Léonie Chéreau

Léonie Chéreau était une jeune fille de bonne famille, âgée de 15 ans, sans soucis ni problèmes apparents. Comme tant d’adolescentes, elle voyait dans chaque homme gentil un prince charmant. Son père, un huissier austère d’Orléans, venait de mourir. Sa mère, malheureuse et désemparée, laissa sa fille vaquer librement à ses occupations et oublia de fréquenter ses fréquentations.

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Au début du mois de septembre 1858, un ami de la famille, Georges Prieur, vient passer quelques jours dans la famille Chéreau. Ce bel homme de 22 ans séduit la jeune fille et rapidement elle devient sa maîtresse. Si pour lui l’histoire n’est qu’un jeu, il en va autrement pour Léonie. Elle est amoureuse et rêve de mariage.

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A la fin du mois de septembre, Georges repart chez lui laissant sa maîtresse éplorée. Elle refuse de s’alimenter, pleure à longueur de journée, crie, appelle Georges. Lasse, sa mère accepte de la laisser partir chez une amie, Mme Racine, domiciliée rue de Berry à Paris. Aussitôt, Léonie prend contact avec Georges et passe la semaine avec lui.

Le Baiser à la dérobée

Voyant que la jeune fille a retrouvé sa joie de vivre, Mme Racine la renvoie à Orléans. Georges et Léonie se promettent de s’écrire. Rapidement le jeune homme se lasse de ce petit jeu ; la jeune fille, en revanche, tient parole. Chaque jour, elle lui écrit de longues lettres enflammées, qu’elle signe « Léonie Chéreau, femme Prieur ». Elle sent bien que Prieur l’oubli. Elle refuse d’y croire. Elle sent bien que Prieur l’oubli. Elle refuse d’y croire. Elle certifie à sa mère que Prieur a promis de l’épouser. Elle écrit à Georges que sa mère les contraint au mariage afin de sauver leurs honneurs à tous. Georges reste sourd. Il vient une nouvelle idée à Léonie : elle se prétend enceinte. Le « géniteur » ne sent pas plus concerné par cette nouvelle. La jeune fille écrit des lettres de plus en plus agressives et finit par recevoir une réponse, très cinglante, de Georges : « Mademoiselle, avant que je ne vous connaisse, j’avais le cœur libre et joyeux, et la conscience tranquille ». Léonie ne cède pas. Au mois de mars, elle retourne à Paris et se glisse dans l’appartement de Georges, avec l’aide de la concierge. La gardienne est sévèrement réprimandée et la visiteuse mise à la porte sans ménagement. La gardienne est sévèrement réprimandée et la visiteuse mise à la porte sans ménagement. Elle sort une fiole de sa poche et en boit le contenu afin de se suicider. Le jeune homme s’est déjà détourné ; la fiole ne contenait que de l’eau. De pitié, il donne 13 francs à Léonie, la jette dans un fiacre et referme la porte violemment en espérant ne jamais la revoir. Mais elle ne s’avoue pas vaincue. Elle se rend à l’orphelinat des Enfants-Trouvés et lance une procédure d’adoption. Si Georges voit le bébé, il reviendra vers elle et l’épousera.

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Un an après s’être glissée dans le lit de Georges à Orléans, Léonie arrive secrètement à Paris, le 2 septembre 1859. Mais l’Assistance Publique ne distribue pas si facilement les enfants, surtout à une gamine de 16 ans sans emploi. La jeune fille renonce et s’en va rôder près du magasin de nouveautés où Georges est commissionnaire. Elle le fait appeler et lui explique que leur enfant est né. Elle lui raconte qu’elle a dû accoucher, toute seule, à Orléans, chez une sage-femme, faire placer l’enfant auprès d’une nourrice. Mais elle s’embrouille dans ses mensonges et l’homme part. Contrainte de repartir à Orléans, elle lance une nouvelle procédure d’adoption ; nouvel échec. On lui propose un enfant trop âgé et unijambiste. Elle prend contact avec des sages-femmes qui lui ferment leurs portes. Sombrant dans la dépression et la folie, elle reprend le chemin de la capitale, achète des vêtements de bébé et un biberon, et se met en chasse.

