, en mairie. L’absidiole à l’est du clocher est démolie en 1793.

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Architecture extérieure

L’élément le plus ancien qui subsiste en élévation est le clocher carré au sud, à l’intersection entre nef et chœur. Il se prolongeait vers l’est par une absidiole. Une chapelle carrée faisait suite à la tour côté ouest et abritait une Mise au tombeau, d’où son nom de chapelle de Saint-Sépulcre. Henri Deneux a refait à neuf tout le parement et s’est même efforcé de reconstituer la décoration des baies côté sud et côté est, sans reconstruire toutefois l’étage du beffroi démoli en 1808. Il a également démoli la chapelle du Saint-Sépulcre. Des photos anciennes de l’élévation est montrent deux baies en plein-cintre étroites et très rapprochées au niveau du premier étage, et deux baies de même forme plus larges et plus espacées au niveau du second étage. Un bandeau mouluré sépare les deux étages. Les contreforts d’angle ne vont pas plus loin que le premier étage, mais l’on voit qu’ils sont incomplets et allaient jadis plus haut. Pendant un temps, il servit de château d’eau pour les pompiers.

Les colonnettes d’angle, les bâtons brisés de l’arc de décharge des baies du premier étage, la double archivolte et les colonnettes du second étage, et la frise en haut des contreforts, tout ceci a été mis en place par Deneux, qui n’a pas conservé les dimensions des baies, ni leur ébrasement. Pour les baies du second étage, Deneux s’est néanmoins basé sur les témoins conservés à l’ouest. Ici, on voyait encore les deux baies d’origine, placées en retrait de paroi, étroites comme des meurtrières. Elles s’ouvraient sous des linteaux échancrés gravés en faux appareil. Elles étaient précédées par une double archivolte en plein-cintre reposant sur deux paires de colonnettes en délit. Les deux colonnettes du milieu se partageaient un même chapiteau particulièrement large, décoré de monstres. L’archivolte inférieure était garnie d’un tore, alors que l’archivolte supérieure était un rang de claveaux nu. Tout ceci était délabré à un tel point qu’il était sans doute inéluctable de tout refaire. Quinze chapiteaux d’origine ont néanmoins été conservés : neuf à l’ouest et six à l’est, pourtant aucun n’était visible avant la restauration.

De la nef, l’élévation sud reste telle qu’elle était à la fin du XIIIe siècle jusqu’en haut des fenêtres. Les parties basses du mur conservent par endroits un appareil constitué de petits moellons éclatés ou grossièrement layés, plus ou moins calibrés et dont les irrégularités des assises sont compensées par un épais lit de mortier. Il s’agit de vestiges de la nef précédente. Le mur-bahut conserve en outre les vestiges d’un ancien portail et de l’arcade vers la chapelle du Saint-Sépulcre, où s’adosse maintenant un contrefort reconstitué par Deneux. Les fenêtres semblent dominer le mur, mais elles sont relativement espacées, car il y a assez de place pour qu’une double gorge puisse les entourer. Les meneaux sont précédés par des tores portant des chapiteaux ronds et des bases, comme à l’intérieur. Le seuil des fenêtres se situe presque à mi-hauteur du mur gouttereau, mais les fenêtres prennent appui sur un haut glacis, diminuant la hauteur du mur-bahut et suggérant ainsi qu’elles descendent plus bas et sont plus hautes. Ce glacis forme larmier et la partie inférieure de celui-ci se poursuit sur les contreforts. Faiblement saillants, ils présentent un autre larmier à mi-hauteur des fenêtres, sur la face extérieure uniquement, et se terminent par un glacis qui forme en même temps chaperon. Une gargouille garnit chacun des contreforts. La faible saillie de ces derniers semble indiquer qu’ils n’étaient pas destinés à résister à la poussée des voûtes. La corniche et la balustrade ont été créées par Vaudoyer.

