Immeuble de La Garantie, rue Perrée

Durant l’Ancien Régime, le titre des métaux précieux était contrôlé par les maîtres jurés de la corporation des orfèvres. La loi de brumaire an VI (1797), en créant la Garantie, instaura un nouveau système officiel de poinçonnage et entraina la mise en place d’une administration nouvelle, à Paris comme en province. Les services furent primitivement installés rue Guénégaud, à proximité de la Monnaie, alors responsable du contrôle de la garantie et du poinçonnage. La loi du 23 décembre 1912 décida le transfert de la direction de la Garantie et la construction de son nouveau siège à l’emplacement approximatif des anciens charniers du temple ; situation judicieuse au cœur d’un quartier où de tout temps travaillèrent les orfèvres, doreurs, ciseleurs, joailliers et horlogers, tous utilisateurs de métaux précieux. Blanc, l’architecte du ministère des Finances, donna le plan du bâtiment qui fut inauguré en 1926 par le ministre Caillaux.

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Massive bâtisse de brique de style mal défini, la construction présente deux pavillons d’angle qui dominent d’un étage supplémentaire le corps central. A hauteur du second étage, une frise de mosaïque inscrit les noms des grandes villes de France, tandis qu’au niveau du premier, un bandeau de pierre est ponctué à intervalles réguliers de médaillons qui reproduisent des poinçons d’orfèvrerie.

Le centre du bâtiment est couronné d’une sorte de fronton de pierre, arcade surhaussée dont la voussure s’orne d’un coq aux ailes déployées.

Au-delà de la grille (motif à feuilles de chêne intéressant), le passage voûté en anse de panier débouche sur une salle extravagante, sorte de cour intérieure rythmée par quatre colonnes et couverte partiellement de pavés de verre qui laissent passer le jour. La partie supérieure des murs et la voûte sont couvertes de peinture rouges et noires sur fond blanc, inspirées de motifs d’orfèvrerie, et qui honorent les noms d’orfèvres français célèbres : Meissonnier, Germain, Biennais… Le bâtiment sera bientôt transformé en commissariat.

Cadran solaire de la rue Perrée

L’immeuble d’habitation en pierre de taille fut construit en 1908 par les architectes Raymond Barbaud et Edouard Bauhain et décoré par le sculpteur Jules Rispal. Ces trois artistes s’étaient déjà associés pour la construction en 1901 de l’immeuble du Syndicat de l’épicerie, rue du Renard, très représentatif de l’esprit Art nouveau et du style « métro » d’Hector Guimard. L’immeuble de la rue Perrée semble plutôt inspiré du castel Béranger, sans pourtant être aussi novateur dans le choix des matériaux.

Au-dessus d’un rez-de-chaussée et d’un entresol formant un soubassement à bossages, l’immeuble dresse cinq étages de façades mouvementées (balcons, bow-windows), décorées d’un discret motif floral. Sur la rue Perrée, une mince tourelle à poivrière s’étire démesurément du premier au cinquième étage.

L’élément le plus remarquable est un grand cadran solaire au milieu d’une composition sculptée qui s’inscrit dans une arcade occupant toute la hauteur du bâtiment. Au-dessus du cadran, une femme nue, l’Aurore, émerge triomphante au milieu de voiles ; les rayons dardent derrière des nuages.

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Plus bas, un second personnage féminin, le Crépuscule, se cache à-demi sous ses voiles. Ce personnage est en réalité un autoportrait féminisé du sculpter Rispal lui-même.

La scène est dominée par un masque sévère de vieillard (Chronos ?), tandis que dans la partie inférieure se détache un oiseau en plein vol, claire évocation du temps qui passe.

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C’est une composition équilibrée et d’une exécution vigoureuse, admirablement mise en valeur par une exposition au sud qui lui procure un éclairage changeant au fil des heures. Entre les deux allégories se trouve un cadran solaire vertical déclinant l’après-midi. La date et le nom de l’auteur sont inscrits dans le bas de la sculpture.

18 perrée 06Le cadran a à peu près la forme d’un écusson d’un mètre de côté. Son centre est souligné par deux demi-cercles. Les 13 lignes horaires, en traits pleins, partent du cercle intérieur et sont terminés par des flèches, sauf pour les heures du matin. Les chiffres X-XII-VIII sont romains ; les chiffres VIII et IX du matin ne sont pas inscrits. Le style polaire, sans jambe d’appui, est terminé par un petit disque percé en forme d’étoile. Beaucoup de touristes s’arrêtent devant la sculpture et les promeneurs du square du temple comparent l’heure de leur montre à celle du cadran solaire. Après de nombreuses restaurations, le panneau est en bon état et visible de la rue.