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        Le vendredi 16 septembre 1859, elle rencontre dans le jardin des Tuileries, une jeune nounou qui promène un landau. Le bébé est parfait !

 – Comme je suis heureuse de vous rencontrer ! Comment va-t-il ? Je suis sa tante. Je suis la sœur de Madame !

Hélène Gibault est un peu surprise. Trouvant la jeune femme sympathique, elle parle, trop. Léonie apprend ainsi des choses qu’elle peut ainsi réutiliser à son propre bénéfice dans la conversation, quelques instants plus tard, pour montrer à la nounou qu’elle connaît bien la famille.

 – Pourquoi ne venez-vous pas voir Madame, à la maison ? Elle est si gentille !

 – C’est que… je ne m’entends pas trop avec Monsieur qui trouve ma sœur un peu dépensière.

 – Oui, Monsieur est un peu strict avec l’argent.

 – Nous discutons et j’oublie tout. Ma sœur m’a demandé d’aller chercher des dentelles, rue de Rivoli. Ça vous ennuierait d’y aller pour moi ? Je garde mon neveu pendant ce temps.

Hélène ne se fait pas prier. L’idée d’aller en cachette du mari, chercher une commande de dentelles chez Mme Caumartin, 12 rue de Rivoli, la réjouit. Pendant que la nounou cherche en vain ce magasin inexistant, Léonie file avec le bébé.

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A Orléans, la jeune fille présente à toutes ses connaissances, Théobald Anatole Georges Prieur, fils de Georges, né le 10 juin. Le bébé est confié aux soins de Marie Rigault, nourrice. Mais celle-ci trouve la jeune maman étrange ; elle ne vient quasiment jamais voir son enfant et elle n’a pas versé un sou pour sa pension. Mme Chéreau mère est également inquiète et s’informe à la mairie sur la naissance de ce petit-fils. La nourrice se rend au commissariat. Le policier fait aussitôt le lien entre cette affaire et l’enlèvement d’un bébé parisien, fils de magistrat, dont tous les journaux remplissent leurs pages depuis trois jours. Le bébé kidnappé est le fils d’Eugène Hua, suppléant au tribunal de la Seine.

Le 21 septembre, le juge Hua, prévenu par le commissaire, part pour Orléans rechercher son fils ; pendant ce temps, Léonie est conduite en prison. Le 12 novembre, devant la cour d’assises, le président Anspach montre aux jurés deux tableaux trouvés chez l’accusée qu’il juge « indécents ».  L’une des toiles montre un hussard entrant dans la chambre d’une jeune fille, l’autre représente un jeune couple surpris dans ses ébats par les parents de la demoiselle. Toutefois, les événements vont jouer pour elle. L’avocat-général est porté à l’indulgence face au jeune âge de l’accusée et aux circonstances. Maître Charles Lachaud, avocat commis d’office, se montre convaincant et Georges Prieur apparaît peu sympathique avec son air hautain. Léonie Chéreau est acquittée.

 

Le jardin des Tuileries

Le jardin des Tuileries est le plus ancien et le plus vaste parc public de Paris avec 25,5 hectares de verdure.

François 1er 

Si aujourd’hui, vous vous trouvez dans un magnifique parc à la française, au XIIe siècle, existaient seulement des vignes, des pâturages, de petites maisons et des tuileries, qui lui donnèrent son nom. Quand il n’est pas dans l’un de ses châteaux de la Loire ou à la guerre, François 1er réside à l’hôtel des Tournelles à Paris (près de la place des Vosges). Sa mère, Louise de Savoie, est malade et ses médecins lui conseillent de quitter la ville. Le roi visite divers terrains au-delà des remparts et porte son intérêt sur le lieu-dit « les Tuileries », en raison de la présence de petites tuileries. Ces terrains sont surtout une déchetterie recevant toutes les ordures de la ville. A son retour de captivité, François 1er décide d’emménager au Louvre où il mourut avant d’avoir vu la fin des travaux.