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Le chœur ne conserve extérieurement presque plus rien de sa substance d’origine. L’élévation porte sur deux niveaux, comme à l’intérieur. Ce qui rend le chevet de Saint-Martin-des-Champs bien singulier est la couverture des chapelles rayonnantes et du déambulatoire par un toit unique, ce qui a nécessité des arcs et des encorbellements à l’intersection entre deux chapelles (comme à Saint-Etienne de Caen et à la cathédrale de Coutances). On a voulu limiter cet encorbellement, par conséquent l’amorce des voûtes se voit au milieu des chapelles, en haut. La forme en hémicycle de l’abside s’affiche également à l’extérieur. Cette dernière est dépourvue d’arcs-boutants, apparus pour la première fois vers 1155 à Saint-Germain-des-Prés. Le maître d’œuvre était toutefois conscient de la nécessité de lutter contre la poussée des hautes voûtes, il créa des murs-boutants au-dessus de certains doubleaux du déambulatoire. Ils sont larges de 1,85 mètre en moyenne et s’arrêtent en dessous des fenêtres, de sorte que seuls leurs sommets émergent des toitures du déambulatoire. Les doubleaux n’étant pas l’axe des piles du rond-point de l’abside, les murs-boutants ne le sont pas non plus et leur effet en est ainsi diminué. La décoration architecturale est plus abondante qu’à l’intérieur. Les fenêtres sont entourées d’une baguette et sont flanquées par deux colonnettes à chapiteaux, dont les tailloirs font partie d’un bandeau mouluré qui fait le tour du chevet. Ils supportent une archivolte moulurée d’un tore et d’une gorge, et surmonté d’un cordon de fleurs de violette excavées, ressemblant vu de loin à des pointes de diamant. Les contreforts sont en forme de colonnettes appareillées (comme à Saint-Germain-de-Fly) et sont amortis par des chapiteaux butant contre la corniche, qui repose sur des modillons sculptés en masques. Les chapiteaux des archivoltes des fenêtres sont souvent engagés dans le mur ou dans les contreforts-colonnes au lieu d’être portés par des colonnettes. Les photos anciennes montrent davantage de colonnettes, qui sont par ailleurs en délit et en partie annelées. Une seule est d’origine. Les contreforts, un par chapelle rayonnante, n’étaient pas des colonnettes, mais des contreforts plats présentant une retraite au milieu.

Architecture intérieure

La nef demeure la partie la moins intéressante de l’église, si l’on fait abstraction de la charpente conçue par Vaudoyer et du décor peint imaginé à la suite de la campagne de reconstruction du milieu du XIXe siècle.

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Il n’y a aucune décoration architecturale et les murs sont parfaitement lisses. Les fenêtres sont au nombre de huit sur les murs gouttereaux. Elles sont en tiers-point et possèdent un remplage de type gothique rayonnant de deux lancettes surmontées d’une rose hexalobe. Les meneaux sont précédés par des tores qui au niveau des importes des lancettes sont porteurs de trois petits chapiteaux ronds par fenêtre. Les fenêtres sont entourées d’une gorge et un bandeau torique court sur les murs en dessous des seuils des fenêtres.

D’autres fenêtres existent dans le mur occidental, mais elles sont néo-gothiques et ont été imaginées par Vaudoyer. La nef n’a apparemment pas été conçue pour être voûtée car il n’y a pas de piliers engagés dans les murs. Les grandes portions de murs aveugles avant la première et la dernière fenêtre ne permettent pas de réaliser huit voûtes égales. En pleine période gothique, des nefs non voûtées de cette envergure restent une exception (Gonesse ou Saint-Julien-le-Pauvre). Quelques particularités : le passage berrichon menant vers le déambulatoire, l’arcade bouchée de l’ancienne chapelle du Saint-Sépulcre et l’ancien portail nord qui donne aujourd’hui dans une salle moderne (sans doute un petit portail qui établissait jadis la communication avec le cloître). L’espace abrite actuellement d’anciens prototypes de l’automobile et de l’aviation.