Catherine de Médicis 

Le véritable chamboulement débute avec l’acquisition des terrains par Catherine de Médicis. La veuve d’Henri II refuse de vivre dans le palais du Louvre.

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Dès 1564, elle se fait édifier un somptueux palais, par l’architecte Philibert de l’Orme, agrémenté d’un jardin à l’italienne. Le jardin en trapèze est compartimenté en parterres rectangulaires par le florentin Bernard de Carnessecchi, limités d’allées longitudinales et transversales, constituant un grand damier irrégulier, alternant verger, potager, forêt ou lieu de délassement. Visible d’en haut, le jardin offre ses arabesques et ses broderies de verdure.

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On y trouvait aussi quelques amusements de l’époque : un labyrinthe, une volière, un écho en maçonnerie pour divertir les visiteurs. Quelques sculptures dues à des artistes italiens, des bancs de pierres disposés çà et là et de petits pavillons de bois et d’osier complétaient le décor. L’ensemble était clos de haies et de palissades. Catherine de Médicis s’empara d’une mode venue de son pays natal : les fausses grottes à l’antique.  Des sortes de pavillons ouverts d’un côté, décorés à l’intérieur de stucs en forme de rochers et de stalactites, de mosaïques de cailloux, de coquilles, garnis de niches et de petits bassins. Bernard Palissy inventa celle des Tuileries en 1556 mais il n’en reste aucune trace.

Henri IV  

En 1593, les soldats d’Henri IV saccagent le jardin, obligeant les jardiniers à le réaménager complètement. Au nord, entre 1605 et 1635, une longue terrasse est élevée au long de l’actuelle rue de Rivoli, et ornée de mûriers blancs pour servir à l’alimentation des vers à soie ; des magnaneries sont installées dans l’orangerie. Elle donna naissance à une terrasse, au nord, la terrasse des mûriers, appelée plus tard des Feuillants. Jacques Boyceau établit en bordure de la terrasse des Mûriers un berceau de charpente qui atteignait 600 mètres de longueur sur une largeur de 4,50 mètres, avec une palissade de grenadiers. Quand le roi ne résidait pas aux Tuileries, le jardin était ouvert au public. Les promeneurs venaient s’y délasser en respirant le bon air ou se donnaient des rendez-vous galants dans le labyrinthe. Autre lieu de rencontre, l’établissement tenu par Renard, au fond du jardin. L’ancien valet de chambre du commandeur de Souvré avait obtenu la concession d’une parcelle en friche, nommée la « garenne aux lapins ». Il y servait des collations, organisait des concerts et vendait des objets d’art. Le jardin des Tuileries abritait aussi les maisons de la capitainerie, des gardiens et des jardiniers.

Sous Louis XIV 

En 1664, le paysagiste André Le Nôtre est chargé par le roi et Colbert de redessiné les lieux. Celui-ci va métamorphoser les lieux, leur donnant cette majesté que nous connaissons aujourd’hui.

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Le terrain est en assez forte déclivité. Pour le mettre à niveau, Le Nôtre construit la Grande Terrasse, celle du bord de l’eau et la terrasse des Feuillants. Vers les Champs-Elysées, ces terrasses prennent une ampleur magistrale et forment deux esplanades.  Une allée centrale est percée dans l’axe du palais des Tuileries, plantée de doubles rangées d’ormes, et fermée à l’est par un bassin rond et à l’ouest par un bassin octogonal. L’architecture paysagiste classique est née. Alors que le jardin précèdent était fait de compartiments irréguliers, dessinés et plantés pour eux-mêmes sans recherche d’ensemble, nous voyons ici une composition dont tous les éléments se répondent si parfaitement que l’absence de l’un d’eux perturberait l’ordonnance générale. Dans le but de protéger ce trésor végétal, Colbert voulut en réserver l’usage à la famille royale. Charles Perrault, l’auteur des Contes, le convainc de l’ouvrir à tous, tout en faisant surveiller les entrées par des gardiens. Le jardin des Tuileries devient la promenade la plus animée de Parais jusqu’à la création des galeries du Palais-Royal. S’y rencontraient les philosophes, les nouvellistes, les gazetiers, les dames de qualité paradant, les petits-maîtres en quête d’aventures galantes. Des cafés et des restaurants s’établissent sur les terrasses, tandis que des chaises sont louables, pour deux sous, dans la Grande allée. Le parc est divisé en trois zones distinctes : l’Octogone, à l’ouest, partant de la place de la Concorde jusqu’au bassin octogonal inclus ; le Grand Couvert, constitué de la zone boisée au centre ; et le Grand Carré, à l’est, formé des parterres entourant le bassin rond jusqu’à l’avenue du Général Lemonnier.

Philippe d’Orléans dit le Régent

Dès le XVIIIe siècle, le jardin se dote de statues de marbre, transformant le jardin d’agrément en musée de plein-air. En 1715, un pont tournant fut établi sur les fossés au bout du fer à cheval, côté place de la Concorde, qui permettait de clore le jardin sans borner la vue. Le pont devient l’entrée solennelle des fêtes et des grandes réceptions et les piliers recevront plus tard, en 1719, les chevaux ailés de Coysevox transportés depuis les jardins de Marly, Mercure et la Renommée chevauchant un cheval ailé. Le pont est démoli en 1817.

Premier vol en ballon 

Le premier vol en ballon eut lieu dans le jardin des Tuileries, en 1783. D’ailleurs, l’événement est commémoré par une plaque en cuivre, située à l’entrée.

Jacques Alexandre César Charles, professeur de physique à la Sorbonne, voulait être le premier à voler dans les airs. Il enragea en apprenant l’expérience d’Annonay des frères Montgolfier. Le marquis d’Arlandes et Jean-François Pilâtre de Rozier s’envolèrent, le 21 novembre 1783, à bord d’une baudruche, chauffée par la combustion de paille et de lainage. Avec l’aide des frères Robert, Anne-Jean et Marie-Noël, constructeurs d’appareils de mesure, Charles construisit un ballon fait d’étoffe de soie imperméabilisé par un vernis à base de caoutchouc. Le petit ballon sphérique de 4 m de diamètre et d’un volume de 33 m³ employait de l’hydrogène. Le gonflement du ballon débuta le 24 août 1783 et dura quatre jours. Il s’envola, le 27 août, du Champ-de-Mars et parcourut 16 km jusqu’à Gonesse (95). Son premier essai, sans nacelle, fut couronné de succès ; restait maintenant à monter à bord et à voler soi-même. La compétition entre les frères Montgolfier et Charles était lancée. Le 26 novembre 1783, le ballon expérimental fut exposé à l’entrée de la grande allée des Tuileries afin d’attirer des souscripteurs. L’argent récolté permit au physicien et à ses associés de fabriquer un ballon de 2 200 m³, capable de porter deux personnes. Les premiers appareillages naquirent : nacelle en osier, soupape, filet et suspentes, pilotage au lest. Le 1er décembre, à midi, le premier ballon à gaz gonflé à l’hydrogène s’éleva dans les airs. Dans le jardin des Tuileries étaient réunis les souscripteurs. Les maisons environnantes, les quais, le pont Royal, la route et la place Louis XV étaient noirs de monde. Le canon tonna, les cordes furent coupées, et le l’aérostat s’envola avec à son bord Charles et Noël Robert. Il voltigea pendant près de deux heures, virant sous le vent, traversant le Seine entre Saint-Ouen et Asnières, et se dirigea vers Taverny, l’Isle-Adam… Le ballon se posa, à 15h45, dans une prairie de Nesles-la-Vallée, après avoir parcouru 35 kilomètres. Le duc de Chartres et le duc de Fitz-James, qui avaient suivi les voltigeurs à cheval, les accueillirent et signèrent le procès-verbal. Charles est acclamé en triomphe dès son retour dans la capitale. Près de 30 000 personnes l’acclamèrent au Palais-Royal. Le roi lui alloua une pension de 1 000 livres et fit frapper une médaille aux effigies conjointes des Montgolfier et du nouveau conquérant des airs.