L’abside s’ouvre sous un grand arc triomphal, encadré par des doubleaux secondaires au profil d’un gros tore. Le profil du doubleau principal est d’un gros tore entre deux rangs de bâtons brisés, l’un vers la nef et l’autre vers l’intérieur de l’abside. Les supports à l’entrée de l’abside ont une particularité : les chapiteaux romans du doubleau principal et du rang de bâtons brisés regardant la nef, se situent largement en dessous du niveau des chapiteaux des ogives de l’abside, qui se trouvent à mi-chemin entre le sommet des grandes arcades et le seuil des fenêtres hautes.

Au milieu du XIIIe siècle, des chapiteaux gothiques à crochets ont néanmoins été ajoutés au niveau habituel des chapiteaux des ogives de l’abside, sans supprimer les anciens. Les fenêtres hautes sont en plein-cintre ou en arc légèrement brisé : leur largeur et le tracé de leur arc varient en fonction de la largeur des pans de l’abside. En dessous du seuil des fenêtres, un long glacis fortement incliné descend jusqu’au niveau des chapiteaux des ogives. La décoration consiste en deux colonnettes à chapiteaux, dont les tailloirs se continuent sur les murs jusqu’aux colonnettes des formerets au niveau des impostes. Les formerets naissent à trois mètres au-dessus des chapiteaux des ogives, presque au même niveau que les chapiteaux des colonnettes des fenêtres. Noter que les formerets ne suivent pas le tracé des grandes arcades. Les colonnettes des ogives et des formerets descendent jusqu’au sol sans chapiteau au niveau des grandes arcades.

Le double déambulatoire est flanqué de six petites chapelles arrondies. La partie nord-est a été presque entièrement remontée par Léon Vaudoyer au milieu du XIXe siècle. Inexpérimenté, le maître d’œuvre a opté pour des voûtes d’arêtes. Le plan trapézoïdal est habituel pour les voûtes des déambulatoires, mais ici elles forment des parallélogrammes ou des triangles. Ce plan des voûtes aurait entraîné la configuration irrégulière du déambulatoire, ainsi que la configuration particulière des piliers cantonnés.

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La configuration en triangle a permis l’aménagement de chapelles rayonnantes, qui furent complétées d’un autel afin de multiplier les célébrations de messes personnelles ou de fondation. L’ordre de Cluny accordait une grande importance aux processions et aux sacrifices sur les autels. Les messes privées furent instaurées dans l’ordre au XIe siècle par saint Odilon de Cluny et saint Hugues de Cluny. Le déambulatoire est subdivisé en travées par dix doubleaux formés d’un boudin entre deux boudins émoussés. En comptant la travée supplémentaire dans l’angle avec la nef, au nord, ainsi que la travée qui entre en même temps dans la composition de la chapelle d’axe, le déambulatoire a douze travées. Les arêtes des voûtes retombent sur des chapiteaux, ce qui n’est habituellement pas le cas lors d’un voûtement d’arêtes.

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Du côté des piliers qui séparent les chapelles, les doubleaux du déambulatoire et des grandes arcades retombent sur un chapiteau unique, tandis que les doubleaux ouvrant dans les chapelles ou second déambulatoire retombent sur trois colonnettes. Seule la colonnette médiane et son chapiteau sont bien dégagés et visibles, alors que les autres colonnettes et chapiteaux sont comme enfoncés dans les angles, et paraissent être de trop. Dans les chapelles, seulement certaines arêtes des voûtes retombent sur des chapiteaux. Les parties droites du déambulatoire et leurs chapelles ne sont pas éclairées directement par des fenêtres, ce qui est dû à la présence de bâtiments mitoyens. Dans la travée proche du vieux clocher, il y a toutefois une petite baie à hauteur du doubleau, qui est probablement enfoncée dans un massif de maçonnerie dépendant du clocher, et reliée au déambulatoire par un curieux ébrasement qui évoque les fenêtres d’une cave ou d’une crypte.

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Puis, les chapelles rayonnantes qui succèdent à la partie droite ne sont pas en hémicycle, et n’ont qu’une unique fenêtre ainsi qu’une baie factice pour la chapelle sud. Elle est entourée d’un boudin et représente la seule baie en tiers-point de l’ensemble du chœur. Au-dessus de la vraie fenêtre, le rang de claveaux de son arc est surmonté d’une baguette, et au niveau du seuil, court un bandeau garni de fleurs espacées. Du côté opposé, la première chapelle rayonnante au nord comporte la porte bouchée vers la chapelle disparue Notre-Dame de l’Infirmerie en dessous de la fenêtre de gauche, ce qui explique que cette fenêtre commence plus haut.