La Révolution de 1789

Après les journées d’octobre 1789, les Tuileries sont le cadre d’événements historiques mémorables et ravageurs. Lors des massacres de 1792, Louis XVI, craignant pour sa famille, quitte le château, traverse le jardin pour gagner la salle du Manège où siège l’Assemblée législative (pensant être protégé). Ce furent ses derniers pas avant la prison du Temple et la guillotine.  La Convention déclara que les parterres de fleurs et les bosquets devaient être transformés en potager afin de nourrir le peuple parisien. Par chance, un seul gazon est ravagé pour accueillir des pommes de terre. Les statues devaient être remplacées par des effigies de citoyens ; le sculpteur Boizot mettra à l’abri une vingtaine de statues de marbre. Seul un buste de Bara prit place quelques temps sous un toit rustique soutenu par quatre piques. Une petite île est construite dans le grand bassin afin d’y recevoir momentanément les restes de Jean-Jacques Rousseau, transférés de son île d’Ermenonville au Panthéon (10 octobre 1794).

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Le jardin des Tuileries de cette époque est indissociable du peintre Jacques Louis David. Pourquoi me demanderez-vous ? Homme dévoué à Robespierre, il sera élu député, puis président de la Convention nationale. Il vota même la mort du roi Louis XVI. L’artiste du Sacre de Napoléon 1er, de Marat assassiné dans sa baignoire et de l’Enlèvement des Sabines était un fervent révolutionnaire.

Après les événements du 10 août 1792 et la chute de la monarchie, le jardin des Tuileries devint « jardin national ». La Convention confia à Jacques Louis David la restauration et l’embellissement du jardin, bien dégradé. Il prévoit de transférer des statues depuis les châteaux de Versailles, Marly et Fontainebleau, d’aménager des bosquets en jardins anglais plantés d’essences variées, de créer des porches monumentaux, des arcades, des colonnades et des exèdres (des bancs de pierre semi-circulaires). Et pour conclure, l’artiste voulait organiser des fêtes de la Jeunesse. Les anciens, les Sages, devaient s’asseoir en cercle, sur les exèdres, derrière la tribune de l’orateur.

Le 8 juin 1794, c’est la fête de l’Etre suprême. Les travaux sont loin d’être terminés, toutefois certaines réalisations, comme les exèdres, sont achevées. Dans le bassin rond se dresse une pyramide représentant l’Athéisme encadrée de l’Ambition, de l’Egoïsme, de la Discorde et de la Fausse-simplicité. Robespierre, vêtu d’un costume bleu céleste ceinturé par une écharpe tricolore, tient un bouquet de fleurs et d’épis à la main. Robespierre embrase le monstre pyramidal, dévoilant une effigie de la Sagesse.

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« Robespierre s’avance. Il jeta dans le grand bassin un bouquet d’immortelles. Un immense cortège (constitué d’enfants couronnés de violettes, d’adolescents couronnés de myrtes, de femmes coiffées de roses et de pivoines, d’hommes couronnés de chênes et de vieillards coiffés d’oliviers) l’accompagne au son du Chant du départ de Méhul. La cérémonie se termina devant l’Ecole militaire, au Champ-de-Mars, où un temple de l’Immortalité avait été élevé ». Pour la Convention, la fête est un succès et David est autorisé à poursuivre l’aménagement des Tuileries. Hélas la chute de Robespierre stoppa les travaux. Les deux exèdres en marbre, visibles dans les Carrés de Daphné et d’Atlante, achevés entre 1796 et 1799, sont les seuls vestiges du projet de Jacques Louis David.