Les fenêtres sont surmontées d’un cordon de rinceaux qui au milieu retombe sur une tête grimaçante. Mais il n’y a pas de bandeaux, d’archivoltes ou d’arcatures plaquées. Le déambulatoire ne compte donc que quatre chapelles rayonnantes régulières. D’ailleurs, l’ornementation se concentre surtout dans ces quatre chapelles. On y trouve des arcatures plaquées sur les soubassements des fenêtres, des bandeaux garnis de fleurs éparses à quatre pétales, des archivoltes toriques qui retombent sur deux colonnettes jumelles entre deux baies. Au sud, certains fûts de colonnes sont annelés.

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Le sol de la chapelle d’axe et du déambulatoire se situe à 0,80 cm en dessous du sol de l’abside. Cette différence de niveau est compensée par un escalier de cinq marches. La chapelle fut construite selon un plan tréflé et couverte d’une voûte d’ogives dont chacune des huit branches retombe sur une colonnette. Les arcades du chœur, toutes différentes de proportions, sont en ogive, sauf celle du centre, qui est en plein-cintre et qui laisse la vue sur la chapelle d’axe depuis l’abside. Même si celle-ci est légèrement désaxée par rapport à la nef. La chapelle est voûtée en étoile irrégulière à six compartiments dont les branches s’unissent au sommet d’une clef creuse et retombent sur des chapiteaux à gros tailloirs. C’est là le principe essentiel de l’architecture gothique tel qu’il venait de prendre forme au déambulatoire de Morienval (Île-de-France) et tel qu’il apparaîtra, calculé par Suger de façon beaucoup plus savante et précise, à Saint-Denis. Nous assistons ici à des recherches, à des tâtonnements souvent maladroits.

Les retombées de voûte sont approximatives et corrigées de façon empirique. Les moulures sont lourdes. Les chapelles comptent un nombre de travées inégales ; de même varie le nombre de colonnettes qui cantonnent les piles de l’abside. Les doubleaux y sont en tiers-point, ainsi que les formerets. Les ogives sont au profil d’un boudin entre deux arêtes. Les chapiteaux réservés aux ogives sont toujours placés de biais pour être orientés face aux ogives. Des cordons de feuillages décorent les voûtains à un tiers de la hauteur de la voûte. Les fenêtres sont triples au centre de la chapelle, puis vont decrescendo. Le décor se décompose sur quatre registres.

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Sur les soubassements des fenêtres, trois arcatures plaquées en plein-cintre, au profil d’un gros tore, retombent sur les tailloirs des chapiteaux de deux colonnettes en délit. Les colonnettes jumelles entre deux arcatures ont des chapiteaux fusionnés et se partagent un même tailloir. Sous le seuil des fenêtres, court un bandeau mouluré, garni de fleurs simples largement espacées. Les baies disposent d’archivoltes toriques retombant sur des colonnettes à chapiteaux. En dernier lieu, un cordon de rinceaux de plantes aroïdées surmonte les archivoltes et retombe sur des têtes grimaçantes au-dessus des colonnettes partagées. A ce décor s’ajoute la sculpture des chapiteaux, encore très romans. Ces derniers sont d’une facture plus simple avec des effets de vannerie, des feuilles plates très stylisées avec de petites palmettes d’angle, ou des feuilles appliquées polylobées. Parfois, des têtes de monstre aux angles crachent les tiges des feuilles. On trouve aussi des feuilles d’acanthes ou de vigne, recourbées ou encadrées par des tiges nouées deux par deux. Quatre chapiteaux sont ornés de lions affrontés, de dragons et d’un homme assis entre deux personnages qu’il s’efforce de saisir. La sculpture de tous les chapiteaux hauts est finement ciselée, et le relief est étonnant, avec un arrière-plan en grande partie excavée.

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