Napoléon 1er 

L’Empire réordonne les jardins selon les goûts du XVIIIe siècle. Le jardin prend des airs négligés afin de trouver un caractère champêtre. Vers la fin de son règne, Napoléon, fait rectifier l’alignement : la terrasse du bord de l’eau, isolée par des grilles, est réservée à la famille impériale. Un pavillon de jeux est construit au bout de la terrasse pour le petit roi de Rome. Un passage souterrain est aménagé entre le château et la terrasse du Bord de l’eau ; passage qui permit à l’impératrice et à l’héritier de s’enfuir lors de la défaite de l’Empereur.

Louis-Philippe 

Le souverain apporta aussi sa touche personnelle aux jardins. Entre le château et le bassin rond, il fit creuser des fossés pour isoler son jardin privé.

Sous Napoléon III

Sous le règne de l’Empereur, le jardin profite du resplendissement des fêtes données au château des Tuileries : choyé, pouponné, fleuri comme il ne l’avait jamais été. En 1852, Napoléon III fait construire une orangerie, à l’angle de la rue de Rivoli et de la place de la Concorde, suivi en 1861, d’un bâtiment identique pour accueillir une salle de jeu de paume. Le palais des Tuileries est incendié sous la Commune de Paris en 1871. En 1883, les ruines calcinées du château sont rasées et le jardin du Carrousel est aménagé à sa place, prolongeant le jardin des Tuileries et ouvrant la perspective du Louvre. Lors de l’exposition universelle de 1878, Henri Giffard fait voler des milliers de personnes dans un ballon captif géant. En 1898, le jardin accueille le premier Salon de l’automobile, et deux ans plus tard, les épreuves d’escrime des Jeux Olympiques d’été de 1900.

A partir de 1900 

Le président de la République, Emile Loubet, et son président du Conseil, Waldeck-Rousseau, convièrent l’ensemble des maires de France, à un banquet afin de célébrer le 108e anniversaire de la proclamation de la première République. Le 22 septembre 1900, 22 965 maires furent réunis dans le jardin des Tuileries pour un gigantesque banquet. Ces derniers se répartirent dans deux immenses tentes, l’une près de la rue de Rivoli, l’autre dans l’allée centrale, reliées entre elles par des tentes perpendiculaires. 700 tables de 10 m de long desservies par près de 3 000 employés (11 chefs, 220 chefs de partie, 400 cuisiniers, 2 150 maîtres d’hôtel, 50 préposés aux vestiaires…). A la droite du président se trouvait le président du sénat, Armand Fallières ; à sa gauche, Paul Deschanel, président de la Chambre des députés. A la table présidentielle, on pouvait voir le président du Conseil, les ministres, les députés, les sénateurs, la magistrature, l’armée. Quant aux maires, ils furent rangés par département et par ordre alphabétique, ce qui provoqua quelques remarques acides (certains auraient préféré être installé en fonction de l’âge ou du nombre d’années d’exercice). Durant le repas furent servis 2 000 kg de saumon, 1 430 faisans, 2 500 poulardes, 1 200 litres de mayonnaise, 10 000 pêches, 6 000 poires, 1 000 kg de raisin, 39 000 bouteilles de vin, 1 500 bouteilles de Fine Champagne et 3 000 litres de café. A la demande du Président, le repas dura 90 minutes. Pour information, il fallut 10 km de nappes molletonnées, 125 000 assiettes, 55 000 fourchettes, 55 000 cuillères, 60 000 couteaux et 126 000 verres.

A cette occasion, une plaquette en bronze, œuvre de Frédéric Charles Victor de Vernon fut réalisée. Sur le revers, la signature de l’artiste et deux allégories féminines, dont Marianne, portant des libations au banquet. Sur l’avers, une inscription : « Banquet des Tuileries offert aux maires de France sous la présidence de M. E. Loubet, prest de la République et de Waldeck Rousseau prest du Conseil Paris 22 septembre 1900 ».  Dans un cartouche de ramures de chêne et de laurier, le nom du maire. Ces plaquettes sont aujourd’hui conservées dans des collections privées ou dans les mairies.

Le Front populaire y organise la fête de l’éducation physique, le 13 juin 1937. Durant la Seconde Guerre mondiale, une partie du parc est transformé en potager par les Parisiens afin de pallier au manque de ravitaillement. Le 25 août 1944, le général Von Choltitz y reçoit un ultimatum du colonel Pierre Billotte de la 2e DB. Refus catégorique. Les combats seront rudes et extrêmement mortels pour libérer Paris. Le capitaine Branet s’empare de l’hôtel Meurice, QG des forces allemandes, tandis que le capitaine Julien tente d’atteindre la place de l’Opéra, siège de la Kommandatur, en empruntant la rue du Faubourg-Saint-Honoré. De son côté, le lieutenant Bricard se charge du jardin des Tuileries. Des blindés allemands s’y sont retranchés ; les statues ornant le parc seront fortement endommagées.

En 1971, un central téléphonique souterrain est creusé sous les parterres et la terrasse du Bord de l’eau. Aujourd’hui, des chaises sont mises à la disposition des promeneurs gratuitement, tandis que les enfants peuvent louer un bateau à voile miniature près du bassin octogonal. Une grande roue permet de s’offrir un panorama incomparable de la capitale.

Vers la seconde moitié du XXe siècle, le jardin avait atteint un état de délabrement inquiétant. Le président de la République, François Mitterrand, confie en 1989 à l’Etablissement Public du Grand Louvre (EPGL) la rénovation complète des Tuileries. Sont retenus les projets de Pascal Cribier et Louis Bénech (pour les Tuileries) et de Jacques Wirtz (pour le Carrousel). Pendant ce temps, à l’occasion du bicentenaire de la Révolution, le jardin héberge pendant six mois les Tours de la Liberté des architectes Jean-Marie Hennin et Nicolas Normier.

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Les travaux débutent en juin 1991. Les terrasses, les bassins et les grands axes sont restaurés, ainsi que le jardin de Napoléon III et le groupe de statues couvrant quatre siècles d’art (Coustou, Coysevox, Carpeaux, Barrois, Caïn, Maillol…). Les architectes donnent une plus grande cohérence au jardin, en harmonisant les différentes zones. Les parterres sont dotés de fleurs odorantes, colorées et variées. Divers équipements sont installés dans les parc tels des bancs, une aire de jeux, des abris et un salon de thé. L’ancien ministre de la Culture, Jack Lang qualifiera les Tuileries de « cœur vert du plus grand ensemble culturel du monde ». Pour information, l’entretien du jardin des Tuileries est à la charge du musée du Louvre dont l’équipe se compose de 17 jardiniers d’art, d’une conservatrice du patrimoine, d’une ingénieure du paysage et de 2 chefs de travaux d’art.

La statuaire des Tuileries

Le jardin des Tuileries mérite amplement son surnom de musée de plein-air, tant il possède des statues de grande qualité. Ces œuvres proviennent pour la plupart du parc de Marly. 39 vases de marbre sculptés y sont répartis. Près du bassin rond, côté nord, se découvrent de remarquables sculptures : Flore et Hamadryade par Coysevox, et côté sud, deux Nymphes de Coustou. Dans l’allée centrale, des sculptures du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle, exaltant le mouvement : Daphné et Apollon par Guillaume et Nicolas Coustou, Atalante par Lepautre et Hippomène de Guillaume Coustou. Près du bassin octogonal sont plantés les termes des Saisons. En bas du fer à cheval trônent les fleuves, deux antiques : le Tibre et le Nil à demi étendus ; ce dernier est entouré d’un sphinx et de seize marmots joueurs qui représentent les seize coudées que devait atteindre le fleuve pour fertiliser l’Egypte.

A leurs côtés ont pris place les groupes que Louis XIV avait fait exécuter pour Marly : les Épousailles de la Seine et de la Marne par Nicolas Coustou, de la Loire et du Loiret par Corneille Van Clève.

Depuis 1998, les Tuileries sert d’écrin aux œuvres d’Auguste Rodin, d’Henry Moore, de Roy Lichtenstein, de Tony Cragg, de Jean Dubuffet, d’Alain Kirili, d’Etienne Martin, de Giuseppe Penone…